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Journal/Sommaire du journal CO n° 1224 du 20 juillet 2019/Deuxième page

Deuxième page

Commission d'enquête sur les pesticides. Du bluff !

Jeudi 11 juillet s’est terminée la deuxième session de la commission parlementaire d'enquête sur le chlordécone et le paraquat, sur les stocks de curlone (le pesticide qui contenait le chlordécone). Ces pesticides sont présents en Martinique et en Guadeloupe et ce bien après l'interdiction définitive en 1993.  

La commission était présidée par Serge Letchimy, député de la Martinique. Mme Virginie Beaumeunier, la directrice de la DGCCRF (Direction Générale de la Consommation, de la Concurrence et de la Répression des Fraudes) a donné le ton dans cette commission en expliquant à l’assistance que « La DGCCRF n'a pas vocation à effectuer des prélèvements ailleurs que sur les végétaux mis sur le marché ». Cela signifiait, en clair, qu’elle n’a aucun pouvoir de contrôle sur les capitalistes à la source. Pour preuve, il y a eu plusieurs émissions télévisées concernant les pesticides fabriqués par les multinationales. Elles ont bien révélé que ces multinationales font ce qu’elles veulent. Elles produisent et vendent sur le marché à travers le monde ces pesticides dangereux et cancérigènes. Et si des analyses révèlent que leurs produits sont dangereux, elles changent le nom des pesticides et les étiquettes sur les emballages ; et le tour est joué, sans être inquiétées pendant des années par les États.

Ces émissions ont aussi révélé comment ces mêmes capitalistes exercent un véritable pouvoir sur bon nombre de scientifiques. Dans cette société, c’est la classe capitaliste qui a le véritable pouvoir et qui est le donneur d’ordre. Ce ne sont pas les élus, directeurs, directrices, ministres, ni même le président de la république. Une prochaine session de la commission est programmée pour mi-septembre 2019 en Martinique puis en Guadeloupe. Pour quoi faire ?


Le 1er octobre 2019 : procès Dambas contre Jean-Marie Nomertin 

Le procès en appel de notre camarade Jean-Marie Nomertin face au gros planteur Tino Dambas aura lieu le 1er octobre au tribunal de Basse-Terre.  

Jean-Marie Nomertin est le porte-parole de notre organisation politique « Combat Ouvrier ». Il est aussi le secrétaire général de la CGTG. En première instance, suite à une plainte en diffamation de Tino Dambas, Jean-Marie Nomertin avait été condamné à une amende avec sursis de 5 000 €, 2 000 € de dédommagement et 1 000 € de frais de justice. Dambas – surnommé l’esclavagiste noir – n’avait pas supporté que Jean-Marie Nomertin dévoile qu’il est responsable de la mort d’un ouvrier de 62 ans, qui était malade d’un cancer et que ce soi-disant « patron de choc » a exploité jusqu’à la mort.

Pour l’audience du 12 avril, Dambas avait aussi tenté d’empêcher ses ouvriers de témoigner contre lui, en refusant d’autoriser leur absence malgré leur convocation. Ces intimidations avaient au contraire encouragé les travailleurs à faire son procès. Huit ouvriers avaient témoigné pour expliquer à quel point Tino Dambas est vraiment un « esclavagiste noir » et comment il avait obligé le camarade décédé, pourtant gravement malade, à porter des régimes de bananes.

Depuis la grève générale des plantations de bananes en 2017, le planteur Tino Dambas cherche à se venger. Il a licencié la grande majorité des ouvriers grévistes et leur réclame même 60 000 euros de dédommagement au tribunal des Prud’hommes. Dambas a aussi déposé une seconde plainte en diffamation contre Jean-Marie Nomertin pour avoir repris son surnom « d’esclavagiste noir ». Cet acharnement montre que ce planteur, qui se vantait qu’il n’y aurait jamais grève sur sa plantation, n’a toujours pas digéré celle de 2017.

Les ouvriers de la banane et l’ensemble des travailleurs doivent se servir de ces attaques pour non seulement faire le procès de Tino Dambas, mais aussi celui de tous les exploiteurs qui sévissent en Guadeloupe !  


Gardel : patrons et actionnaires vont se sucrer

À l’usine Gardel la campagne est finie, c’est l’heure du grand nettoyage et du démontage. Le quota en sucres spéciaux a été dépassé. Le patron de Gardel se frotte les mains, la richesse a été très bonne cette année. Les ouvriers ont intérêt à réclamer des augmentations.


Changement de statut : les travailleurs ont intérêt à s’inviter dans le débat avec leurs propres exigences et leurs propres luttes

Les élus de Guadeloupe se sont réunis en Congrès, le quinzième, les 26 et 27 juin pour parler d’un changement de statut de l’île à la demande du gouvernement. Des séances de travail sont prévues jusqu’au mois de décembre afin de proposer une évolution du statut institutionnel au gouvernement.

Beaucoup de bruit pour peu de choses  
Le Congrès c’est la réunion des élus des deux assemblées, l’assemblée régionale dirigée par le macroniste Chalus, et l’assemblée départementale dirigée par Borel-Lincertin du Parti socialiste. Les conseillers, les députés, les sénateurs, les élus et différentes organisations politiques se sont réunis autour de l’idée d’un « projet pour la Guadeloupe ».

Chacun a donné sa vision pour « la Guadeloupe de demain ». Borel-Lincertin a proposé de sortir du clivage des articles 73 et 74 de la constitution. L’article 73 c’est pratiquement le statu quo. Le 74 évoque une sorte d’autonomie avec un certain pouvoir législatif local. Borel-Lincertin propose un nouvel article, celui du 97-1. Ary Chalus, président du Conseil régional, l’exécutif local, est favorable à une collectivité unique. Les nationalistes veulent plus d’autonomie ou l’indépendance.

Ce Congrès intervient après l’annonce de Macron de mettre en place une nouvelle réforme des collectivités territoriales d’ici 2020. Elles auront droit à une plus grande « différenciation territoriale » : elles pourront obtenir d’autres compétences, c’est-à-dire obtenir de nouvelles responsabilités, par exemple dans le domaine fiscal. En augmentant les compétences, le gouvernement cherche à réduire encore le budget des collectivités locales qui ne peuvent déjà pas faire face à leurs dépenses de fonctionnement et d’investissements. Le gouvernement pourra donner aux élus les moyens légaux pour racketter la population pauvre et les travailleurs en agissant sur les salaires, sur la prime de vie chère, sur les allocations, etc.  

Changements sans les masses = changements contre les masses   Il y aura un changement institutionnel.
Les élus locaux en font une montagne qui accouchera d’une souris. Bon, une assemblée unique tient tout simplement du bon sens pour un petit département de 400 000 habitants. Les politiciens, acteurs, surjouent la scène pour faire croire à la population qu’ils font quelque chose pour elle. Mais aucun d’eux n’a parlé des intérêts des classes populaires. Tout est fait « pour la Guadeloupe », au nom de « la Guadeloupe ». Les nationalistes qui se sont opposés avec virulence au Congrès n’ont mis en avant que « la Guadeloupe », « la Guadeloupe » et encore « la Guadeloupe ». Mais « la Guadeloupe », et ils le savent, c’est aussi bien les possédants guadeloupéens, les milieux aisés, que les travailleurs et les classes populaires. Aucun de tous ces notables ne s’adresse spécifiquement aux travailleurs, aux pauvres, aux petits non salariés. En réalité ils s’adressent au patronat et à la petite bourgeoisie locale aspirant à plus de gestion des affaires locales, sous la protection de l’État français. Pourtant, dans l’oppression impérialiste française, il y en a qui sont bien plus colonisés et méprisés que d’autres, ce sont les travailleurs, et tous les petits non salariés, tous les pauvres.  

Défendre en priorité les intérêts des travailleurs et des pauvres  
Un exemple a précédé celui de la Guadeloupe, c’est celui de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique). Cette assemblée unique élue en 2015 n’a en aucune manière profité aux classes pauvres. Les indépendantistes « patriotes » au pouvoir avec Marie-Jeanne s’attaquent aux travailleurs en grève. Ils le font en alliance avec la droite de Monplaisir, grand patron local.

Certes, en Guadeloupe, les indépendantistes ne sont pas encore dans la même position de pouvoir diriger une assemblée locale. Cela ne signifie pas cependant que, placés dans la même situation que ceux de Martinique, ils n’auraient pas mené la même politique anti-ouvrière.

Il est plus probable que ce soit les macronistes et régionalistes plus modérés qui aient la direction de la prochaine assemblée locale de Guadeloupe. Et ceux-là sont du même acabit que les Marie-Jeanne et Monplaisir Alors, sans l’intervention des travailleurs et des masses populaires, ce changement de statut ne changera absolument rien, sinon pour les seuls politiciens au service des capitalistes et des classes aisées.

Par contre, les travailleurs ont la possibilité, par leurs luttes, d’imposer des changements politiques et sociaux pour eux-mêmes, et pour les petits agriculteurs, les artisans, les pêcheurs, les petits non salariés, les chômeurs, pour tous les pauvres. Et cela, ils peuvent au moins déjà le faire savoir dès maintenant. Tout un chacun doit pouvoir bénéficier d’un travail et d’un revenu décent. Mais cela n’est possible que par la répartition du travail entre tous et avec au moins 1 800 euros nets chaque mois. L’argent il faut le prendre sur les immenses profits des entreprises et des banques.

Toutes ces composantes sociales du petit peuple doivent pouvoir avoir voix au chapitre, obtenir le droit d’expression dans les médias, le droit d’être représentées dans les assemblées à l’issue d’élections à la proportionnelle totale. D’ores et déjà il faudrait qu’elles se fassent entendre au sein de leurs propres comités, dans les quartiers, dans les entreprises, avec des représentants élus et révocables. Dans l’alliance de toutes les composantes des classes populaires, ce sont les salariés des entreprises qui forment la plus grande force potentielle. Car ce sont eux qui ont le pouvoir de bloquer toute l’économie capitaliste. Rappelons-nous la grève générale de 2009 ! Eux seuls, les salariés, peuvent être le fer de lance d’une alliance plus large des couches populaires. Oui, faisons-le déjà savoir à tous par nos interventions écrites et orales et comme autant de préparations aux luttes de terrain. Car elles seules seront déterminantes.