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CO de 2018/CO n° 1198 du 05 mai 2018/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe Le PCG fête ses 60 années d’existence

À cette occasion, une délégation de Combat ouvrier a répondu à l’invitation du Parti communiste guadeloupéen (PCG) le samedi 28 avril.

C’est en 1958 que la section du Parti communiste français décida de se constituer en Parti communiste indépendant. Il garda cependant des liens constants avec le PCF. C’est aussi cette année-là que le PCG adopta le mot d’ordre d’autonomie pour rompre avec une départementalisation factice. Cette dernière n’était que de l’oppression coloniale déguisée. Étaient aussi présents : Alain Plaisir du CIPPA (Comité d’initiative pour un projet politique alternatif), une délégation du Parti communiste martiniquais avec Georges Erichot son secrétaire général, une de l’UPLG (Union populaire pour la libération de la Guadeloupe - indépendantiste). Un jeune universitaire fit une conférence sur l’autonomie d’un point de vue juridique. Félix Flemin, secrétaire général du PCG clôtura les interventions. L’ouverture de la manifestation avait été animée par Luc Hubert Séjor et le groupe Fanm ki ka (des femmes qui chantent et jouent du « ka », du tambour) qui joua notamment un hymne dédié au PCG. Un buffet en musique clôtura l’ensemble de la manifestation avec ses 150 personnes présentes.

Intervention de notre camarade Max Céleste à la manifestation des 60 ans du Parti communiste guadeloupéen, samedi 28 avril 2018

Bon anniversaire au Parti communiste guadeloupéen et à tous ses militants. Ce souhait n’est pas une politesse, il est sincère, car en dépit de ce qui nous sépare sur le plan idéologique, nous avons toujours analysé à leur juste valeur les luttes du PCG au sein de la classe ouvrière de ce pays. Dans les années d’après-guerre et aussi à partir de 1958, les grandes luttes des travailleurs avec les militants du PCG ont permis des avancées importantes pour la classe ouvrière.

La grève générale des travailleurs de la canne en 1952 marquée par la tuerie du Moule le 14 février, la grève des fonctionnaires l’année suivante, ne furent que des épisodes marquant de ces luttes qu’on ne pourrait toutes énumérer ce soir sous peine de dépasser de loin notre temps de parole et dans lesquelles des militants du PCG ont joué un rôle important voire primordial.

Le rôle que joua le PCG n’a pas abouti seulement à des satisfactions matérielles pour les masses populaires, mais il a contribué aussi à des avancées morales, je veux parler de la prise de conscience de classe des travailleurs, qui fait tant défaut aujourd’hui et qui alors était bien plus élevée.

Cette conscience de classe a heureusement laissé des traces chez une avant-garde militante aujourd’hui, mais quand même bien plus faible qu’autrefois. A partir de 1958, le PCG fut à l’origine de la popularisation d’une conscience anticolonialiste en plus de la conscience de classe. De section du Parti communiste français, sa constitution en Parti communiste guadeloupéen en fut la marque symbolique.

On peut critiquer la position du PCG sur l’autonomie à diverses époques et au travers des différentes formulations de l’autonomie jusqu’à faire de l’autonomie une étape vers l’indépendance, on peut aussi ne pas être d’accord avec la manière dont le PCG traduit sa politique autonomiste aujourd’hui et c’est notre cas, j’y reviendrai.

On peut avoir des divergences, et il y en a beaucoup, dans la longue marche de toutes les organisations et partis anticolonialistes, autonomistes ou indépendantistes. Mais il est un fait indéniable et prouvé historiquement c’est que tous ces partis, toutes ces tendances, proviennent à l’origine peu ou prou du Parti Communiste guadeloupéen. Car, historiquement, il fut le premier à parler d’autonomie, à prôner une politique de rupture avec le colonialisme français. Cela dit camarades, et vous avez l’avez déjà lu dans notre presse, nous à Combat ouvrier, nous insistons particulièrement sur le fait de donner à l’autonomie un contenu de classe tranché. Car l’autonomie en elle-même ne peut signifier l’émancipation de la classe ouvrière et des classes laborieuses. Le problème est simple. Parler des « Guadelou-péens » ou du « peuple guadeloupéen » en général ne différencie pas les riches des pauvres, les possédants de ceux qui n’ont rien, les classes pauvres des classes aisées.

Monsieur Blandin, président du Medef-Guadeloupe a fait un plaidoyer pour l’autonomie il n’y a pas si longtemps. Peut-on penser qu’il défende spécifiquement les travailleurs et les classes pauvres ? Évidemment non. Pour nous à Combat ouvrier, la véritable autonomie sera celle qui permettra aux travailleurs et aux classes pauvres de pouvoir prélever même en partie sur les classes riches et aisées de quoi améliorer leur sort. J’aimerais quand même terminer sur le fait que les deux seules organisations qui se réclament du communisme ici en Guadeloupe sont Le PCG et Combat ouvrier. Et malgré les divergences, forts de cet idéal communiste commun, nous avons toujours pensé qu’il était possible de militer ensemble, à partir de ce qui nous unit.

En particulier, il y a une lutte commune des communistes, vous et nous, à mener pour contribuer à ce que les travailleurs renouent avec la conscience de classe qui se perd. À Combat ouvrier, nous analysons la période historique actuelle comme une période marquée par un recul énorme du mouvement ouvrier international et le déplacement du balancier politique et social international vers la droite.

Face à cette période, les communistes et donc nos deux organisations pourraient envisager une action commune au sein de la classe ouvrière et des classes populaires. Et nous pourrions l’élargir à tous ceux qui, bien que non communistes, sont prêts à agir pour la renaissance d’une conscience de classe des travailleurs et des pauvres.

C’est sur cette note que nous voulons optimiste que je finirai camarades car seul l’optimisme révolutionnaire peut être source d’action révolutionnaire positive et fructueuse. Je vous remercie.
Pour Combat ouvrier, Max Céleste, le 29 avril 2018


Il y a 100 ans En France, les gradés américains racistes réagissent

Nous poursuivons notre chronique sur les soldats noirs dans la Première Guerre mondiale.

Tout allait trop bien pour les Noirs américains combattant au sein de l’armée francaise. En juillet 1918, ils reçoivent louanges, médailles et ne sont accusés d’aucun méfait (viols...) comme ce sera le cas plus tard. La population sympathise avec eux. Auprès des officiers blancs français, des officiers noirs américains sont félicités. Le général en chef US, Pershing, loin du front, ne le supporte pas. Il remplace tous les officiers noirs en France par des blancs. Cela, y compris dans les régiments qu’il avait incorporés dans l’armée francaise par esprit de ségrégation.

Ce même Pershing est à l’origine d’un document signé par un gradé français et distribué partout puis retiré : « Le nombre élevé de nègres aux États Unis (15 millions environ) créerait pour la race blanche un danger de dégénérescence... Le public français s’est habitué à traiter familièrement le « noir » et à être très indulgent à son égard. Cela blesse profondément les Américains...Les vices du nègre sont un danger constant pour l’Américain qui doit les réprimer sévèrement...

Conclusion : il faut éviter toute intimité trop grande d’officiers français avec des officiers noirs... Il ne faut pas vanter d’une manière exagérée les troupes noires américaines... Tacher d’obtenir des populations... qu’elles ne gâtent pas les nègres... ». Pershing représente le point de vue des autorités US : il ne faut pas que les soldats noirs rentrent aux États-Unis avec des convictions de contestation, de liberté, « l’esprit français ». Il réintègre les régiments noirs US à son armée. Sauf les Harlem Hellfighters, il n’y réussit pas. Ceux-ci vont encore mériter l’admiration en menant le dernier combat sur le Rhin.


Il y a 50 ans L’explosion sociale de Mai 68

En France, en mai 1968, la contestation étudiante a été l’étincelle de cette explosion. Ce fut la plus grande grève générale depuis juin 1936.

Les étudiants dénonçaient les règles rigides d’une société étouffante. Le mouvement étudiant s’était déplacé de L’université de Nanterre au Quartier latin, le quartier des étudiants, situé au cœur de Paris. Malgré les affrontements quotidiens avec la police, les centaines de jeunes blessés ou arrêtés, les étudiants tenaient bon. Leur combativité a inspiré les jeunes ouvriers, qui les ont rejoints le 10 mai sur les barricades du Quartier latin. Les travailleurs subissaient des conditions de travail pénibles, avec des semaines à rallonge et des salaires très bas. Comme la contestation gagnait les ouvriers, la CGT - dirigée par le Parti communiste - a organisé une journée de grève le 13 mai. Le lendemain, à Nantes, des jeunes travailleurs ont refusé de reprendre le travail. Et en quelques jours toutes les entreprises se sont mises en grève. Le 21 mai il y avait dix millions de grévistes, dans tous les secteurs : industrie, bureaux, commerces, transports… même les fossoyeurs étaient en grève et les footballeurs professionnels ! Les grévistes se sentaient libérés de la routine du travail, de la pression des chefs. Les étudiants idéalisaient ce sentiment de liberté, ils proclamaient : « Il est interdit d’interdire ! ».

Le pouvoir de de Gaulle, en place depuis 1958, était très embarrassé. Mais le Parti communiste, qui influençait la majorité des travailleurs, ne voulait pas, comme d’habitude, mettre en péril la domination de la bourgeoisie. Il a soutenu la proposition de de Gaulle d’élections anticipées. Les tractations entre le gouvernement et la direction de la CGT et des autres syndicats ont abouti aux « accords de Grenelle » du 27 mai. Ils contenaient des avancées concernant le droit syndical, ainsi qu’une augmentation du SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti- l’ancien SMIC) de 35%. Mais pour l’ensemble des travailleurs l’augmentation de salaire n’était que de 7%, ce qui était peu vu l’inflation à l’époque.

Dans les usines, les assemblées générales ont voté la poursuite de la grève. Mais début juin les dirigeants de la CGT ont orchestré la reprise du travail dans les services publics (transports, électricité, poste…). L’élan de la grève générale était brisé. La grève a continué quelques semaines, notamment dans les usines automobiles, où les travailleurs ont ainsi gagné des accords plus favorables. Mais le pouvoir avait repris la main. La police a fait de nombreux blessés, et plusieurs morts, pour rétablir l’ordre.


International Arménie : une manoeuvre de trop a provoqué la révolte populaire

Depuis le 13 avril, la population est mobilisée. La raison : une énième manœuvre politique de Serge Sarkissian qui depuis 2008 s’accroche au pouvoir en alternant les mandats de chef de l’État et de premier ministre.

L’Arménie, cette ancienne république soviétique de trois millions d’habitants, est située dans la région du Caucase, à l’ouest de la Turquie et au sud de la Russie. Début avril, Sarkissian a encore tenté de s’auto-transférer au poste de premier ministre ce qui a provoqué la colère populaire. À Erevan, la capitale, mais aussi dans plusieurs villes du pays, des milliers d’Arméniens manifestent « pour le changement ». Des routes sont bloquées et le trafic subit de fortes perturbations.

Sarkissian a été contraint de démissionner. Le 1er mai, les députés du Parlement doivent élire un nouveau premier ministre. Sarkissian et son parti, le parti républicain, sont discrédités. Nikol Pachinian, un député de l’opposition, s’est annoncé candidat. Pachinian est très populaire auprès de nombreux Arméniens : il est accueilli en héros depuis qu’il s’est déclaré comme le principal opposant au parti républicain. Une partie du mécontentement populaire s’est orienté vers Pachinian. Mais si les classes populaires lui font confiance pour changer leur sort, elles se trompent. Il ne suffira pas de changer le politicien au pouvoir pour faire disparaître la misère sociale et les inégalités. L’histoire l’a trop souvent montré.

D’ailleurs Pachinian, qui se veut « le candidat du peuple », a déjà montré qu’il était capable de contrôler le mouvement populaire uniquement à son avantage. Il a menacé les députés de déchaîner ses partisans pour paralyser totalement le pays s’il n’était pas élu. Les véritables intentions de Pachinian : accéder au pouvoir et mettre au pas la population.


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