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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1203 du 28 juillet 2018/Troisième page

Troisième page

France: Affaire Benalla, ça grouille dans le panier de crabes !

Une affaire qui provoque bien des remous ! Les faits : un manifestant est violemment tabassé en marge de la manifestation du 1er mai à Paris. Il s’avère que le cogneur est Alexandre Benalla, « conseiller » d’Emmanuel Macron, chargé de mission et chef de cabinet adjoint à l’Elysée. Il est coiffé d’un casque et porte un brassard de police.  

Le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, est informé dès le lendemain, 2 mai, mais n’avertit pas la justice. Dans un premier temps, le gouvernement tente d’évacuer l’affaire. Benalla écope d’une mise à pied de 15 jours, du 4 au 19 mai, avec suspension de salaire. Il faudra attendre le 21 juillet pour que l’auteur des faits soit mis en garde à vue pour 48 heures avant d’être libéré sous contrôle judiciaire. Puis qu’il soit licencié par son employeur. Est également mis en examen Vincent Crase un gendarme réserviste et employé de LREM, qui l’accompagnait dans ses basses œuvres. On est donc bien loin des mesures de comparution immédiate qui touchent les auteurs de petits délits, voire les manifestants eux-mêmes ! Une commission d’enquête a finalement été mise en place.

Gérard Collomb puis le préfet de police ont été auditionnés. Les deux se renvoient la patate chaude. Alexandre Benalla, 26 ans, a commencé sa carrière sous la présidence de Hollande après avoir été membre du service d’ordre du PS. Les députés d’opposition qui jouent les messieurs la vertu sont pour la plupart membre de partis ou anciens ministres de gouvernements qui ont utilisé le même type d’hommes de main. Depuis le SAC (service d’action civique) de Charles Pasqua qui a exécuté les basses œuvres de De Gaulle et ses successeurs, de 1960 à 1982 jusqu’à la « cellule de l’Elysée » de Mitterrand, tous les gouvernements se sont appuyés sur ces forces occultes. Elles sont même restées en place d’un gouvernement à l’autre, comme les fondations d’un édifice dont le président en place ne serait que la tête de pont.


Syndicats et patronat main dans la main...

Le 17 juillet, Macron a organisé un « sommet social » où il a reçu l’ensemble des dirigeants du patronat et des syndicats de travailleurs.  

Tous les dirigeants syndicaux ont participé à cette réunion sous les ors de l’Élysée. Pourtant, cette mascarade ne peut que porter préjudice aux travailleurs.

D’une part, parce que cela présente Macron comme une sorte d’arbitre entre patrons et salariés, qui serait neutre. C’est faux, comme le montre le bilan du « président des riches » depuis un an qu’il est au pouvoir : toutes les mesures qu’il a prises étaient en faveur des capitalistes et des plus fortunés, au détriment des travailleurs et des plus pauvres. De manière générale, l’État défend les privilèges de la bourgeoisie contre les intérêts du plus grand nombre. D’autre part, parce que cette réunion sous-entend que les patrons et les salariés ont des préoccupations communes à défendre face au chef de l’État. C’est encore faux. L’intérêt des patrons, c’est d’accentuer l’exploitation des travailleurs, qui ont - eux - tout intérêt à résister à l’aggravation de leurs conditions de travail.


France Ô remplacé par… France-France

Après plusieurs semaines de tergiversation, le gouvernement a annoncé que l’audiovisuel public supprime deux chaînes de télévision : France 4 et France Ô, dans le but de faire 190 millions d’euros d’économies d’ici 2022. France Ô (Outre-mer) diffusait des programmes concernant l’ensemble des territoires d’outre-mer. Désormais ce seraient France 2 et 3 qui s’engageraient à diffuser des émissions en rapport avec l’outre-mer sur des heures de grande écoute. Delphine Ernotte, la présidente du groupe France Télévisions, a assuré qu’il n’y aurait pas de licenciements mais les 300 salariés de France Ô ne sont toujours pas fixés sur leur sort. En réalité, l’audiovisuel public se comporte comme n’importe quelle entreprise capitaliste : le profit avant tout et après, le déluge. Non seulement l’outre-mer est encore traité en quantité négligeable mais en plus les salariés risquent de perdre leur emploi.


Il y a 50 ans L’invasion des troupes soviétiques en Tchécoslovaquie

Le 21 août 1968, les chars de l'URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) et de ses pays satellites d'Europe de l’est envahissaient la Tchécoslovaquie pour mettre un terme au « Printemps de Prague ».  

Guerre froide et zone d’influence soviétique Dans la période qui a suivi la mort de Staline, Moscou avait pu maintenir sa mainmise sur la Tchécoslovaquie comme sur tous les pays faisant partie de ce que l’on a appelé «  le glacis soviétique ». Pour le comprendre, il faut savoir que la bureaucratie soviétique, dirigée par Staline, avait pris le pouvoir en URSS six ans après la révolution. Les révolutionnaires communistes de 1917 ont été exterminés. Les accords de Yalta signés à la fin de la deuxième guerre mondiale entre les grandes puissances permettaient à l’URSS, deuxième puissance du monde, d’établir sa mainmise totale sur les pays d’Europe de l’est. Les pays impérialistes et leur chef, les USA, s’arrogeaient eux pratiquement le contrôle de tout le reste du monde. Ce fut le début d’une période que l’on qualifia de   « guerre froide » et qui dura jusqu’au début des années 90.

C’est donc forte de ce partage du monde entre les grandes puissances que l’URSS réprima, de son côté, toute contestation dans les pays d’Europe de l’est, les prétendues «  démocraties populaires ». Elle le fit en 1953 en Allemagne de l’est, plus tard en Pologne. La plus grande répression sanglante fut celle de la révolution hongroise en 1956. En 1968, dans ce qui était à l’époque la Tchécoslovaquie, aujourd’hui Tchéquie et Slovaquie, Novotny avait succédé au « Staline tchèque » Gottwald. Mais il n’y a pas eu vraiment de changement durant ces 15 ans. Cependant, à la direction du Parti communiste tchécoslovaque, des voix commençaient à réclamer des réformes. En juin 1967, le congrès des écrivains tchécoslovaques et celui de l’Union tchécoslovaque de la jeunesse dénonçaient la censure et réclamaient la démocratisation de la société. Le 31 octobre 1967, une manifestation de 2 000 étudiants fut brutalement dispersée par la police, mais Novotny ne tenait plus vraiment la barre. C'est dans ce contexte qu'un membre de la direction du Parti, le Slovaque Dubcek, s'imposa comme l'homme du compromis. En janvier 1968, Novotny dut lui céder la tête du Parti. En mars, il perdit la présidence de la République. Dubcek et ses alliés avaient l'appui de la jeunesse universitaire, des écrivains et des journalistes.

Tout l'hiver, la population avait été tenue à l'écart des luttes au sommet. Et cela servait d'argument à Dubcek qui, auprès de Moscou, pouvait se vanter d'avoir la situation bien en main. Mais les choses changeaient : l'effervescence de l'intelligentsia gagnait toute la population. Dans les universités, les usines, les bureaux, on se passionnait sur les réformes à venir, la « voie tchécoslovaque vers le socialisme » annoncée par Dubcek. Le nouveau pouvoir promettait d'abolir la censure, d'épurer la police politique, de châtier les auteurs des crimes staliniens, de donner plus de champ à l'Église. En écho aux aspirations slovaques, l'État allait se doter d'une structure fédérale. Il s'agissait de promesses, mais elles soulevaient l'espoir de tout un peuple. Et il faisait bloc derrière Dubcek en qui il plaçait sa confiance.

L’intervention soviétique Si Dubcek contrôlait la situation en Tchécoslovaquie, les dirigeants des autres pays d’Europe de l’est, sous la pression de l’URSS, craignant que le vent de libéralisation qui soufflait à Prague ne finisse par atteindre leur pays, se faisaient de plus en plus menaçants. Le 15 juillet, ils lancèrent un ultimatum. Le 21 août, les tanks de l'armée soviétique passèrent à l'action. Il n’y a pas eu de révolution ouvrière comme en Hongrie en 1956. Mais une partie de la population tchécoslovaque tenta de paralyser l'armée d'invasion, s'adressant à ses soldats, sabotant la signalisation routière. Le 16 janvier 1969, le jeune étudiant Yan Palach s’immola par le feu sur la place Venceslas à Prague pour protester contre l’invasion. C’était un geste désespéré mais qui toucha l’opinion publique mondiale.

Face à cette unanimité agissante, l’URSS qui n'avait ni appui local, ni équipe de rechange, se trouvait dans une situation difficile. Dubcek la tira d'embarras en signant les accords de Moscou  qui justifiaient l'occupation sous prétexte d'éviter le pire. Cela n'évita pas au sang de couler quand des jeunes affrontaient, seuls, les forces d'occupation et, de plus en plus souvent, la police de Dubcek. Cela n'évita pas le désespoir de tout un peuple, qui avait placé ses espoirs dans un homme qui les livra aux bureaucrates staliniens.


Il y a 100 ans Soldats caribéens dans la boucherie mondiale

Nous poursuivons notre chronique des soldats noirs dans la guerre de 14-18.  

Les soldats des îles anglaises de la Caraïbe vont participer aux combats vu les difficultés de l’armée à recruter en Grande Bretagne. Auparavant, dans les îles, ceux du Régiment des British West Indies, le BWIR créé en 1915, effectuaient des actions de surveillance des intérêts britanniques. La Grande Bretagne s’est résolue à accepter la venue en Europe des troupes caribéennes du BWIR, après les pertes énormes de soldats alliés en 1916. En outre la guerre avait dégradé la situation sociale et économique en Grande-Bretagne. Ainsi en 1917, 40 % des candidats anglais à la guerre n’ont pu être recrutés à cause de leur état de santé. Les soldats caribéens vont donc rejoindre les unités britanniques en Italie, France, Belgique où ils subissent la discrimination et sont affectés à des tâches subalternes. Hors d’Europe ils participent aux combats en Mésopotamie, Palestine, Égypte, Afrique orientale, Inde.

Un début de mutinerie de ces Caribéens est signalé à Tarente en Italie, après de mauvais traitements continuels dans les champs de bataille palestiniens en 1918. Si au départ les autorités anglaises ont hésité par racisme à envoyer les soldats noirs contre les Européens, ceux du BWIR ont participé à de durs combats, même s’ils n’ont pas toujours été félicités à la hauteur de leurs actes.


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