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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1208 du 10 novembre 2018/Deuxième page

Deuxième page

Martinique: Hausse des carburants, patrons et travailleurs n’ont pas les mêmes intérêts

Depuis plusieurs semaines, un vent de fronde souffle. La cause ? Une hausse des taxes incluses dans les prix des carburants, et notamment du gazole. Le gouvernement en a décidé ainsi au nom de la lutte contre la pollution et pour la transition énergétique. Après cette énième augmentation, diverses initiatives ont été lancées pour appeler la population et notamment les automobilistes à protester.

Une Martiniquaise installée en Seine-et-Marne a expliqué les conséquences d’une telle hausse sur son budget, et donc sur ses conditions d’existence. Des appels et des pétitions ont été lancés sur les réseaux sociaux pour préconiser un blocage général le 17 novembre 2018.

En Martinique, diverses voix se sont jointes à ce mouvement et appellent également à manifester. Ce mouvement motive particulièrement tout un milieu de petits patrons, transporteurs et autres, dont les profits sont écornés par les hausses de carburant. C’est d’ailleurs tout ce milieu qui donne le ton en mettant l’accent sur le matraquage fiscal du gouvernement. On les entend beaucoup moins, voire pas du tout, parler des augmentations de salaire qu’il faudrait que les travailleurs mettent en avant pour défendre leur niveau de vie. Et naturellement la droite et l’extrême-droite, qui relayent les appels au blocage vont dans le même sens, en faisant chorus avec le patronat petit et moyen.

C’est naturellement ce que la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs n’ont aucun intérêt à faire. Ils doivent au contraire faire le plus possible entendre leur propre protestation et leurs propres exigences. Il faudra opposer aux hausses de prix et de taxes l’exigence d’augmentations de salaires et de pensions conséquentes. Il faudra imposer, par nos luttes, que le niveau de vie ne soit pas grignoté par les hausses, c’est-à-dire imposer la revalorisation immédiate des salaires en cas de hausse des prix, imposer au patronat une véritable échelle mobile des salaires.

Les travailleurs doivent se tenir sur ce terrain de classe, n’en déplaise à l’extrême-droite, et à cette partie du patronat qui fait mine de les défendre, alors qu’elle ne se bat que pour son tiroir-caisse.  


Martinique: Les patrons ignorent les intempéries, jusqu’à quand ?

Lors de la tempête tropicale Isaac qui a traversé la Martinique les jeudi 13 et vendredi 14 septembre dernier, déversant des pluies abondantes, la vigilance rouge avait été déclenchée par la préfecture. L’activité économique avait donc cessé de fonctionner.

La population était appelée à rester chez elle. Et donc les salariés auraient dû être indemnisés pour ces deux jours comme le prévoit l’accord paritaire interprofessionnel régional du 16 février 2007 concernant l’indemnité au titre du chômage partiel. Il y est prévu que chaque heure indemnisable « donne lieu au paiement par l’entreprise d’une indemnité horaire égale à 50 % de la rémunération horaire brute ». Et pour le bâtiment et travaux publics, selon la convention collective, cette « indemnité horaire est égale à 75 % de la rémunération horaire brute ».

Cependant, certains patrons voyous, du bâtiment, de la métallurgie ou des stations-services refusent de respecter ces accords. Et certains ont eu le toupet de déclarer aux salariés qu’ils ne connaissaient pas cet accord et que la seule chose qu’ils peuvent proposer c’est soit l’amputation de leurs congés payés, soit des retenues sur salaire de deux jours, ou encore de perdre sur les RTT. Les salariés concernés ne sont bien sûr pas d’accord. Certains cherchent à s’organiser, à s’informer, afin de parvenir à toucher, comme le prévoit le droit, l’indemnité due par leur patron.  


Guadeloupe: Affaire Wendy : un abus de pouvoir insupportable

La lutte continue pour obtenir justice pour Wendy. Grâce à l’action de l’avocat Maître Calvaire, le président de l’université a été obligé de transmettre le « rapport d’expertise graphologique ».

Ce document, que le président Janky a présenté comme irréfutable, est un ramassis d’âneries. La prétendue experte prend des copies de matières non enseignées par le professeur concerné, qu’il n’a donc pas corrigées, et attribue les notes qu’il y a dessus à ce professeur. De manière tout aussi fantaisiste, elle compare des 3 à des 7 pour prouver que c’est Wendy qui a écrit elle-même le 17,5. Plus bizarre encore, l’experte prétend qu’elle a étudié toutes les copies de l’examen en question pour les comparer avec celle de Wendy.

C’est faux : elle en a analysé 29 alors que la fac de droit dit qu’il y en a 42, en plus de celle de Wendy. Pourquoi ne pas étudier les 13 autres copies ? Est-ce parce que c’est Wendy qui les a corrigées aussi, ou plutôt une autre personne à qui le prof avait confié des copies ? Le doyen de la fac de droit, Montauban, est professeur de mathématiques. Le président Janky est professeur de médecine. Ils ont forcément vu les erreurs grossières de ce rapport. Mais ils ont menti pour accabler Wendy en espérant la faire taire, pour sauvegarder leur petite autorité. Ces gens n’ont aucune morale.

D’ailleurs, ce n’est que le jour où Janky a été contraint de remettre le rapport qu’il a décidé de convoquer le conseil de discipline. C’est encore une tentative pour intimider Wendy, et pour manipuler l’opinion en faisant croire qu’elle est coupable. Mais Wendy et ses soutiens ne désarment pas !  


Nouvelle-Calédonie: Référendum sur l’indépendance : le non l’emporte mais le oui gagne du terrain !

Le « référendum d’autodétermination » était organisé le 4 novembre en Nouvelle-Calédonie. Il portait sur la question  suivante: « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ».

Le Non l’a emporté par 56,4% des voix, le Oui a obtenu 43,6%. La Nouvelle Calédonie restera donc sous tutelle française pour l’instant. Mais le Non l’a emporté parce que le gouvernement français a modifié le corps électoral depuis plusieurs dizaines d’années en favorisant la venue de milliers de personnes en Nouvelle Calédonie pour rendre les Kanaks minoritaires dans leur propre pays. Si la victoire du Non est sans surprise, ce qui l’est moins est l’écart entre le Oui et le Non.

Car le Oui à l’indépendance, même minoritaire, est plus important que ce que laissaient prévoir les sondages qui ont précédé la consultation. Contrairement à ce qu’espéraient le gouvernement français et la grande majorité des Blancs (les Caldoches) du pays, il n’y a pas eu une « marée » de Non. Ils ne pavoisent pas. Cette situation permet donc aux indépendantistes fort justement de déclarer qu’ils sont renforcés et qu’il faudra encore un ou deux référendums comme cela est prévu par les accords.

Le référendum était programmé depuis 1998, date de l’accord de Nouméa, signé entre les représentants des indépendantistes kanaks et le gouvernement français. Cet accord, précédé par l’accord de Matignon signé en 1988, faisait suite à une période de lutte armée qui fit de nombreux morts et s’acheva par le massacre (19 morts) perpétré par l’armée française à la grotte d’Ouvéa où étaient retranchés des nationalistes kanaks et leurs otages. Le pays fut colonisé par la France dès 1853. La population autochtone, les Kanaks, fut d’abord décimée par la répression, les maladies importées, la misère et la faim. L’État français y installa une colonie de peuplement, d’abord constituée de condamnés de droit commun puis politiques, avec le bannissement des rescapés de la Commune de Paris.

Aujourd’hui, les Kanaks sont minoritaires en nombre : 39% de la population totale. Le reste étant constitué des descendants des colons blancs, les Caldoches, et d’une immigration diversifiée : Européens, Asiatiques, Polynésiens… Les Kanaks constituent la fraction la plus pauvre, et la plus favorable à l’indépendance. Le pays est partagé en trois provinces : Nord, Sud, et îles Loyauté. La partie la plus riche, la plus blanche et la plus peuplée, le sud, où se trouve la capitale Nouméa, a voté Non à 73,7%. Par contre, le Nord à voté Oui à 76,98% et les îles Loyauté, les plus déshéritées, Non à 82,18%. Le taux de pauvreté est évalué à 7% à Nouméa, alors qu’il est de 35% dans la province Nord, et de 52% aux îles Loyauté. Durant les 20 ans qui ont précédé le référendum, l’État français a pu attribuer quelques postes privilégiés à la petite-bourgeoisie kanake. Les dirigeants indépendantistes du FLNKS ont pu accéder à des postes de responsabilité. L’État français conserve, lui, ses prérogatives régaliennes : sécurité, ordre public, monnaie, justice. Si le résultat du référendum suscite chez lui et chez la population privilégiée quelques craintes, elles viennent de la jeunesse kanake qui a cette fois massivement voté et qui pourrait ne pas se satisfaire du résultat de la consultation.

Alors tous ceux qui ont été révoltés du sort horrible, du racisme écrasant, réservés aux Kanaks depuis la colonisation ne peuvent qu’être satisfaits de cette avancée du vote contre le colonialisme français. Car, depuis 1853 la liste des crimes coloniaux est énorme : vols des terres kanaks, répressions armées effroyables, tête du chef Ataï au musée de l‘homme et rendue dernièrement, déportation en France dans des zoos humains, droit de vote accordé seulement en 1957 aux Kanaks, assassinats de Machoro et Nonnaro commandités sur ordre du gouvernement français et en pleine négociation, exécution froide de 19 indépendantistes dans la grotte d’Ouvéa. Et on en passe. Alors si demain, une révolte de la jeunesse contre le colonialisme et contre son maintien dans la pauvreté entrainait l’ensemble des travailleurs, des nombreux chômeurs et de la population pauvre, une voie serait possible pour un réel changement. À condition que les plus pauvres se battent pour leurs intérêts et non dans le sillage d’une petite-bourgeoisie locale soucieuse avant tout de renforcer son pouvoir, y compris en accord avec la puissance coloniale.


Gérald Bloncourt

Il est décédé à l’âge de 92 ans le 29 octobre dernier. Photographe d’art, peintre, essayiste et militant, nous le connaissions bien. Il avait l’habitude de venir nous voir dans le stand de Combat ouvrier à la fête de Lutte Ouvrière, à Presles, dans la région parisienne. Il était le frère de Tony Bloncourt fusillé au Mont Valérien à 21 ans par les nazis.  

Dans sa lettre d’adieu à ses parents il évoque son frère Gérald. Il existe une rue Tony Bloncourt à Basse-Terre.   Gérald Bloncourt fut militant puis compagnon de route du parti communiste français. Il avait participé aux bouleversements politiques de 1946 en Haïti. Et toute sa vie, il milita contre toutes les formes d’oppression.