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Journal/Sommaire du journal CO n° 1246 du 25 juillet 2020/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

Guyane : La colère !

La crise du Covid-19 reste grave et, quoiqu’en disent les ministres de passage, les conditions sanitaires ne sont pas à la hauteur de la situation. Le gouvernement répond aux protestations par des déclarations d’autosatisfaction et de déni. Or, le nombre de testés positifs stagne, mais le nombre de morts augmente chaque jour. Les lits d’hospitalisation manquent, de même les réactifs pour les tests de dépistage.

Les soignants sont, depuis toujours, deux fois moins nombreux par nombre d’habitants qu’en France, les malades qui peuvent partir en France, Martinique ou Guadeloupe, le font. Les plus défavorisés sont ceux de l’intérieur du pays moins équipé que la côte. Face à la crise actuelle, plusieurs associations ont constitué le collectif Mayouri Santé Guyane qui a déposé une liste de revendications pour garantir de véritables soins. Il demande aussi la création attendue depuis 20 ans d’un CHU. Les centres de soins actuels sont en difficulté financière et les besoins en matériel et personnels sont immenses. Suite à sa visite le week-end du 11 juillet, le Premier ministre avait reçu ce document et la réponse du gouvernement était attendue. Le 17 juillet, venu chercher une réponse à la Préfecture de Guyane, après avoir sollicité un rendez-vous, les membres du collectif Mayouri Santé Guyane ont été, traitreusement, victime sde violences et blessés par les forces de l’ordre qui les attendaient.

Un vif échange a éclaté entre le ministre de la santé Olivier Véran et le député guyanais d’opposition Gabriel Serville qui exposait devant l’assemblée nationale les difficultés rencontrées dans la gestion de la crise. Il demandait lui aussi la réponse du gouvernement. La réponse arrogante du ministre fut, en résumé : « rien ne manque ».

Ces réactions de l’État provoquent chez la population le sentiment d’être mal considérée, méprisée. C’est dans cette ambiance que, la nuit du 17 au 18 juillet, la statue de Schœlcher a été renversée de son piédestal. Le syndicat UTG (Union des Travailleurs Guyanais) appelle mardi 21 juillet à une grève générale des travailleurs et invite à manifester pour la Santé. Il dénonce le fait que : « Tous les jours, la liste des morts du Covid s’allonge. Le syndicat Sud/Solidaires appelle à participer aux actions. Il est évident que rien ne changera sans une mobilisation massive des travailleurs ».  


Martinique : Élections les élus et les vrais décideurs

Le deuxième tour des élections municipales s’est terminé le 28 juin 2020, trois mois après le premier tour en raison de l’épidémie. Les élections des communautés de communes ont eu lieu en juillet. Ce dernier rendez-vous constituait le troisième tour. Si les élus prétendent qu’il s’agit maintenant de se mettre au travail, tous en réalité préparent la prochaine manche : le renouvellement de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique), en mars 2021. Les élections municipales ont apporté leur lot de changements. Des têtes sont tombées, de nouvelles sont apparues.

Ce furent les résultats soit d’une population aspirant à un changement de personnes, soit de règlements de comptes entre politiciens d’un même camp. Aux élections des présidents des communautés d’agglomération, pour le Centre, il n’y a pas eu de surprise avec la désignation de Clémenté. Au Nord et au Sud, les présidents sortants Monthieux et Larcher ont été battus. Azérot remplace Monthieux à Cap Nord et Lesueur, Larcher, à Espace Sud.
Tous ont clamé qu’ils veulent travailler dans l’intérêt de la population, régler le problème de la distribution de l’eau, combattre le chômage, etc. Bref, ils disent avoir la préoccupation de relancer l’économie. Les mêmes litanies de promesses que la réalité dément quotidiennement et régulièrement.

Les nouveaux promus ne changeront pas grand-chose, car ils n’ont pas prise sur l’économie. Ce domaine c’est l’affaire des patrons et particulièrement des plus gros d’entre eux, comme Despointes, Hayot, De Reynal, et autres Parfait. Ce sont eux qui décident en fonction de leurs intérêts et en dictant leurs exigences à ces élus.

Ces derniers fourbissent leurs armes pour mars 2021, date du prochain renouvellement de la CTM. Cette collectivité gère un budget de plus d’un milliard d’euros et aiguise bien des appétits. Et pour certains, le véritable enjeu est de gagner, pour avoir le privilège d’aller servir une soupe plus grasse au patronat au nom de la sauvegarde de l’économie « martiniquaise ».


Guadeloupe : Élection municipale de pas nouveaux visages

Les élections municipales en Guadeloupe ont vu quelques changements notables de… notables mais rien de fondamental. À Port-Louis, le PCG perd la seule municipalité qui lui restait, dirigée par Victor Arthein, au profit de l’indépendantiste Jean-Marie Hubert. À Saint-François, l’avocat Pancrel a remplacé Bernier. À Basse-Terre, Marie-Luce Penchard, maire, ex ministre de Sarkozy et fille de Lucette Michaux-Chevry, a été battue par une alliance dirigée par Atallah qui devient maire. À Capesterre-Belle-Eau, après près de 25 ans de « règne » Beaugendre est sorti par le jeune Courtois. À Gosier, Cédric Cornet remporte la mairie. À Pointe-à-Pitre Jacques Bangou est battu de très peu par une alliance dirigée par l’avocat vert Harry Durimel. De nouvelles têtes donc, mais tous des notables desquels il ne faut rien attendre. Ils s’inscrivent dans le statu quo social et politique dominé par l’exploitation des travailleurs et la domination des classes riches. Seule la lutte farouche des premiers contre les seconds changera l’ordre des choses.


Statues détruites en série

La destruction de statues de personnages ayant un passé esclavagiste ou colonialiste a pris de l’ampleur à travers le monde après le meurtre raciste de George Floyd par un policier blanc aux États-Unis le 25 mai dernier.

En Martinique le 22 mai et en Guyane, ce sont les statues de Victor Schœlcher, un abolitionniste français, qui ont été détruites. Même si nous, militants de Combat ouvrier ne partageons pas tous les arguments des jeunes activistes qui ont détruit les statues de Schœlcher, nous comprenons la colère qui les anime car au fil des siècles, les autorités coloniales ont utilisé l’image de Schœlcher comme un mythe pour occulter des luttes menées par les esclaves pour leur propre liberté.

Aux États-Unis, le 6 juin 2020 à Richmond en Virginie, des manifestants ont détruit la statue de William Carter Wickham, un général pro-esclavagiste qui a vécu au 19ème siècle. D’autres statues dont celles de Christophe Colomb, le massacreur d’Amérindiens, ont été vandalisées. Le lendemain à Bristol en Angleterre, la statue d’Edward Colson, un marchand négrier qui a fait fortune au 18ème siècle, a été détruite et jetée dans le canal voisin. Ont suivi celle de Winston Churchill, célèbre premier ministre d’une puissance colonialiste et raciste ; puis le 10 juin à Bruxelles en Belgique celle du roi Léopold II (responsable de massacres et de mutilations de populations entières au Congo). La statue de Jean-Baptiste Colbert (ministre de Louis XIV et rédacteur du Code noir) située à Paris devant l’Assemblée nationale a été taguée et couverte de peinture rouge le 23 juin.

Aux USA les activistes anti racistes ont contraint l’armée à supprimer des casernes le drapeau des États esclavagistes de la guerre de sécession. Ces destructions de symboles du racisme ont le mérite de secouer l’opinion et de faire tomber certains mythes.

Mais si ce mouvement pouvait conduire à une plus forte prise de conscience des causes même du racisme, il y aurait un vrai pas de franchi. Car les causes de l’oppression raciale résident dans le fonctionnement même de la société capitaliste actuelle basée sur l’exploitation de l’homme par l’homme, sur les inégalités de classes. Le seul moyen d’éradiquer définitivement les injustices est de renverser le capitalisme par une révolution sociale des masses exploitées.  

Additif:
Nous appelons à soutenir les activistes martiniquais poursuivis pour la destruction des statues de Schœlcher ainsi que le militant de la Brigade anti-négrophobie, Franco Lollia, dont le procès est prévu le 14 août prochain, pour avoir tagué la statue de Colbert devant l’Assemblée nationale à Paris le 23 juin.


Le congé dé-bonifié

Depuis des années, en même temps que le gouvernement cherche à supprimer les 40 % des fonctionnaires des DOM, il veut s’attaquer au « congé bonifié ».

Si les travailleurs des DOM arrivés en France n’ont pas eu de primes d’installation, beaucoup ont été embauchés par des administrations, postes, hôpitaux, communes, où les salaires minimum de la fonction publique étaient même plus bas que le Smic privé du passé. Une compensation était le fait de pouvoir, tous les trois ans, bénéficier d’un mois de congé supplémentaire pour « rentrer au pays ». Les billets d’avion sont payés par le gouvernement pour la famille moyennant certaines conditions et les primes de vie chère versées pendant les deux mois de congé. Au cours des années, suivant les administrations, certains travailleurs ont été écartés de ce droit. Certains, pour l’obtenir, devaient franchir un véritable parcours du combattant dans les arcanes de la bureaucratie administrative pour fournir des preuves de leurs attaches dans le pays. Tout était fait pour décourager les candidats à ce congé. À la surprise de plusieurs agents originaires des DOM, la réforme vient de tomber, Covid oblige, il faut bien trouver un prétexte.

Désormais le congé ne sera plus que d’un mois, les billets et primes de vie chère sont maintenus. Mais ce congé ne sera accordé que tous les deux ans. Sur six ans cela signifie trois mois de congés bonifiés au lieu de quatre. Beaucoup de travailleurs concernés disent qu’ils ne pourront pas prendre de congé tous les deux ans. Partir en vacances aux Antilles ou à la Réunion suppose d’avoir les moyens de payer la location d’un logement, d’une voiture. Le gouvernement sait que très souvent certains ne pouvaient partir en congé bonifié tous les trois ans. Outre la surprise de cette décision, les concernés pensent que, de fait, le gouvernement limitera ainsi le congé bonifié à une fois tous les quatre ans.  


Le viol : pour eux ce n’est pas si grave

Gérald Darmanin, récemment nommé ministre de l’intérieur, a fait l’objet de deux plaintes pour viol et d’une plainte pour harcèlement sexuel. Éric Dupond-Moretti, avocat pénaliste, a été nommé ministre de la justice. Cet avocat est connu pour ses prises de positions sexistes. À propos de l’affaire Weinstein, Dupond-Moretti avait déclaré : « Si elle accepte de coucher, pardon de vous le dire, ça s’appelle une promotion canapé, ça ne s’appelle pas un viol ». Un homme ouvertement sexiste se retrouve ministre de la justice, en France, où 76 % des plaintes pour viols sont classées sans suite. Macron et sa clique avaient pourtant déclaré faire de l’égalité homme-femme leur priorité. Enfumage ! Des femmes ont manifesté leur colère après la nomination de ces deux ministres. Elles dénoncent avec raison le sexisme qui ravage notre société.


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