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CO de 2018/CO n° 1197 du 21 avril 2018/Quatrième page

Quatrième page

Cuba : changement dans la continuité

Les 605 députés élus le 11 mars dernier à Cuba devront désigner le nouveau président qui remplacera Raoul Castro le 19 avril. Il est fort probable que le successeur soit Miguel Diaz-Canel, âgé de 57 ans, homme du sérail, préparé et formé depuis des années par Fidel et Raoul Castro.

La plupart des médias et chefs d’État des pays impérialistes critiquent ces élections, affirmant qu’elles ne sont pas démocratiques, les députés votant pour le candidat choisi par Raoul Castro. Il est vrai que les élections sont « verrouillées », et que les candidats sont triés par le Parti communiste de l’île, seul parti à la tête de l’État. Mais ces pays impérialistes soi-disant démocratiques n’ont aucune leçon à donner. Aux États-Unis, pour être candidat aux présidentielles, il faut être financé à milliards par son parti. Concernant la place des femmes au Parlement, les USA sont à la centième place après l’Arabie Saoudite (19% de femmes). À Cuba, 53 % des députés sont des femmes.

Et la pauvreté, si elle existe à Cuba, n’atteint pas le degré qu’elle atteint dans la plupart des pays d’Amérique latine. On ne meurt pas de faim à Cuba. Le régime castriste s’est depuis la fin de la révolution en 1959 employé à réduire l’analphabétisme, en développant l’instruction pour tous, il a aussi doté l’île d’un système de santé très supérieur à ce qui existait dans toute l’Amérique latine.

Mais ce qui gêne surtout les grandes puissances occidentales c’est l’indépendance de Cuba forgée dans le sillage d’une révolution populaire. C’est l’indépendance de Cuba à leur égard et surtout à l’égard des USA. C’est pourtant les USA qui ont rejeté Cuba après la révolution castriste malgré les déclarations anti communistes de Fidel Castro à l’époque et ses tentatives de rapprochement avec les USA. Etranglé par le blocus économique imposé par les USA, le nouveau régime cubain se rapprocha de l’URSS et se colla l’étiquette communiste. L’aide de l’URSS fut importante et permit à Cuba de tenir le coup. Cependant, la fin de l’URSS dans les années 90 entraina une diminution importante de l’aide de ce pays. Cuba connut la « période spéciale » marquée par des privations, une pauvreté accrues au sein de la population et un durcissement du régime.

Par la suite, le contexte international changeant, la guerre froide disparue, Cuba retrouva un nouveau souffle économique avec une ouverture progressive au marché mondial, bien que le blocus US n’ait pas entièrement disparu. L’ouverture de Cuba au tourisme international permit une rentrée d’argent non négligeable. Sous Obama, il y eut des tentatives de rapprochement mutuel entre les USA et Cuba. La grande île voit depuis quelques années la disparition progressive de la vieille garde formée dans lutte armée révolutionnaire contre le régime de Batista. Puis la mort de Fidel Castro, la vieillesse de Raoul Castro son frère et remplaçant à la tête de l’État cubain ont accéléré le processus de changement à la tête de l’État. Un tel changement de cadres dirigeants ne signifie pas forcément un changement de régime.

Il est cependant probable que de plus en plus les puissances occidentales et les USA desserrent l’étau avec lequel elles ont tenté en vain de faire chuter le régime cubain pendant soixante ans.
Cette bataille là les USA et ses alliés l’ont perdue.  


Notre-Dame-des-Landes : le gouvernement joue (péniblement) les gros bras

Le lundi 9 avril, le gouvernement a envoyé 2 500 gendarmes mobiles pour expulser les 250 personnes qui occupaient la « zone à défendre » (ZAD). Là devait être construit l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, projet désormais abandonné. Seule « utilité » de l’opération : faire une démonstration d’autorité contre les « gauchistes » auxquels l’État ne pardonne pas d’avoir gagné leur combat contre la construction de l’aéroport.

En 2000, le projet d’aéroport menace de détruire deux « zones à aménagement différés » (des parcelles protégées que l’État a déclarées inconstructibles dans les années 1970) et d’exproprier certains petits agriculteurs. Avec l’appui de militants écologistes, ces agriculteurs refusent de partir. La « zone à aménagement différé » rebaptisée « à défendre » accueille au fil du temps de jeunes militants qui cherchent à « vivre autrement » et bâtissent une communauté de petite production agricole basée sur l’entraide plus que sur les lois du marché. Au bout de dix-huit ans, ils ont contraint l’État à abandonner le projet d’aéroport. C’est ce défit à son autorité que l’État a voulu punir. Il a sous-estimé la résistance des « zadistes ».

À dix contre un, avec un équipement digne d’une zone de guerre, après que 50 des leurs ont été blessés, les gendarmes n’ont pu expulser personne : au contraire, ils ont attiré la solidarité de centaines de personnes venues soutenir les zadistes. Ils ont juste saccagé 29 fermes sur 97 avant que le gouvernement ne finisse par jeter l’éponge tout en déclarant qu’il avait gagné, le jeudi 12 avril. Et à l’heure où nous écrivons, l’occupation continue. Certes les doux rêveurs de la ZAD défendent un projet de société qui ne constituera jamais une voie de salut pour la majorité des pauvres et des travailleurs.

Il n’empêche, les « zadistes » et les agriculteurs de Notre-Dame-des-Landes ont réagi aux rodomontades de l’État avec fermeté et détermination. Leur résistance courageuse démasque clairement le prétendu « état de droit » des autorités : ce n’est au fond que le droit du plus fort, appuyé sur une bande d’hommes armés et des méthodes de bandits au service de la sacro-sainte propriété privée. C’est une leçon qui vaut pour tous les exploités. Nous saluons les zadistes pour cela.


Dans les entreprises

Écho de l’aéroport
Air France : les grévistes tiennent bon Le 10 avril a eu lieu la sixième journée de grève au plan national.
La direction a de plus en plus de mal à faire voler les avions, 35% des vols longue distance ont été annulés. Les grévistes veulent des augmentations de salaires de 6%, contre 2% proposés. Au départ, la direction ne proposait que 1%. Encore un effort ! Woulo ba yo !

Samsic : la direction s’en prend à ceux qui ont fait grève
La direction pratique le harcèlement à l’égard des collègues qui ont fait grève. Rappelons qu’il s’agit toujours d’un droit constitutionnel ! Plusieurs d’entre eux ont reçu un courrier d’entretien préalable, alors que la reprise du travail s’est faite en respectant le préavis de 24 h. Non contente de ne pas satisfaire des revendications qui relèvent de la simple application du droit du travail, elle essaie par tous les moyens d’intimider ces collègues. Ces derniers ne doivent céder ni au chantage, ni à la provocation. Il faut croire que le directeur et ses proches sont vraiment enragés d’avoir dû mettre la main à la pâte lors des deux jours de grève ! Fo kwè twavay-la rèd ! .    


Haïti : l’augmentation du salaire minimum, une urgence pour les travailleurs

Pour le Premier mai, la revendication d’un salaire journalier de 1000 gourdes fait son chemin. Le 15 mars Jovenel Moise en visite dans le parc industriel de Port-au-Prince, invitait les syndicats, les patrons, le conseil supérieur des salaires (CSS) à se réunir pour « trouver une solution au problème des salaires ». Il dénonçait le « comportement de ceux qui organisent des manifestations, souvent avec violence, amenant à fermer les usines et les empêcher de fonctionner ». Le président de la république reprenait le discours du patron de l’association des industriels d’Haïti attaquant les ouvriers qui se mobilisent pour obtenir une augmentation de leur salaire. Depuis deux ans, à l’approche du 1° mai, les ouvriers manifestent pour réclamer une augmentation du salaire journalier. L’année passée ils ont forcé le CSS et le gouvernement à concéder 350 gourdes (5,38 dollars – 4,04 euros) comme salaire minimum journalier. Alors que les travailleurs réclamaient 800 gourdes (12 dollars - 9,70 euros).

Notons que 4,04 euros pour une journée de 8 heures en Haïti c’est encore moins que ce que gagne un travailleur français au SMIC en une demi heure de travail : 4,94 euros. On mesure mieux l’ampleur effarante de l’exploitation en Haïti!

Durant l’année 2017, la situation a empiré, la gourde a été dépréciée par rapport au dollar et les prix des produits de base ont flambé. Pour que les ouvriers rattrapent une partie de leur pouvoir d’achat, les salaires devraient être alignés sur l’augmentation du coût de la vie. La demande d’un salaire journalier à 1000 gourdes, qui correspond à 12 dollars (9,70 euros) aujourd’hui, est justifiée.

Les camarades de l’OTR, l’Organisation des travailleurs révolutionnaires, mènent campagne pour soutenir cette revendication lors des manifestations du Premier mai. Les patrons n’ont jamais fait de cadeau aux travailleurs en Haïti ou ailleurs. Les travailleurs n’ont jamais rien reçu des patrons ni des gouvernements qui sont à leur service. Chaque fois qu’ils ont obtenu quelque chose c’est toujours grâce à leurs luttes. Oui, il est possible qu’ils obtiennent un ajustement de salaire s’ils se donnent les moyens de l’arracher.  


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