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Journal/Sommaire du journal CO n° 1224 du 20 juillet 2019/Troisième page

Troisième page

Le préfet annonce la dissolution du SIAEAG

Le préfet de la Guadeloupe a déclenché une vague d’inquiétude parmi les salariés du SIAEAG (Syndicat intercommunal d‘alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe). La raison ? Son courrier menaçant les présidents du SIAEAG et des communautés d’agglomération membres de ce syndicat intercommunal de dissoudre cette structure.  

Le préfet pointe le défaut de trésorerie de la structure pour fonctionner mais aussi pour payer les salaires des agents du SIAEAG qui, affirme-t-il, sont en progression.

Cette annonce fracassante, reprise par tous les médias, intervient quelques jours à peine après la signature d’un accord entre le vice-président du SIAEAG et des salariés syndiqués à la CGTG ; accord qui permet d’améliorer tous les salaires des agents du rang. Depuis 2015, date du transfert des agents de la Générale des Eaux au SIAEAG, ils ont fait grève à plusieurs reprises pour maintenir le niveau de leur salaire et de leur pouvoir d’achat. Ces nouvelles menaces du préfet ont provoqué l’appel à une assemblée générale du personnel du syndicat UNSA du SIAEAG.

Nombreux sont les travailleurs qui refusent de payer les erreurs, commises depuis plusieurs années, de la direction du SIAEAG. Les travailleurs ne sont pas responsables des difficultés de trésorerie de la structure. Ils n’accepteront pas d’être des victimes expiatoires d’une direction incompétente ou qui s’est rempli les poches impunément.  


Lycée Bel Air : l’école de la soumission

Le lycée Bel Air à Baie-Mahault a affiché des photos interdisant de nombreuses coupes de cheveux pour les filles et les garçons.   La majorité des coupes interdites sont les coupes de type afro, les tresses, les locks, les cheveux lâchés. Parmi les coupes interdites nous pouvons même voir une femme avec les cheveux coupés à ras. Cette publication a choqué une bonne partie de la population qui a réagi sur les réseaux sociaux. En réalité ce genre d’abus est courant dans bon nombre d’établissements en Guadeloupe et les autorités les admettent. L’affiche du lycée est largement stigmatisante et discriminante. Si les établissements mettent en place ce genre de règlement c’est pour soumettre les jeunes, et les préparer à accepter n’importe quelles conditions dans le monde du travail. Les responsables du lycée ne s’en cachent pas. Ils ont dit eux-mêmes sur les médias que ce sont les patrons qui l’exigent. Les établissements scolaires se font les relais serviles du patronat. Il ne tient qu’à la jeunesse de refuser l’oppression et l’asservissement.


Rectorat de la Guadeloupe : magouilles au sommet ?

Il y a quelques jours, un haut cadre du rectorat a écrit un courrier dans lequel il dénonce les agissements de certains hauts gradés (anciens ou actuels) du rectorat qui dilapideraient l’argent public pour leur confort personnel. En plus de leur salaire à cinq chiffres, ces messieurs-dames abuseraient des cartes d’essence, des logements et véhicules de fonction, de l’entretien de piscines et jardins et même… d’un abonnement TV avec des « chaînes adultes ». Ce courrier ne révèle sûrement que la partie émergée de l’iceberg. Ce sont les mêmes qui appliquent sans scrupule les politiques de restriction du ministère de l’Éducation nationale, à coup de fermeture de classes, de suppression des postes d’enseignants et de réduction du personnel dans les établissements. Ce sont les mêmes qui s’affichent publiquement comme respectables, qui veulent imposer un code de conduite et d’éthique aux élèves, aux enseignants et au personnel. Ces premières révélations montrent le vrai visage des responsables de l’éducation en Guadeloupe. Et nous n’avons probablement encore rien vu.


De Rugy : « Homard m’a tuer »

De Rugy, ex-président de l’Assemblée Nationale, ministre de l’écologie, ministre d’État, numéro deux du gouvernement, a démissionné mardi 16 juillet 2019.   L’affaire remonte au 10 juillet, où le journal en ligne Mediapart avait publié les photos des luxueux dîners entre amis organisés par De Rugy aux frais du contribuable. Au menu, homards géants et grands crus à 500 € la bouteille. Les jours suivants, Mediapart a révélé d’autres abus de De Rugy : installation d’un dressing à 17 000 € dans son logement, sèche-cheveux plaqué or, etc. De Rugy s’est enfoncé en expliquant que tout était normal, et que les fameux dîners faisaient partie de son travail. À l’époque il présidait l’Assemblée Nationale, et il prétend que cela l’aidait à rester connecté à la vraie vie. En buvant des bouteilles qui valent plus que le RSA ! Il a juste viré en urgence sa directrice de cabinet, elle aussi mise en cause pour avoir profité indûment d’un HLM à Paris. En 2017, De Rugy jouait les champions de morale, vantant les mérites de la Suède où une ministre avait démissionné pour avoir utilisé à des fins personnelles 5 000 € d’argent public. De Rugy, lui, écartait toute idée de démission. Il a reçu le soutien de Macron et du reste du gouvernement, qui vont simplement organiser des vérifications. Le ministre remboursera les frais si on le lui demande. Cette affaire a indigné la population, dont la majorité connaît des fins de mois difficiles. Le 13 et le 14 juillet, des gilets jaunes ont manifesté à Paris en chantant « On veut du homard ». Cette indignation est bien compréhensible, mais De Rugy n’est que l’arbre qui cache la forêt. Comme tous les autres hommes politiques, il n’est qu’un petit serviteur de la bourgeoisie, dont il a voulu singer les manières en profitant de sa fonction. Pour que tout le monde puisse manger du homard de temps en temps, ce sont ces gros parasites qu’il faudra dégager, pas un petit parvenu comme De Rugy !     Remarque : le titre fait référence à l’affaire Omar Raddad qui avait fait grand bruit à l’époque. Ce jardinier marocain a été accusé d’avoir tué sa patronne. Sur le mur, en lettres de sang, une inscription avec une faute d’orthographe est devenue célèbre : « Omar m’a tuer ». Omar Raddad a été amnistié après plusieurs années de prison et en clamant son innocence. Il se bat aujourd’hui pour sa réhabilitation.  


Victor Schœlcher, rôle et mythe

En Guadeloupe et en Martinique, pendant des décennies, le 21 juillet était le jour dédié à la mémoire de Victor Schœlcher. C’était la « fête Schœlcher », jour de son anniversaire.  

Victor Schœlcher est né le 21 juillet 1804 à Paris dans une famille bourgeoise. À partir de 1828, il voyage en tant que représentant commercial de l'entreprise familiale. C’est à Cuba qu’il découvre l'esclavage dans les plantations. Les conditions de vie des esclaves noirs le révoltent. À son retour en France, il rejoint les rangs des militants abolitionnistes. Ses thèses sur l’abolition ont évolué : il commence par défendre une abolition progressive car selon lui « les nègres, sortis des mains de leurs maîtres avec l'ignorance et tous les vices de l'esclavage, ne seraient bons à rien, ni pour la société ni pour eux-mêmes », puis après un nouveau voyage aux Antilles en 1840, il se prononce pour une abolition immédiate et complète.

Quand la révolution éclate à Paris en février 1848 pour abattre la monarchie, Schœlcher est dans le camp des révolutionnaires républicains opposés aux royalistes. Par la suite, il est nommé sous-secrétaire d'État à la Marine et aux colonies dans le gouvernement provisoire, où il contribue à faire adopter le décret du 17 avril 1848 qui abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. Grâce à sa popularité, il est élu député en Martinique le 9 août 1848 et en Guadeloupe le 22 août 1848. Il lègue ce siège à Louisy Mathieu qui deviendra le premier député noir de Guadeloupe. En tant que fervent révolutionnaire défenseur de la bourgeoisie, Schœlcher a milité pour l’abolition de l’esclavage car ce système de production devenait de moins en moins rentable et de plus en plus absurde. Pour s’assurer que les anciens maîtres d’esclaves ne pâtissent pas de l’abolition, il a contribué au décret sur leur indemnisation.

Puis, l’esclavage a été remplacé par l’esclavage moderne, le salariat, avec les anciens maîtres comme patrons et la complicité des autorités coloniales.

Aux Antilles, Schœlcher est resté pendant des décennies très populaire. Mais lui et ses amis politiques avaient une peur bleue d’une possible révolte générale des ex-esclaves. Il fit tout pour que ces derniers acceptent, sans se révolter, leur nouveau statut d’hommes soi-disant « libres » mais en butte aux pires souffrances : misère, faim, racisme, injustices en chaîne. Pour les mêmes raisons, le mythe Schœlcher « libérateur des Noirs » fut entretenu à outrance par certains partis et politiciens noirs, surfant sur l’abolition et les sentiments des ex-esclaves. Ils utilisèrent en liaison avec le colonialisme l’immense popularité de Schœlcher, « Papa Chelchè » en créole. Au début du XXème siècle, bien après la mort de Schœlcher, la première génération de politiciens noirs comme Maurice Satineau, Gratien Candace, Félix Eboué, puis d’autres par la suite ont utilisé cette notoriété pour se forger une popularité. Ils se disaient schœlchéristes (Satineau était à la tête du Parti républicain schœlchériste), se faisant passer pour des défenseurs du peuple alors qu’ils étaient des relais du colonialisme.

Ils perpétuaient le mythe auprès des masses noires qu’elles devaient leur liberté à un Blanc. Les insurrections d’esclaves, la révolution noire haïtienne, furent totalement occultées par ces partis et le pouvoir colonial. Occultés, Ignace, Delgrès, l’insurrection de 1802 en Guadeloupe, occultée l’insurrection du 22 mai 1848 en Martinique qui força les autorités locales à abolir l’esclavage avant l’arrivée du décret officiel par bateau. Il a fallu attendre la réaction des partis communistes locaux dans les années 1950, les premières organisations anticolonialistes et révolutionnaires dans les années 1960, pour que l’histoire de la lutte des esclaves pour leur liberté soit connue et reconnue dans toute sa vérité. Et pour que soit replacé le rôle de Schœlcher dans ses limites réelles.  


Il y a cinquante ans, de la Terre à la Lune

Le 20 juillet 1969 l’Homme marcha pour la première fois sur la Lune.  

C’est l’astronaute Neil Armstrong qui fit le premier pas en disant « C’est un petit pas pour l’Homme mais un pas de géant pour l’humanité ». Ce fut, bien sûr, un exploit extraordinaire. C’est le fruit d’un énorme travail scientifique, des technologies les plus poussées et d’hommes courageux comme les trois astronautes embarqués dans l’aventure. Dans les années 1960 les États-Unis étaient déjà la première puissance impérialiste.

Cette puissance économique et militaire était en concurrence avec l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (l’URSS) pays issu de la révolution ouvrière de 1917 et dirigé quelques années après par une couche sociale privilégiée, la bureaucratie stalinienne. Les deux blocs, d’un côté les États-Unis et de l’autre l’URSS, se faisaient une véritable « course à l’armement » pour s’imposer. La rivalité était également présente dans le domaine spatial. L’URSS, qui n’avait pas les moyens économiques des États-Unis, les avait devancés en envoyant le premier homme dans l’espace : Youri Gagarine en 1961. Le président des États-Unis Kennedy avait alors juré que son pays enverrait des hommes sur la Lune avant la fin de la décennie. Et c’est bien ce qu’ils firent !

L’aventure sur la Lune est une avancée historique pour l’humanité. Cependant pour les capitalistes américains le but premier était de montrer les capacités de leur système face à l’URSS. C’était aussi l’occasion de s’imposer militairement en développant les techniques les plus élaborées. Sans ce contexte de Guerre Froide ou sans les profits à la clef, les capitalistes n’avaient aucun intérêt à faire avancer l’humanité.  


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