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CO de 2018/CO n° 1195 du 24 mars 2018/Première page

Première page

Éditorial: La répression juridique, un aspect de l’arsenal anti ouvrier

Du gouvernement Macron-Philippe aux préfets en passant par les procureurs, les représentants de l’État ne font même plus semblant d’être « neutres » : ils suivent de plus en plus servilement les ordres du grand patronat.  

Le 15 mars dernier, Élie Domota était convoqué au tribunal de Pointe-à-Pitre pour une plainte ridicule déposée puis retirée par Bruno Blandin, patron du Medef-Guadeloupe. Pourquoi cette convocation, s’il n’y avait plus de plainte ? Parce que le procureur s’est chargé lui-même de monter « en première ligne » à la place du Medef et de poursuivre le secrétaire général de l’UGTG. Résultat, une ridicule amende de 300 euros décidée par le tribunal qui semble vouloir dire à ses maîtres « voyez, on a fait ce que vous aviez demandé ». En tout, ce sont plus d’une centaine de militants de l’UGTG qui sont poursuivis.

Rapporté à l’hexagone ce serait 15 000 militants. Le vendredi 6 avril, c’est le tribunal de Basse-Terre qui s’attaque cette fois à notre camarade Jean-Marie Nomertin, suite à une plainte déposée par Tino Dambas, un des pires exploiteurs de la Banane. C’est le bourreau qui porte plainte ! Et alors qu’un ouvrier est tué sur les plantations de Guadeloupe tous les deux ou trois ans, le tribunal, au lieu de dire à Dambas de faire profil bas, décide de poursuivre notre camarade ! C’est un véritable crachat à la figure des travailleurs qui se battent depuis des décennies contre des conditions de travail inhumaines, à la figure aussi des familles de ceux qui y ont laissé leur peau !

Ces attaques contre les militants syndicaux se produisent aussi en France : douze ex-travailleurs d’Air France étaient encore poursuivis le 12 mars dernier pour la chemise déchirée d’un DRH qui s’apprêtait à saccager des milliers de vie. Les camarades de PSA aussi sont en butte à la répression. On se souvient des ouvriers de Goodyear que l’État a tenu à condamner à de la prison ferme alors même que l’entreprise avait retiré sa plainte. C’est encore la même chose pour des militants syndicaux d’Unilever poursuivis pour une simple affiche contre les violences policières. Le grand patronat réclame le droit d’exploiter et de licencier en toute liberté et, qu’il l’ait ou non, il l’applique sans vergogne.

En plafonnant les indemnités aux Prud’hommes, même en cas de licenciement abusif, Macron facilite encore les abus de pouvoir. Le message que la bourgeoisie veut faire passer, celui que ses serviteurs politiques relaient, est que « toute riposte serait futile ». Mais ce message est faux. Riposter au patronat n’est jamais futile : défendre les organisations et les militants attaqués est un moyen de le lui rappeler. Surtout, ces attaques ne lui porteront pas chance éternellement. Macron et les apprentis notables nés dans les années 1970 et 1980 qui nous dirigent aujourd’hui n’ont connu qu’un monde où le nombre de travailleurs syndiqués diminue d’année en année.

Alors ils se figurent qu’ils peuvent « en finir » avec la classe ouvrière et ses organisations. Dans leur arrogance ils oublient qu’en 1934, le taux de syndicalisation (entre 5 et 7 %) était au plus bas – bien plus bas encore qu’il ne l’est aujourd’hui – et que les patrons d’alors, ivres d’impunité, finirent par mettre le feu aux poudres : la grève générale de juin 1936 ! Il y a 50 ans, en mai 68, la syndicalisation était plus forte, mais la grève générale a quand même surpris tout le monde. De même la grève générale de 2009 aux Antilles ou celle de Guyane il y a tout juste un an. Tôt ou tard, à force de se persuader que tous les coups sont permis, grand patronat et gouvernement vont finir par convaincre les travailleurs de la nécessité d‘une riposte générale puissante, de grande ampleur.  


Martinique: Éducation, les suppressions de postes de plus en plus rejetées

ZoomDepuis l’annonce des 57 suppressions de postes et de classes, la mobilisation prend de l’ampleur. Le recteur tente de jouer les pompiers. Dans un certain nombre d’établissements scolaires tels les collèges la Jetée au François, Terres-Sainville et Perrinon-Cluny à Fort-de-France, ou lycée comme Bellefontaine, le personnel enseignant s’est mis en grève pour protester contre les suppressions de classes et de postes d’enseignants. Des associations de parents d’élèves se sont jointes à ces mouvements pour exiger de l’administration qu’elle revienne sur ces projets.

Pascal Jan, nouveau recteur d'académie nommé le 14 février, se démène dans les médias pour tenter d’expliquer le bien fondé de ces suppressions. Il est ainsi intervenu dans le quotidien France-Antilles pour dire qu’il est « ouvert à tout », restant dans le flou et espérant avoir les manifestants à l’usure. « Si on me démontre qu'à 29 élèves par classe, la pédagogie et la qualité de l'enseignement sont impactées, par rapport à une classe à 27 élèves, je suis prêt à discuter ». « Le recteur peut accompagner, soutenir, et faire en sorte que le ministère prenne en compte certaines particularités. Là aussi, cela se démontre. On ne peut pas demander une évolution si le dossier n'est pas dûment argumenté, étayé. » Ce recteur a été missionné pour mettre en œuvre la politique de Macron : réduire de manière drastique le nombre de fonctionnaires. Comme l’avait dit avant lui en novembre 2007 Marie Reynier, une ancienne rectrice de Martinique, devenue depuis juin 2017 la conseillère spéciale d’Edouard Philippe : « Il est clair que l’académie de Martinique devra participer à l’effort national de réduction des emplois publics. » Elle s’exprimait ainsi à l’époque suite au non-renouvellement de plusieurs dizaines de contrats aidés. Déjà ! Réduction du nombre de contrats aidés (plus de 200 000 en deux ans), création des contrats « Parcours emplois compétences » à des conditions plus défavorables que les précédents contrats aidés, incitation des fonctionnaires à la démission, remise en cause de leur statut, de celui des cheminots, étranglement financier organisé des collectivités territoriales etc., telle est la politique de Macron et de ses récents relais locaux tels Rapha, Monplaisir ou Pamphile (maires respectivement de Case-Pilote, Saint-Pierre et du Lorrain). Seuls les riches trouvent grâce à leurs yeux. Le personnel de l’éducation nationale a clairement exprimé son refus de subir cette politique. Déjà ceux du lycée polyvalent de Bellefontaine ont pu enregistrer le 5 mars un premier recul grâce à leur mobilisation. Une classe de première S, menacée, ne sera pas supprimée. Un exemple à imiter. La participation à la grève appelée le 22 mars aura été une nouvelle occasion d’organiser la riposte.


Guadeloupe: Mobilisation au collège de Deshaies

Depuis le 7 mars, les parents d’élèves et les enseignants du collège de Deshaies sont mobilisés contre la baisse des moyens annoncée par le rectorat pour la prochaine rentrée scolaire. Alors que le nombre d’élèves prévus reste stable, le rectorat voulait diminuer le nombre d’heures d’enseignement. Conséquences : il n’y aurait plus d’enseignement d’espagnol pour de nombreux élèves, plus de cours en demi-groupes… L’objectif du rectorat est de supprimer 44 postes de professeurs à la rentrée, principalement dans les collèges. Les parents et les enseignants de Deshaies ont bloqué le collège à plusieurs reprises, et organisé une journée « écoles mortes » dans la commune le 16 mars. Cela a obligé les responsables du rectorat à les recevoir et à augmenter les heures prévues, mais en heures supplémentaires. La mobilisation continue.


Le CHU PAP à l’agonie

Quatre mois après l’incendie, aucune mesure importante n’a été prise pour la réhabilitation du CHU, alors que c’est une question de vie ou de mort pour toute une population.

La ministre de la santé venue aux lendemains de l’incendie a fait des promesses et s’en est allée. Trois mois plus tard, alors que personnel et malades du CHU étaient en grande détresse, la ministre des Outre-mer de passage, n’a daigné recevoir les militants à la cause du CHU que parce la mobilisation s’est durcie, que la population a montré son soutien en manifestant à un millier de personnes dans les rues de Pointe-à-Pitre.

Mais là encore ce fut un discours stérile avec des promesses du genre refaire les tests, qui ont déjà été faits, pour doser le degré de contamination des locaux, se réunir pour étudier une délocalisation future et peut-être livrer le CHU dans un an ! Alors que tous s’accordent à dire qu’il y a une surmortalité importante depuis la mise hors fonction du plateau technique que ne peut offrir que le CHU : bloc opératoire, urgences, réanimation, laboratoire, radiothérapie, scanner, caisson hyperbare, endoscopie… La nouvelle directrice de l’ARS, médecin militaire, n’a pas non plus pointé le doigt sur l’urgence de mise en fonction du CHU étant donné qu’aucuns fonds n’ont été débloqués pour des travaux exceptionnels et d’urgence. Autant l’État n’a aucun scrupule à déverser des milliards quand il s’agit de renflouer les caisses des possédants, quand il s’agit des classes populaires, c’est dialogue de sourd même quand leur vie même est en danger. Il ne reste plus que la mobilisation pour exiger un hôpital opérationnel dans les plus brefs délais. La population l’a déjà compris, le mouvement ne peut que s’approfondir, car il faut arracher l’argent nécessaire à l‘État ; il y va de la santé de tout un peuple.  


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