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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1208 du 10 novembre 2018/Troisième page

Troisième page

Dominique: 40 ans d’indépendance

Le 3 novembre 1978, il y a quarante ans, la Dominique accédait à l’indépendance. Le pays, qui fut colonie française entre 1715 et 1763, est devenu colonie britannique de 1763 jusqu’à l’indépendance.

Une colonie
La Dominique a pendant longtemps été rattachée aux Leeward Islands (Iles sous le vent) qui regroupaient les îles entre Antigua et les Iles Vierges, puis en 1940 aux Windward Islands (Iles au vent) situées plus au sud, de Sainte-Lucie à Trinidad. Entre 1958 et 1962, elle a fait partie d’une éphémère West Indies Federation (Fédération des Antilles) qui regroupait toutes les colonies britanniques des Antilles mais qui a finalement éclaté pour laisser place à des pays indépendants constitués par une ou deux îles au maximum. Parmi toutes les îles des Antilles sous domination britannique, la Dominique est sans doute l’une des plus pauvres. L’essentiel de l’économie était basé sur l’agriculture, d’abord le café, puis la canne et la banane. Pas d’industries ni même d’infrastructures touristiques, à la différence par exemple de Barbade ou d’Antigua. Si bien que la classe ouvrière était avant tout composée d’ouvriers agricoles.  

Les luttes de la classe ouvrière
Lors des grandes grèves qui se sont déroulées dans les années 1930 essentiellement à Trinidad, avec les ouvriers de l’industrie du pétrole, ou à la Jamaïque, la Dominique a elle aussi connu des mouvements sociaux. C’est à cette époque que des syndicats (Trade Unions) se sont développés pour demander des augmentations de salaires, mais aussi des réformes sociales, de meilleurs logements, le droit de vote pour tous et une autonomie (self-government). De fait, le mouvement syndical posait des revendications politiques.

Après la dissolution de la Fédération des West Indies, la Dominique est devenue un État associé du Royaume Uni en février 1967 et a formellement géré ses propres affaires. En 1974, Patrick John, fut le premier à porter le titre de Premier Ministre.  

Une indépendance contre les classes populaires
Le 3 novembre 1978, « le Commonwealth of Dominica » se voyait octroyer l’indépendance par le Royaume Uni. Les intérêts de ce dernier continuaient à prospérer, notamment dans la banane avec la société Geest qui avait le quasi-monopole de l’exportation. Patrick John, Premier ministre à l’âge de 36 ans en 1974, ancien leader syndical et maire de Roseau, a rapidement essayé de mettre en place un système où il pouvait contrôler la population pour son intérêt propre, mais aussi pour celui de la fraction de la bourgeoisie qui l’avait porté au pouvoir. Dès 1979, il tenta de faire voter deux lois contre les travailleurs : une pour museler les syndicats, et une autre contre la liberté de la presse. Cela déclencha la colère de la population. Le 29 mai 1979, plus de dix mille personnes (sur 70 000 habitants) sont descendues dans la rue pour manifester devant le siège du gouvernement. Patrick John fit intervenir l’armée (Defence Force) qui, baïonnette au canon, lança d’abord des grenades lacrymogènes puis tira sur la foule à balles réelles. Il y eut au moins un mort, un jeune de 19 ans, et officiellement une dizaine de blessés par balles, mais sans doute plus.

Loin de se décourager, les manifestants et notamment les travailleurs ont continué à se battre. La grève générale a duré plus de trois semaines, au cours desquelles notamment un incendie a détruit les archives et le tribunal. Finalement Patrick John a dû démissionner. C’était une victoire de la population mobilisée, mais qui sur le plan politique n’a rien changé de fondamental. Lors des élections de 1980, c’est Eugenia Charles, une avocate issue d’une famille bourgeoise qui parvint au pouvoir.

Cette dernière était dans la même mouvance que Margaret Thatcher et Ronald Reagan qui menaient en Grande-Bretagne et aux États-Unis une politique néolibérale particulièrement agressive envers la classe ouvrière. En 1983, en tant que présidente de l’OECS (Organisation des États de la Caraïbe orientale), Eugenia Charles a servi de caution à Reagan pour l’invasion de la Grenade par l’armée américaine. La « Dame de fer » est restée 15 ans au pouvoir, jusqu’en 1995 où elle a dû céder la place à l’United Workers Party (UWP, Parti des travailleurs unis) dirigé par Edison James. Malgré son nom, ce parti ne défend pas plus les travailleurs que le Dominica Labor Party.

Ce dernier, dirigé désormais par Rosie Douglas, ancien militant pro-castriste revenu au pays et à une politique plus acceptable pour la bourgeoisie, a remporté les élections en 2000. Depuis lors, le DLP a continuellement gagné les élections. Après les décès successifs de Rosie Douglas après huit mois de pouvoir, puis de son successeur Pierre Charles en 2004, c’est Roosevelt Skerit qui est devenu Premier Ministre, jusqu’à nos jours.

Il a lié certaines alliances avec des pays dits progressistes, tels que Cuba, la Chine, la Russie, mais surtout le Venezuela du temps de Chavez, au sein de l’Alliance Bolivarienne. Cela lui a permis de bénéficier de financements et d’aides en échange d’un soutien politique au niveau international. Mais cela ne signifie nullement qu’il mène une politique (tout comme ses alliés d’ailleurs) qui prenne en compte les intérêts des travailleurs.

L’ouragan Maria en septembre 2017 a, comme David 38 ans plus tôt, frappé très durement la Dominique et particulièrement la fraction la plus pauvre de la population.

Ces quarante années d’indépendance n’ont pas changé fondamentalement la situation des plus pauvres et de la classe ouvrière en Dominique. Les partis et hommes politiques qui se sont succédé ont surtout défendu leurs intérêts propres et ceux de la bourgeoisie locale et internationale.    


Guadeloupe: SEMSAMAR : Les notables receleurs et solidaires entre eux

Plus d'un an après l'ouragan Irma, l'un des plus dévastateurs, des locataires de la société immobilière SEMSAMAR (société d'économie mixte de Saint Martin), à St Martin, vivent dans des immeubles couverts d'une bâche. Ils se plaignent, l'humidité pourrit leurs affaires.

Lors de sa récente visite, Macron, le président de la république, président des riches et des très riches, a tenté hypocritement de donner le change. Il a critiqué les dirigeants de la société pour leurs revenus trop élevés.

Mais Macron a enfoncé une porte ouverte car l'opinion publique locale sait tout cela depuis longtemps. En particulier, l'ex-directeur Fischer avait reçu une prime de départ à la retraite de 500 000 € et la directrice Bélénus perçoit un salaire annuel de 1,5 millions d'euros.

Le bruit a couru qu'elle pourrait être licenciée et que la SEMSAMAR et la SEMAG (Société d'économie mixte et d'aménagement de la Guadeloupe- Ex SODEG) seraient regroupées en une seule entité.

Les politiciens locaux sont nombreux à avoir protesté contre « l'intrusion de l'État ». Pour eux, tout irait bien dans le fonctionnement des ces sociétés. « Dis-moi qui tu soutiens, je te dirai qui tu es » dit le dicton. Les locataires et la population sont prévenus que ces notables soutiennent en fait l'opacité totale dans laquelle sont gérées les sociétés immobilières. Leur histoire est du reste jalonnée de scandales financiers.  


Première boucherie mondiale: Les colonisés, l’heure des bilans

Les soldats noirs des Antilles françaises ou britanniques, de la Guyane, la Réunion, ceux des États-Unis, ceux d’Afrique noire et de Madagascar connus sous le nom générique de Tirailleurs sénégalais, les colonisés du Maghreb, d’Indochine, du Vietnam, de l’Inde et de Chine ont payé un lourd tribut à la première guerre mondiale.

À l’heure où est célébré l’armistice du 11 novembre 1918, les commentateurs de la bourgeoisie soulignent avec hypocrisie l’horreur de cette guerre, meurtrière, absurde. Des dizaines de milliers de ces soldats des colonies sont tombés aux Dardanelles, à Verdun ou en Afrique. Beaucoup sont morts de maladie ou de froid sur les champs de bataille. Ils ont souvent été enterrés loin de chez eux.

Cette guerre, tous n’y sont pas allés la fleur au fusil, malgré les encouragements des « élites » de leurs pays qui faisaient miroiter le « droit à la citoyenneté », la fin des discriminations ou l’autonomie de leurs territoires suivant les cas, bref une vie meilleure à condition de payer « l’impôt du sang ». Souvent ils avaient abandonné leur activité d’ouvrier, de petit agriculteur, laissant leurs familles sans ressources pour une guerre dont ils ignoraient les enjeux.

Certains même ont été enrôlés de force. Pendant la guerre, ils ont subi des discriminations de la part des chefs militaires qui leur assignaient des tâches subalternes et pénibles, pour porter des charges ou creuser des tranchées, loin des soi-disant honneurs liés aux combats. Ceux de Harlem surnommés par les Allemands Hellfighters (combattants de l’enfer), ont subi le racisme de leurs propres généraux. Ceux-ci ont tenté par toutes sortes de calomnies d’empêcher que leur soit témoignée en France une quelconque fraternité, de peur qu’ils ne se considèrent comme leurs égaux à leur retour aux USA.

Ceux qui sont revenus, parfois blessés, gazés, handicapés, n’ont pas toujours reçu les pensions de l’armée et ont connu la misère. La guerre leur a laissé de grandes déceptions. Certains ont toutefois eu des contacts fraternels avec les populations, ils ont découvert des idées de liberté, de justice sociale. Ils se retrouveront dans les luttes du vingtième siècle contre l’exploitation, le colonialisme, les discriminations raciales.  


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