Site

Journal/Sommaire du dernier CO n° 1202 du 14 juillet 2018/Quatrième page

Quatrième page

Macron s’attaque à la prime de vie chère

Lors de son récent discours aux assises de l’Outre-mer, Macron a remis en cause la prime de vie chère, qu’il a qualifiée de « sur-rémunération ». C’est une attaque en règle qui vise l’ensemble des salariés, pas uniquement les fonctionnaires.

Macron a eu le culot d’expliquer que c’est cette prime que touchent les fonctionnaires et certains travailleurs du privé, qui est responsable des prix surélevés par rapport à la France métropolitaine et donc de la vie chère. Il a poursuivi son invective en déclarant que « c’est la sur-rémunération des uns qui crée la pauvreté des autres ». Bien évidemment, Macron ne parlait pas de ses amis capitalistes qui empochent des milliards de bénéfices chaque année. Au contraire il prévoit sûrement d’utiliser le budget de la prime de vie chère, qu’il prendrait aux travailleurs, pour faire un nouveau cadeau aux patrons.

La prime de vie chère a été gagnée suite à un combat acharné des fonctionnaires des quatre départements d’Outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion). Auparavant, seuls les fonctionnaires « métros » pouvaient en bénéficier. Après trois mois de grève, du 15 mai au 16 juillet 1953, les fonctionnaires d’Outre-mer ont obtenu le même traitement. Ils ont été soutenus dans cette lutte par les travailleurs de la canne, dont ils avaient été solidaires précédemment, notamment en Guadeloupe lors de la grande grève de 1952. Cette prime de vie chère des fonctionnaires est de 40% aux Antilles et en Guyane, et de 53% à la Réunion. De nombreux travailleurs du privé ont aussi pu gagner une prime de vie chère d’un pourcentage qui varie selon les entreprises, depuis 1953.

La prime de vie chère devrait être étendue à tous les travailleurs, et être intégrée au salaire. Cette prime devrait aussi concerner les retraites, les minima sociaux, et les bourses étudiantes. Car toutes les couches populaires subissent en Outre-mer la même cherté de la vie que les fonctionnaires. Macron a décidé de temporiser, en déclarant qu’il ne supprimerait pas la prime de vie chère « à ce stade ». Mais il a affirmé qu’il le fera « à un moment donné ». Nous devons donc nous préparer à nous mobiliser massivement contre cette nouvelle attaque, et à mener une lutte de la même ampleur qu’en 1953.  


Aides sociales : Macron attaque les pauvres

Une vidéo a été diffusée sur les réseaux sociaux, ce serait une fuite consciencieusement organisée par son service de communication, où l’on voit Emmanuel Macron déclarer : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux, les gens, ils sont quand même pauvres, on n’en sort pas ».

Par ces propos, Macron confirme qu’il est au service des riches et qu’il n’a que du mépris pour les pauvres, dont il veut réduire les aides. Le journal «le Canard enchaîné » dans son édition du 6 juin faisait état d’une baisse de sept milliards d’euros sur les aides sociales. Au mois de mai, un des membres de son gouvernement, Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, avait déclaré à propos des aides sociales : « je ne sais pas combien il y en a, mais il y en a trop ». Il a rajouté : « Il y a des aides sociales entre deux périodes d’activité, et malheureusement elles ne sont pas incitatives pour sortir de cette période d’inactivité », ce sont des « trappes à inactivité ». Il affirme clairement que ces aides poussent les pauvres à vivre sans travailler.

Quel mépris ! Alors que si le taux de chômage est aussi élevé c’est à cause du capitalisme qui engendre les licenciements, la précarité de l’emploi, les suppressions de postes dans les services publics. En France, près de dix millions de personnes vivent au-dessous de seuil de pauvreté avec moins de 1 000 euros par mois. Aux Antilles françaises, environ 100 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit 600 euros par mois. Ces aides permettent à ces nombreuses familles de survivre, le moindre euro compte, et ne suffit pas toujours à faire face à l’augmentation des prix. La TVA, impôt indirect payé par tous, est injuste et pèse plus sur les classes populaires que sur la bourgeoisie. Elle a rapporté à l’État, l’année dernière 152,8 milliards, soit 53 % de ses recettes ; c’est deux fois plus que l’impôt sur le revenu.

Tandis que les vrais assistés, les bourgeois, eux reçoivent toujours plus d’aides et d’exonérations fiscales. Les réformes en faveur de cette classe parasitaire ne manquent pas. Le gouvernement a quasiment supprimé l’impôt sur la fortune. Chaque année l’État verse aux entreprises, en crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), près de 20 milliards d’euros. Une nouvelle loi fiscale, le droit à l’erreur, permet aux entreprises de continuer à frauder sans être sanctionnées.

Chaque année, le montant de la fraude fiscale est compris entre 60 et 80 milliards d’euros. Sans ces évasions fiscales, le budget de l’État ne serait pas si déficitaire. Les attaques de Macron et de son gouvernement consistent à ponctionner les travailleurs et la population pauvre, pour donner aux capitalistes.  


Dans les entreprises

Pawol à travayè bannann !
Plantation Dumanoir : la lutte paye ! En deux jours de grève, les camarades ont forcé le gérant à leur verser 1500€ à chacun. Ils ont doublé la mise par rapport aux camarades de la plantation Montebello appartenant au même planteur qui eux avaient touché 750€ suite à leur mobilisation. Comme quoi avec du culot et de la détermination, les ouvriers peuvent faire céder les planteurs !

Écho des télécom
Nou bon èvè sa minm ! A Orange on en a marre. Il y a de moins en moins d’employés et de plus en plus de boulot. Les rares embauches ne sont que des CDD en contrat de qualification ou en contrat de professionnalisation. Résultat : fatigue, « burn out », souffrance au travail, sa ka vin pénib ! On jou on dézod ké pété !

Écho de jarry
EDF Centrale Jarry : des passerelles tombées du ciel ? Ce lundi, les passerelles de sécurité qui doivent être installées autour des moteurs sont arrivées… avec quatre ans de retard ! On se demande si elles ont été fabriquées sur la planète Mars.

Sucrerie en lutte
Fin de campagne à Marie-Galante La coupe de la canne s’est terminée le 20 juin selon la décision de la commission mixte de bassin. Près de 88 000 tonnes ont été broyées. Les ouvriers ont fait tourner l’usine malgré les différentes pannes, ils ont droit à leur dû et au repos.    


France La police tue !

Le 3 juillet, Aboubakar Fofana, un jeune de 22 ans, était tué à Nantes par un policier lors d’un contrôle. Le policier a tiré sur lui à bout portant. Dans un premier temps, le tireur a plaidé la légitime défense, arguant qu’il aurait fait feu pour protéger ses collègues et de jeunes enfants que Fofana aurait mis en danger.

La scène du drame a été filmée par plusieurs personnes présentes sur les lieux. Les images, diffusées largement sur les réseaux sociaux, ont démontré clairement que le policier mentait : il n’y avait aucune situation de mise en danger, excepté évidemment pour la cible de la police. La colère des jeunes et de la population a explosé. Le 6 juillet le policier a finalement avoué qu’il avait menti et a évoqué cette fois un tir accidentel. Il a été mis en examen pour coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner.

Avant l’aveu partiel du policier, le syndicat de police Alliance, proche de l’extrême droite, déclarait « il apparait incontestable que la légitime défense peut être établie ». Des politiciens de droite et d’extrême droite abondaient aussi dans ce sens.

Rien que de très habituel dans ce scénario. Les victimes sont régulièrement de jeunes Noirs ou Arabes, des jeunes de quartiers populaires qui sont déjà dans la galère et dont la vie est sans valeur pour tous les bien-pensants et leurs chiens de garde. Quant à la justice, la parole policière est souvent pour elle parole d’évangile, jusqu’à preuve du contraire.

Cette fois la preuve est venue des témoignages de la population et des vidéos. Mais cela seul aurait-il suffi à rétablir une part de vérité ? D’autres affaires, comme celle du jeune Théo, blessé gravement par la police à Aulnay sous bois, permettent d’en douter. C’est l’explosion de colère légitime provoquée par ce meurtre supplémentaire qui a pu faire pencher la balance.


Le patron des ciments Lafarge (maison mère des ciments antillais) finançait les terroristes

L'ex-président du groupe cimentier Lafarge vient d'être mis en examen pour avoir financé Daech en Syrie afin d'obtenir que sa cimenterie puisse continuer de fonctionner. Mais cet ex-PDG occupe aussi des fonctions diverses et variées qu'il n'a pas abandonnées. Il est notamment membre de la direction d'Engie (ex-EDF) et d'Arcelor Mittal. Ces deux entreprises ont donc dans leur direction un complice des terroristes...


Nicaragua Vers la guerre civile ?

Depuis le 18 avril une répression sanglante contre les manifestations a fait entre 220 et 300 morts et 1 500 blessés, dont des jeunes, des enfants.

Après le recul en avril du président Daniel Ortega sur une réforme des retraites contestée, les manifestations ont continué, se multipliant dans tout le pays, pour demander le départ du président et de Rosario Murillo la vice-présidente, son épouse.

Ortega est venu au pouvoir avec les sandinistes en 1979 en renversant le dictateur Somoza. Il a perdu le pouvoir en 1990 et est revenu en 2007, mais n’a plus rien à voir avec la défense des intérêts de la population. Il a remis à des intérêts privés des entreprises que les sandinistes avaient étatisées. Après Haïti, le Nicaragua est le pays le plus pauvre des Amériques. Le couple Ortega espère rester au pouvoir jusqu’en 2022 et tente d’écraser toute opposition. Les forces de répression sont des forces paramilitaires non officielles mais soutenues par le régime en place. Ils mettent le feu à des bâtiments publics et en accusent les manifestants. Mais quand le gouvernement américain demande à ses ressortissants de quitter le Nicaragua, il parle du danger lié à des « miliciens en civil et contrôlés par le gouvernement... lourdement armés ». De nombreux anciens combattants sandinistes les appellent « les nouveaux Somoza », les accusent de « trahison ».

Bien sûr l’opposition apparait pour l’instant surtout parmi les étudiants, la petite bourgeoisie, l’église catholique se pose en médiateur. Mais les travailleurs et la population pauvre expriment aussi leur mécontentement. La mobilisation ne cesse pas, une grève générale est prévue le 13 juillet. La population qui souffre de la misère peut espérer voir sa situation s’améliorer si les travailleurs, les pauvres prennent en mains leur propre lutte.


Bookmark and Share