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Journal/Sommaire du journal CO n° 1230 du 16 novembre 2019/Troisième page

Troisième page

États-Unis : Six semaines de grève à General Motors

Nous publions un extrait traduit de l’éditorial du 28 octobre dernier de « The Spark », journal trotskyste aux USA : Les travailleurs de GM ont ratifié leur nouveau contrat, avec 43 % de votes « non ». L’importance du vote négatif reflète la détermination des travailleurs de GM à se battre.

Le vote non était particulièrement fort parmi les ouvriers des quatre usines GM qui sont définitivement fermées par ce contrat. De même, les travailleurs de GMCH et des dépôts de pièces détachées qui touchent un salaire inférieur avec des avantages moins importants que les ouvriers des usines de montage ont voté « non ». Mais ils n’étaient pas les seuls à dire « non », même après six semaines de grève.

Et pour les 57 % d’ouvriers de GM qui ont voté le nouveau contrat, nul doute que la plupart ont compris qu’ils n’avaient pas obtenu tout ce qu’ils méritaient et dont ils avaient besoin. Mais après six semaines de grève, ils ont décidé qu’ils avaient mené ce combat aussi loin qu’ils le pouvaient. Alors quels sont les résultats de cette grève ?

Les ouvriers permanents ont obtenu une augmentation de salaire par des bonifications et des augmentations. Les patrons semblent avoir reculé sur les propositions de transfert des dépenses de santé à la charge des travailleurs à titre individuel, bien qu’il ne soit pas certain qu’ils l’auraient obtenu de toute façon. La question de l’injustice vis-à-vis des échelons les plus bas et des intérimaires n’a pas été réglée. Même la promesse d’amener au plus haut niveau tous les ouvriers du deuxième échelon est reportée réellement jusqu’aux dernières semaines de l’accord de quatre ans. Et il n’y a pas d’accord pour l’élimination du système à deux vitesses pour les futures embauches.

Ce n’est pas surprenant. Le système du paiement à deux vitesses a été mis en place il y a des décennies, et n’a cessé de s’aggraver depuis. Allait-il disparaître après une seule grève, un seul combat ? Non. C’est un système imposé par tous les patrons de façon systématique sous une forme ou une autre pour baisser les salaires et supprimer les avantages. Il faudra une lutte plus large de la classe ouvrière pour les faire reculer. Certes ce contrat ne correspond pas à tout ce que les travailleurs voulaient et méritaient, mais ce n’est certainement pas non plus ce que désirait la direction. Mais le fait que les ouvriers de GM se sont finalement dressés contre elle – l’ont partiellement fait reculer – est peut-être l’acquis le plus substantiel de cette grève.

Ils ont fait quelque chose qui n’avait pas été fait depuis des décennies. Leur grève a fait une brèche dans la démoralisation qui avait infecté la classe ouvrière, le sentiment qu’il n’y avait rien à faire. Le combat des ouvriers de GM a ouvert la porte à tous les travailleurs.  


Grande-Bretagne : Brexit ou pas, la lutte de classe continue

Dans le Royaume-Uni, la saga du Brexit continue. Prochaine date limite pour une sortie éventuelle, le 31 janvier 2020. En guise d’entracte, des élections anticipées le 12 décembre.  

Le « Brexit », abréviation de « British Exit » – la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (UE) – a été approuvé en juin 2016 lors d'un référendum : « leave » (quitter) contre « remain » (rester). Le Premier ministre, David Cameron, dirigeant du Parti Conservateur, qui organisait le référendum sur la sortie, faisait campagne pour rester ! Il voulait en réalité simplement rétablir de l’ordre dans sa formation politique et avait d’ailleurs démissionné après les résultats. 51,9 % des votants – mais 37,5 % de l’électorat – avaient choisi de quitter l’UE.

L’actuel Premier ministre et ancien maire de Londres, Boris Johnson, avait, lui, fait voter pour le Brexit. Mais, entré au gouvernement au lendemain du référendum, il a plutôt temporisé. Selon lui, il fallait conserver le maximum de relations avec l’Europe, ne pas se précipiter, etc. Sans se précipiter, la Première ministre Theresa May s’est enlisée pendant trois ans de négociations avec l’Union Européenne et de blocage au parlement britannique – avant d’être poussée à la démission. C’est Boris Johnson qui lui a succédé, et il avait bien changé de ton : il cravacherait vers le Brexit, même sans accord avec l’UE, et « plutôt être mort au fond d’un fossé » que de demander un délai au-delà du 31 octobre 2019 ! Finalement il a été décidé, en parfait accord avec les dirigeants de l’Union Européenne, une nouvelle der-des-ders (sic) échéance, le 31 janvier 2020, pour le Brexit. Et en attendant, B. Johnson s’est fixé la nouvelle priorité de regagner une nouvelle majorité au parlement pour le Parti Conservateur, à la faveur des élections anticipées du 12 décembre qu’il a lui-même provoquées. Quel sera son prochain retournement de veste ? En réalité tous ces politiciens pensent surtout à leur carrière, pendant que les gros capitalistes, les banquiers et tous les milieux d’affaire, « britanniques » comme « européens » les laissent s’agiter, pensant surtout à protéger leurs profits et leurs contrats. Pour eux, les véritables maîtres de la société, attendre n’est pas une catastrophe, tant que l’argent rentre !

Du côté de la classe ouvrière, les trois années qu’elle vient de vivre, après le référendum favorable au Brexit, ont été une période dure : la chute de la livre a entraîné une dégradation du niveau de vie, les conditions de travail se sont détériorées, de nombreux emplois ont été supprimés et le NHS (National Health Service – Service National de Santé) est au bord de la paralysie. Brexit ou pas, et quel que soit le parti qui aura le plus de députés à la Chambre des Communes après les élections du 12 décembre, les travailleurs du Royaume-Uni seront au pied du mur. Ils devront se défendre avec leurs armes : des grèves importantes, des manifestations, etc., contre les attaques qui continueront à pleuvoir. Et en suivant cette voie ils pourraient aussi balayer toute la peste nationaliste, xénophobe, anti-étrangers, qui a été déversée à la faveur de toute la campagne réactionnaire autour du Brexit.  


Haïti : la bataille de Vertières

Le 18 novembre 1803, à Vertières, les troupes de l’armée des esclaves en révolte remportent une bataille décisive contre les troupes du général Rochambeau. Cette victoire met fin à l’expédition de Saint-Domingue envoyée par Bonaparte pour rétablir l’esclavage et permet l’aboutissement de la révolution anti-esclavagiste en Haïti.  

Les débuts de l’insurrection

Des bandes d’esclaves marrons se sont organisées, libérant des territoires pour vivre en société libre, faisant des descentes sur des plantations pour se ravitailler et recruter d’autres marrons. En août 1791 eut lieu un grand rassemblement et cérémonie vaudou à « Bois Caïman », l’appel du nègre marron Boukman. Ce dernier lance la révolte. Les Noirs esclaves entrent dans la bataille. À la mort de Boukman, d’autres esclaves révoltés comme Jean Jacques, Biassou, Jean Noel prennent le relais, ils sont rejoints par Toussaint Louverture. Sous son impulsion ils transforment des bandes armées en une armée disciplinée qui mène la guerre contre les colons. C’est ainsi qu’il met cette armée au service des Espagnols contre les colons français.

Les jacobins noirs

En septembre 1792, le gouvernement révolutionnaire français envoie un émissaire, Sonthonax, pour octroyer quelques droits aux affranchis et mulâtres et pour mater les esclaves révoltés. Mais l’Angleterre attaque la colonie française et, pour préserver les biens de la bourgeoisie, Sonthonax fait appel à l’armée de Toussaint Louverture. Le 29 août 1793, Sonthonax annonce l’abolition de l’esclavage. Il distribue aux esclaves libérés des armes au nom de la république pour défendre la « France généreuse » face à l’envahisseur anglais. Toussaint rallie alors la France le 18 mai 1794 et l’armée des Noirs insurgés est victorieuse et contrôle l’île pendant des années. Toussaint se proclame gouverneur général de l’île le 8 juillet 1801. Il doit gérer l’économie, il appelle les anciens esclaves à retourner sur les plantations en tant qu’ouvriers agricoles pour relancer l’économie sucrière. Il instaure le « caporalisme agraire » en militarisant le travail. Pour les ex-esclaves, retourner sur les plantations c’est retourner en esclavage. Cela éloigne les anciens esclaves de Toussaint, qui perd en partie leur confiance.

Bonaparte veut rétablir l’esclavage

En France, les dirigeants de la révolution changent de politique après avoir guillotiné le roi. Ils demandent à Bonaparte de ramener l’ordre à Saint-Domingue en rétablissant l’esclavage. Une armada commandée par le général Leclerc, 82 bateaux, 21 000 hom-mes, est envoyée à Saint-Domingue. Tout en combattant les hommes de Leclerc, Toussaint veut lui faire confiance en négociant. Il est arrêté et déporté en France au fort de Joux où il meurt le 7 avril 1803. La nouvelle que le général Richepanse avait rétabli l’esclavage en Guadeloupe sur ordre de Bonaparte relance les actions des bandes armées, elles se coordonnent pour faire face à l’armée de Leclerc. Les paysans sur les plantations avaient gardé les armes distribuées par Sonthonax, ils désertent les plantations et rejoignent les bandes insurgées. Alors les officiers noirs Christophe, Dessalines, qui avaient été un temps du côté de Leclerc, rejoignent le camp des insurgés. Ils sont rejoints par les généraux mulâtres qui comprennent que le retour de l’esclavage ne les épargnerait pas non plus. Au congrès de l’Arcahaie du 15 au 18 mai 1803 l’unité de commandement est signée et Dessalines nommé chef de l’armée.

Victoire de l’armée des Noirs

Les soldats de l’armée « indigène » attaquent les armées de Leclerc dans des embuscades, des groupes mobiles connaissant le terrain harcèlent les divisions. Les troupes françaises ne sont pas adaptées au climat de Saint-Domingue, elles sont victimes de la malaria, de la dysenterie et autres fièvres. La plaine de Léogane, la plaine des Cayes, l’Artibonite sont conquises. Et l’étau se resserre sur la capitale, le Cap Haïtien. Leclerc, malade, est remplacé par Rochambeau avec tous pouvoirs pour mater les Noirs insurgés. Avec ses hommes, le général Capois s’illustre en prenant l’île de la Tortue après la ville de Port-de-Paix. Il reste alors un fort qui verrouille la route vers le Cap, c’est celui de Vertières. Les troupes de Rochambeau sont bloquées au Cap. Elles ne peuvent s’enfuir par la mer car la rade est bloquée par des bateaux anglais, et sur terre elles font face à l’armée indigène. Le 18 novembre 1803 Capois reçoit l’ordre de prendre le fort de Vertières. Après une journée de bataille, des assauts répétés, des milliers de morts chez les anciens esclaves, Rochambeau capitule le 19 novembre. La route du Cap est ouverte et amène à la signature de l’acte d’indépendance le 1er janvier 1804 par Dessalines, aux Gonaïves. Saint-Domingue redevient Haïti, son nom amérindien, la première république noire libre. La révolution haïtienne par son ampleur, sa durée, sa profondeur est une des plus grandes révolutions des temps modernes. C’est une des premières révolutions anticoloniales de l’histoire. Ayant chassé les colons, les anciens esclaves sont indépendants, mais trouvent en face d’eux le capitalisme. En 1826, le royaume de France ne reconnaît pas cette indépendance acquise contre la république française. Le roi Charles X réclame à Haïti une indemnité de 150 millions de « francs or » pour que la France reconnaisse son indépendance.  


Capois-La-Mort 

François Capois est né en 1766 près de Port-de-Paix. Ancien esclave, il rejoint Toussaint Louverture et l’armée qui lutte contre l’esclavage en 1793. Il se fait remarquer par ses initiatives, son audace. Il gagne ses galons jusqu’à devenir le général Capois et participe à la prise de l’île de la Tortue en traversant avec son régiment sur des radeaux.  

Il s’illustre à la tête de ses soldats le 18 novembre 1803 lors de la bataille de Vertières. La première vague qui monte à l’assaut du fort est balayée par les canons et se replie. Capois relance un nouvel assaut, puis un troisième, sous la mitraille de l’artillerie française. Haranguant ses hommes « grenadiers à l’assaut, sa ki mouri zafè a yo, pa gen manman pa gen papa » (grenadiers à l’assaut, ceux qui meurent c’est leur affaire, nous n’avons ni maman ni papa), il repart à l’attaque.

Ses soldats tombent autour de lui, Capois continue d’avancer. Un boulet de canon terrasse son cheval, Capois se relève, repart et crie « en avant, en avant ». Son épée à la main il avance vers le fort. Un deuxième boulet lui enlève son chapeau, il continue à la tête de ses soldats en criant plus fort « en avant ! en avant ! ». Le général Rochambeau arrête alors la bataille et envoie un messager vers Capois. Il lui crie : « Le général Rochambeau envoie ses compliments à ce général qui vient de se couvrir de gloire ». Il s’en retourne et la bataille recommence. Après une journée les troupes des esclaves ont le dessus.

Le lendemain matin, un officier français se rend aux sentinelles de Capois sur un cheval et porte le message suivant : « Le général Rochambeau offre ce cheval comme une marque d’admiration pour l’« Achille noir » pour remplacer celui que son armée française regrette d’avoir tué ». Depuis ce jour il est devenu « Capois-La-Mort ». Après l’indépendance Henri Christophe, qui voyait en Capois un probable rival politique, le fait assassiner le 19 octobre 1806, deux jours après l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines.


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