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Journal/Sommaire du journal CO n° 1238 du 21 mars 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

 Il y a 40 ans, le G.L.A.

Le 6 mars 1980 le GLA, « Groupe de libération armée », revendique un attentat contre le politicien Raymond Viviès, représentant politique local de la bourgeoisie coloniale et békée. C’est l’acte de naissance d’une nouvelle organisation décidée à passer aux attentats et à l’action armée. C’est le début d’une longue série d’attentats revendiqués par cette organisation nationaliste indépendantiste, en Guadeloupe puis en Martinique. La revendication principale du GLA c’est l’indépendance politique de la Guadeloupe et de la Martinique.  

Les Antilles à l’heure des séries d’attentats à la bombe
En août 1980, le GLA lance un ultimatum : les non-guadeloupéens doivent quitter la Guadeloupe avant le 31 décembre. S’agit-il des Blancs ? Des métros ? Tout le monde le pense et le GLA l’a certainement voulu ainsi. Il faut dire que depuis déjà longtemps l’attitude raciste de certains Blancs vivant « aux colonies » avait choqué la population. De plus, les Blancs apparaissent comme bénéficiant ouvertement de nombreux privilèges. Les blancs békés, issus des vieilles familles esclavagistes, dirigent une grande partie de l’économie locale, exploitant de nombreux travailleurs noirs. Ils ont de tout temps la réputation, non sans raisons, d’être racistes. Toutes les directions départementales, administratives, la magistrature, les services de l’État, les médias, le patronat, étaient dirigés par des Blancs. Les Noirs et les Indiens étaient relégués systématiquement aux postes inférieurs.

Dix années d'attentas
Ce 6 mars 1980 marque le début d’une aventure menée par les mêmes militants nationalistes qui a duré une dizaine d’années. Le GLA se transformera tour à tour en ALN (Armée de libération nationale) puis en ARC (Alliance révolutionnaire caraïbe). Une première amnistie, à l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981, les fit sortir de prison. Après avoir repris les attentats ils furent de nouveaux emprisonnés, évadés, repris. Ce n’est qu’en 1989, après une deuxième amnistie à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, que les dirigeants nationalistes accusés d’avoir commis ces séries d’attentats furent libérés et mirent un terme aux attentats.
Dirigé notamment par Luc Reinette, le GLA et ses militants furent les premiers militants nationalistes antillais à passer à la lutte armée. Ils firent tout de suite de l’ombre à l’UPLG (Union populaire pour la libération de la Guadeloupe), la plus importante organisation nationaliste de l’époque. Cette dernière, immédiatement, attribua perfidement les attentats aux services secrets français.

Le GLA, portée et limites
Le GLA suscita une très grande sympathie dans les milieux nationalistes. Et d’autre part, les travailleurs et la population manifestèrent toujours une certaine sympathie pour le GLA sans pour autant rejoindre son combat et son objectif.

Cette sympathie s’explique par le sentiment ressenti par la population à l’époque. Population noire et indienne, elle avait bien conscience d’être dominée par une minorité de Blancs. Ce sentiment d’oppression raciale était donc celui d’un peuple colonisé, noir, issu de trois siècles d’esclavage et de colonialisme féroce, sanguinaire. Il n’a pas disparu aujourd’hui, du reste.

Cependant, le GLA et les autres groupes issus de cette organisation sont restés isolés des travailleurs et des couches populaires. Car ils n’offraient pas de perspective réelle d’émancipation aux masses exploitées autre que l’indépendance rejetée par les masses.

Un petit groupe, isolé des travailleurs, des chômeurs, ne pouvait pas par ces actions conduire à l’amélioration de la vie des exploités et encore moins à l’émancipation politique et sociale. L’exemple des luttes nationalistes armées dans le monde montre qu’un petit groupe hors du contrôle des populations peut très bien arriver au pouvoir par des actions terroristes. Du fait d’avoir été seul à passer à la lutte armée, il estime alors avoir le droit d’imposer sa loi à tout un peuple. Pour donner une idée, le GLA avait dans son programme le projet de lever une armée de 27 000 hommes. Contre qui une telle armée aurait-elle à lutter ? Qui avait l’intention d’attaquer la Guadeloupe ? Considérons l’exemple de l’ALN, de l’Algérie en guerre d’indépendance : l’Armée de libération nationale, devenue l’armée algérienne, est combattue encore aujourd’hui par les masses pauvres d’Algérie. Ceux qui se sont battus contre l’armée française de 1954 jusqu’à l’indépendance en 1962, perdant un million de combattants, ce sont les paysans (dits fellaghas), les pauvres. Pendant ce temps l’ALN, dirigée par Boumediene, se préparait aussi à pendre le pouvoir. Mais sitôt l’indépendance signée, elle a servi à Ben Bella et Boumediene à gagner la course au pouvoir contre leurs anciens camarades du FLN (Front de libération nationale de l’Algérie). Avec l’ALN ils ont pris le pouvoir, ils ont pu mettre au pas les syndicats et la classe ouvrière. Dans les années 1990, quand les islamistes organisaient des attentats en les annonçant, les habitants des quartiers pauvres faisaient appel à cette même armée qui ne se déplaçait pas. Elle n’était pas complice des islamistes, non ! Simplement l’armée du gouvernement n’a rien à faire des pauvres. Elle les combat quand ils font grève ou qu’ils manifestent. Et elle n’est là que pour défendre les intérêts des riches.

Une politique communiste révolutionnaire dans la nouvelle situation
Face au pouvoir colonial, à sa répression et aux emprisonnements des militants nationalistes, nous avons toujours soutenu le GLA et ses successeurs. Il nous est arrivé, face à la répression, de nous porter assistance mutuelle. Mais nous avons toujours tenu à marquer notre désaccord avec le terrorisme individuel. Nous appelions les travailleurs, les jeunes des quartiers défavorisés enflammés par les actions des groupes armés, qui voulaient passer à l’action, à le faire par des actions collectives et décidées par eux, non par un petit état-major militaire.
Face à la politique menée par le GLA, Combat ouvrier a soutenu politiquement des groupes comme par exemple « le comité contre le génocide par substitution » qui menait des actions avec les pauvres de la population, actions contre les privilèges des Blancs, contre les biens d’exploiteurs racistes et profiteurs. Combat ouvrier a lancé le slogan « pour un pouvoir des Noirs pauvres indépendant des Blancs et des riches » et face au slogan nationaliste « Blancs dehors » nous avons lancé les slogans plus justes : « Non au pouvoir blanc », « le pouvoir aux Noirs pauvres ».
C’était l’expression d’une politique communiste révolutionnaire résolument et toujours tournée vers l’organisation des travailleurs et des pauvres, adaptée à une nouvelle situation. C’est-à-dire qu’il ne fallait pas fuir systématiquement les actions violentes tournées contre les classes riches au nom d’un communisme doctrinaire opposé au terrorisme. Mais au contraire, parce que communistes, il fallait sur ce terrain-là aussi que nous proposions une orientation de classe. Une voie non moins violente en actes parfois, si nécessaire, mais toujours opposée au terrorisme individuel et au nationalisme qui ne peuvent conduire qu’à satisfaire les intérêts de la petite bourgeoisie nationaliste et finalement ceux de la bourgeoisie.  


France-Antilles : l’État au service des riches

 Le 2 mars, Xavier Niel, un capitaliste milliardaire (fortune estimée à plus de six milliards d’euros) et gendre de Bernard Arnault, première fortune de France, a déposé une offre de reprise de France-Antilles (l’entreprise éditant le seul journal quotidien en Guadeloupe, Martinique et Guyane). Le tribunal devrait rendre une décision sur l’offre le 17 mars. Xavier Niel propose de reprendre 126 salariés sur les 235 qu’il y avait, tout en voulant maintenir un journal quotidien. Non seulement près de la moitié des salariés se retrouverait au chômage, mais les salariés restants devraient travailler pour deux.

Le projet de reprise est estimé à 8 millions d’euros. Niel s’engage à mettre seulement 3,5 millions. Le reste proviendra de financements publics (subventions du ministère de la Culture et des collectivités territoriales de Guadeloupe et de Martinique) et d’un prêt du Fonds de développement économique et social. Le conseil régional de Guadeloupe devrait engager 400 000 euros pour l’instant. Comme toujours l’État et les régions aident les riches sans hésitation. Les anciens dirigeants se sont enrichis sur le dos des travailleurs puis ont organisé la liquidation de l’entreprise. Et maintenant l’argent public, l’argent des travailleurs, est servi sur un plateau pour le nouvel exploiteur. On nous dira bien sûr que 126 salariés sont repris. Mais 109 restent sur le carreau.

En fait, l’État et les collectivités aident Niel à faire des profits sur le dos des salariés. Cette opération profitera bien plus à Niel qu’aux travailleurs. Et cela jusqu’à ce que, après avoir empoché les aides publiques et les profits individuels, Xavier Niel décide à son tour de fermer.


Haïti : les quartiers populaires laissés pour compte

Alors que la pandémie due au virus Covid-19 s’étend, aucun cas n’a encore été déclaré au 16 mars en Haïti. Le gouvernement ferme la frontière avec la République dominicaine suite au premier décès enregistré dans cet État voisin, d’une patiente qui avait séjourné en Espagne récemment.  

Dans la foulée le gouvernement suspend les vols provenant d’Europe et d’Amérique Latine, mais maintient les vols provenant des États-Unis. Et pour cause, c’est vers les USA que les patrons des industries du textile expédient les produits résultant de l’exploitation des ouvriers dans les usines des parcs industriels. Comme dans les autres pays, le gouvernement protège les intérêts des patrons et vole à leur secours. Les bourgeois, les banquiers, les grands propriétaires, les patrons d’usines auront la possibilité et les facilités pour se protéger afin de faire face à l’extension du virus.

Pour la majorité des trois millions d’habitants de Port-au-Prince, les travailleurs, les pauvres, c’est un autre défi à relever avec le manque de moyens pour assurer l’hygiène. L’absence d’eau, d’électricité, un habitat précaire et la malnutrition qui font des ravages, c’est le quotidien de la majorité de la population. Les services publics sont inexistants et pour les enfants, dans les écoles, c’est la promiscuité dans les locaux insalubres. Le gouvernement a annoncé la création d'une task force en prévention de l'épidémie de coronavirus qui mobiliserait tous les médecins pour une campagne de vulgarisation. De belles paroles et des annonces alors qu’aucun moyen n’est débloqué.

Tandis qu’ils vivent toujours sous la menace des gangs armés qui s’affrontent régulièrement, les habitants des quartiers populaires, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces pour obliger le gouvernement à prendre des mesures en faveur du plus grand nombre pour affronter une épidémie où ils risquent de payer un lourd tribut. Mais ils auraient aussi intérêt à commencer à s’organiser eux-mêmes pour adopter les gestes barrières élémentaires : lavage des mains, plus de poignées de main et de bises, distance entre individus, pas de rassemblements familiaux, etc. Il faut que des comités populaires se créent pour commencer à mettre en vigueur ces principes élémentaires, bien avant l’arrivée du virus. Car pour l’instant, c’est ce qu’il y a de mieux pour empêcher l’épidémie de se répandre et se préparer aux bons gestes si elle arrive. Et de toute façon, lorsque les pauvres s’organisent eux-mêmes c’est toujours bon pour l’avenir.  


Vente d’armes : la France complice des sales guerres

 Selon une étude de l’institut international de recherche sur la paix (Sipri) publiée en mars 2020, la France est placée en troisième position parmi les pays fournisseurs d’armes dans le monde. Chaque année, les ventes d’armes augmentent. Elles représentent près de 8 % du marché mondial, soit une augmentation de 72 % par rapport à la période 2010-2014. En tête des ventes, on trouve les entreprises françaises comme Thalès, Naval Group, Safran et Dassault. Ces quatre grandes sociétés ont vendu 18 milliards d’euros d’armes en 2017. Des dictateurs et des chefs d’État ont le soutien de l’impérialisme français pour continuer leurs crimes. Il fournit des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis qui commettent des crimes de guerre au Yémen. La France soutient les pires dictatures comme en Égypte, où l’actuel président Abdel Fattah al-Sissi réprime la population. De nombreux pays situés au Proche-Orient, en Afrique, ou encore en Inde et au Pakistan reçoivent des chars, des canons, des obus, des mitrailleuses, des sous-marins, des frégates, des grenades lacrymogènes, des escadrons de Mirages produits par Dassault et des hélicoptères. Tout un ensemble de matériels guerriers pour maintenir les populations dans la terreur et commettre les pires atrocités. L’impérialisme français sème la barbarie et le chaos sur la planète dans le seul but de satisfaire les profits des capitalistes.  


Avis aux lecteurs et aux abonnés : parution du journal pendant la période de confinement

En raison de l’épidémie de Covid-19, et des mesures utiles de confinement, nous n’imprimerons pas notre journal. Nous ne pourrons pas faire de ventes militantes. Par contre, le journal numérique continuera à paraître. Vous le recevrez par internet en PDF ou alors sur notre site combat-ouvrier.net. Il en sera de même pour les bulletins d’entreprise. Communiquez-nous votre adresse courriel et celle de vos amis, et familles. Merci !  


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