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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1203 du 28 juillet 2018/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Pour une expression large et forte du mécontentement des travailleurs et de la population

Depuis plusieurs mois, des membres de la population de certaines communes se sont spontanément organisés.

Ils le font entre autres, contre les conséquences graves des économies sur la santé publique, encore plus dramatiques après l’incendie du CHU. Ils le font contre les conséquences néfastes des sargasses, contre le manque d’eau, contre des antennes-relais nocives. Plus spécifiquement, les travailleurs de la banane se sont organisés pour faire connaître les méfaits du chlordécone sur leur santé. Ils ont organisé une action en direction des préfets avec leurs camarades martiniquais. Ils ont aussi intenté une action en justice. La population de Petit Bourg et de Marie-Galante a manifesté comme il fallait devant les ministres Hulot et Girardin.

Ces derniers ont pu entendre sa colère. Elle a aussi poussé en avant certains élus et maires qui ont su parler plus fort que d’habitude à l’oreille des ministres, tout cela sous la pression populaire. Eh bien c’était une très bonne chose, inhabituelle mais juste ! Il serait bon que d’autres comités se créent au sein de la population. Plus il y en aura, mieux ce sera. Que ce soit sur les problèmes de l’eau, des sargasses, ceux des pêcheurs, des agriculteurs, sur la santé publique, la baisse des aides sociales, les fermetures de classes, fermetures de crèches etc. Il serait bon que ces comités se multiplient partout dans les quartiers sur les problèmes vitaux de la population. Il faudrait aussi et surtout que soient créés des comités de chômeurs. Dans les entreprises, des comités de travailleurs peuvent aussi être organisés. Car les travailleurs, en plus des problèmes communs à tous, subissent les bas salaires, les menaces de licenciement, des brimades, le racisme du patronat blanc et béké, l’exploitation criminelle de patrons tel Tino Dambas surnommé « l’escla-vagiste noir ». Les travailleurs de la banane ont pu ainsi mener il y a un an la plus grande grève de travailleurs agricoles depuis 1975 et arracher des réparations aux patrons. C’est un exemple pour tous les travailleurs.

Et puis les travailleurs des entreprises ont des revendications propres à mettre en avant comme par exemple le SMIC à 1800 euros nets, l’échelle mobile des salaires, l’interdiction des licenciements, le contrôle par les travailleurs des comptes des entreprises, l’embauche massive. Ce sont ces travailleurs des entreprises et l’ensemble des salariés qui sont le fer de lance de l’ensemble des exploités. Ce sont eux qui peuvent conduire demain l’ensemble des exploités et de la population à changer leur sort. Ils ont donc un rôle particulier et de premier plan à jouer car c’est sur eux que repose tout l’édifice économique et social. C’est en exprimant fermement leur mécontentement que les travailleurs et la population imposeront que soient trouvés au moins des débuts de solutions à leurs problèmes. Mais même sans solution à court terme, faire connaître sa colère, la crier le plus fort possible, c’est déjà important. C’est l’un des buts de la « Journée de la colère », le samedi 28 juillet (rendez-vous à 9h sur la place de la mairie de Pointe-à-Pitre).  C’est la mobilisation des comités cités plus haut qui a conduit 37 organisations, à une action commune dont nous faisons partie, à se réunir, agir ensemble, organiser les meetings dans les communes et cette journée de la colère.


Action commune : les meetings se poursuivent

Les vendredis 13 et 20 juillet derniers, les organisations se sont exprimées dans deux meetings publics à Petit-Bourg et à Gourbeyre.

C’est à l’initiative du LKP et de l’UGTG que 37 organisations syndicales, politiques, associatives ainsi que des collectifs créés au sein de la population se sont réunis pour mener des actions communes contre le manque d’eau potable, le problème de l’empoisonnement au chlordécone, l’invasion des algues sargasses qui dégagent un gaz toxique en se décomposant mais aussi contre l’incurie du système de santé et d’autres problèmes auxquels est confrontée la population.

Le 13 à Petit-Bourg, environ 150 personnes étaient présentes sur le bord de mer du centre-ville. C’est Jocelyne Traventhal du collectif anti-sargasses de Petit-Bourg qui est intervenue en premier. L’odeur nauséabonde dégagée par les sargasses à proximité a mis en relief ce qu’endurent quotidiennement les riverains. Le 20 à Gourbeyre, c’est le Collectif dlo Goubè qui a animé le meeting devant une centaine de personnes. La soirée a démarré au son du tambour et les représentants d’une vingtaine d’organisations se sont exprimés.

Les organisations tenaient une conférence de presse le 25 juillet à Pointe-à-Pitre et un meeting le vendredi 27 à Morne-à-l’Eau.

Les 37 organisations appellent toute la population à un grand rassemblement : samedi 28 juillet 9h devant la mairie de Pointe-à-Pitre Journée de la colère


Martinique : Branchi et le PCM, nationalistes, pas communistes !

Dans le numéro du 19 juillet 2018 de Justice, journal du Parti communiste martiniquais, Michel Branchi titre son article « Communisme : un mort qui se porte bien. Merci ! ». Il répond au maire du Lorrain, Justin Pamphile de LREM (la République en Marche), ce serviteur de la bourgeoisie locale qui aurait déclaré : « le communisme est mort... ». En fait de défense du communisme, l’article de Michel Branchi est celui d’un esclave du fait accompli : « Quant aux Partis communistes, parfois ils se réunifient... » (Danemark), « souvent se transforment... » (Inde, Népal, Japon, Slovénie, etc). Il écrit « Cuba révolutionnaire, la Chine (le socialisme du marché), le Viêt-Nam, développent des voies originales d’adaptation de leurs modèle socialistes… » et passe par le Venezuela et la Bolivie « engagés dans le socialisme du XXIème siècle ». Dans son élan, il a oublié de citer l’Afrique du Sud où le parti communiste s’est carrément fondu dans le mouvement nationaliste ANC. En Martinique, le PCM lui-même s’est pratiquement fondu dans le mouvement des « patriotes » avec à sa tête l’organisation nationaliste MIM (Mouvement indépendantiste martiniquais). Depuis décembre 2015, dans le cadre de la mise en place de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), il se trouve avec ce parti dans une alliance avec Yann Monplaisir, capitaliste local et représentant de la droite en Martinique. Alors le PCM peut bien porter encore l’étiquette communiste. Mais en réalité il a développé depuis bien longtemps ce que M. Branchi appelle des « voies originales d’adaptation ». Vraiment communiste, le PCM ne l’a pratiquement jamais été au sens donné à ce mot, en théorie et en pratique dans la révolution russe de 1917, par le parti bolchévik avec à sa tête Lénine et Trotsky. Mis à part, peut être, son lointain ancêtre, le petit groupe fondateur, le groupe Jean Jaurès fondé en 1919. En fait, le PCM a été formé dans le sillage du stalinisme, et non du communisme. Les travailleurs militants qui suivent encore ce parti ont tout intérêt à tirer les leçons de ce passé, sinon, comme le disait Lénine : « Tout militant ouvrier qui croit se battre contre l’exploitation capitaliste mais se réfère à une étiquette politique et non à des faits sociaux, est perdu d’avance ».


Espé-Sara, liaison dangereuse

Une convention cadre de partenariat a été signée, le 17 juillet, entre l’université des Antilles (pôle Martinique), l’Espé (École supérieure du professorat et de l'éducation) et la Sara (Société anonyme de la raffinerie des Antilles).  

En Martinique il y a eu récemment pour le TCSP (Transport en commun en site propre) le partenariat public-privé entre l’administration et la multinationale Vinci. Partenariat qui, s’il a déjà rapporté, et rapporte gros aux actionnaires de Vinci, n’a pas encore débouché sur le moindre service au public… Concernant l’Espé, nouveau nom de l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres), la formation des enseignants ne sera pas bouleversée par le cadeau de la Sara : son obole versée dans la corbeille du « concours du meilleur mémoire de master de l’enseignement ». Il s’agit d’offrir un nouveau prix du jury et de prendre en charge une partie de l’hébergement en France et du billet d’avion du lauréat sélectionné en Martinique. La Sara ne risque pas de faire faillite… Elle étendra aussi son offre de stage aux étudiants…

Le ménage à trois avec l’université et la Sara sera donc bien symbolique. Il s’agit surtout de réaffirmer des principes. Considérer que l’Éducation Nationale a pour rôle d’apporter surtout une culture générale relèverait d’une vision passéiste. Il s’agit, comme l’a déclaré Odile Marcelin François-Haugrin – vice-présidente du pôle Martinique de l’université – d’« apporter les compétences [des jeunes] de manière optimale pour le développement économique de notre pays. » Elle ne précise pas bien sûr que les fruits du développement économique sont canalisés vers les coffres-forts du grand patronat.  


Guadeloupe: Eau, une conférence qui fait plouf…

Une Conférence Régionale de l’Eau s’est tenue en préfecture les 19 et 20 juillet. Les autorités ont qualifié la situation de « crise sévère », mais n’ont rien proposé pour en sortir véritablement.

De nombreux usagers sont privés d’eau pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’affilée. Lorsque l’eau coule, elle n’est pas toujours potable. Ces derniers mois de multiples pollutions ont été signalées : à Baillif, à Basse-Terre, à Gourbeyre, à Baie-Mahault… L’eau contenait du chlordécone ou des bactéries d’origine fécale.

Face à ce scandale, la conférence nous a reparlé des 71 millions du « plan d’urgence » décidé en janvier, qui n’a pas encore été mis en œuvre. Ce plan devait permettre d’en finir avec les coupures tournantes en deux ans. En juillet, la même échéance de deux ans a été donnée ! Va-t-on nous resservir la même salade en 2019 ? Pour les responsables, apparemment rien ne presse, l’important c’est de donner l’impression qu’ils font quelque chose avant les municipales de 2020. Pour remettre en état le réseau d’eau, il faudrait non pas 71 millions mais 900 millions d’euros. Chalus, le président de Région, s’était vanté d’avoir obtenu 400 millions de Macron. Mais on n’a plus entendu parler de cet argent. L’État a seulement promis de verser 7,7 millions.

Les experts de la conférence ont, une fois de plus, accusé la population : ce seraient les branchements clandestins et les factures impayées qui expliqueraient la vétusté du réseau. Les élus qui se sont gobergés avec l’argent de l’eau, et ont arrosé leurs amis, osent nous faire la morale en disant que « l’eau doit payer l’eau ». Et pour tous ceux qui subissent les coupures ? Faudrait-il que « l’air paye l’eau », peut être, l’air qu’il y a dans les tuyaux?

Aucun de ces responsables n’a protesté lorsque la Générale des Eaux, filiale de Veolia, a quitté la Guadeloupe en 2017, après s’être enrichie pendant 69 ans sans réaliser les travaux nécessaires. Ce qui pourrait motiver les responsables à faire vraiment quelque chose, c’est que la colère de la population s’exprime massivement, et les mette sous pression !