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CO de 2018/CO n° 1190 du 6 janvier 2018/Deuxième page

Deuxième page

Chlordécone : le scandale continue

En décembre, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié un rapport sur les conséquences aux Antilles de la pollution au chlordécone, un insecticide utilisé massivement par les planteurs de banane jusqu’en 1993.

Dans ce rapport, les autorités révèlent que les normes concernant les quantités de chlordécone autorisées dans la viande ont été fortement augmentées en Guadeloupe et en Martinique. Depuis 2013, l’État autorise des quantités de chlordécone cinq fois plus importantes dans la viande rouge, et dix fois plus dans la volaille ! On atteint ainsi aux Antilles, pour certains aliments, des taux autorisés de chlordécone 20 fois supérieurs à ce qui est autorisé en Europe.

Cette modification des normes est révélatrice. Elle montre que les autorités se complaisent dans cette situation grave sans mettre tous les moyens nécessaires pour la régler, c’est-à-dire dépolluer les sols contaminés par le chlordécone en Martinique et en Guadeloupe. Les planteurs pollueurs devraient payer les conséquences de cette catastrophe. Au contraire, il semble que l’État a décidé d’entériner la situation, en déclarant propres à la consommation des aliments fortement pollués.

Pourtant, plusieurs études scientifiques ont montré que le chlordécone est un poison qui serait responsable du nombre élevé de cancers de la prostate aux Antilles. Il est aussi suspecté de provoquer des troubles dans le domaine de la procréation : naissances prématurées, puberté précoce, infertilité, etc.

Depuis 20 ans, des voix s’élèvent pour dénoncer la pollution au chlordécone de nos régions et la responsabilité des autorités dans ce domaine. Les ouvriers agricoles de la banane protestent depuis longtemps contre leur empoisonnement au travail par toutes sortes de produits toxiques, dont le chlordécone. Le rapport publié par l’Anses au mois de décembre montre une fois de plus que pour les autorités, la santé humaine est loin d’être une priorité.


40 ans de scandale !

En 1976, les États-Unis ont interdit le chlordécone suite à l’empoisonnement des ouvriers qui fabriquaient ce produit et à la destruction de la région proche de l’usine. Mais les planteurs de banane avaient commencé à utiliser cet insecticide quelques années avant. La France a continué à autoriser l’utilisation du chlordécone.

En 1989, l’État interdit enfin le chlordécone. Mais pas aux Antilles, où les planteurs de banane obtiennent des dérogations jusqu’en 1993. Et sur les plantations, pendant des années, le chlordécone a continué à être utilisé malgré l’interdiction. En 2002, le scandale devient public.

Depuis, les autorités minimisent systématiquement le problème. Aucune dépollution sérieuse n’est mise à l’étude. La population antillaise est seulement invitée à surveiller elle-même son alimentation.


Martinique: Les semeurs d’illusions pour la jeunesse

En cette nouvelle année, chacun a été de son petit couplet à la télévision. Le président de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) Alfred Marie-Jeanne d'abord, ensuite Franck Robine le préfet, ont souhaité une bonne année 2018 à la population. Quand le préfet dit, s'adressant aux jeunes : « nous pouvons agir pour développer les filières qui créent des emplois », ce n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux. En Martinique le taux de chômage des jeunes (femmes et hommes) de moins de 25 ans est proche des 60 %. La crise économique qui continue à s’aggraver laisse prévoir pour eux un avenir plutôt sombre. Le seul avenir souhaitable pour cette jeunesse coincée dans un étau, ce sont de vrais emplois durables et correctement payés. Pour cela il faudrait qu'ils rejoignent la lutte de ceux qui se battent contre le patronat exploiteur et ses serviteurs politiques. Ce que ne dira jamais le président de la CTM qui représente les intérêts du patronat martiniquais, ni le préfet relais à l’État capitaliste français.


TCSP, le Canard a pincé des mollets

Le Canard Enchaîné de la première semaine de janvier a consacré un billet ironique au TCSP (transport en commun en site propre), dont la mise en service se fait attendre depuis plus de deux ans. Sous le titre : « Les bus fantômes de la Martinique » le Canard a agité un peu la boue du fond de la mare : « Situation ubuesque... les BHNS ("bus à haut niveau de service", - ça ne s'invente pas) ont été livrés (…) de vraies Rolls dans leur catégorie. Roulez carrosses ! (…) Alfred Marie-Jeanne bloque le projet (…) depuis le 31 août [les bus] tournent en rond dans leur centre de maintenance tout neuf ...la Martinique risque d'être bloquée à l'arrêt de bus. »

La CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) a donc été directement mise en cause en la personne d'Alfred Marie-Jeanne « flanqué de ses alliés indépendantistes » et un de « ses alliés », Louis Boutrin, responsable Transports au Conseil exécutif de la CTM, s'est empressé d'annoncer le démarrage de l'exploitation commerciale du TCSP pour le 15 janvier. Cette nouvelle se voulait tonitruante mais elle pourrait bien ne pas déboucher sur un démarrage effectif dans le délai annoncé. Marie-Jeanne et ses alliés ne sont pas les seuls acteurs de cette « histoire à la Clochemerle », comme le dit le Canard Enchaîné.

La CFTU (Compagnie foyalaise de transports urbains), qui dépend de la CACEM (Commu-nauté d'agglomérations du Centre de la Martinique) et sous le contrôle de la mairie PPM de Fort-de-France a tout de suite fait des réserves publiques sur la faisabilité de cette mise en service. Le principal opposant de Marie-Jeanne, Serge Letchimy, ancien maire de Fort-de-France et dirigeant du PPM a été épargné par l'article du Canard, il semble bien pourtant avoir, lui aussi, eu le pied lourd sur le frein des beaux bus.

Cette affaire avait déjà, bien avant l'ironie du Canard, provoqué celle des Martiniquais, elle est en tout cas révélatrice d'un mépris certain des politiciens pour les conditions de vie de la population.


2018 : Il pleut des coups durs

L’année 2018 s’annonce comme une année riche en mauvais coups de la part du gouvernement contre les travailleurs et tous les pauvres. Il en rajoute encore à tous ceux qui ont affecté la population depuis des années, et il frappe tous azimuts.

Une série de hausses de prix intervient à partir du 1er janvier : le forfait hospitalier augmente de deux euros par jour. Pour envoyer un courrier par la poste, il en coûte désormais 85 centimes au lieu de 73 pour un tarif lent, et 95 au lieu de 85 pour le tarif normal. Les amendes de stationnement, qui sont maintenant du ressort des communes, peuvent dans certains cas doubler ou tripler selon la localité.

La CSG (contribution sociale généralisée) augmente de 1,7 %, augmentation qui pénalisera particulièrement les retraités. Il y a quelque mois, le gouvernement avait pris la décision de baisser de cinq euros par mois le montant des APL (aide personnalisée au logement). La dérisoire hausse du SMIC au 1er janvier 2018, 1,23 %, une vingtaine d’euros par mois, ne pourra pas compenser cette série de hausses qui s’ajoute à toutes celles du coût de la vie.

La réforme de l’assurance chômage vise, elle, à réduire les indemnités des demandeurs d’emploi. Le gouvernement préconise un contrôle accru des chômeurs, qui vise essentiellement à réduire ou supprimer leur allocation.

Du côté de la fonction publique, le jour de carence est appliqué : en cas d’arrêt maladie, le fonctionnaire ne sera rémunéré qu’à partir du second jour. De plus, 1 600 postes seront supprimés dans la fonction publique d’État.

Une volée de bois vert, voilà ce que le gouvernement a prévu pour la nouvelle année. Mais à force de subir les coups, les travailleurs pourraient bien les rendre.  


Martinique: Hausse des prix pas de cadeaux pour les exploités

Les capitalistes locaux profitent de l’attention que la population a porté à la préparation des fêtes de Noël et du jour de l’an pour se remplir les poches sur le dos des plus démunis.

À commencer par la hausse des prix du carburant. Ainsi, le « sans plomb » est passé de 1,36 € le litre en novembre à 1,42 € le litre au 1er décembre 2017, soit une augmentation de 6 centimes par litre. Celui du gazole à la même date passait de 1,17 € le litre à 1,20 € par litre, soit une augmentation de trois centimes. Seul le prix de la bouteille de gaz de 12,5 kg a subi une baisse de 11 centimes, c’est-à-dire que le prix maximum a été fixé à 23,26 €.

Mais ce n’était qu’un avant-goût ! Dans le domaine de l’alimentation et des produits de première nécessité, « Les prix flambent sous les guirlandes » titrait en première page le journal France-Antilles du vendredi 22 décembre. Et d’ajouter à juste titre « Le panier de Noël 2017 n’est pas à la fête. Avec une différence de + 35 % pour le panier martiniquais par rapport à celui de l’hexagone, la fin d’année va grever quelques porte-monnaie ». Autrement dit, les capitalistes de la grande distribution voient leurs profits flamber sous les guirlandes.

Pour ne donner que deux exemples fournis par ce même journal, « depuis le mois de mai 2014, c’est la première fois que le panier de la ménagère dépasse les 290 euros contre 215 euros dans l’hexagone ». Et sur la base de « cinq produits de viande fraiche achetés », à l'achat en Martinique on « déboursera + 50 %. C’est-à-dire 85,84 € contre 57,05 € pour l’hexagone. Pour les produits d’entretien, comparés à 13 produits achetés l’écart est de + 36%. C’est-à-dire 72,65 euros pour la Martinique et 53,26 euros pour l’hexagone ». La liste serait longue s’il fallait comparer d’autres produits. Ceci est inadmissible et souligne que la politique d’Emmanuel Macron-Edouard Philippe consiste à être au service des patrons. Ils permettent à ces exploiteurs de se montrer de plus en plus arrogants vis-à-vis des exploités, refusant d’augmenter les salaires et d’améliorer les conditions de travail et de vie de ceux qui produisent, c’est-à-dire les travailleurs.

Alors face à cette situation révoltante, les travailleurs, la population pauvre, les exploités, après la période des fêtes passée avec amis et famille, auront à se préparer pour des luttes futures pour exiger du gouvernement et du patronat un meilleur cadre de vie pour eux et leurs familles. Exiger de véritables augmentations de salaires et de pensions, combattre le chômage et la hausse des prix. En un mot, lutter contre l’exploitation capitaliste.


Le PPM et la fin du moratoire sur l’autonomie

Le 15 décembre dernier, Serge Letchimy, président du PPM (parti progressiste martiniquais fondé par Aimé Césaire), entouré de plusieurs dirigeants, annonçait que son parti mettait fin au moratoire sur l’autonomie. Ce moratoire datait de juin 1981. Il avait été décrété par Aimé Césaire quelques semaines après l’arrivée au pouvoir de son ami politique François Mitterrand. Sans doute Aimé Césaire attendait-il de la gauche française qu’elle accorde tout naturellement aux élus d’outre-mer plus de responsabilités locales. Cet espoir est tombé à l’eau.

Aujourd’hui avec la « Déclaration de Rivière blanche » - quartier dans lequel s’est réunie la Convention du PPM le 10 décembre 2017 - Serge Letchimy veut faire date. Il annonce solennellement « le Parti Progressiste Martiniquais, fidèle à son mot d’ordre d’autonomie pour la Nation Martiniquaise, adopté en 1967 au 3ème Congrès du Parti Progressiste Martiniquais, et qui se fonde sur la reconnaissance de la personnalité collective du peuple martiniquais, de son droit à l’initiative historique, de son droit à la responsabilité et de son droit à la gestion de ses propres affaires dans le cadre de la République Française, demande à tous ses militants et ses sympathisants la plus grande mobilisation pour atteindre ces objectifs politiques. » Dans une interview postérieure, Serge Letchimy déclare : « Je suis dans la même foulée d’idées qu’Emmanuel Macron » il faut « donner un pouvoir normatif, c’est-à-dire pouvoir adopter les lois et règlements sur place », ceci « tout en restant dans l’article 73 et au sein de la république française ». Cette remise au goût du jour du mot d’ordre d’autonomie ressemble à une demande respectueuse faite au président Macron. Ce dernier se dit favorable à des ouvertures institutionnelles à la carte pour les territoires d’outre-mer… donc à un nouveau dosage administratif avec possibilité d’expériences et habilitations spécifiques ! C’est en même temps pour le président du PPM une façon de montrer qu’il occupe le terrain politique en vue de tenter sa chance aux prochaines élections à la Collectivité territoriale de la Martinique. Serge Letchimy trouvera-t-il les militants et les sympathisants pour entraîner une partie de la population sur ce terrain-là ? L’avenir le dira.