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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1202 du 14 juillet 2018/Première page

Première page

Éditorial Émeutes de la faim en Haïti: Vive la lutte de nos frères travailleurs et peuple pauvre d’Haïti !

Vendredi 6 juillet après-midi, suite à la décision du gouvernement d'augmenter les prix des produits pétroliers, les habitants des quartiers pauvres ont envahi les rues de Port-au-Prince et de certaines villes de province.

En annonçant ces augmentations au moment du match Brésil-Belgique Jovenel Moïse, le président, pensait les noyer dans l’euphorie du football. La tactique n’a pas marché et la colère de la population a explosé ce vendredi 6 juillet. Cette augmentation des prix pour une population qui crie famine était celle de trop. Ce fut une explosion, d’autant que les gérants de stations-services de la capitale ont  cessé toute vente de produit pétrolier, en attendant, disaient-ils, le recalibrage des machines, mais en réalité pour pouvoir vendre sur la base des nouveaux prix. Les manifestants en colère ont saccagé ces stations.

Des groupes venus des quartiers populaires ont bloqué les rues avec des pneus enflammés et tout objet pouvant servir à faire des barricades. La ville de Port-au-Prince a été bloquée. L’explosion sociale a embrasé les villes de province : dans le Nord au Cap, dans le Plateau Central à Hinche ou le Sud aux Cayes. Les syndicats des chauffeurs de transport en commun avaient annoncé un mouvement pour s’opposer à l’augmentation des prix, mais ils ont été devancés, dépassés par les jeunes des quartiers supportés par la population en colère. En effet, le gouvernement a augmenté de 30% l’essence, de 47% le diesel et de plus de 51% le prix du pétrole lampant. Appelé « gaz blanc », c’est lui qui est utilisé pour les lampes à pétrole. Il n’y a pas d’électricité et si les riches peuvent se payer des génératrices, dans les quartiers pauvres, il n’y a que ces lampes. Avec cette augmentation le prix d’un gallon (4,5 litres) de pétrole est équivalent à celui d’une journée de travail dans une entreprise de textile.

Avec l’augmentation des prix des denrées de première nécessité, la population pauvre, les travailleurs sont pris à la gorge et même ceux qui ont un travail ne peuvent joindre les deux bouts. Parmi les slogans des manifestants il y avait « Jovenel augmente l’essence ! et pas nos salaires ! », « à bas la bourgeoisie ». D’ailleurs, à Port-au-Prince les manifestants ont pris d’abord pour cible des sites représentant les nantis : des banques, des hôtels de prestige ont été attaqués. Les véhicules ont été incendiés dans les parkings. Les supermarchés ont été pris d’assaut et dévalisés pour récupérer les denrées nécessaires. Devant l’ampleur de la réaction de la population pauvre, le premier ministre a été contraint d’annoncer samedi matin que la mesure d’augmentation des tarifs était suspendue jusqu’à nouvel ordre. Cela n’a pas arrêté la colère des habitants mobilisés, qui ont continué à ériger des barricades et maintenu le blocage de la capitale et des communes environnantes comme Pétionville. Les slogans ont appelé à la démission de Jovenel Moïse et à l’augmentation du salaire minimum journalier.

Ce président a beaucoup donné aux riches, aux banquiers, aux patrons du tourisme, aux grands propriétaires terriens, aux patrons d’entreprises et aux grandes familles bourgeoises qui dirigent le pays. Rien n’a été donné aux pauvres ou aux travailleurs. Mais la révolte de ces derniers a fait reculer le gouvernement. Et c’est ce chemin-là qui conduira les exploités d’Haïti à la révolution qui balaiera les capitalistes et leurs serviteurs politiques aussi criminels qu’eux.


Martinique: Suez, mafia ?

ZoomJean-Luc Touly, président du « Front républicain contre la corruption » (Fricc) et de l’Association pour un contrat mondial de l’eau (Acme) a porté plainte contre la Société martiniquaise des eaux (SME, filiale du groupe Suez).  

Pour fournir de l’eau aux communes du Lamentin et de Saint-Joseph, la SME réclamait 13 millions d’euros à la collectivité de communes du centre de la Martinique et à sa régie des eaux : Odissy. Celle-ci a contesté cette somme et fait appel à l’expertise de Jean-Luc Touly, ancien salarié de Véolia (autre multinationale de l’eau) et président du Fricc et de l’Acme.

La SME est une filiale du groupe Suez qui – tout comme Véolia – fait du profit en prenant dans les mains des États ce service public indispensable qu’est la fourniture de l’eau. L’équipement existant (le réseau des conduites, les usines de captation et de traitement) est en général fourni "clés en main" par l’administration publique à ces multinationales privées. Ces dernières se contentent d’encaisser les factures : un « profit sans investissement » qui constitue déjà en soi un scandale.

En principe, cet argent leur sert à gérer toute la distribution et à entretenir le réseau avant de servir leurs actionnaires. Mais le flou est bien entretenu sur qui, de l’entreprise privée ou des pouvoirs publics, est responsable de quoi. Cela permet souvent aux multinationales de l’eau de réclamer de l’argent public supplémentaire. Elles le font au prétexte, par exemple, que les rentrées sont insuffisantes pour payer tels ou tels travaux. Et vu que le « secret des affaires » est sacro-saint, on est prié de les croire sur parole ! Ainsi, la SME dit avoir perdu 400 000 euros entre 2009 et 2014, alors que selon la Cour régionale des comptes, elle serait en réalité bénéficiaire de 4,2 millions ! La Cour des comptes dénonçait la comptabilité opaque et les surfacturations opérées par la SME. Se basant sur ces rapports, J.L. Touly avait menacé, en mai dernier, de porter plainte contre la filiale de Suez. C’est désormais chose faite.

Gilbert Eustache, président de l’ancien SICSM (Syndicat Intercommunal du Centre et du Sud) est lui aussi en cause dans cette affaire pour un « trou » de 23 millions d’euros, peut-être dû à son empressement à accepter tout ce que réclamait la SME. Ces scandales sont monnaie courante en France et dans le monde (Suez est présente sur cinq continents et Véolia vient de quitter la Guadeloupe où elle s’est longtemps engraissée en laissant un réseau d’eau carrément à l’abandon). Ils montrent que, ne s’intéressant qu’au profit, le capitalisme est incapable d’assurer un service public de qualité. Pire, les profits privés sont de plus en plus financés par de l’argent public ! Les autorités organisent ce pillage avec les super-riches depuis des décennies. Il y a peu de chances qu’elles fassent quoi que ce soit contre. On peut parier que la justice va se hâter lentement pour traiter la plainte de J.L. Touly…


Guadeloupe  Sud Basse Terre : ça part à vau l’eau !

À Gourbeyre, les habitants ont bu pendant deux mois de l’eau chlordéconée. À Baillif, l’eau n’était pas potable depuis une semaine avant que les habitants soient prévenus. En ce début de semaine, c’est tout le Sud Basse-Terre qui ne doit pas consommer l’eau, à cause des fortes pluies. Pendant ce temps, que font les responsables ? Yo ka bwè dlo a yo trankilman ?


Service préfectoral de l’immigration : indigne !

Début juillet, la préfecture s’est vantée dans la presse d’avoir amélioré les choses pour les personnes qui veulent obtenir ou renouveler leur titre de séjour. Mais la réalité est bien différente.

Les démarches doivent désormais être effectuées sur internet, où il faut prendre rendez-vous. Mais cela suppose de disposer d’un ordinateur, d’une connexion, d’un mail personnel et de bien maîtriser cet outil. Ce sont des conditions qui sont difficiles à remplir, d’autant plus que la page où il faut s’inscrire est loin d’être simple à comprendre.

La préfecture aurait mis en place un accueil pour les personnes qui ont besoin d’aide, mais des usagers ont raconté qu’on a refusé de répondre à leurs questions. Le plus révoltant, c’est que cette page internet ne fonctionne pas ! On obtient systématiquement la réponse : « il n’existe plus de plage horaire libre pour votre demande de rendez-vous, veuillez recommencer ultérieurement ». Certaines personnes essayent tous les jours, sans succès.

Cette fumisterie numérique est un nouvel exemple du mépris que l’État témoigne aux immigrés. Mais elle n’est pas innocente. De nombreuses personnes sont ainsi forcées de vivre sans-papiers, y compris celles qui étaient en règle auparavant. Cela arrange bien les patrons de nombreux secteurs, comme dans la banane, qui peuvent alors exploiter sans vergogne les travailleurs immigrés, en profitant de leur précarité accrue.


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