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Journal/Sommaire du journal CO n° 1243 du 30 mai 2020/Pages 1 et 2

Pages 1 et 2

Éditorial: Préparons-nous à la relance des luttes ouvrières

« Comment réussir la relance économique après la pandémie ? ». Cette question, si souvent soulevée par les médias, est la principale préoccupation du gouvernement au service du grand capital.  

Le 26 mai, le président Macron a longuement présenté un plan pour « sauver » les industries automobiles françaises en octroyant huit milliards d’euros d’aides. Alors que Renault prévoit des fermetures d’usines et des suppressions de milliers d’emplois. À ces milliards s’ajoutent des centaines de milliards distribués pendant la crise sanitaire aux entreprises. Le 15  avril, « un plan d’urgence économique » a été évalué à 110 milliards. 24 milliards ont servi à financer le chômage partiel : 8,5 millions de travailleurs seront payés sans que le patron ne verse un centime. L’État s’est aussi engagé à garantir 300 milliards d’euros de prêts aux entreprises. Dernièrement, il a prévu de verser sept milliards à Air France et cinq milliards à Renault. Au total, cela fait des dizaines de milliards qui empliront les poches du patronat. Et sans compter les 750 milliards que l’Europe s’apprête à verser aux 27 patronats du continent.

Qu’est-il prévu pour les salariés ? Ce qui s’annonce ce sont des suppressions d’emplois, des licenciements, des diminutions de salaires, des réductions du temps de travail avec réduction de salaire. Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), le chômage dans le monde va exploser, 305 millions d'emplois seront perdus au deuxième trimestre. Au sein de l'Union européenne, 50 millions de personnes perdront leur emploi. Les Antilles ne seront pas épargnées par cette nouvelle pandémie du chômage. Le groupe Dubreuil, propriétaire d’Air Caraïbes et de French Bee a annoncé des licenciements. 250 CDD ne seront pas renouvelés. Quand il s’agit des travailleurs, rien n’est prévu pour qu’ils puissent conserver leur emploi, sans diminuer les salaires. Ce n’est que par la lutte que la classe laborieuse pourra obtenir de meilleures conditions de vie. La lutte collective du personnel des hôpitaux a fini par faire réagir le gouvernement. Les soignants réclament depuis l’année dernière des augmentations de salaires à 300 euros, davantage de lits et des emplois supplémentaires. Pour répondre à leur demande, le gouvernement a mis en place le « Ségur de la santé ». Il serait durant plusieurs semaines à l’écoute des revendications des travailleurs de la santé. Le Premier ministre, Édouard Philippe, a promis une hausse « significative » des salaires, « un investissement massif » dans les hôpitaux. Mais les travailleurs des hôpitaux publics ne sont pas dupes. Ils ont l’habitude d’entendre de belles promesses. Ils ont décidé de poursuivre leurs mobilisations tant qu’ils n’auront pas obtenu satisfaction. Aux Antilles, des travailleurs ont réussi à se faire entendre. En Martinique, par la grève, les salariés de la société Martinique Nutrition Animale ont obtenu une prime exceptionnelle de 1 000 euros. En Guadeloupe, les travailleurs de Sopharma ont gagné par la grève 1 000 euros de prime et une augmentation de salaire de 3 %. Ces petites luttes montrent la voie à suivre pour exiger l’interdiction des licenciements et des augmentations de salaires. L’État continue de choyer les actionnaires et les capitalistes en leur offrant des milliards sur un plateau. Il en va de la survie des travailleurs d’arracher ces milliards de la poche des nantis, même en partie pour commencer, et par une lutte collective de grande ampleur. Ce n’est pas aux travailleurs, ni aux classes populaires de payer la facture mais aux capitalistes.


Déclaration après le saccage des statues de Victor Schœlcher/ Mauvais geste, saine révolte !

Le 22 mai dernier, de jeunes activistes nationalistes ont renversé la statue de Victor Schœlcher dans la commune de Schœlcher et à Fort-de-France en Martinique.

Victor Schœlcher est l’abolitionniste de l’esclavage le plus connu en France et dans les Outremers francophones.

Le 22 mai est la journée de commémoration de l’insurrection anti-esclavagiste du 22 mai 1848 en Martinique. Elle avait contraint le gouverneur de l’île à décréter l’abolition de l’esclavage avant l’arrivée du décret gouvernemental. En effet le gouvernement issu de la révolution de 1848 en France avec notamment Victor Schœlcher avait décrété l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848.

Certes, on peut trouver chez Schœlcher des déclarations et propos contestables, condamnables, mais néanmoins secondaires eu égard à son combat pour l’abolition.

Et cela n’en faisait pas de toute façon un ennemi des esclaves. Il fut au contraire un défenseur de leur liberté à partir d’un certain moment de sa vie. Et il s’est battu pendant de longues années pour l’abolition de l’esclavage. Il fut un démocrate révolutionnaire, anti-royaliste, républicain de 1848. C’est en ce sens que nous qualifions le renversement des statues de « mauvais geste ».

Les raisons de la colère
Sans approuver l’action de ces jeunes, nous pouvons comprendre les sentiments qui les ont poussés à ce geste. Ce dernier était mal placé, inconsidéré, mais il s’explique. On en trouve les raisons dans l’histoire des Antilles françaises post-esclavagistes. Victor Schœlcher fut vénéré comme celui qui a littéralement brisé seul les chaines des esclaves noirs. Pendant très longtemps la « fête Schœlcher », le 21 juillet, jour de la naissance de Schœlcher, était grandement célébrée et organisée partout. Le jour était férié. Dépôts de gerbes, banquets, discours, bals étaient organisés pour l’occasion. Dans le même temps, l’histoire de la lutte des esclaves était savamment occultée. Les élèves et la population ne savaient rien des esclaves insurgés des 22 mai et 27 mai 1848. Ils ne savaient rien de la lutte armée dirigée par Delgrès, Ignace contre les troupes de Napoléon Bonaparte venus rétablir l’esclavage en 1802 en Guadeloupe. La révolution anti-esclavagiste d’Haïti dirigée par Toussaint Louverture, puis Dessalines était totalement ignorée et longtemps bannie des livres d’histoire scolaires. On apprenait encore au milieu du vingtième siècle aux élèves que leurs ancêtres étaient des Gaulois. Des générations entières ont été élevées pendant plus d’un siècle dans le culte de Schœlcher et l’ignorance des luttes des esclaves. Le pouvoir colonial, l’enseignement colonial le voulaient ainsi. Il fallait ancrer chez le peuple noir l’idée que la lutte pour l’abolition était le fait du seul Victor Schœlcher, que les Noirs ne devaient leur liberté qu’à un Blanc. Schœlcher, lui-même, n’y était pour rien.

Il s’est agi là d’une vaste entreprise d’aliénation coloniale de masse. Pourquoi ? Il ne fallait pas que les travailleurs et le peuple noir pauvre parviennent à la pensée qu’ils pouvaient se battre eux-mêmes pour eux-mêmes avec des exemples de luttes menées par leurs ancêtres esclaves.

C’est ce qui explique la colère des jeunes activistes ayant brisé les statues. Après l’abolition, certains partis et hommes politiques locaux noirs ont largement contribué à alimenter le mythe de Schœlcher comme unique acteur de la lutte abolitionniste. Le thème était porteur parmi les masses et on peut le comprendre. Ces partis et dirigeants politiques de couleur ont ainsi pu façonner leur popularité à bon compte. D’autant plus que sur le thème de l’abolition et du « schœlchérisme » ils se démarquaient de la caste béké.

Ce fut le cas, entre autres, du parti républicain schœlchériste en Guadeloupe et en Martinique avec Satineau et Lagrosillère. La lutte des esclaves pour l’abolition restait, elle, toujours dramatiquement inconnue jusqu’aux années 60 et 70.

C’est à partir de ces années-là que les partis communistes des deux îles, les associations d’étudiants anti-colonialistes, certains historiens ont exhumé et fait connaitre de nouveaux faits historiques concernant la lutte des esclaves, dont le 22 mai et le 27 mai 1848.

Une colère salutaire ? Il aura fallu plusieurs années de manifestations dans les rues de Fort-de-France puis de Pointe-à-Pitre pour que ces deux journées des 22 et 27 mai soient officiellement reconnues. Alors certes, les jeunes qui ont déboulonné les statues de Schœlcher ce 22 mai 2020 à Fort-de-France et à Schœlcher se sont trompés de cible. Il y en en avait d’autres pourtant pour une action d’éclat.

Les jeunes activistes demandent qu’il y ait la statue de Romain – l‘esclave arrêté qui fut à l’origine de l’insurrection de 1848 – à la place de celle de Schœlcher ! Non ! Nous disons non ! Pas à la place de… mais à côté de…, ou en plus !

Oui, il faut protester contre le fait qu’il n’y ait quasiment pas de sites, ou pas assez de rues, de statues portant le nom de Romain, ou de nègres marrons. Il faudrait aussi débaptiser bien des rues et des lieux portant des noms d’infâmes esclavagistes.

Il reste la colère qui se dégage de cet acte et des déclarations même confuses de ces jeunes activistes. Une telle colère peut être une force demain si elle est bien orientée et partagée plus largement par la jeunesse et singulièrement par la jeunesse ouvrière.

C’est de cette colère que surgit la révolte et que de la révolte on passe à la conscience révolutionnaire, seule réellement salutaire. La conscience révolutionnaire, c’est celle qui embrasse les véritables causes de l’exploitation d’aujourd’hui. Il s’agit de la domination de la classe possédante, la bourgeoisie sur les autres classes et en particulier celle des travailleurs.

L’impérialisme français n’est qu’un aspect de la domination de la classe bourgeoise parvenue au stade impérialiste. La domination de classe des riches békés est réelle et héritée de l’esclavage. Elle n’est cependant qu’une fraction de la domination de l’ensemble de la bourgeoisie française et internationale sur la classe des travailleurs aux Antilles et dans le monde.

La lutte contre l’oppression bourgeoise a besoin de l’énergie et de la colère sociales de toute la jeunesse et singulièrement de la jeunesse ouvrière. Que la colère ou la rage rejoigne une conscience révolutionnaire raisonnée, et cette alchimie seule donnera des résultats positifs pour l’avenir du mouvement révolutionnaire.

Pour Combat ouvrier :
Louis Maugée 0696 22 89 71
Max Céleste 0690 35 78 31  


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