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Journal/États-Unis: Scandale « Blackface »en Virginie /Quatrième page

Quatrième page

Une seule voie contre l’oppression des femmes : la lutte collective

La journée du 8 mars, comme chaque année, est qualifiée souvent dans les médias de « journée de la femme ». Cette qualification à connotation « marketing » dénature le sens de cette journée.  

À l’origine, c’est en 1910 que l’Internationale ouvrière proposa que les femmes socialistes de tous les pays organisent, tous les ans, une journée de protestation et de luttes pour les droits des femmes. Les partis ouvriers revendiquaient l’égalité des droits entre les hommes et les femmes et montraient que les femmes avaient une place aussi importante que celle de l’homme dans le combat pour l’émancipation de la classe ouvrière et de l’ensemble de la société. L’égalité des droits est loin d’être gagnée dans le cadre du système capitaliste. Les gouvernements prétendent défendre les droits des femmes, mais en fait, ils perpétuent leur oppression.

Aujourd'hui, la dégradation des conditions de vie des travailleurs et de la population pauvre, liée à la crise économique, touche encore plus les femmes. Le recul des luttes offensives et celui de la conscience de classe dans le mouvement ouvrier international a même pour conséquence un recul des droits des femmes. Par exemple, le droit à l’avortement est constamment menacé en Europe et aux USA. C’est le cas de l’Espagne par exemple. Plusieurs projets de loi y ont été votés pour réduire le droit des femmes à avorter. Dans les pays où règne l’intégrisme islamique, elles sont obligées de se cacher le corps de la tête aux pieds. Elles sont confinées à la maison, souvent battues, parfois lapidées ou défigurées à l’acide. Dans l'occident chrétien dit « développé », leur vie c’est de faire la cuisine, le ménage, de s’occuper des enfants et du mari. En plus du travail domestique qui n’est pas rémunéré, une étude a montré que les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes font que les femmes travaillent gratuitement à compter du 6 novembre à 15h35 jusqu'au 31 décembre. C’est à cette date et à cette heure que correspondent le moment où le salaire des hommes dépasse celui des femmes sur une année complète. En Guadeloupe comme en Martinique, les femmes sont les plus touchées par le chômage, 33% en Guadeloupe et 28% en Martinique. Ce sont les femmes qui sont les plus nombreuses à occuper les emplois précaires. Les femmes occupent pour la plupart des emplois peu qualifiés et acceptent des emplois mal payés pour éviter le chômage. On a entendu des journalistes se réjouir de la bonne représentation des femmes dans les assemblées locales aux Antilles. On a aussi entendu que les inégalités de salaires entre les hommes et les femmes y seraient les plus basses de France. Les écarts sont de 9% en Martinique et de 11% en Guadeloupe, tandis que la moyenne de la France entière est de 19%. C’est une illusion de progrès qui masque la réalité. Le nombre de femmes qui subissent des violences sexistes, sexuelles et conjugales dans la famille, au travail ou dans les espaces publics est considérable.

Cependant, l'histoire du mouvement ouvrier montre que les femmes ont souvent été en première ligne dans les luttes. Rappelons-nous combien elles ont compté en 2009 pendant la grève générale et plus récemment dans la grève de Carrefour-Milenis-Promocash. Ce sont des luttes comme celles-ci qui leur ont permis de gagner des droits pour leur classe et aussi pour elles. Mais l’émancipation totale des femmes ne sera possible qu’en mettant fin à cette société d’exploitation qu’est la société capitaliste.  


États-Unis: Scandale « Blackface »en Virginie

Début février, un scandale a éclaté concernant le gouverneur démocrate de la Virginie, Ralph Northam.  
Un site conservateur a publié des photos de son album de fin d’études de médecine en 1984. Sur l’une d’elles, on voit un jeune blanc au visage grimé en noir (« blackface ») et un autre arborant la capuche du Ku Klux Klan (KKK). De nombreuses personnes ont exprimé leur indignation et exigent la démission du gouverneur.

Ce dernier refuse pour l’instant de démissionner, et prétend que ce n’est pas lui qui figure sur la photo ; il a néanmoins admis avoir eu recours à la « blackface » pour imiter Michael Jackson, lorsqu’il était plus jeune. En cas de démission, il y aurait un problème pour le remplacer : son vice-gouverneur est poursuivi pour agression sexuelle, et le procureur général, troisième personnage de l’État, a lui aussi à son actif l’utilisation de la « blackface ». Ces seuls faits montrent que ce ne sont pas des cas isolés parmi la population blanche du sud des États-Unis. La population afro-américaine réagit vigoureusement à ces déguisements que leurs auteurs tentent de minimiser en disant qu’il s’agit d’une simple blague. C’est qu’en fait, la « blackface » est une manifestation de racisme qui remonte à l’époque de l’esclavage dans les États du Sud. Pour distraire les Blancs, des « minstrels », troupes d’acteurs qui présentaient un show avec des sketches et de la musique, parcouraient les campagnes. Ces acteurs blancs se noircissaient le visage et la plupart de leurs sketches consistaient à ridiculiser les Noirs, décrits comme stupides, tricheurs et indolents. Le plus connu de ces personnages était Jim Crow, symbole du nègre stupide et fainéant selon les critères de ces Blancs racistes, qui se défoulaient pour justifier l’esclavage imposé à des Noirs supposés inférieurs. Son nom, Jim Crow, a été donné aux lois régissant la ségrégation raciale dans les États du Sud.

Ce racisme légal a perduré jusque dans les années 1960. À l’époque sévissait le Ku Klux Klan, société secrète formée par les anciens esclavagistes et les officiers de l’armée sudiste vaincue lors de la guerre civile qui aboutit à l’abolition. Ses membres ont organisé des lynchages, ils brûlaient des maisons, tuaient surtout des hommes noirs par pendaison ou en les brûlant vifs, et parfois assassinaient aussi des femmes et des enfants, avec la complicité des autorités des États du Sud. C’est à cause de ce passé que ces photos choisies par le gouverneur ne peuvent pas être considérées comme une simple blague aux yeux des Afro-Américains et des antiracistes.  


Dans les entreprises

Sucrerie en lutte (Gardel)

La campagne 2019 a commencé
Depuis jeudi, la récolte a débuté et le broyage a commencé à Gardel. Il est prévu un tonnage de cannes inférieur à l’année passée, 617 000 tonnes. C’est le rôle des travailleurs de les broyer et les transformer en sucre, sans eux l’usine n’est qu’un assemblage de machines. Pour cela ils méritent un salaire permettant de faire face au coût de la vie. 

La campagne décolle et les salaires des ouvriers ?
La campagne a débuté, les bons de coupe sont délivrés. Les cannes sont broyées et les chaudières fonctionnent. Un point à régler, celui du protocole de désaccord, les négociations sont toujours en cours sur les salaires.

Un démarrage en sursis
Les ouvriers font tourner l’usine et les chaudières se remplissent petit à petit. Si elles ne sont pas vidées, elles peuvent être pleines à déborder. Attention, si c’est le cas, cela pourrait amener l’arrêt de l’usine.  


Algérie : Bouteflika recule. Victoire d’étape ?

Le 11 mars, face aux protestations massives de la population, Abdelaziz Bouteflika a reculé et annoncé le retrait de sa candidature à un cinquième mandat présidentiel.  

Il a annoncé également qu’il reporte les élections. Le 12 mars, au lendemain de son annonce, la population se méfie et reste mobilisée. Des milliers d’étudiants et de lycéens ont manifesté de nouveau à Alger pour exiger le départ immédiat de Bouteflika.

Les manifestations ont commencé le 16 février, avec des milliers de personnes dans les rues des villes à l’est du pays. Le 22 février, elles ont gagné tout le pays. À Alger, ils étaient des milliers à braver l’interdiction de manifester en vigueur depuis 2001. La population criait des slogans comme « Pas de cinquième mandat », ou encore « Système dégage ». Le 26 février, les manifestations ont continué. 65% des enseignants étaient en grève. Le 8 mars, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, beaucoup de femmes ont défilé dans les rues en criant des slogans tel que « Femmes contre le 5e ». Le 10 mars, un appel à la grève générale a été largement suivi. Les travailleurs des transports publics ont fait grève. Beaucoup de commerces ont fermé pour protester contre le cinquième de mandat de Bouteflika. Les travailleurs du groupe Cevital, leader du secteur agroalimentaire en Afrique, sont entrés en grève. Les jeunes aussi participent par milliers à ces manifestations. Étudiants, lycéens, jeunes travailleurs, tous ont décidé de faire grève. Le 26 février, les étudiants ont massivement manifesté dans toutes les universités du pays.

Les jeunes de moins de 25 ans représentent 45% de la population algérienne. Cette jeunesse est ravagée par le chômage de masse et la précarité considérable. Beaucoup d’étudiants sont diplômés mais ne trouvent pas d’emploi. Face à l’ampleur du mouvement, le gouvernement a avancé les vacances scolaires et universitaires au 10 mars pour tenter de disperser la jeunesse. Mais les jeunes ont compris la ruse du gouvernement et ont décidé de continuer à protester. La précarité, le chômage de masse, le salaire minimum de 130 €, l’inflation du dinar, la monnaie algérienne, sont autant de raisons qui ont alimenté la colère du peuple algérien. Depuis l’indépendance en 1962, le FLN (Front de libération nationale) le parti au pouvoir issu du parti ayant mené la guerre d’indépendance, a instauré une dictature en s’appuyant sur l’armée. La colère de la population dépasse la seule revendication contre le pouvoir de Bouteflika. Elle est le résultat du mécontentement d’une population qui a subi 57 ans de dictature.

Bouteflika a cédé. Mais le régime reste en place. Le recul de Bouteflika face aux mobilisations est la preuve que la rue peut avoir raison des dictateurs, certes, mais pas encore de la dictature ! Si la classe ouvrière qui est, en Algérie, puissante, numériquement et par son rôle économique, s’engouffrait dans la brèche ouverte par les récentes manifestations, elle pourrait alors être un facteur de tout premier ordre. Mais là encore, comme en Haïti, comme au Venezuela, et dans bon nombre de pays où existe une situation objectivement révolutionnaire, il n’y a pas de parti ouvrier révolutionnaire. Seuls de tels partis pourraient fournir aux travailleurs et aux masses pauvres exploités par les bourgeoisies de ces pays, une véritable politique d’émancipation du joug capitaliste. Mais quoi qu’il en soit, c’est à partir de grandes secousses sociales, comme celles d’Algérie aujourd’hui que peuvent surgir des éléments nouveaux allant en ce sens.


Venezuela : le camp de l’impérialisme fait feu de tout bois

Depuis le 7 mars, une panne d’électricité géante a affecté la quasi-totalité du pays pendant plusieurs jours. Elle a eu des conséquences dramatiques, principalement dans les hôpitaux où plusieurs malades sont morts.  

Le gouvernement accuse les États-Unis d’avoir provoqué la panne par une attaque cybernétique contre le système de contrôle automatisé et d’avoir organisé un sabotage de la principale centrale hydroélectrique du pays. Des commentateurs accusent également les USA de provoquer le chaos afin de justifier une intervention militaire. Le chef de file de l’opposition, Juan Guaido, qui s’est autoproclamé président par intérim, a tiré parti de la panne pour appeler à des manifestations de ses supporters et à une marche nationale contre le gouvernement sur la capitale Caracas. Dans la rue, les manifestations opposent les partisans du président élu Maduro, le successeur de Chavez, à ceux de Guaido, mais la presse internationale présente de façon unilatérale celles favorables à Guaido. La bourgeoisie vénézuélienne fidèle à l’impérialisme international représentée par Guaido et ses soutiens internationaux, les États-Unis et les gouvernements de droite de plusieurs pays d’Amérique latine, sont déterminés à en finir avec le régime de Maduro.

Mais ce dernier conserve un large soutien populaire, comme en témoignent les élections municipales de décembre dernier. Le parti de Maduro y avait remporté plus de 300 municipalités sur les 335 concernées. Ce que l’impérialisme et la fraction de la bourgeoisie vénézuélienne qui le soutient reprochent à Maduro et Chavez défunt c’est de trop donner aux pauvres. La manne pétrolière a pu faire illusion pendant plusieurs années. Aujourd’hui, la crise fait tomber les illusions. Maduro tient toujours grâce au soutien populaire et à l’armée. Mais pour combien de temps ? La politique des Chavez et Maduro est restée dans les limites d’une politique bourgeoisie populiste. Ils veulent faire comme Castro à Cuba mais sans révolution bourgeoise populaire, ce qui est impossible. Seuls les travailleurs au pouvoir pourront se débarrasser totalement de la bourgeoisie et des méfaits de l’impérialisme, au Venezuela, mais aussi à Cuba.


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