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CO de 2018/CO n° 1192 du 10 février 2018/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe: Plan chlordécone 3 : Que du blabla

En décembre, des associations ont révélé que l’État a décidé d’augmenter les doses de chlordécone autorisées dans certains aliments. Cela a légitimement provoqué la colère de la population.

Fin janvier, pour tenter de calmer cette colère, la préfecture de Guadeloupe a voulu montrer qu’elle se préoccupe du problème. Elle a ressorti le plan chlordécone 3, lancé depuis 2014 et qui va durer jusqu'en 2020.

Mais les autorités n'ont rien prévu de spécial, en réalité : renforcer la communication, informer les agriculteurs, les éleveurs et les pêcheurs, et refaire une carte détaillée des zones contaminées. Les zones polluées sont maintenant évaluées à 14 000 hectares en Guadeloupe, soit 16% des terres agricoles, de Baie-Mahault à Vieux-Habitants. En Martinique, les zones contaminées au chlordécone sont évaluées à 18 000 hectares. Il est interdit de pêcher au large de ces zones.

Depuis le premier plan, en 2008, l'État se vante d'avoir dépensé 94 millions au sujet de la pollution au chlordécone. Mais il ne veut pas envisager un plan d'indemnisation des victimes de la pollution. Les pêcheurs des zones contaminées, par exemple, ont dû se mobiliser à plusieurs reprises. Certains, proches de la retraite, ont obtenu 30 000 € pour cesser leur activité. Pour les autres, on ne sait pas trop ce qu'ils vont devenir.

Le chlordécone a été massivement utilisé par les planteurs de banane, avec la complicité des autorités qui savaient que c’était un poison. Au lieu de nous présenter un énième plan de communication, l’État devrait sanctionner les empoisonneurs, et les obliger à réparer leurs méfaits. Mais pour obtenir cela, il faudra que la colère populaire s’exprime dans les rues !  


Circulez, y a rien à voir ?

Le 2 février, au Sénat, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a prétendu qu’il n’y a pas de lien entre le chlordécone et le nombre important des cancers aux Antilles. Pourtant une étude publiée en 2010 a bien montré que ce lien existe en Guadeloupe. Pour vérifier, une étude similaire avait été lancée en Martinique. Mais c’est Agnès Buzyn elle-même, à l’époque directrice de l’Institut national du cancer, qui a coupé le financement de cette étude dont les résultats risquaient d’embarrasser les empoisonneurs et leurs complices. La connivence entre l’État et les gros planteurs békés est vraiment sans limite !


France: EHPAD : Une situation révoltante

Le 30 janvier dernier, les personnels des EHPAD (établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes) ont crié publiquement leur rage et leur ras le bol. Ils ont fait grève dans toute la France, les personnels de Guadeloupe et de Martinique se sont aussi associés au mouvement. Ils ont dénoncé l’épuisement au travail et exprimé leur colère face à un système qui conduit à une forme de maltraitance. Près de 730 000 personnes vivent en institutions pour personnes âgées. Compte tenu du vieillissement de la population, ce chiffre est en rapide augmentation. En moyenne, on compte six personnels, toutes catégories confondues, pour dix résidents, alors que pour des soins suffisants il en faudrait un pour un. Ce manque d’effectifs entraine bien évidemment des soins au rabais : temps minimal et chronométré à la minute près pour la toilette, l’habillage, le repas. La toilette complète ne peut être prise en charge que moins d’une fois par semaine. Quant à passer un peu de temps à parler avec la personne âgée ou la réconforter, il n’en est pas question. C’est une situation invivable, tant pour les soignants que pour les résidents.


EHPAD privés : des profits scandaleux

Parmi les EHPAD, 43% sont publics, 31,5% privés à but non lucratif, et 25,5% privés à caractère commercial. Les prix sont toujours élevés : 114 € par jour en moyenne, dont 58 à la charge des résidents dans le public. Dans le privé, les prix sont majorés de 40 %. De toute façon, les tarifs sont bien au-dessus de la pension de retraite de la plupart des résidents. Les familles sont mises à contribution : il faut vendre des biens pour payer les mensualités. Les places sont rares dans le public, ce qui donne des ouvertures aux investisseurs privés. Plusieurs sociétés ont investi ce marché lucratif, dont la rentabilité est d’environ 15 % par an. La manne ainsi générée par le vieillissement de la population est cyniquement qualifiée « d’or gris » ! Ces profits confortables se font sur l’exploitation des salariés, qui sont soumis dans le travail à des pressions insupportables. La rentabilité prime, d’autant plus monstrueuse qu’elle se fait au détriment d’êtres humains âgés en situation de faiblesse. Les établissements privés, plus chers et qui accueillent le plus souvent les personnes âgées les moins dépendantes, perçoivent les mêmes subventions de l’État que les établissements publics. Cette « harmonisation » des financements, un coup de pouce de l’État aux sociétés privées, a été dénoncée par les grévistes.  


Il y a 100 ans « On a tiré sur Lénine ! » : Comment le gouvernement ouvrier résista à la contre-révolution

Quelques mois après la prise du pouvoir par les conseils ouvriers (les soviets), le jeune État révolutionnaire est attaqué de toutes parts. En octobre 1917, les soviets, sous la direction du parti de Lénine, le parti bolchévik, ont renversé le pouvoir bourgeois pour créer le premier État ouvrier. À ce moment-là, le parti Socialiste révolutionnaire (SR), parti petit-bourgeois révolutionnaire, est scindé en deux. Les SR de gauche, séparés de leurs camarades de droite, soutiennent les bolcheviks et participent au nouveau pouvoir.

Les bolcheviks – Lénine en premier – ont toujours su que l’établissement d’un pouvoir ouvrier exigerait d’exercer la Terreur (du nom de la période de répression contre la noblesse pendant la Révolution française) pour empêcher les capitalistes et les tsaristes (partisans du tsar, les royalistes) de reprendre le pouvoir. Pourtant, dans un premier temps, les bolchéviks veillent à ce que l’usage de la répression soit très modéré, notamment celle de la Tchéka, la police politique des soviets. Mais les attaques contre-révolutionnaires s’intensifient.

La révolution menacée

En janvier, le général tsariste Kalédine monte une armée qui attaque le sud de la Russie soviétique « au nom de l’Assemblée constituante ». Les « oukases » (ordres) n°2428 et 2431 qu’il publie dans la région qu’il contrôle stipulent : « Il est interdit d’arrêter les travailleurs. Les ordres sont de les pendre ou de les fusiller » et « Les ordres sont de pendre tous les travailleurs qui ont été arrêtés dans les rues. Les corps doivent être exposés publiquement pendant trois jours ».

En février 1918, les bolcheviks, pour en finir avec la guerre, comme ils l’ont promis aux masses, signent avec les armées allemandes qui les attaquent à l’ouest un traité qui oblige la Russie à leur céder l’Ukraine. Là, les troupes allemandes aident les tsaristes à créer une nouvelle armée blanche (contre les rouges, contre l’État ouvrier) qui pratique des massacres de civils juifs en masse (150 000 en un an). En Finlande, une troisième armée blanche, dirigée par le général Wrangel, massacre les ouvriers qui avaient pris le pouvoir à Helsinki (20 000 travailleurs et leurs familles massacrés fin avril 1918). La menace vient aussi de l’intérieur.

En mars, les SR de gauche qui souhaitent continuer la guerre « révolutionnaire » contre l’Allemagne se retournent contre les Bolchéviks. Leur leader, Maria Spiridonova, fait irruption au congrès des soviets et, brandissant un révolver, annonce qu’elle appelle son parti à l’insurrection armée contre les bolchéviks. Yakov Bloumkine, le bras droit de Dzerjinski (bolchévik, chef de la Tchéka) applique le mot d’ordre en assassinant l’ambassadeur d’Allemagne puis, avec l’aide des officiers SR de la Tchéka, séquestre Dzerjinski lui-même. Dzerjinski sera finalement libéré et Yakov Bloumkine autorisé à quitter la Russie pour son Ukraine natale où il occupe des fonctions dans le parti bolchevik local. Quant à Maria Spiridonova, elle sera condamnée à un an de prison ferme, puis immédiatement amnistiée « eu égard à ses services passés rendus à la révolution »… Mais tandis que les armées contre-révolutionnaires et les corps expéditionnaires français, britanniques, américains et japonais étranglent la révolution de l’extérieur et massacrent les ouvriers et les paysans, une militante SR de gauche, Fanny Kaplan, tire trois coups de feu sur Lénine le 30 août, le laissant entre la vie et la mort pendant plusieurs jours. La survie de l’État ouvrier était clairement en jeu.

La terreur rouge

C’est alors seulement, le 5 septembre 1918, que le gouvernement soviétique décréta la « Terreur rouge » : l’ordre d’arrêter largement les personnes soupçonnées de comploter contre l’État ouvrier ou d’aider les armées blanches et – au cas où leur culpabilité ne ferait pas de doute – de les exécuter sans attendre, mais aussi de prendre en otage des familles de bourgeois, afin de démoraliser les partisans du retour du capitalisme.
Selon les historiens les plus hostiles à la Révolution, la terreur rouge aurait fait en trois ans 140 000 morts… ce qui est très inférieur au chiffre des ouvriers, paysans et citoyens juifs massacrés par les contre-révolutionnaires dès les premiers mois de la Terreur blanche. Loin de démontrer que les bolchéviks étaient des dictateurs sanguinaires, cette période démontre au contraire toute la retenue dont ils s’acharnèrent à faire preuve le plus longtemps possible.

Mais elle démontre aussi que quelles que soient la tempérance et la bonne volonté des révolutionnaires, les lois d’une révolution sont plus fortes qu’eux et qu’une classe opprimée qui prend le pouvoir ne peut se passer d’exercer la terreur sur les privilégiés qu’elle renverse.


Première guerre mondiale Le retour des soldats en Guadeloupe et en Martinique

Nous poursuivons notre chronique sur le rôle des soldats noirs dans la première guerre mondiale sur les champs de bataille en France.

Au total près de 25 000 soldats de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont combattu dans la Grande Guerre. Très tôt, ils ont commencé à rentrer au pays, blessés, gazés, handicapés. Incapables de travailler, sans pension, ils connaissent la misère. Certains, guéris, refusent de retourner au front. Considérés comme « insoumis », certains partent pour d’autres îles de la Caraïbe et même le Venezuela. Ils savent ce qu’ils risquent devant les tribunaux militaires. C’est pendant la Grande Guerre que des dizaines de soldats français révoltés contre cette boucherie ont été fusillés « pour l’exemple ».
plupart des soldats morts à la guerre sont enterrés dans les nécropoles nationales. Après la guerre, on parle de soldats rentrant à pied dans leur commune. Ils sont souvent pleins d’amertume. L’impôt du sang qui devait leur donner l’égalité avec la métropole n’était qu’un leurre. Ils retrouvent les difficultés de la vie ouvrière, avec en plus des handicaps. C’est seulement en mars 1946 qu'a eu lieu le changement de statut de colonie en département, qui avait servi de prétexte à la propagande des parlementaires antillais en faveur de la participation à la guerre. La loi de départementalisation est votée. Les trois colonies : la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont devenues administrativement des DOM, Départements français d’Outremer. Mais pour obtenir une relative égalité des droits, il fallut encore de nombreuses années et de nombreuses luttes. Ce n’est qu’en 1996 par exemple que le Smic DOM rattrapa le SMIC français. Aujourd’hui encore, de nombreuses séquelles coloniales perdurent.


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