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Journal/Sommaire du journal CO n° 1236 du 22 février 2020/Pages 5 et 6

Pages 5 et 6

Martinique: Combat ouvrier aux élections municipales de Fort-de-France

Le samedi 15 février, les candidats et sympathisants de la liste Combat ouvrier – Faire entendre le camp des travailleurs se sont retrouvés pour la présentation de la liste.

La tête de liste Marie-Hellen Marthe-dite-Surelly, militante très connue dans le milieu des ouvriers agricoles, s’est adressée aux candidats en commençant par ces mots : « (…) Nous sommes là ce matin pour vous confirmer que nous nous présentons, nous communistes révolutionnaires candidats aux prochaines élections municipales des 15 et 22 mars 2020. Mais aussi nous sommes présents dans ces élections pour continuer d’assurer la permanence du courant révolutionnaire communiste dans le camp des travailleurs. Cette année c’est à moi que Combat ouvrier a demandé de conduire la liste Combat ouvrier - Faire entendre le camp des travailleurs.

Comme vous le savez, je suis une ouvrière agricole qui travaille sur l’habitation Trianon au François. Habitation qui appartient au capitaliste béké Jean-Michel Hayot qui exploite près de 50 ouvrières et ouvriers agricoles. Dans cette habitation, je combats l’exploitation dont nous ouvriers agricoles souffrons tous les jours, depuis des dizaines d’années. Je suis aussi membre de la direction de la CGTM et secrétaire générale des ouvriers agricoles.

(…) Sur notre liste, il n’y a pas de capitalistes, pas de riches, pas de profitê-vôlê comme les gens disent et répètent régulièrement. Nous sommes sur la scène politique électorale, pour ne pas laisser ces femmes et ces hommes politiques d’ici, quelle que soit leur étiquette politique, ces serviteurs de la bourgeoisie, tous ces notables, occuper la scène politique en cherchant à baratiner et même à mentir à la population.

(…) Nous avons à dénoncer, à combattre l’exploitation capitaliste. Nous sommes les seuls à le dire. (…) Nous sommes les seuls à dire que nous voulons vivre dignement, avoir un salaire et une retraite convenable. Nous sommes les seuls à dire qu’il faut faire payer les riches

(…) ». Second sur la liste, et formant avec Marie-Hellen Marthe-dite-Surelly un tandem, Gabriel Jean-Marie, dirigeant de Combat ouvrier, mais aussi secrétaire général de la CGTM est enseignant de profession. Il s’est présenté avec le même objectif. De plus, il a dressé un tableau sur les grèves actuelles contre la réforme des retraites, et aussi le rôle que pourraient avoir des élus de Combat Ouvrier aux côtés des travailleurs en grève. Un débat s’en est suivi où les candidates et candidats se sont également exprimés.

Notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud, en plus de son intervention appréciée sur notre programme dans le cadre de l’élection à Fort-de-France, a aussi fait bénéficier la candidate tête de liste de son expérience pour répondre à certaines questions des journalistes. À l’issue de cette réunion, les participants étaient tous bien partis pour la campagne de la liste « Combat ouvrier - Faire entendre le camp des travailleurs » notamment auprès de leurs familles, des habitants de leur quartier, et de leurs collègues de travail.


Des élus de Combat ouvrier, ça changerait quoi ?

Si nous avons des élus, Ils seront les yeux et les oreilles des travailleurs pour dénoncer les injustices dont les classes populaires sont victimes. Ils soutiendront les luttes des familles ouvrières en les aidant à porter leurs revendications. Dans tous les choix auxquels une municipalité peut être confrontée, où les intérêts des travailleurs, des chômeurs et des pauvres s'opposent à ceux des classes aisées, ils choisiront le camp des travailleurs et des plus démunis.


Pour des municipalités ouvrières de combat

Il n'est pas possible, à l'échelle d'une seule commune, de changer réellement la vie des travailleurs, car dans notre société le pouvoir appartient aux capitalistes et à l'État. Mais une commune dirigée par des révolutionnaires pourrait être un point d'appui pour organiser les combats contre des licenciements, pour appuyer les grèves.

Avec les travailleurs, elle combattrait les coupures d'électricité ou d’eau pour factures impayées. Elle organiserait des manifestations d’envergure et très dures pour obtenir les crédits rapidement pour de l’eau potable pour tous. Elle mettrait des locaux, des moyens matériels, des aides juridiques au service de ceux qui luttent, sans respecter ni une prétendue neutralité ni la légalité imposée par l'État. Elle ferait tout pour instaurer dans la commune une forme de démocratie ouvrière, en associant à ses décisions les travailleurs, leurs syndicats et leurs associations.

Cela provoquerait forcément un bras de fer avec les autorités. Seule la mobilisation des travailleurs de la commune, qu'ils soient français ou étrangers, pourrait imposer les décisions favorables aux classes populaires.


Les municipalités, vaches à lait des capitalistes

Les municipalités sont un des principaux investisseurs publics. Elles financent la construction des écoles des équipements publics tels que les bibliothèques, les piscines, les stades, ainsi que les travaux de voirie. Tout cela fait la fortune des entreprises du bâtiment et des travaux publics. Mais les communes et intercommunalités ont aussi la responsabilité du traitement de l’eau et des ordures ménagères. Ce pactole a permis à une poignée de groupes capitalistes comme Veolia ou Suez environnement de devenir des multinationales riches à milliards, grâce aux profits colossaux accumulés au fil des ans. Et s’y ajoutent les intérêts que les villes doivent verser aux banques car la plupart d’entre elles ont dû s’endetter pour faire face à leurs dépenses, alors que l’État diminue sans cesse ses financements. Pour les industriels et les banquiers les finances municipales sont une manne.  


Le droit de vote des étrangers toujours repoussé

Les étrangers travaillent, payent des impôts mais ils ne peuvent pas voter. Ce droit démocratique élémentaire n'est accordé qu'aux ressortissants de l'Union européenne, pour les élections municipales et européennes seulement. Mais les nombreux travailleurs immigrés de d’Haïti, de Saint Domingue, de la Dominique, de Sainte Lucie et d’ailleurs, issus pour la plupart d'anciennes colonies françaises ou de pays pauvres dominés par l'impérialisme, n'y ont toujours pas droit. Ils contribuent pourtant à l’économie du pays et ils représentent une partie de la classe ouvrière de la Guadeloupe et de la Martinique. Le droit de vote des étrangers faisait partie, déjà, du programme de Mitterrand en 1981. Mais depuis 40 ans, chaque fois que la gauche est arrivée au gouvernement, elle a repoussé à plus tard ce droit qu'elle défendait dans l'opposition. C'est un recul devant les idées de l’extrême droite. Exiger ce droit est toujours d’actualité.  


Martinique : il y a 120 ans, les grèves et la tuerie du François

Le 5 février 1900, les ouvriers de trois habitations à Sainte-Marie se sont mis en grève. Ils exigeaient une augmentation de salaire d’un franc pour la tâche.

Ce qui leur ferait deux francs. Pour imaginer le coût de la vie à l’époque, un pain coûtait un franc. Les ouvriers étaient payés à la tâche, c’est-à-dire qu’ils étaient payés pour le nombre de cannes qu’ils avaient coupées et amarrées (attachées). Il y avait beaucoup d’abus de la part des patrons de la canne. Souvent, les planteurs jugeaient qu’une tâche avait été mal réalisée et ne payaient pas l’ouvrier.

Les grévistes de Sainte-Marie se dirigent vers le Nord en faisant la grève marchante. Ils passent de plantation en plantation pour convaincre les ouvriers de les rejoindre. La grève marchante est une tradition des ouvriers agricoles aux Antilles. Leurs revendications sont l’augmentation des salaires, la réduction de la tâche, la suppression des retenues de salaires pour les tâches jugées mal faites.

La grève s’étend rapidement dans la matinée du 5 février. Les ouvriers arrivent jusqu’au Marigot. Ils sont entre 300 et 400. Dans l’après-midi, les gendarmes arrêtent une douzaine d’ouvriers sur ordre des patrons. Le lendemain, le 6 février, la grève s’étend sur la côte atlantique et au Lamentin. Le 8 février, 400 grévistes arrivent à l’usine du François. Ils se retrouvent face aux gendarmes qui tirent. Il y a 17 morts.

Cette tuerie s’inscrit dans une époque coloniale où la soldatesque de l’État français, aux ordres des patrons békés descendants d’esclavagistes, n’hésitait pas régulièrement à faire feu sur les grévistes. Après cette tuerie, le 13 février, les ouvriers signent un accord avec les patrons. Ils obtiennent un salaire de 1,25 franc à la tâche au lieu d’un franc, et la réduction de la tâche.

La grève s’est terminée officiellement le 15 février. Mais les arrestations ont continué : 45 arrestations en février et 60 en mars.


La grève de février 1910 en Guadeloupe

Alors que les capitalistes du sucre augmentaient leurs profits, en 1910 les salaires des ouvriers étaient extrêmement bas, maintenus au strict minimum. Un ouvrier gagnait moins d’un franc par jour ce qui ne représentait pas plus d’une portion de riz et de morue quotidienne. La grève des ouvriers commence au moment de la récolte, le 16 février 1910, à l’habitation Boisvinière aux Abymes, ils exigent la hausse de leur salaire. Le mouvement s’étend rapidement grâce à la grève marchante, et en quelques jours toutes les habitations de la Grande-Terre ont rejoint la grève.

Plusieurs évènements vont marquer la journée du 22 février. Il y a une grande manifestation des ouvriers jusqu’à l’usine Darboussier à Pointe-à-Pitre, les ouvriers se rassemblent devant l’Hôtel du gouverneur où se déroulent les négociations organisées par le gouverneur Gautret. Les grévistes obtiennent une augmentation de salaire jusqu’à deux francs et la suppression du travail à la tâche. À l’usine Blanchet, où 1 800 ouvriers sont rassemblés, le patron est séquestré jusqu’à ce qu’il accepte l’augmentation de salaire. Le même jour à l’usine Sainte-Marthe à Saint-François, le patronat et les gendarmes tirent sur les grévistes, tuent trois personnes et font six blessés.

Le mouvement va alors s’étendre à toute la Guadeloupe ! Partout les ouvriers cessent le travail, occupent les usines et marchent sur les usines voisines. Ils veulent la même augmentation de salaire. Fin février les usines ne fonctionnent plus. Le 5 mars un nouvel accord est arraché par les grévistes. Le 9 mars la répression s’intensifie, le gouverneur, grâce à ses militaires, organise l’arrestation de grévistes. Le 18 mars à Carangaise à Capesterre-Belle-Eau les troupes tirent sur la population rassemblée devant la gendarmerie pour exiger la libération des travailleurs arrêtés. Ils tuent une personne et font plusieurs blessés.

Malgré la répression coloniale, en 1910 les ouvriers agricoles surent, eux-mêmes, arracher au patronat une amélioration de leurs conditions de vie grâce à cette grande grève.


Martinique : février 74, la grève et la tuerie de Chalvet

Les 14 et 16 février 1974, deux grévistes d’une plantation de bananes ont été tués par les gendarmes à Chalvet, dans la commune de Basse-Pointe.

Les ouvriers de la banane se sont mis en grève pour réclamer une augmentation de salaire de cinq francs par jour. Ils réclamaient aussi que le salaire minimum des ouvriers agricoles, qui était plus bas que le salaire minimum général, soit mis au même niveau que ce dernier. Face aux prix qui augmentent, les salaires n’augmentent pas et la misère s’installe dans les foyers des travailleurs. Dans cette situation difficile, les travailleurs sont combatifs. Une grève générale a commencé le 12 février. Parmi les grévistes, on compte les salariés du journal quotidien France-Antilles, les travailleurs de l’électricité ou encore ceux du bâtiment. Certains travailleurs étaient en grève depuis deux mois.

Le 12 février, environ 5 000 travailleurs de tous les secteurs manifestent dans les rues de Fort-de-France pour réclamer des augmentations de salaire. Les jeunes des collèges et des lycées sont également dans la rue. La grève des ouvriers agricoles s’inscrit alors dans une période de combativité de la classe ouvrière. L’État a voulu réprimer cette colère. Le 14 février 1974, les grévistes sont devant l’usine du Lorrain face aux gendarmes. Le matin, les gendarmes tirent et blessent cinq personnes.

L’après-midi, les grévistes sont à l’habitation Chalvet. Cette fois-ci les gendarmes ont un hélicoptère. Ils ont encerclé les grévistes et ils tirent depuis cet hélicoptère. Un gréviste est tué. Il s’appelait Renord Ilmany et était âgé de 55 ans. Le 16 février, on retrouve le corps d’un autre gréviste, Georges Marie-Louise, jeune ouvrier maçon, au bord d’une plage. Il a été mutilé et tué par les gendarmes puis jeté à la mer. Encore une fois, la soldatesque accourt et tue sur ordre des patrons békés, voire même pour anticiper leurs souhaits. La tuerie de Chalvet fut, à ce jour, la dernière d’une longue série de tueries coloniales contre la classe ouvrière aux Antilles françaises.


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