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CO de 2018/CO n° 1196 du 7 avril 2018/Troisième page

Troisième page

 France: Vive la grève des cheminots

La grève des cheminots a commencé le 3 avril. C’est une grève pour la défense d’un statut gagné lors des grandes luttes de 1910 et 1936 et qui a déjà passablement été écorné. Le 22 mars, aux côtés des enseignants, des personnels hospitaliers, ils ont été nombreux à faire grève – y compris parmi les cadres – et cela s’est vu et senti, alors même que la CGT-Cheminots n’avait pas appelé au mouvement. La direction de la SNCF a pris note de cette mobilisation puisqu’elle vient de décréter en douce une prime pour les cadres, histoire de les faire tenir tranquilles (et éventuellement de leur faire conduire les trains à la place des grévistes). Les cheminots ont les moyens de déclencher une riposte d’ampleur contre le gouvernement anti-ouvrier de Macron-Philippe s’ils réussissent leur grève et montrent les dents davantage que les dirigeants de leurs syndicats. Il est de l’intérêt de tous les travailleurs que la mobilisation du 3 avril soit une réussite.


Les manifestations étudiantes
prennent de l’ampleur

À Strasbourg, Montpellier ou Lille, des étudiants ont participé aux manifestations du 22 mars dernier ou ont organisé des actions dans leurs universités respectives. Ils en ont profité pour protester contre les réformes du gouvernement qui rendent plus compliqué l’accès aux études supérieures après le BAC, notamment le dispositif Parcoursup qui exclut d’avance bon nombre de lycéens. Dans la soirée du 22 mars, à la faculté de droit de Montpellier, des étudiants réunis dans un amphithéâtre ont été violemment tabassés par un groupe d'hommes cagoulés armés de bâtons. Ce tabassage aurait été organisé par le doyen et un professeur proches de l’extrême-droite. Dans les jours qui ont suivi, des lycéens et étudiants d’autres villes ont subi le même genre d’attaque par des jeunes se revendiquant de de l’extrême droite. Ces violences ont provoqué une vague d’indignation. Le 28 et le 30 mars, des centaines de jeunes ont défilé dans plusieurs villes contre les violences de l’extrême-droite mais aussi contre la présence de la police à l’université. La meilleure réponse que la jeunesse étudiante puisse faire à tous ceux qui veulent la réduire au silence, c’est de se mobiliser massivement.  


Élections au sein d’un PS mal en point

Fin mars, les militants socialistes de la Réunion, de la Guadeloupe et de la Martinique, comme en France, ont élu leurs premiers secrétaires. Pour la Guadeloupe, Hilaire Brudey a été réélu, en Martinique c’est Béatrice Bellay, et Philippe Naillet à la Réunion. En France, le nouveau premier secrétaire du PS (Parti socialiste) est Olivier Faure. Aux dernières élections présidentielles, le PS a subi une importante défaite. Elle est liée en partie à la politique anti-ouvrière menée sous le gouvernement de Hollande. Cet ancien président a exécuté jusqu’au bout les exigences de la bourgeoisie, quitte à se suicider politiquement et à entrainer dans sa chute son propre parti. Il a attaqué les travailleurs à travers la loi travail et a offert de nombreux cadeaux au patronat. Depuis, le PS a perdu de nombreux militants. Des députés socialistes, les frondeurs, s’étaient déjà désolidarisés de leur propre camp. Certains d’entre eux ont rejoint la République en Marche de Macron, ou bien le nouveau mouvement politique lancé par Benoît Hamon. Dernièrement, la présidente du Mouvement des jeunes socialistes, Roxane Lundy, a annoncé qu’elle quittait le parti avec des milliers de jeunes socialistes pour rejoindre Hamon. Cette politique a eu aussi des conséquences en Outre-mer, telles qu’en Guadeloupe où l’ancien président de Région, Victorin Lurel, a perdu les dernières élections régionales. Le PS n’est aujourd’hui que l’ombre de lui-même, les secrétaires élus essaient de requinquer le parti en faisant appel au rassemblement. Ils veulent reconquérir l’adhésion populaire et celle de la jeunesse. Mais ces gens-là, qu’ils aient, comme des rats, quitté le navire en perdition, ou qu’ils soient restés au PS, sont en fait surtout déçus d’avoir soit perdu leur poste de notable soit perdu l’espoir d’en gagner un. Les véritables intérêts des travailleurs et de la population sont bien le cadet de leurs soucis !


Il y a 100 ans: Le régiment noir des Harlem Hellfighters

Nous poursuivons notre chronique sur les soldats noirs dans la Première Guerre mondiale. Devant le peu d’enthousiasme du gouvernement à enrôler des troupes noires, un avocat, Charles Fillmore, lutte pour la reconnaissance de la communauté noire. Il commence à Harlem (le quartier noir de New York) en 1916 à recruter un régiment noir, hors la conscription obligatoire. Il y a des ouvriers, des serveurs de bars, des stars du sport. Cet ancien militaire trouve des aides financières pour nourrir, habiller, armer et entrainer ses soldats. Pour être admis par l’armée US il accepte 48 officiers blancs. Il nomme six officiers noirs et, pour faciliter la transmission des ordres, des sous-officiers noirs. Le jazzman James Reese Europe, Noir du Sud, meneur d’hommes, compositeur, intègre le régiment comme soldat, avec les meilleurs musiciens de Harlem et de Porto Rico. La 15ème unité de la garde nationale de New York est ainsi créée avec 1949 soldats. C’est la victoire sur les racistes au pouvoir de gars qui veulent combattre pour deux causes : participer à l’extérieur à la guerre « pour la démocratie » et faire avancer la lutte contre les lois Jim Crow de ségrégation raciale aux USA. Le 15ème régiment arrive en France le premier janvier 1918 où il retrouve le racisme des dirigeants de l’armée US. Le général en chef Pershing les condamne à des travaux de construction ferroviaire. Les fusils sont remplacés par des pelles, des pioches, dans la boue et le froid. C’est seulement en avril 1918 que les Harlem Hellfighters (combattants de l’enfer), du nom que leur donneront les Allemands, vont pouvoir participer à la guerre, cela au sein du 369ème régiment français. Les Noirs luttant contre le racisme ont donc du se battre pour se battre en quelque sorte. Et c’est quand même incroyable qu’ils aient dû revendiquer cela dans une guerre impérialiste qui était en fait celle de leurs ennemis comme elle était aussi l’ennemie des travailleurs et des peuples du monde.


France: Après la mort du colonel Beltrame  Derrière les discours patriotiques quels intérêts ?

La dernière attaque revendiquée par Daesh, survenue à Trèbes, en France, dans le département de l’Aude a fait quatre morts et de nombreux blessés. Elle allonge la longue liste de victimes de la barbarie des terroristes. Rien, aucune cause ne peut justifier de tels actes.

Mais si certaines puissances occidentales et leurs alliés sont visées sur leur sol et en particulier la France, c’est qu’elles-mêmes ont fait le lit de ce terrorisme. Les guerres du Golfe, les bombardements en Irak, en Lybie, en Syrie, n’épargnant pas la population civile, le mépris des grandes puissances pour les peuples de ces pays ont fait émerger peu à peu ce terrorisme aveugle.

En remontant dans le temps, ce sont les puissances occidentales dont l'État français et leurs dirigeants qui portent la responsabilité d’une politique impérialiste, celle de la canonnière menée de très longue date dans les pays d’Afrique du nord, et du Moyen Orient. Et cela, au moins depuis la Première Guerre mondiale sans même remonter aux massacres de la conquête coloniale dans les pays du Maghreb, puis à ceux commis par l'administration coloniale installée.

La barbarie des grandes puissances occidentales n’a pour but que de défendre les intérêts de la classe dominante, la bourgeoisie. Pour cette cause-là, les gouvernements ont toujours exalté la défense de la patrie et le courage de ceux qui n’hésitent pas à « donner leur vie pour sa défense ». Ce fut l’antienne des gouvernements des pays occidentaux pendant des années avant et pendant les deux guerres mondiales afin de se partager les colonies pour les profits des grosses sociétés et des trusts.

Un siècle après la Première Guerre mondiale c’est encore ce même ton patriotique que l’on entend autour de la mort du colonel Arnaud Beltrame qui s’est proposé en otage à la place d’une caissière dans le super marché de Trèbes. Voilà un « héros » qui tombe à pic pour entretenir, dans la population, dans la jeunesse, cet état d’esprit patriotique. Le geste du colonel Beltrame est exalté à souhait afin qu’il serve d’exemple pour que d’autres n’hésitent pas à « aller à la mort pour la patrie » ! C’est ainsi, répété à satiété, que pendant des années les serviteurs politiques de la bourgeoisie ont entrainé dix millions d’hommes à se massacrer dans une effroyable boucherie, de 1914 à 1918.

L'action du colonel Beltrame est utilisée par Macron et d’autres officiels pour exalter le don de sa personne à des fins patriotiques. Dans les églises, son « sacrifice » fut même mis en parallèle avec celui du christ le dimanche de pâques par des curés en chaire. Mais, dommage pour eux, Beltrame, n'a pas ressuscité. Comme elles sont proches les religions ! Car ce sont les mêmes prêches que font les mollahs fondamentalistes pour célébrer les « sacrifices » des terroristes kamikazes de Daesh. Et pourtant, en occident, la religion chrétienne est jugée supérieure aux autres, et serait plus « civilisée » ! Mais les religions d'où qu'elles viennent ont de tout temps justifié les guerres et les pires crimes pour asseoir leur pouvoir sur les peuples. Le prêche de Macron lors des obsèques nationales de Beltrame aux Invalides a précédé ceux des curés du dimanche de la pâque chrétienne. Mais, comme les prêches religieux, la grandiloquence masquait à peine une petite et basse politique chauvine et nationaliste derrière la « défense de la patrie ». Le même thème fut repris largement par une cohorte de journalistes aux ordres des riches capitalistes de la classe dominante. Oui, le discours de Macron parsemé de propos tel que « L’hommage que la patrie lui rend », « La gratitude de la patrie » en passant par « les héros de Verdun » fut un discours politicien. Il a été déclamé en direction des soldats à qui l’État demande d'aller se battre et mourir en Afghanistan, en Irak en Centrafrique, au Mali. Mais ce que Macron ne peut pas dire à haute voix c'est qu'il les envoie défendre les intérêts des Bouygues, Bolloré, Arnault, Mulliez, Dassault et consort. Il déclamait aussi en direction de la jeunesse pour lui inculquer l'héroïsme patriotique qui en fera demain la future chair à canon pour les intérêts des capitalistes, des banquiers, des trusts.

Anatole France avait bien raison de dire : « on croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels ».


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