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CO de 2018/CO n° 1192 du 10 février 2018/Deuxième page

Deuxième page

Saint-Martin: Mobilisation réussie des salariés de l’hôtel Samanna

Cinq mois après le passage de l’ouragan Irma, la direction de l’hôtel a annoncé qu’elle compte licencier 138 sur les 149 employés de l’hôtel.

Les patrons de cet hôtel, un grand groupe hôtelier capitaliste, prétendent que l’hôtel est en difficulté depuis des années, car les salaires sont trop élevés. Avant le cyclone déjà, ils voulaient licencier certains employés. L’hôtel est fermé depuis le cyclone et les salariés en chômage partiel perçoivent 75 % de leur salaire.
L’hôtel a subi très peu de dégâts. Mais les patrons veulent profiter de l’inactivité due à Irma pour mettre en œuvre leur plan de licenciement. Là, ils s’en prennent à la quasi-totalité des employés. Les élus du personnel ont été convoqués à une réunion expresse, en catimini. Le directeur de l’hôtel voulait faire passer son plan en quelques jours.
Il envisage de reprendre certains employés à la réouverture éventuelle, en décembre, mais en tant que saisonniers. Le patron veut imposer des CDD (contrat à durée déterminée) de neuf mois. Cela signifie que les employés, s’ils travaillent de nouveau à l’hôtel, n’auront plus aucune ancienneté. Ils n’auront plus droit aux maigres primes liées à la convention collective. Autant dire que pour les employés dont bon nombre ont 25, 30 ou même 40 ans d’ancienneté, cela signifie repartir de zéro !
Les salariés mécontents, ont exprimé leur colère en manifestant dans les rues de Marigot. À environ 80 employés, ils sont allés voir la sous-préfète, puis se sont rendus au siège de la COM (collectivité d’Outre-mer) où ils ont été reçus par le vice-président. Les employés ont réussi à obtenir une rencontre le 15 février avec les représentants de l’État, de la COM et de la direction de l’hôtel. Pour les employés, il est hors de question d’accepter un seul licenciement. Les hauts salaires qui plombent les comptes de l’hôtel sont à rechercher parmi les cadres qui disposent de voitures et logements de fonction payés par l’entreprise ainsi que toutes sortes d’autres avantages.
Après le cyclone, les salariés sont nombreux à avoir tout perdu et ils ont décidé de ne pas accepter de se laisser enterrer par leurs patrons, après avoir survécu à Irma. Cette première mobilisation leur a permis de se faire entendre et d’étaler au grand jour les projets des patrons de l’hôtel. Car, si La Samanna qui est l’un des plus grands hôtels de Saint-Martin a prévu ce plan social, d’autres hôtels vont suivre. Les salariés ont raison de se mobiliser, de refuser les licenciements, de refuser de perdre les droits qu’ils ont obtenus par la lutte. Mais, il faudra que les travailleurs des autres hôtels se mobilisent aussi : seule une lutte collective d’ensemble fera reculer ce patronat.


Guadeloupe : Mobilisation à l’agence Pôle emploi de Bouillante

Suite au droit de retrait exercé par les agents de Bouillante, les locaux provisoires de l’agence Pôle emploi ont été bloqués par les militants de l’UGTG le jeudi 11 janvier. Le syndicat réclame le maintien du salaire que la direction veut prélever injustement aux salariés qui ont exercé leur droit de retrait, et de meilleures conditions de travail.

Le 17 décembre, alors que la direction avait ordonné le déménagement des locaux de l’agence de Bouillante, les agents incommodés par la poussière et d’autres nuisances ont décidé de se retirer de cette situation dangereuse. L’ensemble des agents présents ont signalé le danger grave et imminent en signant le cahier d’hygiène et sécurité, mais seuls quatre d’entre eux ont décidé de quitter l’agence et de rentrer chez eux. Le directeur régional, considérant qu’il n’y avait aucun danger grave et imminent, a pris la décision de sanctionner les agents en diminuant leur salaire. Les agents de Bouillante vivent cette décision comme une injustice d’autant que dans les autres agences qui viennent de déménager, la direction a fixé plusieurs jours de congé. Pour justifier sa décision aux yeux de l’ensemble des collègues de Pôle emploi, le directeur n’a pas hésité une seule seconde à mentir en affirmant que les collègues étaient en grève et qu’ils devraient assumer ! En fait, ce directeur de choc veut supprimer la possibilité pour l’ensemble des agents de Pôle emploi d’exercer leur droit de retrait quand ils estiment qu’ils sont confrontés à un danger grave et imminent pouvant affecter leur santé ou leur vie. Il voulait faire de Bouillante un exemple pour restreindre les droits de l’ensemble des salariés de Pôle emploi.

Dans les agences où le manque d’eau est récurrent, il ne faut surtout pas que les agents excédés par les odeurs ou le manque d’hygiène général des locaux, puissent décider de rentrer chez eux. À Bouillante, après plusieurs jours de protestation et de mobilisation des militants de l’UGTG devant Pôle emploi, et en réunion du comité d’hygiène et sécurité, le directeur a décrété que les agents qui disposent d’un certificat médical pourraient être épargnés par la suppression de leur salaire. En somme, le directeur de Pôle emploi anticipe la révision à la baisse des droits des salariés ! Les locaux provisoires de l’agence sont constitués de plusieurs conteneurs aménagés où le confinement est insupportable, et où les entorses aux règles de sécurité se comptent par dizaines. Pour l’instant, les agents ont accepté d’intégrer ces locaux avec la promesse que les manquements à la sécurité seront réparés. Affaire à suivre !


SOCOMECO : Les salariés résistent

Les travailleurs de SOCOMECO avaient dû faire 64 jours de grève de juin à août 2017 pour obtenir une augmentation et le paiement intégral du mois d’août. Aujourd’hui, le patron prend sa revanche en licenciant 17 d’entre-eux.  
Le patron, Yann Le Maigat, a lancé un plan de licenciement sous prétexte que les affaires vont mal : 17 salariés ont perdu leur emploi à la fin janvier. Alors que l’entreprise est en « difficulté », il prévoit d’embaucher trois nouveaux cadres. Il pourra même selon les nouvelles lois Macron, embaucher trois mois après les licenciements.
Ces salariés qui sont jetés à la rue, pour la plupart travaillent depuis plusieurs années, 20 ans, voire 30 ans, pour certains. Comme si les licencier ne suffisait pas, il pensait ne rien leur donner. À la date de leur licenciement, Le Maigat ne leur a pas donné ce à quoi ils avaient droit : le salaire du mois de janvier, l’attestation employeur, le solde de tout compte, et les indemnités.
Le 31 janvier, les salariés licenciés ont décidé de se rendre au bureau de la direction pour réclamer leur dû. Le patron pensait les tromper en leur faisant signer le reçu sans avoir les indemnités ou en leur disant d’attendre 15 jours. Les travailleurs ont refusé, ils étaient déterminés à ne pas se laisser marcher sur les pieds. Au bout de deux jours, le patron a dû céder, ils ont obtenu ce qui leur était dû.


Martinique: Hypermarché géant du Robert : Des profiteurs interchangeables

Le centre commercial Océanis et l’hypermarché Géant du Robert ont été mis en vente par le groupe Ho Hio Hien.

Ho Ho Hien restera dans la distribution alimentaire avec le Géant Batelière à Schœlcher, les supermarchés Casino et les magasins discount Ecomax. La vente de l’hyper du Robert, après celle des Géant de Guadeloupe et de Guyane, doit lui permettre de se faire une meilleure santé financière. En effet, la transaction aurait été arrêtée à plus de deux fois la valeur estimée par les experts.

C’est que la concurrence pour le rachat était rude entre le groupe Parfait et celui de Bernard Hayot (GBH). L’acheteur comme le vendeur peuvent se frotter les mains. Ce dernier réalise une opération d’un montant inespéré après avoir bénéficié de 700 000 euros de ristourne CICE (Crédit d’impôt compétitivité emploi) sur les années 2015 et 2017, sans aucune contrepartie en investissements ou emplois.

GBH, (groupe Bernard Hayot) de son côté, devrait remporter la mise après accord de la Haute autorité de la concurrence. Il deviendra leader dans la grande distribution en Martinique, tout en restant avec 22 % en dessous de la limite réglementaire à ne pas dépasser,  soit les 25% de parts de marché.

La finalisation de la vente est à prévoir pour juin 2018. Pour l’heure GBH s'est engagé à reprendre intégralement le personnel. Celui-ci a intérêt à être prêt à rappeler fermement cette promesse.  


Guadeloupe: Passage à tabac d’un Haïtien par la police : Halte à la xénophobie !

Le lundi 29 janvier, dans la commune des Abymes, un homme d’origine haïtienne a raconté comment il s’est fait violemment tabasser par trois policiers alors qu’il était assis devant le commerce que gère sa femme. Il semble que les policiers n’ont pas supporté que l’homme les remette en cause.

Dans son témoignage, il raconte que les policiers en civil ont voulu contrôler son identité. Ce qu’il a refusé en leur demandant de prouver d’abord qu’ils étaient bien policiers. Ces derniers lui ont montré leur brassard, mais l’homme a répondu que le brassard ne prouve rien car n’importe qui peut en avoir.

C’est à ce moment que les trois policiers l’ont violemment bousculé, l’ont mis à terre et l’ont frappé à plusieurs reprises. Il a ensuite été conduit au centre de rétention et au commissariat où il a passé la nuit. Il ressort de ce passage à tabac avec trois jours d’incapacité temporaire de travail (ITT). L’homme a ensuite rendu cette affaire publique et a porté plainte contre les policiers qui l’ont agressé. C’est une bonne chose qu’il décide de ne pas laisser passer cette affaire car certains agents de police considèrent que tout leur est permis. Ces trois-là ne devaient sûrement pas s’attendre à ce que cet homme d’origine haïtienne leur tienne tête alors que les autorités sont habituées à traquer, maltraiter et piétiner les droits des Haïtiens. Halte à la xénophobie anti haïtienne et halte aux violences policières !


L’autonomie à la sauce MEDEF

La semaine dernière, Bruno Blandin, le président du MEDEF Guadeloupe, porte-parole du grand patronat local, s’est exprimé dans une tribune pour prendre position pour l’autonomie de la Guadeloupe. Blandin avait déjà tenu ces propos au colloque du CIPPA (Comité d’Initiative pour un Projet Politique Alternatif) sur l’autonomie qui s’est tenu le samedi 4 novembre dernier, et où il était invité.

Il y a quelques décennies, le patronat était farouchement opposé à toute idée d’autonomie. À cette époque, il y avait en Guadeloupe des groupes politiques qui se revendiquaient du communisme, du maoïsme ou du castrisme.

Cela pouvait effrayer le patronat que ces groupes suivent l’exemple de Cuba et se rapprochent de l’Union soviétique. Mais aujourd’hui, la guerre froide est terminée, la menace soviétique n’existe plus et les groupes communistes ou indépendantistes locaux ne sont plus un danger pour les défenseurs de l’ordre établi. Le patronat des Antilles françaises a pu vérifier que la population n’est pas partisane aujourd’hui de l’autonomie ou l’indépendance. Il y a aussi l’exemple de la Martinique où les indépendantistes et leurs alliés du monde patronal à la tête de la CTM (Collectivité territoriale de Martinique) montrent bien au patronat qu’il n’y a rien à craindre d’un projet autonomiste. Blandin et une partie du patronat espèrent que l’autonomie leur permettra d’avoir les mains plus libres pour exploiter les travailleurs et taxer la population. Quand Blandin parle d’alléger les procédures que l’État impose aux entreprises, il pense surtout à toutes celles qui le contraignent, notamment ce qu’il reste du Code du travail. L’idée d’un salaire minimum régional (c’est-à-dire aligné vers le bas sur nos voisins de la Caraïbe) est dans l’air du temps. Le patronat autonomiste compte aussi sur le fait de pouvoir lever plus d’impôts sur la population, ce qui allègerait d’autant ses propres charges. Ce patronat sait déjà qu’il peut compter sur une bonne part du personnel politique local.

Ce dernier n’étant que son serviteur politique. Dans ses discours, Blandin membre du milieu blanc aisé, aime répéter qu’il est guadeloupéen. Mais il existe deux Guadeloupe : celle des patrons et des riches qui s’engraissent et celle des travailleurs, des chômeurs, des petits retraités qui tombent de plus en plus dans la misère. La seule autonomie possible pour les travailleurs et les classes populaires c’est une société débarrassée des Blandin et autres riches parasites.