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CO de 2018/CO n° 1195 du 24 mars 2018/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: À bas la répression judiciaire contre Jean-Marie Nomertin !

C’est Tino Dambas, un planteur de banane surnommé « l’esclavagiste noir », l’un des pires exploiteurs, qui a porté plainte contre notre camarade Jean-Marie Nomertin.

Il accuse Nomertin de l’avoir diffamé après la mort d’un travailleur de la plantation. En réalité, Dambas tente de sauver la face après avoir refusé d’appliquer l’accord de la dernière grève des ouvriers de la banane en mai-juin 2017. Durant cette grève générale, les ouvriers travaillant sur les différentes plantations dirigées par Dambas ont représenté le noyau dur des grévistes. Ils ont poursuivi la grève jusqu’à septembre.

Depuis, malgré les sanctions, malgré les licenciements, Dambas n’a jamais réussi à reprendre le dessus sur les ouvriers. Ils ont imposé la fin de journée de travail à 13h alors qu’avant ils finissaient souvent à 17h. Actuellement, ils refusent d’effectuer les tâches qui les mettent en danger comme la pose de cirés en hauteur. Ils se sont mis en droit de retrait. La trentaine d’ouvriers grévistes a aussi attaqué Dambas au tribunal des Prud’hommes contre les sanctions et pour réclamer les sommes volées sur les salaires comme les jours fériés. Dambas qui porte bien son surnom d’esclavagiste noir prélève la journée des ouvriers qui refusent de travailler le 27 mai, le jour de commémoration de la lutte anti-esclavagiste. Derrière la plainte de Dambas contre notre camarade Jean-Marie Nomertin, c’est une énième tentative d’intimidation contre les ouvriers les plus combatifs de la banane.

Tous devant le tribunal de Basse-Terre, pour soutenir notre camarade et dénoncer les méfaits patronaux, le vendredi 6 avril, à 9h !


Procès de Domota : une bonne mobilisation !

Le 15 mars, pendant huit heures, plusieurs centaines de travailleurs et de militants ont occupé la place du tribunal de Pointe-à-Pitre. Ils sont venus soutenir Élie Domota, secrétaire général de l’UGTG. C’est le troisième procès pour de prétendues violences contre le patron du MEDEF. L’affaire s’est en effet dégonflée, la plainte ayant été retirée. Le tribunal a tout de même jugé bon d’imposer une amende, d’abord de 2 500 € puis de 300 €, à l’indignation générale. À la fin du procès différents intervenants, parmi eux Jean-Marie Nomertin secrétaire général de la CGTG, nos camarades de Combat ouvrier et de Rebelle !, ont dénoncé les problèmes qui s’accumulent en Guadeloupe - eau, chlordécone, CHU, répression syndicale - ainsi que les responsables, élus et autres grands patrons qui devraient être, eux, convoqués par la justice pour de véritables crimes et forfaits. Élie Domota a déclaré qu’il fera appel des 300 € et a invité les organisations qui le souhaitent à venir s’exprimer dans de prochains meetings pour débattre d’actions à venir.


Grève des travailleurs du magasin Oyé Oyé

Depuis le 26 février, les huit salariés du magasin de Jarry sont en grève pour le paiement de leurs salaires non versés depuis deux mois. Le directeur a démissionné et fui la Guadeloupe pour ne pas répondre aux revendications des travailleurs. Les grévistes ont interpellé la direction du groupe à Paris qui ne répond pas et joue la montre en espérant que les travailleurs vont arrêter leur mouvement. Jeudi 15 mars les grévistes ont reçu le soutien de travailleurs et militants venus renforcer leur piquet de grève. Les salariés de Jarry et d’ailleurs et les clients du magasin leur apportent aussi régulièrement leur solidarité. La grève continue.


Martinique: Grève et manifestation du 22 mars, des centaines de travailleurs attendus dans les rues de Fort-de-France

Le jeudi 22 mars, les salariés des trois fonctions publiques (État, hospitalière et territoriale) devaient se retrouver à la Maison des Syndicats pour manifester leur opposition aux mesures scélérates de Macron. En qualité de conseiller, puis de ministre des finances de Hollande, Macron avait déjà commencé à sévir. Réforme du fonctionnement des Prud’hommes, travail du dimanche, travail de nuit, suppression de la protection dont bénéficiait le contrat de travail. Puis soutien à la loi El Khomri, dite « Loi Travail ». Tout cela bien sûr au profit des patrons dont il est le porte-parole. Après son élection à la présidence, une attaque contre les travailleurs précaires, les « contrats-aidés », en août 2017, a entraîné une vive réaction, notamment dans l’Éducation nationale. Il y a eu ensuite les ordonnances contre les travailleurs du secteur privé en septembre. Sans oublier une série de mesures fiscales au profit des riches (réforme de l’impôt sur la fortune). Dernières attaques en date, celles lancées contre les fonctionnaires, les cheminots et les chômeurs. Plusieurs syndicats dont la CGTM appellent à une manifestation de rue le 22 mars à Fort-de-France. Suppression de 57 postes dans l’Éducation nationale, baisse du pouvoir d’achat, gel du point d’indice, hausse de la CSG, rétablissement du jour de carence, remise en cause du statut des fonctionnaires, étranglement des collectivités via les coupes budgétaires, les raisons de protester sont bien là et ont été rappelées. Après la grève d’octobre 2017, ce mouvement peut et doit être une nouvelle étape dans la riposte contre la politique gouvernementale, une riposte qu’il faudra amplifier. C’est effectivement la voie à suivre par les manifestants et tous leurs camarades de travail.  


 France: Les dirigeants syndicaux discutaillent, les cheminots
défendent leur peau !

Nous publions ci-dessous un article de nos camarades de Lutte ouvrière paru dans le n° 2589  

Le gouvernement a déclaré la guerre aux cheminots et vise derrière eux l’ensemble du monde du travail. Face à cette offensive frontale, l’attitude des directions syndicales aurait dû être de sonner le branle-bas de combat, de donner l’exemple de la combativité, d’organiser la riposte.

Eh bien non, elles baladent toutes les cheminots et les autres travailleurs prêts à se mobiliser, le 22 mars et après, en parlant de « projet industriel », de « vraie réforme » ou de négociation avec le gouvernement. Mais le gouvernement ne négocie pas : il s’en prend à l’emploi des cheminots, à leur salaire, à leur peau ! Parler d’autre chose, c’est être en dessous de tout ! Le 7 mars, Laurent Brun, le secrétaire de la fédération CGT cheminots, présentait son « rapport sur le développement du service public ferroviaire », qu’il disait être l’antithèse du rapport Spinetta.

Comme si le gouvernement allait tenir compte de l’avis d’un dirigeant syndical concernant le fonctionnement de la SNCF. Il n’en tient compte pour rien, il l’a affirmé haut et fort en annonçant qu’il ferait passer sa réforme par ordonnances. Le 12 mars, Martinez, le secrétaire de la CGT, a aussi botté en touche alors qu’il était interrogé sur les intentions de riposte de la CGT. Il a répondu : « La balle est dans le camp du gouvernement. » Sa seule exigence était d’être reçu par le Premier ministre pour lui remettre un rapport de 70 pages contenant les propositions de la CGT pour une « vraie réforme ». Martinez fait des propositions, envisage une réforme… au moment où le gouvernement s’apprête à décapiter les droits des cheminots. Et tous, de la CFDT à FO, en passant par SUD et la CGT, d’attendre les décisions du gouvernement, alors qu’elles sont clairement énoncées depuis des semaines. Quelle honte ! Les dirigeants syndicaux ne sont évidemment pas dupes, ils savent pertinemment que le gouvernement ne les écoutera pas. S’ils utilisent ces arguments, c’est parce qu’ils se refusent à envisager une lutte sérieuse. L’inaction des dirigeants syndicalistes n’est pas uniquement dans le discours, mais aussi dans l’absence d’un plan de riposte. La CGT cheminots, le syndicat le plus influent à la SNCF, a refusé et milité contre le dépôt d’un préavis de grève national pour le 22 mars, sous prétexte que les conducteurs devaient amener les cheminots à la manifestation. Comme si, en 1995 ou en 1968, la grève générale des transports avait empêché la tenue de manifestations monstres ! Comme si les travailleurs n’avaient pas les moyens d’assurer à la fois le succès de la grève et de la manifestation !

Cerise sur le gâteau, les directions syndicales ont décidé que les cheminots et les travailleurs de la fonction publique ne défileraient pas ensemble. Un cortège partira de la place de la République, l’autre de Bercy… mais ils se rejoindront à Nation. C’est cela la convergence des luttes pour les dirigeants syndicaux ! Totalement soumises au calendrier du gouvernement, toutes les fédérations syndicales ont décidé d’attendre le 15 mars pour proposer éventuellement une suite au 22 mars, alors que de nombreux cheminots se posent déjà le problème de quoi faire pour continuer le mouvement. Sous prétexte d’unité syndicale, elles se sont alignées jusqu’à présent sur la proposition systématiquement la moins combative, sur le plus petit dénominateur commun. L’unité dont les travailleurs ont besoin, c’est pour entraîner, donner confiance, certainement pas pour tirer en arrière. Avant même cette date, plutôt que de militer activement pour la préparation et la construction d’une vraie grève pour le retrait du plan Macron, la fédération CGT a organisé une consultation en interne, proposant le choix entre une grève reconductible ou au contraire des grèves de 48 heures ou 72 heures reconductibles de semaine en semaine, voire des grèves tournantes, métier par métier.

Et, bien souvent, les représentants de la fédération reprenaient des arguments démoralisants dans les réunions de syndiqués : les cheminots ne sont pas prêts à une lutte comme en 1995, les usagers sont contre nous, etc. Comme si, en 1995, il n’avait pas déjà fallu s’appuyer sur les secteurs les plus combatifs pour entraîner les autres. Comme si la sympathie des usagers, en tant que travailleurs, n’avait pas été acquise quand il s’était avéré que les cheminots se battaient pour de bon, et du coup aussi pour l’ensemble des travailleurs.

Quels que soient les freins actuels ou futurs à la mobilisation, ils pourront être surmontés par la mobilisation consciente et multiforme des travailleurs du rail eux-mêmes, en direction d’autres cheminots et des autres travailleurs. Les bureaucrates se préoccupent de sauver leurs intérêts d’appareils syndicaux. Mais les cheminots, eux, défendent leur peau. Alors, la balle n’est pas dans le camp du gouvernement, elle est dans le camp des cheminots et de l’ensemble des travailleurs !

ERRATUM

Une erreur est survenue dans l’éditorial du précédent numéro : les ouvrières agricoles de Martinique qui accompagnaient Marie-Hellen Marthe dite Surelly, secrétaire générale de la CGTM Banane, à la conférence de presse à Pointe-à-Pitre, s’appellent Luciana Laurencé et Maryse Marie-Sainte.