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Journal/Sommaire du journal CO n° 1243 du 30 mai 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

Trinidad et Tobago : Fermetures d’usines sous couvert de Covid-19

Dans toute son horreur le capitalisme dévoile son fonctionnement criminel à Trinidad et Tobago. Dans ce pays de la Caraïbe avec une classe ouvrière de centaines de milliers d’hommes et de femmes sans trop de chômeurs (5,8 %), les capitalistes organisent des licenciements massifs avec la complicité de l’État. Début mai, le responsable de l’important syndicat du pétrole OWTU (Oilfields Workers’ Trade Union) Roget, s’indigne que les patrons se permettent de modifier les contrats de travail, de réduire la paie, les horaires, voire licencient, impunément, au nom du Covid-19. Il dévoile que patrons et gouvernement, sans consulter les syndicats, ont édicté une loi « Covid-19 » qui supprime les droits des salariés.

Derrière la crise sanitaire, en fait pas si grave dans le pays, une crise économique frappe cruellement. Le 20 avril 2020, les USA vendent leur pétrole de schiste à moins de zéro dollar le baril : ne pouvant stocker les barils invendus, ils paient pour en être débarrassés. Une telle aberration est à l’image de l’anarchie du système capitaliste. Les puissants du monde mènent entre eux des guerres économiques, d’où surproduction et baisse des prix. Des millions d’ouvriers du pétrole et d’autres secteurs perdent leur emploi.

Jusqu’ici, Trinidad et Tobago était le grand producteur mondial de gaz naturel. L’État touche des taxes sur la production de pétrole et de gaz naturel de compagnies d’État et d’autres (BP, Shell). Ces revenus ont permis une politique de santé, d’éducation et de logements sociaux. L’appât du gain des dirigeants, celui de sociétés internationales, ainsi que les exigences du Fonds monétaire international, ont tout changé. Ainsi fin 2018, accablée de dettes, la seule raffinerie de pétrole, propriété d’État, Petrotrin a fermé, jetant à la rue 2 600 travailleurs.

Ce 7 mai, BP international, Shell, entre autres déclarent préférer fermer leurs usines pour « aller voir ailleurs », à moins que le prix du gaz naturel de Trinidad baisse, comme le pétrole dans le monde. Mais l’État perdrait sa seule ressource. Ces fermetures en entraineront d’autres car l’activité industrielle du pays dépend de son gaz naturel.

Le patron d’Unilever qui licencie sans explication 382 salariés affiliés au syndicat OWTU, parle « d’attendre des jours meilleurs » pour revenir. Comme lors des crises mondiales, le patron ne perd rien. Mais pour les 627 600 travailleurs du public et du privé (recensés à Trinidad-et-Tobago en 2018) ce sera la misère.

Les travailleurs, sous le choc du coronavirus, n’ont pas dit leur dernier mot.  


Dans les entreprises

Échos des assurances
MAIF : où sont passés les chèques déjeuner des télétravailleurs ? La direction n’a pas voulu octroyer les chèques déjeuner aux télétravailleurs ni aux travailleurs à distance qui n’ont pas chômé pendant cette difficile période du confinement. Quelle mouche a piqué la direction ? Pourtant les représentants du personnel ont contesté cette décision : refus total pour l’instant. Affaire à suivre car les remerciements du travail accompli et les éloges ne suffisent pas.

Chantiers en lutte (Martinique)
Métallurgie : lisansiman san manman Depuis quelques mois, certaines PME de la métallurgie - et semble-t-il des entreprises plus importantes aussi - se préparent à fermer leur entreprise, donc à licencier leur personnel. Il y en a qui en profitent de la période de l’épidémie pour le faire en douce. Et au nom de la concurrence. La plupart de ces entreprises sont des sous-traitants des grosses entreprises capitalistes locales. Elles dépendent des requins capitalistes.

Échos des Télécoms (Orange)
Le directeur Antilles-Guyane se félicite Dernièrement sur RCI. Lui aussi se félicite de la bonne marche technique d'Orange pendant le confinement. Le réseau a tenu. Bref il s'est lancé des fleurs. Tout marche bien, tout y est beau à Orange. Mais si ça marche c'est grâce à notre travail. Et pour cela, nos salaires n'augmentent pas. Seuls les actionnaires qui ne travaillent pas ou pas autant, eux, bénéficient des retombées. Il faudra bien que cela cesse un jour !

Écho de Pôle emploi
Télétravail, le flou de plus en plus intense Depuis le confinement, la direction utilise le télétravail pour ajuster le nombre d’agents présents sur site. Cela passe par des pressions individuelles plus ou moins directes. Il se murmure même que dans certaines agences des collègues qui étaient prêts à revenir travailler sur leur site après le déconfinement ont été priés de rester en télétravail car il n’y aurait pas assez de masques pour eux.
Notre santé n’a pas de prix ! Nombreux sont ceux d’entre nous qui hésitent encore à reprendre le chemin du travail en agence. Certains ne sont pas encore rassurés sur les conditions de travail qu’ils trouveront dans leur service. On les comprend car d’après la direction, elle met en place ce que le gouvernement a prévu. Pour le reste, cette même direction répète à qui veut l’entendre que le risque zéro n’existe pas et prétend que le droit de retrait ne s’applique pas.

Sucrerie en lutte (usine Gardel)
La récolte avance pour qui ? La récolte progresse avec un rendement de 65 tonnes par hectare, plus de 200 000 tonnes récoltées sur 421 000 tonnes prévues. Les meilleures parcelles ont été coupées notamment celles de l’usine. Avec une richesse moyenne au-delà de 8. Cela marche pour l’usine, cela marchera-t-il autant pour les ouvriers ?

Recherche des meilleurs rendements C’est la perspective du discours des dirigeants de la filière canne qui mettent en avant les petits planteurs qui doivent être aidés. Ils servent de paravent aux gros planteurs et à l’usine qui sont les gros bénéficiaires de ces aides. Les patrons encaissent et les travailleurs des champs et de l’usine bossent.

Y-a-t-il du Covid à l’usine La récolte a commencé fin février, puis les gestes barrières ont été mis en place. Depuis la coupe dans les champs jusqu’au traitement de la canne dans l’usine, ils doivent être appliqués selon les directives de l’Iguacanne. Qu’en est-il des bruits de Covid positifs alors ?


Soutenons nos camarades Nomertin et Tillé contre la répression patronale !

Le 10 juin notre camarade Rony Tillé, militant de Combat ouvrier, militant de la CGTG CHU, membre du bureau confédéral de la CGTG est convoqué au tribunal. Un chef l’accuse de menace de mort (rien que ça !) lors de la dernière grève du CHU. C’est un prétexte fallacieux pour tenter de réprimer un camarade qui a été très actif pendant la grève et qui est par ailleurs très militant au sein du CHU.

Jean-Marie Nomertin, encore attaqué en justice par le gros planteur Tino Dambas  Notre camarade Jean-Marie Nomertin, par ailleurs secrétaire général de la CGTG est une nouvelle fois convoqué au tribunal de Basse-Terre suite à une énième plainte du planteur exploiteur Tino Dambas. Celui que tout le monde surnomme maintenant « l'esclavagiste noir » reproche à Jean-Marie Nomertin de l'avoir soi-disant appelé ainsi. Il faut obtenir la relaxe de Nomertin et que Dambas soit débouté comme pour le premier procès !  

Le 10 juin à 7h : tous devant le tribunal de Pointe-à-Pitre avec Rony Tillé ! Le 12 juin à 7h : tous devant le tribunal de Basse-Terre avec Jean-Marie Nomertin !


Haïti : Les biens de riches incendiés

Le 20 mai, un hôtel de plage a été incendié ainsi qu’une des résidences de la famille Apaid, patron d’usines textiles, politicien. Situées sur la côte touristique des Arcadins, ces plages sont convoitées depuis des décennies par les capitalistes locaux. Ces riches familles arment des gangs pour terroriser et déloger les habitants qui vivent sur le littoral depuis des générations. Elles s’accaparent les terres et construisent des lieux de villégiatures où les dignitaires de l’État, la clientèle fortunée de Port-au-Prince ou de Miami viennent passer du bon temps. Cette fois le gang envoyé pour déloger les habitants est tombé sur plus forte partie, et les habitants, en représailles, ont brûlé les maisons des commanditaires. Dans ce conflit qui dure depuis des décennies, le maire et les policiers sont du côté des riches, de même que le gouvernement de Jovenel Moïse est du côté des possédants dans la lutte contre la pandémie due au Covid-19.


Haïti : sous le Covid-19

Le virus circule de manière intense et le ministère de la santé recensait au 25 mai 958 cas, 7 décès, 300 personnes hospitalisées et près d'un millier en quarantaine à domicile, chiffres sous-estimés en l’absence de tests en quantité suffisante.  

Le 19 mai Jovenel Moïse a donné l’autorisation d’utiliser une plante de Madagascar, l’Artemisia, qui est censée combattre le virus. Une pirouette du gouvernement pour montrer son souci de la santé de la population sans résultat garanti. Le gouvernement rabâche sur les médias des mesures-barrières et de protection que seule la population aisée peut mettre en application.

Ceux qui peuvent se payer de l’eau et remplir leurs citernes, ceux qui peuvent se payer des panneaux solaires pour l’électricité, se payer une maison avec un minimum de salubrité et poster des gardiens armés qui repoussent les pauvres, ceux-là n’ont pas de problème. La majorité de la population, les pauvres, les djobeurs, les travailleurs se débrouillent au jour le jour pour ne pas mourir de faim en quarantaine.

Le trajet en bus ou camionnette est un exercice périlleux. Dans les minibus, au lieu de six par banquette, deux personnes sont autorisées par le chauffeur respectant ainsi les distances, mais le prix du trajet a été doublé. Dans les camionnettes ils sont quatre personnes au lieu de six par banc mais les chauffeurs découpent un même trajet en deux ou trois tronçons pour gagner plus.

Dans les entreprises les conditions de protection sont aléatoires et quand un ouvrier est suspect d’être malade, il est renvoyé et les machines continuent de tourner pour le profit des patrons.    


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