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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1208 du 10 novembre 2018/Première page

Première page

Éditorial: La Route du Rhum, des retombées pour les riches !

ZoomLa transatlantique Saint Malo – Pointe-à-Pitre a pris le départ le 4 novembre. Les politiques nous promettent des « retombées économiques ». Devinez qui en profitera… « Course de tous les records », « Épreuve mythique », les médias, les politiques et les sponsors n’ont pas de mots assez forts pour décrire « l’événement » qui va tous les occuper pendant une bonne quinzaine. Et le bon peuple est prié d’applaudir les grandes fortunes locales – comme Damoiseau, Vial-Collet ou les représentants de Bellonie et Bourdillon (La Mauny et Trois Rivières) – qui se poussent du coude pour être sur la photo.

On a même encouragé les populations de Martinique et de Guadeloupe à prendre parti pour les uns ou pour les autres à l’occasion de la ridicule polémique sur la présence des rhums martiniquais au départ de la course ! Sous prétexte « d’accompagner l’économie » et de « dynamiser » le territoire, la Région Guadeloupe a investi près de six millions d’euros dans ce qui n’est au fond qu’un gros coup de pub pour des capitalistes déjà très riches : les producteurs de rhum et les gros hôteliers, mais aussi Promocash (Huyghes-Despointes), Castorama, Auchan (détenu par la famille Mulliez, une des trois plus grosses fortunes de France) et le secteur de la finance (Banque Populaire, Macif, Groupama). Cette somme représente à elle seule les deux tiers du « fonds européen pour les affaires maritimes et pour la pêche » dépensés par la Région… et ce ne sont bien sûr pas les petits marins-pêcheurs qui vont en bénéficier ! Même les stands des « villages » inaugurés en grande pompe à Pointe-à-Pitre et à Basse-Terre sont bien trop chers pour les petits commerçants et artisans locaux. Certes, six millions, c’est une miette par rapport aux immenses cadeaux qui sont faits en permanence au patronat, mais la logique est encore et toujours la même : faire les poches des pauvres pour financer la fête des riches. Dans ce domaine, Ary Chalus, président de Région et homme de Macron, se montre particulièrement zélé puisqu’il dépense quatre fois plus de ce côté de l’Atlantique que ne l’a fait l’autre côté – 1,4 million pour la Bretagne et Saint-Malo – qui reçoit pourtant très exactement mille fois plus de visiteurs ! Mais les dites « immenses retombées » de la Route du Rhum, la population pauvre et les travailleurs des Antilles n’en verront pas la couleur.

Tout au plus quelques dizaines d’embauches de serveuses et d’hôtesses d’accueil sur des contrats ponctuels bidons. Les coupures d’eau à répétition en Guadeloupe, les transports en commun indigents, l’état catastrophique des CHU de la Martinique et de la Guadeloupe, l’empoisonnement aux pesticides des ouvriers de la banane et de l’ensemble de la population avec la complicité de ceux-là même qui vont se pavaner sur les podiums de la Marina et surtout les 110 000 chômeurs officiels de nos deux îles, tout cela va être tant bien que mal caché derrière le décor « doudouiste » de la Route du Rhum.

C’est carrément devant le Mémorial ACTe – le musée de l’esclavage – qu’on va sabrer le champagne pour cette « Route » qui était autrefois une des trois branches du commerce triangulaire et de la traite négrière… tout un symbole ! Les quelques 400 millions offerts chaque année au patronat en Guadeloupe et en Martinique suffiraient à résoudre le chômage des jeunes et la somme investie par la Région Guadeloupe pour la Route du Rhum suffirait selon un rapport du Ministère de l’Intérieur à débarrasser chaque année nos deux îles des sargasses (trois millions pour chacune).

Quant au chômage de masse et au financement des services publics vitaux, les moyens nécessaires ne sont qu’une goutte d’eau face aux fortunes des grandes familles békées, blanc-pays et des multinationales qui s’engraissent aux Antilles. Leur fête à eux, les travailleurs l’auront quand ils se mobiliseront pour contraindre les riches à « sponsoriser » les vrais besoins de la population.


France: Attaques en rafale contre les fonctionnaires

ZoomFin octobre, le gouvernement a annoncé de grandes orientations pour le début de l’année 2019. Pour diminuer de 60 milliards les dépenses publiques, il veut supprimer 50 000 emplois dans la fonction publique d’État et 70 000 dans la fonction publique territoriale d’ici 2022.

En plus des dizaines de milliers de postes déjà supprimés par ce gouvernement et les précédents, de nouveaux emplois vont disparaître. Ceux qui partent à la retraite seront de moins en moins remplacés. Les fonctionnaires seront incités à partir d’eux-mêmes avec des propositions de prime de départ ou carrément par des pressions entrainant le mal-être au travail et la démission. Les nouvelles embauches se feront plus systématiquement en contrats précaires, comme c’est déjà le cas dans l’enseignement avec le prétexte que le nombre d’enfants va diminuer.

En Guadeloupe, et en Martinique, plusieurs centaines de contrats-aidés ont été supprimés récemment. La machine infernale continue de broyer des vies ! Seule la lutte collective des salariés pourra y mettre un terme et jusqu’à y mettre fin.


France: Le mépris de l’État pour les classes populaires

Les attaques contre les fonctionnaires aggravent les conditions et la qualité d’accueil des administrés. De nombreux services seront privatisés ou carrément supprimés. Les premiers touchés sont déjà les services publics de proximité qui permettent aux habitants de petites communes de bénéficier d’un service public près de chez eux.

De plus en plus de démarches administratives se font désormais sur internet, un prétexte de plus pour supprimer des emplois. Mais combien de personnes n’ont pas accès ou ne sont pas en capacité d’utiliser internet ? C’est sur le dos des classes populaires que l’État veut réaliser le plus d’économies. Et tout cela pour remplir les coffres-forts des capitalistes.


Martinique: Violences à l’école : des enseignants, pas des gendarmes !

L’agression filmée d’une enseignante de Créteil, avec une arme qui s’est avérée être factice, a suscité l’indignation d’un grand nombre d’élèves, de parents et d’enseignants.

En Martinique, une réunion était prévue le 7 novembre à la Maison des Syndicats, pour discuter de ces problèmes. Les ministres de l’Éducation, de la Justice et de l’Intérieur ont, le 26 octobre, annoncé un arsenal de mesures sécuritaires. La plus médiatisée consisterait à autoriser la présence de policiers dans les établissements scolaires, d’une façon permanente pour certains d’entre eux, parmi les plus difficiles. Cette annonce est aussi démagogique que dérisoire. La montée des incivilités et de la violence dans les collèges et les lycées est le produit de phénomènes dus à la dégradation des conditions de vie dans les milieux populaires et l’absence de perspectives pour la jeunesse. Et la baisse constante du nombre de professionnels présents en milieu scolaire contribue à aggraver la situation.

Le gouvernement s’apprête, à l’échelle de toute la France, à supprimer l’année prochaine 1 800 postes dans le secondaire, alors qu’il faudra accueillir 40 000 élèves supplémentaires. Cette diminution du nombre de professeurs va rendre les conditions d’enseignement plus difficiles en entraînant une augmentation des effectifs des classes. Les élèves seront plus en difficulté, certains se sentiront exclus.

Ce sont des situations qui sont l’origine de bien des tensions et des conflits. Mais, de toute évidence, les ministres préfèrent penser répression qu’éducation ! Les jeunes les plus difficiles, voire violents, auraient besoin d’être encadrés dans de petites structures, avec de nombreux adultes compétents, enseignants, psychologues. Mais ces structures disparaissent les unes après les autres. De plus, la suppression des contrats aidés a mis à mal les associations qui luttaient contre le décrochage scolaire. Les ministres se disent partisans d’une « pédagogie du 21ème siècle ». Mais leur politique de la matraque en guise d’éducation organise plutôt le retour au 19ème !


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