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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1208 du 10 novembre 2018/Quatrième page

Quatrième page

Brésil: Après la victoire de l’extrême-droite

Le 28 octobre, avec 55 % des voix, Jaïr Bolsonaro a été élu président du Brésil. Cet obscur capitaine en retraite, soutenu par tous les profiteurs et par les églises évangéliques ultraconservatrices, a réussi à faire croire à une partie de la population que son élection serait une solution à ses problèmes. La victoire de ce politicien d’extrême-droite exprime surtout un rejet massif par les électeurs de toute la classe politique, confondue dans la même haine.

Ce rejet touche en premier lieu le Parti des travailleurs (PT) de Lula. Arrivé au pouvoir en 2003 il promettait de gouverner en faveur des couches populaires. Profitant d’un contexte économique favorable, il a amélioré un peu le sort des couches les plus pauvres par des programmes sociaux, mais sans changer vraiment la société brésilienne, très inégalitaire. Le PT s’est donc finalement comporté en gérant loyal des affaires de la bourgeoisie et quand, à partir de 2014, la crise économique a frappé le Brésil, il en a fait porter tout le poids sur les couches populaires. Les 13 millions de chômeurs, le retour de l’inflation, ont révulsé aussi bien les petits-bourgeois qui craignaient pour leur niveau de vie que les salariés directement touchés.

En 2015, il y avait eu des millions de manifestants contre les hausses dans les transports publics. Les scandales de corruption dans lesquels le PT s’est retrouvé compromis, l’ont complètement discrédité ; en 2016 c’est la corruption généralisée qui a poussé la rue à s’exprimer contre la présidente PT Dilma Rousseff. Le bilan des treize années aux affaires du PT est parvenu à décevoir et à démoraliser sa base ouvrière, en poussant une partie à voter pour un ennemi évident des travailleurs.

L’élection de Bolsonaro, produit de la crise économique et de sa brutale aggravation, est donc aussi et surtout le résultat de la faillite et des trahisons de la gauche au pouvoir. Lula, le PT et toutes les forces politiques qui l’ont présenté comme le seul espoir des pauvres portent une écrasante responsabilité dans l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite au Brésil. Le Brésil compte plus de 210 millions d’habitants, donc actuellement les pauvres en colère s’y comptent par dizaines de millions qui n’ont pas tous voté Bolsonaro, bien au contraire. Près de la moitié de la population a refusé d’afficher la moindre confiance à ce défenseur des riches, de la soldatesque et de ceux qui promettent le paradis… dans l’au-delà. Cette moitié représente une force potentielle considérable, c’est en majorité des exploités. S’ils ne se laissent pas intimider et démoraliser par le résultat électoral, cette force pourra ébranler des montagnes. Il faudra pour cela qu’au sein des couches populaires et à leur tête, la classe ouvrière trouve le chemin de la lutte. Si elle sait discerner derrière Bolsonaro ses véritables ennemis, le grand patronat capitaliste, elle sera capable d’offrir une perspective aux exploités du Brésil.


Dans les entreprises

Échos des hôpitaux Martinique
À quand la mise à jour des compteurs ?
Les agents ont des difficultés pour obtenir la mise à jour de leurs compteurs de récupérations et d’heures supplémentaires. Pour certains services le dernier relevé du compteur date de mars et nous sommes en novembre. Impossibilité donc pour les agents de suivre leurs comptes. En tous les cas, qu’on ne vienne pas leur dire à la fin de l’année qu’ils doivent des heures ou des jours !

Ils précarisent toujours plus les emplois !
Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, vient d’annoncer que le gouvernement va généraliser les embauches hors statut dans la fonction publique. Il prétend que les fonctionnaires auront, pour la première fois, « la liberté de choix entre le statut actuel » et des contrats de 5, 10 ou 15 ans. Mais il y a déjà un emploi sur cinq sous contrat dans la fonction publique : soit 1,28 million de contractuels. Des hôpitaux à l’éducation et aux collectivités locales, cela n’a bien sûr amélioré ni leur situation ni celle des services publics qui manquent de bras et de moyens. Le but est de faire toujours plus d’économies sur le dos des salariés, comme des usagers des services publics utiles à la population.

Échos des assurances
Guadeloupe Maif : Depuis OSER les heures supplémentaires deviennent une habitude
Dans l’accord signé par certaines organisations syndicales, les heures supplémentaires sont prévues au minimum trois fois dans l’année, mars, juin et décembre, pour absorber les flux qui ne cessent d’augmenter. Le problème c’est que la direction refuse d’embaucher et il n’y aucune baisse de la sinistralité en vue. Bien au contraire avec les intempéries de plus en plus importantes les collègues des centres de gestion sinistre croulent sous le travail. Ce système ne règle rien et aggrave la surcharge de travail. Il faut absolument revendiquer des embauches pérennes et supplémentaires pour faire face à la charge de travail.
Échos de Jarry
Socomeco : trop de chaleur et de poussière
À l’intérieur du magasin il y a de la poussière, il n’y a pas d’aération, pas de climatisation, il fait trop chaud. On doit changer de vêtements plusieurs fois dans une journée. Et comme on ne nous en donne pas, ce sont des raisons supplémentaires de ne pas travailler dans ces conditions !

Échos de Jarry
Socomeco même les clients se plaignent de la chaleur
Une cliente a dit qu’elle ne peut pas attendre sa commande car il fait trop chaud, elle a décidé d’envoyer son employé revenir chercher la commande plus tard. Ça nous a donné une idée : faire régulièrement des « pauses fraîcheur » en s’invitant dans les bureaux climatisés.


Haïti : 420 gourdes comme salaire minimum, une provocation

Nous publions ci-dessous, un tract, « PAWOL TRAVAYÈ », publié par nos camarades de l’Organisation des Travailleurs Révolutionnaires (OTR UCI).  

Après 6 mois de manœuvres dilatoires, ce sont seulement 420 gourdes que le président Jovenel Moïse donne pour salaire minimum alors que les travailleurs réclamaient au minimum 1000 gourdes. Le président a de nouveau montré qu’il est le larbin des patrons, qu’il n’entend que la voix des patrons.

Mais la publication du salaire de 420 gourdes au journal officiel ne veut pas dire que la bataille est finie pour autant. Le salaire peut changer dans l’intérêt des travailleurs à n’importe quel moment, n’importe quel jour. Nous les travailleurs, c’est notre force de travail qui crée toutes les richesses de cette société. Nous sommes des millions à subir les mêmes conditions dans les entreprises comme dans les quartiers. Nous représentons une force considérable dans la société. Le jour où, nous les travailleurs, nous seront conscients de la force que nous représentons et de notre rôle dans la production des richesses, le jour où nous arriverons à organiser cette force pour répondre aux coups des patrons et leurs larbins, nous serons capables d’obtenir mille et bien plus que mille gourdes.
Comptons sur notre force !
OTR jeudi 11 octobre


Haïti : Les patrons n’appliquent pas l’ajustement du salaire minimum

Les patrons des entreprises du textile contournent l’ajustement du salaire minimum journalier à 420 gourdes soit 5,6 euros. Dans certaines entreprises les ouvriers répliquent.

Les ouvriers de la zone industrielle de Port-au-Prince avaient manifesté par milliers au mois de mai dernier pour réclamer un salaire minimum journalier de 1000 gourdes (12,31 euros) et le gouvernement a renvoyé la réponse au premier octobre. À cette date, le Conseil Supérieur des Salaires (CSS) a publié une grille des salaires où pour les entreprises du textile le salaire minimum est passé de 350 à 420 gourdes, soit un ajustement de 20%.

Après avoir repris le vieil argument que « un tel salaire va ruiner l’économie du pays », les patrons ont affirmé qu’ils allaient appliquer le nouveau salaire. En fait ils ont mis en place un arsenal pour ne pas payer les 20% d’ajustement. Dans ces entreprises les ouvriers sont payés à la journée avec un quota de boites de maillots à réaliser pour toucher le salaire journalier. En moyenne 40 à 50 boites pour avoir 420 gourdes. Le maillot est confectionné sur une ligne, « un module », où travaillent plusieurs ouvrières et c’est le module qui en fin de journée doit avoir réalisé le quota de boites. La manœuvre du patron est d’augmenter la productivité des ouvrières pour leur payer 420 gourdes.

Soit il diminue le nombre d’ouvrières dans le module, soit il augmente le quota de boites à 55 ou 60. Certains patrons augmentent la journée de travail d’une heure supplémentaire sans la payer.

Pour passer de 350 à 420 gourdes il suffirait de rajouter directement 20% sur le prix de chaque boite de maillots. Au lieu de cela le patron augmente le quota journalier en promettant 420 voir 500 gourdes si ce quota est réalisé dans la journée. Il tente de diviser les travailleurs en établissant une sorte de compétition entre eux. Certains se font prendre au piège patronal et se stimulent, allant jusqu’à se prendre à partie pour arriver à réaliser le quota. Mais dans d’autres entreprises, les ouvriers ont répliqué en refusant de travailler, avec la « grève bras croisés » pour l’application des 420 gourdes sans augmentation du quota journalier et ils ont fait reculer le patron.

Cet ajustement de 20% ne compense même pas la hausse du coût de la vie et pour y avoir droit les ouvriers doivent affronter les patrons pour les faire reculer.


À lire

Dans le dernier numéro de « Lutte de classe » sur le site de Lutte ouvrière : un article de Combat ouvrier : « Aimé Césaire, entre littérature et nationalisme »


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