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CO de 2018/CO n° 1191 du 27 janvier 2018/Quatrième page

Quatrième page

 Martinique: Encore un assassinat de femme

Dans la nuit du dimanche 21 janvier, une femme d’une quarantaine d’années a été retrouvée morte chez elle, dans un quartier de la commune de Rivière Pilote. Le suspect est son compagnon. Il est ouvrier agricole et a été présenté comme violent. Ces faits horribles seraient survenus suite à une violente dispute conjugale.

En Martinique, ce nouveau meurtre intervient quatre mois après le triple meurtre d’une femme et de ses deux jeunes enfants tombés eux aussi sous les coups d’un ex-compagnon qui refusait la séparation du couple.

Comme à chaque fois, ces faits horribles et lâches provoquent stupeur et effroi dans la population. Ils suscitent de plus en plus de la colère. De tels actes sont perpétrés dans une société qui est malade et où la violence quotidienne se manifeste lâchement envers les plus faibles. Les femmes sont les premières à être au rang des victimes, car en plus de la violence sociale, elles sont les victimes parfois silencieuses mais permanentes du sexisme. La représentante de l’Union des femmes, Rita Bonheur, interviewée sur Martinique 1ère a d’abord exprimé sa compassion envers la famille de la victime. Mais elle a aussi exprimé sa colère contre ces faits récurrents. Pour exprimer cette colère et aussi pour dire aux hommes violents et à leur entourage que « la peur doit changer de camp », l’Union des femmes a appelé, avec l’accord de la famille de la victime, la population à une marche rouge dans les rues de Rivière Pilote le jeudi 25 janvier. Combat ouvrier s’associe à cette manifestation et appelle ses camarades à y participer.


France Meurtre dans le RER : Une société malade

Andy Brigitte, un jeune Martiniquais de 22 ans, a été tué de deux coups de couteau par un jeune déséquilibré sur le quai du RER à la station Châtelet-les-Halles de Paris. Il est mort rapidement après s’être vidé de son sang. S’il est avéré que les gens qui l'entouraient prenaient des photos et des vidéos avant de le secourir, c’est grave et inhumain. Par ailleurs, celui qui l’a tué, un fou, n’avait pas sa place en liberté mais interné en psychiatrie. Nous vivons dans un monde où la mort même devient banale. Ce drame montre à quel point la vie humaine a peu de valeur dans notre société d’injustice et d’inégalités.


Dans les entreprises

Écho de Jarry

EDF Centrale Jarry : les chefs se sont fait doucher Ça fait trois ans qu’on demande l’amélioration des douches. Il n’y a ni porte-savon, ni porte-serviette, ce qui oblige à poser ses affaires par terre. La semaine dernière, on a cessé le travail pendant trois heures pour dénoncer la situation. Un grand chef est vite sorti de sa tour d’ivoire pour venir aux nouvelles. Il a fait l’étonné, comme s’il découvrait le problème, et il a promis des changements. À suivre…

Échos des hôpitaux

CHU (Guadeloupe) CHU : une assemblée générale qui fait flop
Le directeur général avait invité l’ensemble du personnel à participer à une assemblée où tout serait expliqué sur la situation du CHU. Seule une cinquantaine de présents sur les 2000 agents du CHU. Parce qu’ils refusaient de rester debout dans un parking ? Parce qu’ils n’attendaient rien de ce qu’allait dire le DG ? En tout cas ils n’ont rien perdu, car rien de concret n’a été dit sinon des certitudes qui nous mettent dans l’incertitude et dans le doute.

CHU : un DG bien prétentieux
Au questionnement de pourquoi ouvrir la tour Sud alors que le CHSCT n’était pas d’accord, le DG répond qu’un expert avait validé cette ouverture et que l’avis du CHSCT n’était pas supérieur à celui de son expert. Alors pourquoi se couvrir devant la presse en affirmant que tout se faisait avec « accord des instances » ? Pourquoi refuser de fournir à ces instances les rapports d’expertises ? Mais, après tout, le CHSCT a le droit de mandater son propre expert…

L’ESCRIM s’esquive ?
Son départ (il s’agit de l’hôpital de campagne avec les tentes) est annoncé pour le 29 janvier alors que les urgences du CHU sont loin d’être rouvertes. Nous connaissons les difficultés que vivent patients et SAMU avec l’activité des urgences du CHU éclatées entre la structure provisoire (ESCRIM), la clinique Les Eaux Claires et le Gosier. Qui prendra en charge la centaine de patients qui passent à l’ESCRIM ? S’il y a fermeture sans plan de remplacement, la catastrophe sanitaire engendrée par l’incendie est loin d’être finie !

Pyralène ou… aller pire ?
On entend parler d’un transformateur électrique au pyralène qui aurait brulé lors de l’incendie engendrant dans sa combustion un gaz toxique. Toxique ou intox ? Tous ce que l’on sait c’est que ça ne peut pas aller pire pour ceux qui ont regagné les locaux de la tour sud : travailler toute la journée un masque inefficace sur le nez, subir les vapeurs nauséabondes envoyées par des bouches d’aération que l’on teste, repartir avec brûlures au larynx et gêne respiratoire, assister à des malaises voire perte de connaissance : il n’y a rien là qui puisse apaiser les inquiétudes légitimes du personnel en matière de sécurité !

CHU : les laborantins en colère
Pleins de bonne volonté, les laborantins ont réintégré leurs locaux malgré un air irrespirable. Mais peu de temps après ils ont constaté une dégradation de leur état de santé : céphalées persistantes, gênes respiratoire et cutanée, vertiges et nausées. Maintenant ils exigent des réponses claires quant à la qualité de l’air qu’ils respirent sinon ils utiliseront leur droit de retrait… Il y a des moments où l’on ne peut plus retenir son souffle …

Échos de sucrerie en lutte (usine Gardel)

Pas de vestiaires pour les ouvriers
Les vestiaires des salariés se dégradent, les portes sont en mauvais état, il n’y a plus de miroir. Depuis un an le CHS alerte la direction sans réponse ; alors que les réparations ne sont pas faites pour les ouvriers, les toilettes de la direction sont bien astiquées, propres à l’usage. Voilà une incitation claire à utiliser ces toilettes-là pour tous.


Haïti : Mort de Manno Charlemagne

Le chanteur Manno Charlemagne (Joseph Emmanuel Charlemagne) est décédé le 10 décembre 2017 à l’âge de 69 ans des suites d’un cancer. Il a eu droit à des obsèques officielles à Port-au-Prince sur le Champs de Mars où le nouveau président, Jovenel Moïse, et les politiciens ont fait son éloge comme un démocrate au service de la nation. Ils l’ont reconnu comme un des leurs avec remerciement posthume pour les services rendus aux notables de la capitale. Mais la personnalité de Manno Charlemagne était double.

Agé de 20 ans, il chantait déjà la révolte des masses pauvres avec des textes remplis de métaphores pour contourner la censure du régime. Adversaire de longue date de la dictature des Duvalier père et fils, Manno Charlemagne a connu la prison, la torture et l’exil. Poursuivi par les tontons macoutes, il dut se réfugier aux USA. Son rayonnement touchait toute la diaspora qui reprenait ses chansons.

En 1986 après la chute de Jean Claude Duvalier, le grand public haïtien l’a découvert. Artiste engagé, ses chansons dénonçaient la dictature, l’impérialisme, la bourgeoisie, l’armée, les tontons macoutes. Avec un vrai écho auprès des jeunes qui haïssaient les dictatures militaires qui ont fait suite à la chute de Jean Claude Duvalier, Manno Charlemagne devint l’une des figures politiques les plus connues après 1986. Chacune de ses prestations se terminait par des manifestations de rue contre les militaires et contre la clique économique qui faisait main basse sur les richesses du pays.

Mais les milliers de jeunes qui étaient galvanisés par les discours et les chansons de Manno Charlemagne, tous ceux-là qui venaient régulièrement l’écouter, n’avaient pour repères que la vision étroite des idées nationalistes qu’il prônait. Car même si Manno se revendiqua un temps du communisme, c’est dans les bras de Jean Bertrand Aristide, et les illusions du mouvement Lavalasse, qu’il s’est finalement jeté en 1990. Élu maire de Port-au-Prince en 1994, il devint un bon serviteur des notables au service de la nation haïtienne. Sans réelle volonté de changer quoi que ce soit au sort des millions d’habitants pauvres de la capitale, il n’utilisa pas sa popularité pour leur donner une perspective pour attaquer l’État bourgeois corrompu jusque dans les os. Décrétant qu’il voulait rendre la capitale plus propre, le maire Emmanuel Charlemagne cibla les petites marchandes de rue comme ses principaux adversaires, il les délogeait accompagné de ses sbires. La carrière politique de Joseph Emmanuel Charlemagne connut une triste fin, son parcours politique a suivi la chute d’Aristide et il s’est retrouvé exilé aux États-Unis. Il reprit la musique pour de brèves apparitions en privé, jusqu’à sa mort.


Porto-Rico : 112 jours sans électricité

Après le passage de l’ouragan Maria, le 20 septembre, de nombreux poteaux électriques ont été arrachés privant la totalité des foyers d’électricité. Quatre mois après, près de la moitié de la population est toujours privée d’électricité.

Le 15 janvier, une centaine de manifestants accompagnés de maires de plusieurs villes, ont manifesté devant le siège du gouverneur. Ils ont exigé que l’alimentation électrique soit rétablie au plus vite. Dernièrement, le journal télévisé a présenté une vidéo tournée dans un collège de la province de Vega Baja, privé d’électricité depuis 112 jours ! On a pu y voir des enfants et le personnel du collège crier de joie en s’exclamant « la lumière est revenue ». C’en était touchant.

Il est choquant que Porto-Rico, devenue un État associé des États-Unis, la plus grande puissance mondiale, connaisse un tel retard. On en connait les causes : mépris, désinvolture, racisme du gouvernement US à l’égard de son ancienne colonie qui le demeure à bien des égards.


Trinidad et Barbade : Femmes dirigeantes, progrès et illusions

La presse des îles anglophones voisines de Martinique et Guadeloupe s’est fait l’écho de la promotion importante de deux femmes : Sandra Mason a été nommée gouverneure générale de la Barbade le 8 janvier. À Trinidad et Tobago, Paula-Mae Weekes, une juge retraitée, a été élue présidente. C’est effectivement un progrès pour les femmes d’occuper des postes aussi importants, jusque-là réservés presqu’exclusivement aux hommes.

Mais, ces femmes nouvellement élues ont quand même choisi d’être serviteurs politiques officiels d’une classe privilégiée, la bourgeoisie. En servant le système capitaliste, elles sont complices de fait d’un système responsable de l’oppression des femmes de la Caraïbe et de l’ensemble des femmes du monde. Les femmes pauvres, les travailleuses, devront continuer à se battre elles-mêmes pour leurs droits, sans compter sur le soutien hypothétique de ces femmes haut placées.  


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