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CO de 2018/CO n° 1199 du 02 juin 2018/Première page

Première page

Éditorial: Esclavage Derrière les commémorations

ZoomEn Martinique, comme en Guadeloupe, et dans l’hexagone, pendant chaque mois de mai une série de manifestations sont organisées pour commémorer la lutte des esclaves pour l’abolition. La tradition a été respectée cette année encore. Pourtant, pendant longtemps, le gouvernement français, les riches familles békées, des notables ont tout fait pour occulter cette partie de l’histoire antillaise. Ces journées de commémoration ont été arrachées par la lutte des organisations communistes, nationalistes et communistes révolutionnaires comme la nôtre. Elles l’ont été par ceux-là mêmes qui hier étaient désignés comme de dangereux activistes.

Il y a de quoi écarquiller les yeux de voir aujourd’hui un préfet s’incliner devant la stèle de Delgrès au Matouba. On se demande si on ne rêve pas lorsqu’on entend les télés et radios d’État outre-mer rappeler l’histoire des « neg mawon ». Voir Bernard Hayot, descendant d’une famille d’esclavagistes, l’homme le plus riche des Caraïbes, exploiteur de milliers de travailleurs dans ses entreprises de Martinique et de Guadeloupe, participer le 23 mai dernier à la manifestation commémorative de Paris, cela est risible. Toute une série de notables antillais et hexagonaux s’est retrouvée comme lui au ministère des outremers ce jour-là.

Pour nous, révolutionnaires communistes, le sens de ces commémorations, leur symbolique, doit rappeler le combat des exploités du passé pour servir la lutte de ceux d’aujourd’hui. Pour les esclaves modernes que sont les travailleurs, la lutte des esclaves du passé est la preuve que le combat contre la domination et l’exploitation des possédants d’aujourd’hui est non seulement possible, mais qu’il triomphera.

Ce n’est pas le sens que donnent tous ces notables aux commémorations. Pour eux, il s’agit d’un passé révolu. Pour nous, c’est un passé qui rappelle l’exploitation d’aujourd’hui, même si les travailleurs d’aujourd’hui ne sont plus légalement du bétail ou du « bois d’ébène ». Et puis nous ne sommes pas du même monde. Nous ne sommes pas du monde des Hayot, et du ministère de l’outre-mer, mais de celui des travailleurs et des pauvres d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas du côté des hypocrites qui en commémorant les dates symboles de la lutte des esclaves veulent faire oublier leur différence de classe d’aujourd’hui, leur domination sur les travailleurs d’aujourd’hui, leur mépris des pauvres.

Quant aux directions des organisations politiques et syndicales nationalistes, elles ne donnent pas non plus le même sens que nous, révolutionnaires communistes, à ces commémorations. Elles utilisent ces événements, certes pour rappeler l’histoire, ce qui est bien, mais elles tentent aussi de forger au sein de la population un sentiment national, qu’elles espèrent être dans l’avenir le levain d’une lutte pour l’autonomie, l’indépendance, la création d’un pouvoir ou d’un État guadeloupéen toutes classes confondues.

Or l’unité de classes ne signifie pas autre chose que domination de la classe la plus puissante sur celle des travailleurs et des pauvres. Les véritables descendants des esclaves du passé, socialement, ce sont les travailleurs et les Noirs pauvres d’aujourd’hui. Ce ne sont pas les médecins, les avocats et autres notables noirs et, puisqu’il faut le rappeler, encore moins les descendants des esclavagistes d’autrefois. Ce sont les esclaves modernes d’aujourd’hui, les travailleurs salariés qui devront s’émanciper eux-mêmes, forger leur propre organisation politique totalement indépendante des autres classes qui les dominent. C’est ainsi qu’ils se libèreront de leurs chaînes modernes, celles qui les obligent à travailler juste pour survivre pendant que les nouveaux maîtres comme Hayot tirent profit de leur travail pour accumuler encore de fabuleuses richesses.


Sargasses : les élus et le gouvernement se renvoient la balle

ZoomLes algues sargasses continuent d’échouer massivement sur les côtes de Martinique et de Guadeloupe. Mais le gouvernement n’est pas pressé de s’occuper du problème.

En se décomposant, les sargasses dégagent des gaz toxiques, en particulier de l’hydrogène sulfuré. Les populations exposées subissent des maux de tête, des éruptions cutanées, voire des malaises lorsque les concentrations de gaz sont très importantes. Les sargasses posent donc un problème majeur de santé publique dans les communes les plus touchées, comme à Capesterre-de-Marie-Galante ou au Robert.

Il faut que l’État débloque rapidement des sommes importantes pour organiser le ramassage des sargasses, voire pour prévenir les futurs échouages. Les collectivités locales n’ont pas les moyens de faire face à cette catastrophe écologique. Mais le gouvernement se fait prier. Le ministre de l’écologie Nicolas Hulot, sollicité depuis le mois d’avril, vient seulement d’annoncer sa venue en Martinique et en Guadeloupe au mois de juin. Il n’a pas voulu parler de « catastrophe naturelle » concernant les sargasses, ni précisé quels moyens il compte apporter.

Le gouvernement semble décidé à ne pas trop dépenser, alors que la santé de la population est en jeu. C’est d’autant plus choquant que l’État ne lésine pas quand il s’agit de distribuer les cadeaux aux milliardaires. Mais c’est bien connu : « quand on aime, on ne compte pas » ! Les élus de Guadeloupe et de Martinique dénoncent, à juste titre, l’inertie du gouvernement. Mais ils se contentent de multiplier les réunions et les questions à l’Assemblée. Aucun d’entre eux ne propose à la population de manifester sa colère dans les rues. De crainte d’être débordés, les élus n’osent pas appeler leur population à la mobilisation. Ce serait pourtant le moyen le plus efficace pour contraindre le gouvernement à agir .


France Parcoursup aggrave les inégalités entre étudiants

Le 22 mai, les lycéens de terminale ont reçu les premières réponses concernant leurs futures études. Un élève sur deux était sans affectation. Le gouvernement ne veut pas augmenter le nombre de places disponibles à l’université, car cela demande des moyens. Il a donc créé la plateforme internet Parcoursup pour sélectionner les futurs étudiants. Sans surprise, seuls les meilleurs élèves des filières générales ont reçu une réponse positive. Les autres ne sont pas sûrs de pouvoir continuer leurs études après le bac, ils ont été placés en liste d’attente.

Certains n’ont même reçu que des réponses négatives. Contrairement à ceux des lycées plus cotés, les lycéens des quartiers populaires sont les premiers recalés de Parcoursup. Cela est d’autant plus injuste que leur famille ne pourra pas leur payer des études dans le privé. Il y a encore en France de nombreux lycéens et étudiants qui protestent contre Parcoursup. Ils ont raison de dénoncercette sélection qui vise à exclure encore plus des universités les enfants des classes populaires. .


Guadeloupe Grève des lycéens de Petit-Bourg ?

Le 16 mai, les élèves du lycée des Droits de l’Homme ont refusé d’aller en cours, pour protester contre les nuisances provoquées par les sargasses qui s’accumulent à proximité de l’établissement. Les lycéens avaient décidé la veille de faire grève. Certains avaient préparé des pancartes pour dénoncer les nuisances qu’ils subissent. Si la majorité des élèves a préféré rester rassemblée devant les portes du lycée, une cinquantaine a également manifesté dans les rues de Petit-Bourg. Ils ont reçu le soutien de la population, ainsi que des élèves du collège qui sont également victimes des gaz toxiques. Les émanations de gaz se sont atténuées les jours suivants. Mais il faudrait que le rectorat prenne les mesures nécessaires pour éviter aux lycéens de passer le bac dans de mauvaises conditions si les sargasses reviennent massivement à Petit-Bourg.


Guadeloupe Sargasses meeting de Combat Ouvrier à Capesterre Belle-Eau

Combat Ouvrier a organisé le 23 mai un meeting public devant la mairie de Capesterre-Belle-Eau pour dénoncer le manque de moyens contre les méfaits des sargasses, qui touchent cette commune comme d’autres. Les intervenants de Combat Ouvrier, Lita Dahomay et Jean-Marie Nomertin, ainsi qu’un ouvrier de la banane qui présidait ont dénoncé la politique du gouvernement qui donne des aides financières généreusement aux riches et des miettes pour régler ce problème très nuisible à la santé de la population. Le ministre de l’écologie, Hulot, et la ministre des outremers ont annoncé qu’ils viendraient en Guadeloupe. Nos camarades ont exigé dans ce meeting que les mesures de gaz se fassent sur une demi-journée, que les consultations médicales liées à ce phénomène soient gratuites, et que les autorités mettent des hébergements gratuits à la disposition des personnes sinistrées. Mais des moyens existent afin que les sargasses n’atteignent pas les rivages. Il faut les arrêter en pleine mer. Cela nécessite des moyens importants et, certes, beaucoup d’argent. Mais les dégâts humains et matériels coûteront bien plus cher si on laisse faire. Il s’agit d’un problème urgent de santé publique. Un prochain meeting est prévu à Sainte-Marie, toujours à Capesterre-Belle-Eau, où les habitants et les pêcheurs sont confrontés à une masse importante de sargasses qui dégagent des gaz nocifs.


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