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CO de 2018/CO n° 1199 du 02 juin 2018/Deuxième page

Deuxième page

France Cheminots : les grévistes tiennent bon

Deux mois après le début de leur grève contre l’attaque de leur statut, les cheminots ne lâchent pas. Malgré les tentatives de la direction de la SCNF pour dissimuler les chiffres réels des grévistes et malgré la propagande des médias, la grève continue.

Le 14 mai, décrétée « journée sans cheminots », a été un véritable succès et une occasion pour ceux qui ne font pas grève habituellement de marquer le coup et d’arrêter le travail. Le 22 mai, les syndicats ont organisé un « vot’action » c’est-à-dire un référendum « pour ou contre le pacte ferroviaire » prévu par le gouvernement. Selon les résultats diffusés par la CGT, le principal syndicat, plus de 62 % des cheminots ont participé au vote et le « non » l’a emporté à 94,97 %, soit une écrasante majorité. Ce référendum a permis aux grévistes de démontrer que les plans du gouvernement Macron sont massivement rejetés par les salariés de la SNCF.

Dans l’espoir d’amadouer les dirigeants du mouvement, le gouvernement a annoncé qu’il reprendrait à son compte une partie de la dette de la SNCF et qu’il y ferait des investissements. Sauf que cette proposition est l’arbre qui cache la forêt : les conditions de travail et de salaire des cheminots sont toujours menacées car le gouvernement et la direction n’ont pas abandonné leur projet de faire 700 millions d’euros d’économie sur l’entreprise. Le mouvement des cheminots est bel et bien une épine dans le pied de ce gouvernement anti-ouvrier.


France 22 mai, la manifestation des fonctionnaires

Le 22 mai, dans une centaine de villes et à l’appel des directions syndicales, les fonctionnaires se sont mobilisés. Différents secteurs étaient présents : ceux de la santé, de l’enseignement, de La Poste, du transport (les bus). Les cheminots qui manifestent depuis deux mois ainsi que les étudiants se sont joints aux manifestations. L’ensemble des fonctionnaires dénonce le manque de moyens et de personnel, et les menaces pour leur statut. Macron a annoncé la suppression de 120 000 postes, et la rémunération au mérite sans compter le blocage des salaires. Dans la santé, la situation se dégrade de façon alarmante pour le personnel et les malades. Aux urgences, dans certains hôpitaux, il y a des morts qui auraient dû être évitées. En Guadeloupe et en Martinique où la situation est la même, sinon pire, les syndicats n’ont pas appelé à la grève et à la manifestation. Seuls les syndicats de police ont fait grève. Des policiers ont diffusé des tracts à Pointe-à-Pitre sur la voie publique. Si les syndicats n’ont pas manifesté, certains d‘entre eux ont exprimé leur solidarité avec les fonctionnaires en France. .


Guadeloupe Grève du 3 mai : un avertissement pour Macron et ses amis les gros patrons

Les salariés de nombreux secteurs ont fait grève pour exiger l’arrêt des licenciements, l’augmentation généralisée des salaires, et dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. Il y a eu des rassemblements et des blocages dans la région pointoise. À midi, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Pointe-à-Pitre et se sont ensuite rassemblées devant le tribunal en soutien à la CGTG. Un chauffard blanc avait volontairement accéléré en arrivant près des manifestants de la CGTG au port de Jarry, lors de la grève du Crédit Agricole en juillet 2016. Il visait Jean-Marie Nomertin et a finalement blessé le camarade Berlima. Sous pression de la mobilisation du 3 mai, le juge a préféré rendre sa décision sur l’instant. Le chauffard a été condamné à un an de prison ferme (aménageable, quand même !) et un an de sursis. Il doit verser 7 000 € à Berlima, 1 500 € à Nomertin et 1 000 € à la CGTG. 


Guadeloupe Mobilisation des avocats

Après l’interdiction de plaider subie par l’un des leurs, les avocats ont décidé la grève des audiences. Lundi 14 mai, alors que maître Ézelin allait prendre la parole pour conclure la plaidoirie du collectif d’avocats en défense dans l’affaire Équinoxe, la juge a refusé qu’il plaide.

Elle avait décidé que les plaidoiries prendraient fin à midi, sous prétexte qu’elle n’était plus disponible ! Les avocats ont immédiatement dénoncé cette violation inadmissible et inédite des droits de la défense. Ils ont eu le soutien tout aussi immédiat des organisations syndicales UGTG et CGTG qui sont en butte régulièrement à la répression judiciaire. Cette remise en cause des droits de la défense est la porte ouverte à encore plus d’arbitraire. Les avocats ne se sont donc pas contentés de protestations verbales. Après plusieurs assemblées générales ils ont décidé de bloquer toutes les audiences le 16 et le 17 mai. De plus, ils ont bloqué une audience présidée par la juge auteure de ce déni de justice, à qui les avocats ne veulent plus avoir affaire. Combat Ouvrier soutient cette action des avocats.


En « Mai 1968 » en France

L'intervention des travailleurs et des étudiants originaires des départements et territoires sous domination française (première partie)

À la Sorbonne occupée

Pendant la révolte des étudiants et la grève générale de mai-juin 1968, des étudiants et des travailleurs antillais et guyanais en France ont fait entendre leur voix au cours d'actions multiples. Les étudiants de l'AGEG (association générale des étudiants guadeloupéens), de l'AGEM (association générale des étudiants martiniquais), les étudiants guyanais, les travailleurs regroupés autour de l'AGTAG (association générale des travailleurs antillo-guyanais) et bien d'autres participaient nombreux aux meetings organisés à la Sorbonne occupée par les étudiants.

Le groupe d'étudiants et de travailleurs qui donnera naissance en Guadeloupe à « Combat Ouvrier » en 1971 avait pris l'initiative de créer un « comité des étudiants et travailleurs des territoires sous domination française ». Ce groupe de militants communistes- trotskystes avait constitué trois ans avant la « Ligue antillaise des travailleurs communistes » et éditait un petit journal ronéotypé du nom de « Lutte Ouvrière » ainsi qu'une feuille intitulée « Gro-ka » écrite en créole et diffusée dans les entreprises où travaillaient des Antillais.

Il était (comme il est toujours) lié au groupe trotskyste français « Voix Ouvrière », père de l'organisation « Lutte Ouvrière » d'Arlette Laguiller, et à l'UCI « l'Union communiste internationaliste ». Ses militants se joignirent d'emblée aux manifestations étudiantes et ouvrières de Paris et à la grève générale. Ils participèrent à l'occupation de la Sorbonne et y tinrent des meetings permanents dans une salle puis dans un amphithéâtre, comme le faisaient de multiples groupes d'extrême gauche.

Un contexte international marqué par la répression coloniale et les luttes anti-impérialistes

Ces militants trotskystes dénonçaient notamment la politique colonialiste des gouvernements français dans les départements et territoires d'outre-mer. Le pouvoir colonial de cette époque était brutal, intolérant, raciste, voire sanguinaire. Un an avant, en mai 67, la soldatesque avait tiré sur les travailleurs du bâtiment en grève à Pointe-à-Pitre et sur les jeunes révoltés, faisant des dizaines de morts. Des militants nationalistes du GONG (groupe d'organisation nationale de la Guadeloupe) et d'autres organisations de la nébuleuse indépendantiste, dont l'AGEG alors contrôlée par le GONG, avaient été arrêtés et emprisonnés en Guadeloupe ou emmenés de force en France à la prison de la Santé. Leur procès s'était déroulé du 19 février au 1er mars 1968 et avait mobilisé contre la « répression coloniale » bon nombre d'étudiants et de travailleurs. Rappelons aussi que cinq ans avant la répression s'était abattue sur des jeunes martiniquais de l'OJAM (Organisation de la jeunesse anticolonialiste martiniquaise). Ils furent emprisonnés en France puis jugés avant d'être libérés faute de preuves comme plus tard ceux du GONG. En mars 1961, trois ouvriers agricoles avaient été tués par les forces de répression lors d'une grève au Lamentin en Martinique, deux ans après les émeutes antiracistes de décembre 1959.

Les organisations d'étudiants et de travailleurs antillais étaient toutes très influencées par l'idéologie nationaliste, qu'elle fut maoïste, castriste, ou liée au nationalisme algérien pendant la guerre d'Algérie qui avait abouti à l'indépendance de ce pays en 1962.

En 1968 la guerre du Vietnam opposant les troupes américaines à celles du « Vietcong » battait son plein. La résistance du Vietcong pour l'indépendance du Vietnam réunifié forçait l'admiration de tous, certes, mais en même temps favorisait d'autant l'expression politique tiers-mondiste et celle des nationalistes de tous bords. De même, les guérillas de Che Guevara en Afrique et en Bolivie après le triomphe de la révolution cubaine qu'il avait dirigée aux côtés de Fidel Castro. Le « Che » avait été assassiné en octobre 1967 dans le maquis de Bolivie. Cette série de répressions, de guerres et de guérillas opposant nationalistes armés ou pas à l'impérialisme ont enflammé l'imagination de toute une génération de jeunes ouvriers et étudiants qui se retrouvaient sur les barricades de Paris aux cris de « guérilla urbaine » ou de « mort à l'impérialisme ». Dans les entreprises, de jeunes ouvriers enhardis par la révolte étudiante entendaient lutter contre l'exploitation capitaliste en France même et contre tous les carcans d'une société rétrograde, intolérante par bien des aspects. (Nous publierons la suite dans notre prochain numéro.)


Mai-Juin 1968 : souvenirs de militants ouvriers

Édité par Lutte Ouvrière à l'occasion du cinquantième anniversaire de la grève de Mai-Juin 1968, cet ouvrage rassemble des témoignages de militants ouvriers. Il est disponible pour l'achat en ligne sur le site de Lutte Ouvrière.