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CO de 2018/CO n° 1191 du 27 janvier 2018/Troisième page

Troisième page

Martinique: Chlordécone : L’État protège les empoisonneurs

Mardi 16 janvier, Martinique-première TV a présenté une émission d’investigation sur l’empoisonnement au chlordécone des terres agricoles de Martinique. L’émission a rappelé que ce produit a été utilisé dans les bananeraies, pour lutter contre le charençon, jusqu’en 1993. Mais il s’agissait d’un produit toxique pour l’homme, interdit aux USA depuis 1976. De nombreux téléspectateurs ignoraient les faits, Ils ignoraient surtout les nouvelles suspicions relevées par des scientifiques.

Ces dernières concernent des conséquences actuelles et futures sur la santé et notamment sur les capacités du cerveau des jeunes enfants. Elles concernent aussi l’augmentation importante des cancers de la prostate et l’infertilité masculine. Beaucoup ont été sidérés de voir comment le sol avait été ainsi contaminé, à l’initiative des gros planteurs békés, au mépris de la santé des travailleurs et de l’ensemble de la population. Il n’a pourtant guère été question de dénoncer les responsables de cet empoisonnement, c’est-à-dire les capitalistes de la banane et l’État français à leur service.

Les médias, télévision et autres, nous apprennent souvent que tel ou tel délinquant recherché a été arrêté et jeté en prison. Là, par contre, ceux qui ont répandu leur poison sur les terres et dans les eaux mènent leur vie tranquille sans être inquiétés. Les services de l’État n’ont d’ailleurs même pas daigné répondre pour participer à l’émission. On peut vraiment dire que les coupables sont des délinquants protégés !


Saint-Martin: Quatre mois après Irma…… les profiteurs de désastre !

Au mois de septembre 2017, l’ouragan Irma a dévasté l’île, laissant des milliers de personnes sans abri, sans eau, sans électricité. Quatre mois après, les assurances n’ont toujours pas indemnisé les sinistrés.

Les assureurs ont expliqué les retards d’indemnisation par la « situation inédite » de la catastrophe naturelle qui porte le montant des dommages à 1,8 milliard. Au total, ce sont 24 000 personnes qui devraient être indemnisées, soit 16 000 personnes à Saint-Martin et 8 000 pour Saint-Barthélemy. Les assureurs se justifient en prétendant que le traitement des dossiers a pris plus de temps, notamment pour vérifier les documents. Face à une telle catastrophe, il est inadmissible que des gens n’aient pas encore été indemnisés, qu’ils se retrouvent toujours sans toit. Les préoccupations des compagnies d’assurances consistent surtout à tenter de perdre le minimum d’argent et à calculer combien elles pourront en regagner beaucoup en augmentant par la suite les polices d’assurance pour tout le monde en France et aux Antilles. Elles prennent prétexte des cyclones, inondations et autres dégâts pour faire monter les taxes. De plus, cela leur permet de réaliser des milliards de profits en spéculant en bourse via toutes leurs tentacules financières, fonds de pension et autres groupes capitalistes. Pour cette raison, comme les patrons de la banane, qui eux empochent les subventions au moindre vent, certains patrons et assureurs ne craignent pas les cyclones, au contraire, ils les souhaitent car ils en tirent profit.


France PEC : Un contrat précaire peut en cacher un autre… encore pire !

PEC : qu’est-ce c’est ? C’est la nouvelle abréviation pour désigner « Parcours emploi compétences ». Il s’agit des nouveaux contrats précaires version Macron/Pénicaud. Mais « Précarité en Continu » conviendrait mieux pour expliquer la supercherie. Poursuivant l’attaque qu’il a lancée en juillet 2017 contre les emplois aidés, Macron a confié à un de ses anciens professeurs de Sciences Po, Borello, une mission début septembre 2017. Il s’agit de lui fournir fin 2017 au plus tard un rapport alibi pour justifier la suppression de 100 000 emplois aidés en 2018. C’est finalement le 16 janvier 2018 que ce rapport fut remis officiellement à Pénicaud, la ministre multimillionnaire du gouvernement. Borello, qui faisait partie de l’équipe de campagne de Macron, ne peut ignorer que dans son programme, Macron annonce « Voter Emmanuel Macron, c’est … (la) baisse de 60 milliards des dépenses publiques ». « Nous effectuerons donc 60 milliards d’économies, en responsabilisant les ministres sur leurs objectifs de réduction des dépenses ». Ayant décidé de faire des économies, en s’en prenant aux plus faibles, Pénicaud et Macron se sont saisis de ce rapport alibi pour annoncer la fin des contrats aidés. Mais en fait, si les contrats aidés sont renommés « parcours emploi compétences » (PEC), leur base légale ne change pas. Pour donner une touche de nouveauté, la ministre Pénicaud explique que les employeurs à même d’assurer la formation de ces nouveaux emplois seront désormais sélectionnés. On communique sur le nouveau nom, mais le reste ne change pas sur le fond.

Et s’il y avait un doute sur la véritable mission de cette pseudo-rénovation des contrats précaires, c’est le choix fait par Pénicaud de ne pas retenir une des propositions de ce rapport : l’obligation Alors la fin des contrats précaires ? Non. Juste une opération de ripolinage qui augmentera encore plus la précarité. d'embauche des chômeurs de longue durée. Le gouvernement préfère réserver l’argent public au complexe militaro-industriel.


Martinique : Le PCM « maré » avec la bourgeoisie locale

Le 14 janvier dernier était le jour de rentrée politique pour le Parti communiste martiniquais. La réunion s’est déroulée devant les militants du parti. Plusieurs responsables politiques des organisations indépendantistes du Gran sanblé nationaliste (MIM, Palima, CNCP-APAL) se trouvaient à la tribune aux côtés des dirigeants du PCM. 

Ils ont eux aussi pris la parole, défendant tour à tour et chacun dans leur domaine, le bilan de la CTM, collectivité territoriale de Martinique. Le président de cette CTM est Alfred Marie Jeanne dirigeant du MIM (mouvement indépendantiste martiniquais). Il avait fait alliance avec une fraction de la droite sarkoziste dirigée par Yann Monplaisir, un capitaliste local.

Une partie importante du discours de rentrée politique du secrétaire général Georges Erichot, repris dans le journal du PCM, Justice du 18 janvier 2018, était aussi consacrée à un bilan élogieux de la CTM. Il fustigeait une fois de plus les difficultés financières laissées par l’équipe précédente de Letchimy (PPM de Césaire de tendance PS avec son rassemblement électoral, EPMN (Ensemble pour une Martinique nouvelle). Cette équipe là avait précédé la première au conseil régional. Érichot pointait aussi du doigt l’État qui n’a octroyé aucune « dotation d’amorçage » à la nouvelle collectivité. Le dirigeant du PCM se portait surtout en défenseur zélé de l’équipe dirigeante actuelle de la CTM contre quiconque porte des critiques sur ses actions. Par exemple, sur sa gestion de la non mise en route du TCSP (le nouveau transport en commun toujours inactif), sur le ralentissement de l’activité pointée dans différents secteurs. Ou encore, il critiquait la grève d’une partie des agents du Parc Naturel de Martinique contre l’autoritarisme du Président du conseil exécutif de la CTM, Louis Boutrin. Pour faire face, la perspective présentée par le PCM à ses militants c’est, comme le dit son slogan, « maré ren nou pou nou alé douvan ! ». (attachons-nous les reins pour avancer). En affichant le but de « faire avancer le pays », le PCM fait le choix d’être de plus en plus « maré » (attaché) derrière la bourgeoisie locale, ses représentants politiques et leur prétendue logique de « développement national ». Comme si un développement au profit de la majorité de la population était possible dans le cadre actuel du capitalisme en crise.

Au final, une rentrée politique d’un parti qui n’a plus, et depuis longtemps, une politique de défense des intérêts immédiats et futurs des travailleurs et des opprimés face à la bourgeoisie et au capitalisme. Le PCM joue une carte « frontiste » nationaliste avec les représentants directs de la bourgeoisie locale comme Monplaisir, et avec ses représentants populistes comme Marie Jeanne et sa nébuleuse. Cette politique du PCM est un résidu de la politique stalinienne pratiquée dans de nombreux pays et qui a mené les travailleurs et les classes populaires à l’impasse et à la catastrophe. Le tout habillé de l’étiquette communiste sur un emballage qui n’était en fait que la négation du communisme.


Il y a 100 ans: Guadeloupéens et Martiniquais dans la Première Guerre Mondiale

Nous poursuivons notre chronique sur les soldats Noirs dans la première guerre mondiale. Dès octobre 1913, les premiers soldats, environ 7 000, partent en France faire leurs trois ans de service.

Ces jeunes rencontrent des difficultés, beaucoup parlant surtout créole, souffrant du froid, de maladies, certains en meurent ou doivent être rapatriés. Mais les élus locaux antillais veulent que les jeunes partent défendre les intérêts de la bourgeoisie française pour obtenir l’égalité des droits aux Antilles. Pourtant, les Antillais ne sont pas incorporés lors de la déclaration de guerre en août 1914. C’est seulement en mai 1915 que ceux de 19 à 46 ans sont appelés car la guerre n’est pas aussi courte que prévu. Exploités très tôt dans les champs et les usines, mal nourris, mal soignés, nombreux sont alors réformés. D’après Sabine Andrivon-Milton, historienne martiniquaise, ils sont en Guadeloupe 6 345 à partir et 1 137 tués sur les champs de guerre. En Martinique, 8 788 partent, 1 680 sont tués. En Guyane, 1 610 dont 560 Martiniquais d’origine partent, dont 275 sont tués.

Pour la plupart intégrés dans les régiments d’infanterie… coloniale, ils vont combattre sur le front d’Orient, aux Dardanelles - restées un cauchemar pour Antillais et Guyanais, ou encore dans la boue des tranchées sur le front de l’Est : Verdun, Chemin des Dames, Champagne. Ils subissent des insultes racistes, des discriminations de la part des officiers, mais s’étonnent de rencontrer des Blancs qui ne savent pas lire et une fraternité d’arme a existé. Leur courage est reconnu par les médailles et citations distribuées. Si la plupart sont tués au combat, beaucoup sont morts de froid et de maladies. (Suite au prochain numéro)


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