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Journal/Sommaire du journal CO n° 1246 du 25 juillet 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: La combativité, meilleure arme des opprimés !

Le gouvernement a décidé de repousser son plan de réforme des retraites et de l’assurance chômage. C’est déjà une première victoire pour tous les travailleurs qui au début de l’année ont fait grève et manifesté dans les rues contre ces plans qui n’étaient que des plans de baisse du montant des retraites et des allocations chômage. Il n’en a pas fallu plus après cette réunion paritaire pour que la CFDT parle de « climat d’écoute », FO de « dialogue social plus prononcé », la CGT - qui fut la seule à réclamer des augmentations de salaire - a quand même vu chez le nouveau gouvernement « un changement de méthode et une meilleure considération des organisations syndicales ».

Comme à leur habitude les directions syndicales de France et le gouvernement jouent leur petit jeu politique au dessus des intérêts réels de la masse des travailleurs, et des couches populaires les plus pauvres.

Pour l’heure, sous prétexte de faire de l’emploi sa priorité, le gouvernement verse des milliards au grand patronat. Avec les 100 milliards supplémentaires, annoncés le 14 juillet, ce sont 600 milliards officiels qui iront dans la poche du grand patronat. Ce dernier utilise le prétexte de la crise sanitaire à fond pour licencier, supprimer des postes, se restructurer et tendre la main à l’État pour obtenir l’argent et toutes sortes d’exonérations de charges sociales et fiscales. Macron leur a promis encore des exonérations en cas d’embauche des jeunes jusqu’à 1,6 Smic.

Il s’est fait encore le porte-parole du grand patronat en réclamant que les travailleurs acceptent de baisser leur salaire pour permettre au patronat de ne pas licencier. Ah bien sûr, il a ajouté qu’il faudrait que le patronat « modère » les dividendes accordés aux actionnaires. Mais l’État n’a aucun moyen d’obliger le grand patronat à le faire, ni à l’empêcher de licencier. Son plan ne marche pas pour sauver par exemple les 4 600 emplois à Renault ou les 7 600 à Air France.

Les patrons, eux, ont le pouvoir de licencier ou de faire baisser les salaires et ils sont aidés souvent par certaines directions syndicales.

Macron a promis l’embauche de centaines de milliers de jeunes mais en contrat d’insertion, en contrat d’apprentissage et 100 000 en service civique (ce qui remplace le service militaire). Ce ne sont que des petits boulots parking, mal payés. Pas de vrais emplois donc. Que de l’enfumage.

Tout comme la nomination d’un nouveau Premier ministre, Castex, d’un nouveau gouvernement avec presque les mêmes ministres. Le voyage de Castex et de deux ministres en Guyane où l’épidémie fait rage était de la même eau. Il s’agit d’entretenir les illusions chez les peuples des Outremers.

Les travailleurs de la santé à qui on avait promis 300 euros d’augmentation de salaire n’ont pour l’instant que 183 euros et en plus versés en deux temps. La suppression de la taxe d’habitation que Macron avait promise n’est plus à l’ordre du jour avant… 2023. Les seuls bénéficiaires des mesures gouvernementales sont les gros patrons. Ici, ce sont les riches békés qui dominent la vie économique locale aux Antilles, comme Bernard Hayot qui a pu obtenir un prêt garanti par l’État de 115 millions d’euros.

Pendant ce temps, en Guadeloupe, les travailleurs de la banane, ceux du secteur de l’énergie, du transport se battent contre les licenciements ou pour percevoir les indemnités auxquelles ils ont droit. D’autres, dans les deux îles se préparent à la lutte pour la rentrée sociale prochaine. La jeunesse rebelle de Martinique se bat fièrement contre la répression et le racisme coloniaux qui refont surface. C’est cet état d’esprit là qui est le bon.


Fort-de-France : violence et racisme des gendarmes blancs !

Durant les soirées du jeudi 16 et du vendredi 17 juillet, plusieurs dizaines de jeunes activistes se sont confrontés aux forces de police aux abords du commissariat de Fort-de-France. Face aux forces de gendarmerie qui les faisaient brutalement dégager des lieux, avec matraques et gaz lacrymogènes, ils ont opposé jets de pierres et barrages de palettes durant plusieurs heures.  

Tout a commencé le jeudi par la mise en garde à vue de deux personnes. Une troisième personne était elle aussi mise en garde à vue dans l’après-midi. Elles faisaient, semble-t-il, l’objet d’enquêtes menées suite aux échauffourées entre jeunes activistes anti-chlordécone et Rouge-Vert-Noir, et la police, le 13 janvier dernier. Ces incidents avaient eu lieu à partir du boycott de l’hypermarché Océanis du Robert. Cet hypermarché appartient au gros capitaliste béké Bernard Hayot.

Au bout de quelques heures, les policiers et gendarmes venus en renfort ont décidé de faire évacuer les abords du commissariat où quelques dizaines de jeunes et de militants s’étaient regroupés et jouaient du tambour en soutien à leurs camarades en garde à vue dans le commissariat de Fort-de-France.

L’intervention brutale des gendarmes, en particulier sur un des jeunes manifestants à qui ils voulaient arracher son tambour, a choqué. Aux Antilles, des gestes comme le coup de pied d’un Blanc à un Noir ou la confiscation du tambour renvoient automatiquement aux temps de l’esclavage et du colonialisme ancien. Jouer du tambour était interdit et réprimé en ces temps-là. Et cela explique la colère des jeunes.

Des vidéos ont circulé montrant les techniques brutales de maintien au sol du gendarme entouré de plusieurs autres et les cris de douleur du jeune homme. À cela, se sont ajoutées des insultes racistes, telles « sale négro », au moment de son évacuation dans un fourgon.

Les manifestants n’ont pas « dégagé ». Au contraire, la colère est montée d’un cran, jusqu’à tard dans la nuit ! Ils entendaient avoir des nouvelles de Keziah, le jeune étudiant tanbouyé. Ils sont revenus le lendemain et les échauffourées avec les gendarmes ont repris dans la soirée du vendredi.

Ce n’est que le samedi matin que la garde à vue du jeune homme a été levée. Alors qu’il a été frappé, malmené, insulté par les forces de polices, Keziah est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour violences envers personnes dépositaires de l'autorité publique. Il sera jugé le 27 août prochain, en même temps que les trois autres personnes mises en garde à vue.

À la sortie du tribunal, les manifestants ont rejoint en cortège la Maison des syndicats. Certains ont pris la parole et fustigé les pratiques policières ou réaffirmé leur volonté de lutter contre les empoisonneurs et le colonialisme en Martinique. D’ores et déjà une manifestation de soutien, au son du tambour, est prévue le mercredi 22 juillet à l’appel de plusieurs organisations syndicales.

Combat ouvrier a adressé un communiqué de protestation contre ces violences policières (voir ci-dessous). Ce communiqué a été également diffusé parmi les manifestants.  


Un préfet aux colonies

 Au lendemain des évènements des jeunes en colère survenus le jeudi 16 juillet à Fort-de-France face aux forces de répression coloniales, le préfet Stanislas Cazelles a longuement été interviewé sur la radio Martinique La 1ère.  

Durant cette interview, il a bien sûr apporté son soutien aux forces de répression et n’a pas dévié d’un pouce de cette position. Ses propos apparaissaient comme une félicitation aux agissements des gendarmes contre les jeunes. En fait, il s’est surtout montré fidèle aux exploiteurs et empoisonneurs locaux, car pour ce préfet, ce sont les jeunes révoltés qui étaient venus troubler « l’ordre public ».

Ce préfet n’est pas le premier à venir en Martinique avec pour mission de défendre l’administration et les autorités coloniales. D’autres ont fait ce travail avant lui par le passé. Certains ont même fait tirer sur des jeunes et des ouvriers agricoles. Une telle attitude d’un représentant de l’impérialisme français et de l’État ne doit étonner personne.

Quant aux autorités politiques locales qui sont « aux affaires » comme elles disent, on ne les a pas beaucoup entendues. Là aussi, cela se comprend, parce qu’aujourd’hui, elles se trouvent aux commandes d’une administration, en tant que serviteurs et auxiliaires du gouvernement français de Macron – Castex et de leurs riches commanditaires. Il fut un temps, par le passé, où certains d’entre ces élus auraient porté leur soutien à ces jeunes en colère. Aujourd’hui, ce n’est pas la même chose, ils sont au pouvoir. Et si certains responsables politiques comme Marcelin Nadeau, Jean-Philippe Nilor ou Francis Carole ont dénoncé ces actes des gendarmes, ils ont pris soin de le faire en se montrant plutôt modérés vis-à-vis de ces autorités. Didier Laguerre, le maire de Fort-de-France, a, lui, adressé un appel à l’apaisement aux forces de l’ordre et aux jeunes activistes. Auparavant il avait été interpellé devant sa mairie par un groupe de jeunes manifestants Rouge-Vert-Noir mais cela s’est terminé par des bousculades. Il a été protégé par son service d’ordre jusqu’à sa mairie.


Communiqué de presse de Combat ouvrier

Non aux violences policières du 16 juillet contre les manifestants à Fort-de-France.  Les scènes de violences policières auxquelles se sont livrées les gendarmes contre des manifestants le jeudi 16 juillet dans l’après-midi à Fort-de-France sont insupportables.

Les manifestants étaient rassemblés aux abords du commissariat de police en soutien à deux jeunes activistes qui avaient été mis en garde à vue le matin même dans le cadre de mobilisations anti-chlordécone. Des vidéos ont circulé dans lesquelles on voit des policiers s’acharnant tout particulièrement sur un des manifestants, avec des gestes d’une violence et d’une insistance rappelant ceux qui ont été vus au moment du meurtre de George Floyd à Minneapolis le 25 mai. Cela a déclenché une riposte des manifestants et des affrontements qui ont duré plusieurs heures. Combat ouvrier dénonce vigoureusement la brutalité policière et les comportements racistes qui l’ont accompagnée contre des manifestants pacifiques.

Combat ouvrier réaffirme sa solidarité avec ceux qui dénoncent une justice coloniale toujours prête à s’abattre sur les manifestants contre les exactions des pollueurs au chlordécone, et qui se montre clémente vis-à-vis de ces mêmes empoisonneurs. Non aux brutalités inacceptables de la police. Non ! Fort-de-France n’est pas Minneapolis !

Pour Combat ouvrier
Louis Maugée Vendredi 17 juillet 2020


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