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CO de 2018/CO n° 1199 du 02 juin 2018/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe Quand les possédants d’aujourd’hui entachent la symbolique du 27 mai

Le 27 mai a été conquis par la lutte comme jour férié de commémoration de la lutte des esclaves pour leur libération, en Guadeloupe, tout comme le 22 mai en Martinique. Ce jour-là de multiples manifestations sont organisées en mémoire du combat des ancêtres esclaves. Les salariés se sont battus pour imposer que leurs patrons respectent cette date.

Cependant, à chaque 27 mai, des entreprises de l’île, parmi les plus grosses, organisent une course pédestre appelée « relais inter-entreprises » (RIE). Les travailleurs de ces entreprises sont incités à y participer. Ils courent avec le logo de l’entreprise affiché sur leur maillot. On comprend donc que cette 21ème édition du RIE fasse encore polémique.

Grâce au RIE, plusieurs gros patrons - dont des békés descendants d’anciennes familles esclavagistes - profitent de cette journée de commémoration afin de faire de la publicité pour leur enseigne en utilisant encore et d’une autre façon la sueur de leurs salariés. Des employeurs publics sont aussi de la partie.

Voilà comment les exploiteurs d’aujourd’hui détournent le 27 mai à leur profit. Les esclaves du passé devaient être entièrement soumis aux maîtres sur les plantations. Alors, que les maîtres d’aujourd’hui imposent aux esclaves modernes, les salariés, une journée de course pour la publicité de leurs entreprises est indigne en ce jour de commémoration.

Il faut que les entreprises annulent cette course ou au moins qu’elles changent de jour !


Guadeloupe Succès de la fête de Combat Ouvrier

Dimanche 6 mai près de 400 personnes, en majorité des travailleurs et leur famille, ont pris part à notre fête annuelle, dans une ambiance conviviale et champêtre. La politique ouvrière s’est fait entendre aussi, et dans un esprit de lutte contre l’exploitation capitaliste. Nous remercions tous les participants, ainsi que nos sympathisants qui nous ont aidés à organiser cette journée réussie. Et à toutes et tous, nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine !


Martinique 22 mai 2018 : Rififi entre nationalistes au Prêcheur

La commémoration du 170ème anniversaire de la révolte ayant abouti à l’abolition de l’esclavage a connu un dérapage le 22 mai au Prêcheur. Militants du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) et représentants de la CSTM (Centrale Syndicale des Travailleurs Martiniquais) en sont venus aux mains.

La presse a largement commenté l’épisode. Bertrand Cambusy, secrétaire général de la CSTM, s’est opposé à Daniel Marie-Sainte, dirigeant du MIM et ex-secrétaire général de la CSTM. Ce dernier, avant d’être un gestionnaire de la Région, puis de l’actuelle CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), a dirigé le syndicat CSTM avec Marc Pulvar.

Début 2018, la CSTM de Bertrand Cambusy commémorait le 10ème anniversaire de la mort de Marc Pulvar. Il avait alors dénoncé l’absence de représentants de la CTM. Bertrand Cambusy a fait part de ses récriminations à la presse. Il a reproché au comité d’organisation du 22 mai de ne pas avoir prévu de lui donner la parole. Mais, surtout, il a dénoncé le fait que le nom de Marc Pulvar ne soit pas mentionné parmi ceux qui ont été à l’origine de l’instauration de la commémoration du 22 mai. Bien sûr, le son de cloche est différent du côté de Daniel Marie-Sainte et surtout du président du MIM, Alfred Marie-Jeanne. Ce dernier s’en est même pris au maire du Prêcheur, Marcelin Nadeau. Cette cérémonie se voulait être un hommage rendu aux combats menés par les hommes réduits en esclavage. Mais la tournure qu’elle a prise a montré une pratique visant plus à mettre en lumière certaines figures et à en éliminer d’autres. Un incident révélateur.


Martinique Agir avec Kémi Séba ne peut que nuire au combat des opprimés !

Avec le soutien d'organisations nationalistes martiniquaises, Kémi Séba a fait une tournée de propagande en Martinique dans la foulée des commémorations de l'abolition de l'esclavage.

Kémi Séba est un activiste noir de parents béninois, né à Strasbourg en 1981. Il s'est fait connaître en 2004, en banlieue parisienne, comme animateur de « la Tribu Ka », un groupe qui sous prétexte de lutte contre le racisme anti-immigrés ne dédaignait pas de prôner le suprémacisme noir et l'antisémitisme. Il était apparu rapidement comme proche de Dieudonné, lui-même proche du Front National. Il a plus récemment mené une activité au Sénégal, puis au Bénin, au nom du panafricanisme. L'Afrique ou la peau noire, cela ne constitue pas un programme de lutte contre l'exploitation.

Le progrès d'idées réactionnaires, affirmées comme celles du Front National, ou plus confuses comme celles remuées par Kémi Séba et consorts, ne peut que nuire au mouvement des exploités.

C'est donc cette girouette mégalomane qu'a sponsorisée le Kolektif Matinik formé par le MIR (Mouvement international pour les réparations) de Garcin Malsa, Moun d'Olivier Bérisson (ex-dirigeant de l'ASSAUPAMAR), etc. Ce faisant ces organisations ont fait preuve de bien de légéreté et d'inconscience. En tout cas, elles montrent que leur activité, qui ne tient nul compte des intérêts du mouvement ouvrier, peut aussi être nuisible à celui-ci.


Première guerre mondiale Fin de la Grande Guerre (USA) : après le sang versé, mépris, haine et meurtres racistes

Beaucoup de Noirs avaient espéré que leur participation à la Grande Guerre aurait fait avancer la cause des Noirs aux USA. Il n’en a rien été. Pourtant non seulement ils avaient combattu, plusieurs centaines d’entre eux avaient perdu la vie dans le conflit, mais ils avaient aussi versé des sommes importantes pour soutenir l’effort de guerre de leur pays.

La déception est grande. Parmi ces soldats, ceux du fameux régiment 369 ou Harlem Hellfighters reviennent de France au début de 1919. Ils connaissent un grand succès lors de leur retour et défilent fièrement à New York sous les applaudissements de Noirs et de Blancs. Beaucoup d’entre eux ont reçu des médailles de guerre dans le bataillon français où ils ont combattu. Avec leur orchestre, ils ont fait connaître en France cette extraordinaire musique qu’est le jazz pour laquelle les Noirs étaient mal vus chez eux. Mais très vite, ils déchantent. On refuse de leur donner des médailles aux USA car ils sont noirs. Un de leurs valeureux combattants, Henry Johnson, meurt en 1929 dans la misère : impossible de trouver du travail car gravement blessé à la guerre.

En fait, les soldats subissent le racisme. Certains encore en uniforme ont été lynchés par des racistes. Ces soldats qui avaient fait tant de sacrifices ne trouvaient pas de travail encore à cause du racisme. Et l’année même de leur retour, suite à une agression raciste contre un jeune noir qui nageait « trop près des plages blanches », en juillet 1919 éclataient des émeutes pendant cinq jours à Chicago.


Venezuela Maduro réélu

Nicolas Maduro, le successeur d'Hugo Chavez, a été réélu président du Venezuela le 20 mai, battant Henri Falcon, candidat du parti de droite COPEI, dont la victoire était pourtant prédite par les médias.

Les autres partis de droite ont boycotté ces élections. La participation a été faible, officiellement 46,1 %, beaucoup moins qu’aux élections précédentes, où elle était de 63,4 %. En 1998, lors de la première élection de Chavez, la participation avait été de 63,4 % ; 74,7% en 2006 et 80,5% en 2012. En 2013, après la mort de Chavez, la participation fut de 80%, et Maduro obtenait 7,5 millions de voix.

Cette fois, il n'en a obtenu que 5,8 millions, soit seulement 28% de l'électorat, contre 1,8 million pour son adversaire. Maduro a payé dans les urnes les difficultés rencontrées par la population. Depuis la forte baisse du prix du pétrole brut, principale source de revenus du Venezuela, il est devenu difficile, voire impossible, de trouver de nombreux médicaments et produits de base. Et il y a les effets de l'embargo imposé par les États-Unis. Depuis que Chavez a pris le pouvoir en 1999, la droite locale et les patrons vénézuéliens, soutenus par les États-Unis, ont tous comme objectif de chasser le régime chaviste du pouvoir.

La raison ? L’État vénézuélien survit et paie ses fonctionnaires essentiellement grâce aux produits pétroliers. Directement ou indirectement, la bourgeoisie vénézuélienne en tire la majeure partie de ses profits. C’est la corruption chronique qui assurait son pouvoir, jusqu’à ce que Chavez mette à l’écart les politiciens et hauts fonctionnaires qui se partageaient la rente pétrolière. Les accusations d'incompétence contre le régime de Chavez puis de Maduro n’ont toujours visé qu’à rétablir l'ancien ordre des choses. Plusieurs moyens ont été essayés pour ce faire : deux coups d'État qui ont échoué, et une série de référendums que Chavez pouvait gagner tant que le prix du pétrole permettait de redistribuer une partie des revenus du pays aux classes les plus pauvres. Certains présentent le Venezuela comme ce qui serait un « nouvel échec » du socialisme. Mais les chavistes ne sont pas socialistes. Le socialisme ce n’est pas seulement quelques mesures favorables à la population, aussi bonnes à prendre soient-elles. Ce serait que les travailleurs exercent le pouvoir directement, qu’ils s’attaquent à la propriété privée des moyens de production et au pouvoir des capitalistes. Cela, Chavez et ses partisans ne l'ont jamais envisagé. En composant avec le capital local et les multinationales, ils ont choisi de maintenir le statu quo de la société actuelle et non de chercher à la renverser. La droite vénézuélienne et les possédants en profitent pour poursuivre leurs manœuvres. Les États-Unis ont déclaré vouloir rendre l'embargo encore plus strict. Mais les élections du 20 mai ont montré que dans la population pauvre beaucoup continuent à soutenir Maduro.


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