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CO de 2018/CO n° 1192 du 10 février 2018/Première page

Première page

Éditorial: C’est Macron qu’il faut mettre dehors, pas les fonctionnaires

Le 1er février, le premier ministre Edouard Philippe a présenté son projet de suppression de 120 000 fonctionnaires. Macron prétend innover en organisant un « plan de départs volontaires » qui permettrait « une transformation ambitieuse de l’action publique ». En réalité, comme tous ses prédécesseurs, Macron s’attaque aux services publics pour faire des économies.  

Les services publics sont déjà en grande difficulté à cause du manque de moyens humains et financiers. En ce début d’année, des milliers de travailleurs se sont déjà mobilisés pour dénoncer cette situation. Le 30 janvier, les salariés des Ehpad (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) ont fait grève massivement « pour exiger une prise en charge humaine et digne des personnes hébergées ». Une aide-soignante témoigne : « quinze minutes pour la toilette, l’habillement, le petit-déjeuner, les médicaments. Alors, il faut choisir. Est-ce qu’on lave les cheveux ? Ou les dents ? La douche hebdomadaire, il est rare qu’on la tienne.»

Une semaine avant, ce sont les gardiens de prison qui étaient en grève contre le manque d’effectifs et pour l’augmentation des salaires. Dans tous les secteurs, les travailleurs et les usagers souffrent de la politique d’austérité imposée aux services publics depuis des décennies. Le plan de Macron ne fera qu’aggraver le problème.

En Martinique et en Guadeloupe, les services publics sont dans une situation encore plus dégradée qu’en métropole. L’incendie du CHU de Pointe-à-Pitre a révélé le délabrement généralisé du service public de la Santé dans nos régions. En Martinique, l’hôpital n’a pas brûlé, mais il a été mis sous tutelle, victime du désengagement financier de l’État. Une des conséquences des difficultés dans le domaine de la Santé, c’est le nombre de décès des enfants de moins d’un an : il est trois fois plus élevé dans nos régions qu’en France, et il a augmenté entre 2000 et 2012. Les autres services publics ne sont pas dans une meilleure situation. Dans nos îles, chaque année, 30% des jeunes sont identifiés comme « en grandes difficultés de lecture » contre 10% en France. Pourtant tous ces jeunes ont été scolarisés, mais, faute de moyens suffisants, l’école aux Antilles ne parvient pas à remplir cette mission fondamentale.

Comme les autres, Macron a décidé de tirer sur l’ambulance des services publics en supprimant des postes. Mais il prétend aussi aller plus loin en dénonçant le fait que les agents publics ont « un emploi à vie ». Il dit qu’il veut remplacer les fonctionnaires par des contractuels qui pourront être licenciés plus facilement. Il veut aussi que les agents publics soient payés « au mérite », comme si les travailleurs étaient responsables du mauvais fonctionnement de leur secteur.

Le gouvernement justifie son plan en expliquant qu’il faut demander les « mêmes efforts » aux travailleurs du public qu’à ceux du privé. C’est une vieille habitude des dirigeants pour essayer de diviser les travailleurs en faisant croire que certains sont privilégiés par rapport à d’autres pour mieux attaquer toute la classe ouvrière. Dans cette société, les seuls privilégiés sont les riches amis de Macron. Ce sont ces capitalistes qui sont responsables de la crise économique. Ils veulent faire payer cette crise aux travailleurs pour pouvoir continuer à s’enrichir. Les grands patrons français s’attendent à empocher près de 100 milliards de bénéfices pour l’année 2017. Il y a là largement de quoi financer des services publics de bonne qualité ! Les travailleurs du public qui ont fait grève en janvier montrent à l’ensemble de la classe ouvrière la voie à suivre pour faire reculer Macron et les patrons !


Guadeloupe Mobilisation à l’école régionale de la deuxième chance

Pendant plus d’une semaine, les jeunes en formation à l’école de la deuxième chance ont bloqué les accès de leur centre, car ils en ont assez de ne pas être payés. Cette école a été créée en 2007 par le Conseil régional pour remettre à niveau et insérer des jeunes ayant quitté le système scolaire sans diplôme. Ils reçoivent des formations et sont placés en alternance dans des entreprises, ce pourquoi ils sont payés. Certains n’ont pas été payés depuis un an voire deux alors qu’ils doivent se déplacer et se restaurer par leurs propres moyens. Les jeunes grévistes étaient mobilisés sur trois sites à Jarry, à Saint-Claude et au Moule. Leur mobilisation a obligé les responsables à réagir : Ary Chalus, président de la Région, a promis que les jeunes seront payés très vite. À l’heure où nous écrivons, certains ont reçu leur paiement. Bravo à ces jeunes qui se sont fait respecter ! (Les élèves du Moule poursuivent la lutte).


Un dispositif bidon

La mobilisation des jeunes a révélé d’autres graves dysfonctionnements. Par exemple, sur le site du Moule, la plupart des formations n’ont pas commencé. Les jeunes se déplacent donc pour rien. En 2007, Victorin Lurel, président de Région de l’époque, avait créé cette « école » pour faire croire qu’il agissait contre le chômage des jeunes. Ary Chalus, le président actuel, est tout aussi hypocrite. Ce dispositif censé « être une alternative pour les jeunes ayant décroché » n’existe que pour faire disparaître plusieurs centaines de jeunes chômeurs des chiffres officiels des demandeurs d’emploi.


Martinique Éducation : La situation exige une mobilisation

Jeudi 1er février, jour de la tenue du Comité technique académique (CTA), un rassemblement avait lieu au siège du rectorat à Terreville (Schoelcher).

En décembre 2017, lors d’un Comité technique ministériel (CTM), le ministère avait annoncé les mesures arrêtées pour la prochaine année scolaire pour toutes les académies : 57 suppressions chez les enseignants dans le second degré (collèges et lycées) et trois chez les administratifs, contre huit créations dans le premier degré, soit un solde négatif de moins 52 postes. Pour justifier de telles dispositions, le ministère met en avant une prétendue baisse du nombre d’élèves. Toujours les mêmes rengaines et prétextes galvaudés, maintes fois mis en avant pour ne pas avouer la vraie raison : la volonté de réaliser des économies sur le service public d’éducation. D’ailleurs, Macron l’avait annoncé dans son programme : 60 milliards d’euros de réduction de dépenses publiques et 120 000 fonctionnaires de moins. Au total, ce sont plus de 2 000 postes d’enseignants qui sont supprimés sur tout le territoire.

Cette orientation contraste avec les déclarations de Macron dans un autre domaine : l’armée. Une campagne est menée pour signaler que la grande muette peut enrôler 25 000 jeunes. Mais surtout, lors de ses vœux aux militaires, Macron a déclaré que de 32,4 milliards d’euros en 2017, le budget de la Défense passe à 34,2 milliards d’euros en 2018, soit une augmentation de 1,8 milliard. Et Macron d’indiquer où l’argent sera pris : « J’assume le choix de vous donner ces budgets, mais vous ne devez pas ignorer qu’ils se traduiront par ailleurs par une réduction des ressources accordées à d’autres politiques ». Des moyens seront donc enlevés à l’Education nationale, aux hôpitaux publics, aux crèches, aux collectivités territoriales, etc. pour engraisser les fabricants de matériels militaires. Moins de postes d’enseignants, d’agents d’entretien, d’infirmières, cela veut dire des conditions de travail dégradées. La mobilisation pourrait faire reculer rectorat et gouvernement.


France Mobilisation des lycéens et des étudiants

Le jeudi 1er février, une première journée de grève a eu lieu dans les universités et dans les lycées de France. Les jeunes protestent contre la sélection que le gouvernement veut mettre en place pour l’entrée en première année à l’université. Plusieurs établissements ont été bloqués. Il y a eu des manifestations dans les grandes villes, notamment Paris et Rennes. D’autres journées de protestation sont prévues dans les jours qui viennent. Jusqu’à cette année, avec le bac, on pouvait s’inscrire librement à l’université. Mais le gouvernement veut changer les choses. Les universités pourront refuser des lycéens, surtout ceux qui ont un bac professionnel ou un bac technologique, au prétexte que le nombre de places en première année est limité. Le gouvernement fait cette réforme car il ne veut pas mettre l’argent qui manque dans les universités pour accueillir tous les jeunes dans de bonnes conditions. En Guadeloupe et en Martinique, c’est presque impossible pour les jeunes de trouver du travail, et il y a peu de formations après le bac autres que l’université. Les lycéens et les étudiants des Antilles auraient de bonnes raisons de prendre exemple sur la mobilisation des lycéens et des étudiants en France ! 


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