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Journal/Sommaire du journal CO n° 1246 du 25 juillet 2020/Pages 7 et 8

Pages 7 et 8

Curaçao : Émeutes la population se révolte contre l’austérité

Le 24 juin, des manifestations spontanées ont éclaté à Curaçao, île proche du Venezuela qui dépend des Pays-Bas. Cette île qui compte 155 000 habitants était jusqu’alors relativement prospère, mais la crise des deux principales bases de l’économie, à savoir la raffinerie de pétrole et le tourisme, l’a plongée dans de grandes difficultés. Le gouvernement néerlandais dirigé par le Premier ministre de droite Mark Rutte, adepte de l’austérité (pour les pauvres) a aggravé la situation par des mesures drastiques. La raffinerie de la Isla était essentiellement approvisionnée par du pétrole vénézuélien. Du fait du blocus imposé par les États-Unis, renforcé sous la présidence de Trump, cette raffinerie a presque cessé de fonctionner.

Le contrat de la société PDVSA qui exploitait la raffinerie n’a pas été prolongé, et c’est le groupe américain Klesch qui devait reprendre l’activité. Aux dernières nouvelles, il semble se retirer. Ce sont des milliers d’emplois qui sont ainsi supprimés. Les dirigeants de l’île ont compté sur un statut de paradis fiscal pour attirer des capitaux, mais une telle activité ne profite guère à la population, et de plus, elle est en baisse. Ils se sont alors tournés vers le tourisme de croisière, qui a attiré près de 750 000 visiteurs les années précédentes. Mais la pandémie du coronavirus est passée par là : les touristes, pour la plupart américains, ne peuvent plus venir.

À cette crise de l’économie capitaliste s’ajoute celle due à l’austérité imposée par le gouvernement néerlandais. Celui-ci exige que Curaçao prenne des mesures drastiques, soi-disant pour équilibrer les comptes. C’est ainsi qu’il a imposé le non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite, et le gel des salaires. Le nombre des fonctionnaires a diminué, les taxes indirectes ont été augmentées, mais cela n’a pas suffi à contenter le gouvernement hollandais. Il exige maintenant en contrepartie d’un prêt de 370 millions d’euros, une baisse des salaires de 12,5 % et une diminution des effectifs.

Près de 21 % de la population est désormais au chômage, et près de la moitié de la population est dépendante de l’aide alimentaire. Lorsque le gouvernement autonome a décidé de baisser les salaires et les effectifs des éboueurs, des émeutes ont éclaté le 24 juin et une partie des manifestants a tenté de prendre d’assaut le siège du gouvernement, à Willemstad, la capitale. Des magasins ont été pillés et 36 incendies ont éclaté dans toute l’île. Le couvre-feu a été instauré. Pour seule réponse le gouvernement néerlandais a envoyé des renforts de troupes pour mettre fin à cette révolte de la population. Le cynique Premier ministre des Pays-Bas, qui en Europe se veut le chef de file de l’austérité, a dit que « Curaçao est une copie de l’Espagne et de l’Italie ». Il profite donc de cette situation pour démontrer qu’il est aussi rigoureux dans ses colonies qu’en Europe. Étant donné les terribles conditions que la population de Curaçao endure, il se pourrait bien que l’envoi de quelques troupes ne suffise pas à calmer sa colère. Mais là comme ailleurs, les travailleurs et les pauvres de Curaçao devront aller plus loin et s’organiser s’ils veulent se débarrasser de ce système pourri.  


République Dominicaine : Nouveau président, même politique contre les travailleurs

En République dominicaine, l’élection présidentielle prévue le 17 mai est tombée en pleine pandémie. Elle a donc été reportée au 7 juillet, malgré une explosion du nombre de cas de coronavirus.

C’est Luis Abinader qui a été élu, représentant le Parti révolutionnaire moderne (PRM). Étiqueté de « centre gauche », le Parti révolutionnaire moderne est un parti social-démocrate réformiste, né d’une scission du parti révolutionnaire dominicain (PRD), socialiste. Partisan d’une troisième voie, il regroupe une alliance de partis « d’orientation démocratique, libérale et progressiste », rejetant une appellation socialiste jugée trop lourde pour accéder aux postes dirigeants. Son parti avait déjà eu d’excellents résultats lors des élections municipales en février 2020.

Pendant la pandémie du Covid-19, les meetings étant interdits, la campagne s’est déroulée sur les réseaux internet et les promesses électorales ont été nombreuses : création de plus de 600 000 emplois, rôle plus important dévolu aux femmes, pérennisation des emplois, réduction des dépenses de transport public et du trafic dans les villes, parmi tant d’autres. Les électeurs ont sanctionné le parti au pouvoir (Parti de libération dominicaine) dont l’image a été ternie par une succession de scandales de corruption après 16 ans de mandats présidentiels. Ils espèrent un changement avec le nouveau président. Celui-ci n’est pas un inconnu, il a représenté le PRM aux dernières élections présidentielles en 2016 où il a été battu.

À 52 ans, il possède le Groupe touristique Abicor qui a développé et exploité les grands projets touristiques dans le pays. Il est vice-président de la société des Ciments de Santo Domingo, membre du conseil d'administration de l'Association nationale des hôtels et restaurants. La pandémie a amené la fermeture des frontières du 20 mars au 30 juin et le tourisme s’est effondré, entrainant une baisse des bénéfices pour les patrons du secteur et le chômage pour tous ceux qui travaillent dans ce secteur. Plus de 5 % de la population bascule sous le seuil de la pauvreté. Après la levée de l’état d’urgence le 2 juillet, le slogan du nouveau gouvernement est la reprise des activités touristiques alors que le virus circule activement.

Depuis le 1er mars, 51 600 cas ont été confirmés dont le président élu. Il y a eu 3 721 personnes hospitalisées, dont 269 le 19 juillet. Depuis le 1er mars 971 personnes sont décédées, dont 29 en 24 heures.

Luis Abinader prendra ses fonctions le 16 août, comme le nouveau gouvernement. Il représente les intérêts de la bourgeoisie dominicaine tirant ses profits du tourisme, de la spéculation immobilière, de la spéculation sur le change du peso dominicain et de l’exploitation des travailleurs en République dominicaine.  


Haïti : la lutte ouvrière sous le Covid-19

Au 20 juillet, il y a plus de 7 050 cas recensés en Haïti. Selon le Ministère de la Santé Publique, qui ne recense pas tous les cas, 78 nouveaux cas de Covid-19 auraient été confirmés en 24 heures, contre 27 lors du précédent comptage. Le nombre de décès est inchangé à 146.

Le gouvernement a ouvert l’aéroport de Port-au-Prince le 30 juin. Il se veut optimiste et ne croit pas qu’il y aura une deuxième vague de la pandémie. Jovenel Moïse insiste sur la « nécessité de vivre avec la pandémie pour un nouveau départ de l’économie ». Il défend les intérêts des patrons qui pour « relancer la production nationale » pressurent les ouvriers des zones industrielles. La nécessité de survivre au quotidien pousse les ouvriers à retourner dans les entreprises où les conditions de travail sont aggravées depuis la pandémie.

Dans la bataille qu’ils mènent dans les usines contre les conditions sanitaires insuffisantes, la chute des salaires, les brimades des chefs, une des revendications des ouvriers est de compenser la perte du pouvoir d’achat due à la dévaluation de la gourde face au dollar.

Voici la traduction d’un bulletin Pawòl Travayè diffusé par les camarades de l’OTR (Organisation des Travailleurs Révolutionnaires) début juillet. Aujourd’hui chaque ouvrier perd 138 gourdes par jour sur son salaire Sur la zone industrielle les ouvriers se demandent comment on peut perdre 138 gourdes chaque jour alors que le salaire journalier a été fixé à 500 gourdes depuis novembre 2019.

Si certains ouvriers ne comprennent pas le phénomène, les patrons eux en connaissent bien les rouages. Pour eux, la chute de la gourde qui perd sa valeur face au dollar les arrange bien. Ainsi en novembre avec 500 gourdes vous pouviez avoir 5,31 dollars aujourd’hui vous n’aurez que 4,60 dollars.

Si les ouvriers étaient payés en gourdes en appliquant le taux de change du jour par rapport au dollar ils toucheraient toujours l’équivalent de 5,31 dollars. Aujourd’hui il faudrait alors toucher un salaire de 638 gourdes par jour. Les patrons sont payés en dollars par leurs commanditaires américains, ils sont capables de payer les ouvriers en dollars ou en gourdes non dévaluées ! En collant les épaules, les ouvriers des diverses entreprises des zones industrielles peuvent montrer leur force, s’unir et revendiquer des salaires payés en dollars ou alors en gourdes mais au taux du jour.  

OTR-UCI – Jedi 9 jiyè 2020 An nou konté sou fòs nou


Haïti : les ouvriers de SISA ripostent

Du 29 juin au 6 juillet, de nombreux ouvriers de SISA (Sewing International Société Anonyme) ont cessé le travail pour protester contre le quota journalier de production que le patron leur impose. SISA est une grosse usine de textile à Port-au-Prince, fabricant de t-shirts pour l’exportation.

Si l’ouvrier n’atteint pas ce quota chaque jour, il ne reçoit pas un salaire complet. Les grévistes revendiquaient la diminution du quota journalier, sinon ils exigeaient d’être licenciés avec versement de leurs indemnités. Finalement, après presqu’une semaine de mobilisation, ils ont obtenu la fin du quota journalier au profit d’un quota étalé sur quinze jours. Les grévistes ont repris le travail mais rien ne leur garantit que le nouveau quota sera plus facile à atteindre que l’ancien et leur permettra de gagner de meilleurs salaires.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : les salaires ! Les ouvriers sont payés en gourdes, mais à cause de la crise économique mondiale, cette monnaie est tellement dévaluée par rapport au dollar américain que chaque jour la valeur des salaires diminue. Parallèlement, les prix des produits alimentaires et autres ne font qu’augmenter.


Guadeloupe - SIAEAG : les salariés refusent d’être jetés à la rue

Les 17 et 20 juillet 2020 les salariés du SIAEAG (Syndicat intercommunal d'alimentation en eau et d'assainissement de la Guadeloupe) étaient mobilisés au siège de Labrousse au Gosier. Ils ont fait valoir leur droit d’alerte suite à l’annonce de dissolution du SIAEAG pour exiger des explications. Les salariés n’ont aucune information claire sur leur devenir après la dissolution de la structure. Seront-ils transférés vers d’autres structures ? Le seront-ils tous ? Vont-ils garder leurs acquis ? Ce sont des questions vitales que se posent les travailleurs. Ils ont montré qu’ils sont prêts à se défendre et ont déposé un préavis de grève illimitée à compter du mardi 21 juillet.


Avis aux lecteurs

Comme chaque année, nous suspendons la parution du journal au mois d’août. Le prochain numéro paraîtra le samedi 19 septembre.


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