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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1211 du 5 janvier 2019/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : grève Carrefour Milénis, Promocash 31 décembre : mobilisation réussie !

La direction avait proposé le 31 décembre une « rencontre » aux grévistes de Carrefour Milénis et de Promocash dans les locaux de la direction du travail à Jarry. Pour montrer leur détermination, les travailleurs se sont mobilisés dès 5h30 devant le magasin Promocash. Ce magasin était resté ouvert pendant la grève, les cadres ayant accepté de remplacer les grévistes. Mais les travailleurs ont déjoué cette manœuvre et le directeur n’a pu que constater que Promocash devrait rester fermé en ce jour de particulièrement grosse affluence ! Lors de la « rencontre », la direction s’est montrée moins arrogante que d’habitude. Elle a dû se contenter de calomnier les grévistes à la radio, en prétendant qu’ils s’étaient montrés violents, ce qui est parfaitement faux. Les travailleurs étaient très satisfaits de leur action, et cela leur a donné des idées pour continuer leur lutte.


France : Gilets jaunes le ras le bol

Le mouvement des gilets jaunes a explosé en France à l’occasion de l’annonce de la hausse des taxes sur le carburant, à la fin du mois d’octobre.

C’est la goutte qui a fait déborder le vase : malgré le recul du gouvernement sur ce nouveau racket exercé sur la population, le mouvement s’est développé, a gagné en intensité. Des revendications très variées se sont fait jour, témoignant dans leur grande majorité de l’exaspération populaire face à la faiblesse des revenus. On a vu se mobiliser des couches sociales très disparates : infirmières libérales, camionneurs, petits patrons, beaucoup de petits retraités et aussi beaucoup de salariés. Ils sont jusqu’à présent soutenus par une grande majorité de la population.

Les manifestants revendiquent l’augmentation du pouvoir d’achat et de plus en plus la hausse des salaires, alors que ceux-ci, comme les pensions de retraites, sont bloqués depuis des années et ne suivent pas la hausse des prix. Ils réclament que soit mis fin à la précarité. Face à un pouvoir arrogant et méprisant, ils réclament de vivre correctement et que leurs voix soient prises en compte. D’autres revendications portent sur l’écologie, s’opposant aux gros pollueurs tel Total. D’autres réclament une nouvelle constitution et que soit mis en œuvre un référendum citoyen.

Les mobilisations se sont renforcées jusqu’à mi-décembre, réunissant des centaines de milliers de manifestants. À plusieurs reprises les manifestants s’en sont pris violemment aux symboles de la richesse dans les beaux quartiers de Paris : bris de vitrines de luxe, banques, assurances attaquées. L’arc de triomphe symbole de la bourgeoisie française et de ses gouvernants a été occupé et tagué.

Les manifestations se sont ensuite affaiblies mais le mouvement se poursuit, avec des ronds-points bloqués. Beaucoup de gilets jaunes ne désarment pas et ils ont raison.

Le gouvernement amorce un repli

Le recul annoncé de la hausse des taxes sur le carburant n’a pas eu l’effet escompté. La colère étant bien plus large et profonde, le gouvernement a été contraint de prendre certaines décisions pour tenter de la calmer. Le projet de loi intitulé « mesures d’urgence économiques et sociales » a été voté par le parlement le 21 décembre.

Une prime d’activité de 90 euros est instituée pour les bas salaires. Elle est prélevée sur les fonds d’action sociale, les patrons n’auront rien à débourser. Et comme toute prime, elle peut disparaitre facilement. Le SMIC est revalorisé de 1,5%, soit environ 16 euros net de plus par mois pour un temps plein, c'est-à-dire quasiment rien. Les retraités les plus modestes échapperont à la hausse de la CSG. Elle leur sera cependant ponctionnée jusqu’au 1er juillet, et le trop perçu depuis le 1er janvier leur sera reversé. Les retraites restent gelées.

Une prime exceptionnelle de 1000 euros pourra être versée par les entreprises aux salariés. Elle est exonérée de charges sociales et de l’impôt sur le revenu. Mais elle n’est pas obligatoire : c’est au bon vouloir des capitalistes. Une vingtaine de grands groupes on annoncé leur accord pour cette prime ponctuelle. D’autres, tels Carrefour, PSA, Arcelor ou Apple ont refusé. Ces mesures n’apportent donc pas grand-chose, sinon prendre d’une main ce qui est accordé de l’autre. Même si la mobilisation marque le pas, ces annonces ne suffiront pas à décompresser la colère.

Ce recul n’est qu’un début
Même minimes, ces mesures constituent un recul. La mobilisation populaire, bien que minoritaire, a fait ravaler à Macron son arrogance. Travailleurs, jeunes des lycées, chômeurs, retraités ont affronté les forces de la répression et il est bien possible qu’ils n’en restent pas là. Les manifestations peuvent reprendre, en janvier ou plus tard. C’est ceux qui se battent qui ont raison.

Ce que les médias appellent la baisse du pouvoir d’achat, se traduit pour nombre de travailleurs par des difficultés de fin de mois, le compte dans le rouge, des difficultés pour se déplacer voire se nourrir correctement. Face à cela, une prime ponctuelle ne suffira pas. Il faut exiger des augmentations de salaires. Si les prix augmentent, les salaires devraient augmenter en même proportion.

Quant à la loi Macron et autres loi travail, la mobilisation des gilets jaunes a montré qu’il est possible de faire reculer le gouvernement et de lui imposer une loi « mesures d’urgences ». Le grand patronat à largement les moyens d’augmenter les salaires. Tous les chiffres publiés sur les profits et les dividendes des actionnaires le prouvent. Ce qui peut l’y contraindre, c’est la peur de perdre plus qu’il n’est obligé de lâcher. Le levier qui peut le contraindre à bouger, les travailleurs l’ont en leurs mains : c’est la grève.


Martinique : Le drapeau des travailleurs, c’est le drapeau rouge

Tags sous les ponts, succession de tribunes dans la presse, apparitions publiques du drapeau en question dans des manifestations, la campagne de promotion du drapeau « rouge-vert-noir » ne peut être ignorée. Selon les écrits de militants nationalistes, les couleurs rouge-vert-noir ont été utilisées sous forme de foulards ou bandeaux, en signe de ralliement lors de rébellions anti-esclavagistes et aussi lors de l’Insurrection du Sud de 1870. Elles sont réapparues dans les années 60 au moment de l’affaire de l’OJAM (organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique).

Les jeunes de cette organisation avaient critiqué dans un manifeste le statut départemental et revendiquaient le droit à l’émancipation du peuple martiniquais. Depuis, les trois couleurs rouge-vert-noir, associées sous la forme actuelle d’un drapeau, ont été utilisées par les différents courants nationalistes, qu’ils soient autonomistes ou indépendantistes. Pour sa part, Marie-Jeanne a lancé, au nom de la CTM (collectivité territoriale de la Martinique), un jeu-concours pour le choix, en trois semaines, avant le 3 janvier, d’un drapeau et d’un hymne… pour identifier la Martinique lors des manifestations sportives.

Marie-Jeanne, président de la CTM, dirigeant du MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais) renierait-il maintenant le drapeau rouge, vert, noir ? Ou bien s’agit-il de ne pas froisser ses alliés de la droite au sein de la CTM, les Yan Monplaisir et ses compères hostiles à l’indépendance ? Pour les communistes révolutionnaires, le drapeau des masses, le drapeau des travailleurs, c’est le drapeau rouge. Fidèles à la tradition révolutionnaire du prolétariat français et révolutionnaire depuis très longtemps, c’est ce drapeau-là que nous invitons les travailleurs à choisir et à lever. C’est le drapeau de la révolution sociale contre les exploiteurs. Nous nous opposons donc à l’opinion d’Hélène Beroard, du Lyannaj Rouge-Vert-Noir, qui a déclaré au cours d’une conférence de presse, le 18 décembre 2018 : « [ce drapeau] est quelque chose de plus grand, de plus fort que nous, qui fait référence à toutes les composantes de la société martiniquaise ».

Les travailleurs des bananeraies ont été empoisonnés au chlordécone. Ils n’ont pas besoin de références communes avec les capitalistes de la banane, bien martiniquais, qui sont responsables de cet empoisonnement.

Ce même « Lyannaj », dans son communiqué, écrit : « le combat pour un drapeau et un hymne martiniquais est un combat [...] pour  la reconnaissance, par nous-mêmes et par tous, de notre Personnalité, de notre Singularité, bref de l’Existence... des Martiniquais. » 

Ce mélange des classes derrière le mot « Martiniquais » nous, communistes révolutionnaires, appelons les travailleurs à le combattre. Les classes exploitées, en Martinique comme ailleurs, ont un combat à mener pour un avenir meilleur. Elles ont besoin pour cela d’être libres de toute illusion sur une quelconque communauté d’intérêts avec leurs exploiteurs, fussent-ils de la même couleur de peau ou nés sur la même île.

Le drapeau rouge-vert-noir, s’il était amené à représenter une force, représenterait en fait pour les travailleurs une force hostile visant à les faire taire, comme l’est maintenant le drapeau bleu-blanc-rouge. Les travailleurs ne peuvent avoir qu’un drapeau, présent dans leurs luttes aux quatre coins du globe : le drapeau rouge.


France : L’usine Ford de Blanquefort  ferme des milliers de travailleurs sur le carreau

Dans un communiqué daté du 13 décembre, la direction de Ford a confirmé la fermeture définitive de l’usine de Blanquefort, près de Bordeaux, en août 2019. Elle a rejeté un nouveau plan de reprise de l’usine par une autre société, Punch Power Glide. Ce sont près de 900 emplois directs qui devraient disparaître, et 3 000 si l’on compte les emplois indirects de la sous-traitance par exemple. Des ministres impuissants en ont été réduits à pleurnicher, comme celui de l'économie Bruno Le Maire qui parle de trahison. Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, a fait du vent et a menacé d'écarter Ford des appels d'offre publics. La métropole de Bordeaux demande à Ford le remboursement de 1,7 million d'euros d'aides versées par la collectivité au constructeur pour éviter la fermeture.

Auparavant, le gouvernement et les politiciens locaux avaient fait croire aux travailleurs et à la population qu’une solution de reprise était possible. Ils ont poussé les salariés à accepter des conditions de travail dégradées, des salaires gelés pour que Ford accepte le plan de reprise de l’entreprise Punch Power Glide qui prévoyait de maintenir 300 à 400 emplois. Un chantage qui n’a abouti qu’à retarder l’échéance : Ford a de nouveau refusé la reprise et veut fermer l’usine. Pourtant Ford n’est pas à plaindre. En 2017, ce constructeur automobile a réalisé plus de sept milliards de dollars de profits.

Ce scénario a un goût de déjà-vu et déjà vécu : une entreprise qui fait des bénéfices décide de fermer une usine, des milliers de salariés sont sacrifiés. Des politiciens de tous bords accourent pour arroser de millions d’euros les capitalistes responsables de ce carnage social. Aujourd’hui, le gouvernement est sans doute vexé, car la décision de Ford montre que ce sont ses maîtres capitalistes qui décident vraiment.


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