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Journal/Sommaire du journal CO n° 1231 du 30 novembre 2019/Première page

Première page

Éditorial: Faisons du 5 décembre, le début de l’offensive des travailleurs

Cela fait des années que les travailleurs des Antilles (Guadeloupe, Martinique) et de France, subissent l’accroissement continu des attaques patronales : les bas salaires, la précarité de l’emploi, les licenciements. Le 5 décembre pourrait être le début d’une explosion de colère de l’ensemble du monde du travail en France et en Outre-mer. L’appel à la grève reconductible des syndicats en France, pour défendre le régime des retraites, a été relayé aux Antilles et à la Réunion.  

Le 22 novembre, le Président Emmanuel Macron a déclaré que la grève du 5 décembre est « une mobilisation contre la fin des régimes spéciaux ». Il a ajouté qu’il s’agit d’un mouvement « de grandes entreprises de transport ». Non, le 5 décembre est un appel à une grève interprofessionnelle contre les attaques du gouvernement sur les retraites. L’ensemble des travailleurs du public comme du privé sont appelés à y participer.

Au prétexte qu’il existe 42 régimes de retraites différents, le président veut créer une retraite unique pour tous, qui inclut tous les salariés et les autres professions. Actuellement le montant de la pension est calculé sur les six derniers mois dans la fonction publique et sur les 25 meilleures années dans le privé. Avec la nouvelle réforme la pension sera calculée sur l’ensemble de la carrière du salarié, le travailleur pourra partir en retraite en fonction du nombre de points obtenus. Le gouvernement tergiverse sur l’âge de départ à la retraite. L’âge serait maintenu à 62 ans, mais il prévoit des bonus au-delà et des malus au dessous. Cette mesure incitera les travailleurs à retarder leur départ à 64 ans et plus pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Ce qu’il faut retenir de cette réforme c’est que ce sera aux travailleurs, qui financent les caisses de retraite, de payer encore plus, en travaillant plus longtemps, pour obtenir une pension de misère. Cette attaque sur les retraites a un objectif : satisfaire le grand patronat qui exige toujours plus d’argent de l’État. Les entreprises bénéficient chaque année de 52 milliards de baisse de cotisations sociales. Et ces derniers en veulent toujours plus. La grande bourgeoisie et l’État ponctionnent la population pour donner aux plus riches. Ils s’en prennent à tout ce que les générations précédentes avaient réussi à gagner comme le droit du travail, les allocations chômage. Aux Antilles, la menace pèse sur la prime de vie chère, les 40 %.

Aujourd’hui, ce sont des millions de femmes et d’hommes qui doivent survivre avec une pension ne dépassant pas les 1 000 euros. Aux Antilles, la situation est encore plus dramatique. Les restes d’une société coloniale ont créé une société encore plus inégalitaire. Une petite minorité de capitalistes s’approprie les richesses par l’exploitation. Tandis que les salaires sont plus bas qu’en France, une grande précarité touche de nombreux « djobeurs », et beaucoup de retraités bénéficient du minimum vieillesse. Par exemple, des femmes qui ont eu pendant des années de petits salaires en tant que contrats aidés, n’ont droit qu’à une retraite misérable de 350 euros par mois. Le 5 décembre sera l’occasion pour tous les travailleurs d’exprimer leur ras-le-bol mais il faudra bien plus pour faire céder la bourgeoisie et son gouvernement. Il faudrait entamer une grève générale reconductible. Il faudrait que les travailleurs créent des assemblées où ils prendront eux-mêmes les décisions. Ce n’est qu’en bloquant l’économie capitaliste que les travailleurs et la population pauvre pourront obtenir satisfaction de leurs revendications.


Martinique: Mobilisation des agents municipaux de Ducos

Le jeudi 21 novembre dernier, plus de 200 agents municipaux de Ducos, inquiets pour leur avenir, ont arrêté le travail. Ils exigeaient plus de transparence de la part des élus sur la situation financière de la commune.  

En effet, après la publication d’un dernier rapport de la Chambre régionale des comptes, ils se demandent à quelle sauce ils seront mangés. Leur salaire du mois de décembre leur sera-t-il versé ? Certains d’entre eux seront-ils maintenus dans leur poste ? Leur inquiétude est d’autant plus grande que « le maire et son conseil municipal n’ont jamais interpellé les partenaires sociaux sur ce problème », dénonce le représentant du personnel. Les agents ont appris de manière officieuse que le rapport de la Chambre régionale des comptes a épinglé les « finances désastreuses de la commune », et parle d’une… « diminution drastique des effectifs ou une hausse importante de la fiscalité ».

Face aux salariés mobilisés, un responsable de la municipalité a fini par déclarer : « Il y a trop de salariés. On a chargé la barque ». Grâce à leur mobilisation, les grévistes ont été reçus dans l’après-midi même par la première adjointe du maire. Celle-ci s’est engagée à leur communiquer les documents correspondant à la situation financière de la commune. Elle leur a aussi assuré que les salaires de décembre seraient payés normalement. La forte mobilisation des agents avec leur syndicat CGTM-SOEM leur a permis d’obtenir une première garantie. Mais les agents restent vigilants. En effet, les travailleurs n’ont pas à faire les frais des difficultés financières de la commune dont ils ne pas responsables.  


Guadeloupe : Mobilisation avec JM Nomertin

ZoomLe vendredi 22 novembre, plus de cent personnes, dont une grande majorité d’ouvriers de la banane, étaient rassemblées devant le tribunal de Basse-Terre pour soutenir Jean-Marie Nomertin, porte-parole de Combat Ouvrier et secrétaire général de la CGTG.  

De nouveau le planteur Tino Dambas a porté plainte contre lui, pour diffamation. Il a pourtant échoué une première fois puisque Jean-Marie Nomertin a été relaxé le 29 octobre suite à une première plainte en diffamation. Dambas lui reproche cette fois de l’avoir appelé « l’esclavagiste noir » lors d’un passage sur Guadeloupe La 1ère. C’est d’autant plus grotesque que Dambas porte plainte aussi, pour le même motif, contre l’avocat Me Ézelin et la directrice générale du groupe France Télévisions Delphine Ernotte. C’est un surnom pourtant bien connu des ouvriers et de la population qui savent que Tino Dambas vole sur les salaires, oblige à travailler les jours fériés, notamment le 1er mai et aussi le 27 mai, jour de célébration de la lutte pour l’abolition de l’esclavage ! Le procès a été reporté au 14 février 2020. C’est une date symbolique : le 14 février 1952 au Moule la soldatesque coloniale ouvrait le feu sur les ouvriers en grève, assassinant quatre travailleurs. Soyons tous présents le 14 février devant le palais de justice de Basse-Terre !


Manifestation à la CAGSC

Le 22 novembre, après le procès renvoyé au 14 février de Jean-Marie Nomertin, les travailleurs mobilisés devant le tribunal ont décidé vers 10 h d’aller à la CAGSC, la Communauté d’Agglomération Grand Sud Caraïbe (l’ex-CASBT). Cet organisme est responsable de la situation catastrophique de l’eau potable : coupures, pollution, absence de traitements…

La CAGSC a également un déficit d’argent public de 75 millions d’euros qu’elle tente de faire payer à la population. Les manifestants sont entrés dans le bâtiment et ont tenu un meeting. Puis ils se sont installés dans les fauteuils des conseillers communautaires. C’est l’ex-maire de Baillif, Marie-Lucile Breslau, la seule élue présente à ce moment-là, qui est venue échanger avec eux. L’objectif était de protester contre les factures d’eau incorrectes reçues par la population et de demander depuis quand les filtres à charbon, censés filtrer le chlordécone dans l’eau, ont été changés. Les travailleurs ont exigé que des huissiers ne soient plus envoyés aux personnes qui ne peuvent pas payer, et que les factures d’eau des collectivités et des hôtels… si elles existent, leur soient montrées !


Guadeloupe CHU : stop à la répression antisyndicale

Le 2 décembre à 8 h les syndicats CGTG et UGTG sont convoqués au tribunal de Grande instance de Pointe-à-Pitre pour le procès intenté par le directeur du CHU Cotellon qui leur réclame 8 000 € suite à la grève de juillet-août. Non content d’avoir fait durer la grève du CHU plus de deux mois par son intransigeance, le directeur n’a pas jugé bon de retirer sa plainte contre les syndicats, comme cela se fait généralement à la fin d’une grève. Le nouveau directeur a été présenté comme « un Guadeloupéen homme de dialogue ». En réalité, il a engagé un bras de fer avec les personnels qui combattent la dégradation de leurs conditions de travail. La grève déclenchée aux urgences s’est étendue à tout l’hôpital face au manque de moyens et de personnel, à l’insalubrité, qui mettent en souffrance patients et agents. Les grévistes tenaient un piquet à l’entrée avec des prises de parole. Ils filtraient l’entrée et organisaient un service minimum pour assurer la prise en charge des patients. Pour affirmer son autorité face à cette grève organisée, la direction a porté plainte contre les syndicats pour « blocage de l’entrée » ce que même les huissiers n’ont pu confirmer. La direction s’imagine pouvoir à coups de sanctions appliquer la politique du gouvernement Macron, qui ne fait que poursuivre ce qui a été commencé par Sarkozy, Hollande et les autres : démanteler l’hôpital public au profit des requins du privé. Face à de tels plans soyons nombreux à protester le 2 décembre au tribunal !


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