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CO de 2017/CO n° 1189 du 30 décembre 2017/Première page

Première page

Éditorial :Les restrictions sur les hôpitaux sont un crime !

Le mardi 28 novembre, un incendie s’est déclaré dans un local technique de Centre hospitalier universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre-Abymes. Depuis, l’hôpital n’a pas complètement réouvert et certains services risquent d’être fermés définitivement.  

Une telle catastrophe était prévisible. Cela fait des années que le personnel dénonce la vétusté des bâtiments qui ne répondent pas aux normes. Par exemple, les systèmes anti-incendie n’ont pas joué leur rôle.

Au centre hospitalier de Martinique (CHUM), les conditions de travail et d’accueil des malades sont tout aussi dégradées. Comme en Guadeloupe, hormis le Nouveau Plateau Technique et l’hôpital de Mango-Vulcin, tous les locaux des autres sites sont vétustes.

Il y a une pénurie de matériels et de médicaments au point que parfois les familles des patients doivent se débrouiller pour acheter elles-mêmes des médicaments. Pire, dans certains cas, les familles doivent même amener les repas de leur proche hospitalisé !

Il faut attendre des semaines, et même des mois, pour obtenir un rendez-vous pour un examen. En plus, le personnel fonctionne constamment en sous-effectif. Dans la France entière des hôpitaux ont disparu, des services ont été supprimés et des lits fermés. Comme la maternité et la chirurgie de l’hôpital de Marie-Galante, fermées en 2011.

Ce n’est pas parce que les besoins en soins ont diminué ou ont disparu. En réalité, toute cette dégradation provient d’une volonté des gouvernements de faire des économies sur les services publics de santé.

Le budget des hôpitaux des Outre-mer ne tient pas compte des surcoûts ! Il est insuffisant pour faire fonctionner correctement tous les établissements au même titre qu’un établissement en France et ces surcoûts sont sous-évalués. Depuis des années, les gouvernements successifs ont réduit le budget alloué à la santé publique. Les hôpitaux ont emprunté aux banques et se sont endettés.

C’est pourquoi de nombreux établissements se retrouvent dans l’incapacité de payer même leurs fournisseurs. Actuellement, le déficit global des hôpitaux atteint 1,5 milliard. La faute à qui ? D’un côté, aux gouvernements qui imposent des restrictions budgétaires et de l’autre, aux banquiers qui en profitent pour s’enrichir sur le dos des services publics de santé. Fin 2015, le CHUM avait 252 millions d'euros de dettes et 108 millions d'euros de déficit.

À la même période, le CHU de Pointe-à-Pitre-Abymes cumulait une dette de 120 millions d’euros et un déficit de 86 millions d’euros. Aujourd’hui, le gouvernement Macron n’a pas l’intention de renverser la tendance. Il a annoncé qu’il ferait 4,2 milliards d’euros d’économies sur la santé en 2018. Le forfait journalier d’hospitalisation augmentera de 2€.

En fait, au lieu d’injecter plus d’argent dans les hôpitaux, Macron veut faire payer les malades. En contrepartie, il fait un cadeau aux plus riches en supprimant l’impôt sur la fortune (ISF) privant les caisses publiques de 4 milliards d’euros. Cet argent aurait pu servir à améliorer l’offre de santé publique. La santé n’a pas à être rentable. La politique menée par les gouvernements est criminelle car elle signifie des malades moins bien soignés, plus de morts alors que le progrès médical et technique existe. Mais cela signifie aussi le risque d’autres catastrophes comme l’incendie du CHU de Pointe-à-Pitre-Abymes.

Les luttes du personnel hospitalier contre la situation de l’hôpital tant en Guadeloupe qu’en Martinique méritent de s’amplifier car cette politique de restrictions est un véritable scandale !


Au CHU, les salariés comme boucs-émissaires


ZoomUn rapport de la Cour régionale des comptes – CRC – sur la gestion et la situation financière du Centre hospitalier universitaire de Martinique (CHUM) a été rendu public. Il concerne la situation depuis que la fusion des trois principaux établissements hospitaliers de Martinique a été annoncée le 20 décembre dernier.  

Ce rapport souligne « la situation catastrophique des finances du CHUM », présentée comme un cas particulier, alors que c’est bel et bien l’ensemble des hôpitaux de France qui, selon la Fédération Hospitalière de France, sont confrontés à un niveau de déficit « dramatique ».

Le rapport sur le CHUM part de la situation de chacun des établissements hospitaliers, Pierre Zobda Quitman de Fort-de-France, Mangot-Vulcin au Lamentin et Louis Domergue à Trinité.

Il montre particulièrement du doigt les dépenses en personnel non médical jugées « inconsidérées » au regard du bassin de population et de la qualité des soins. Ainsi, d’après ce rapport, « sur la période contrôlée, entre 2010 et 2015, les dépenses du personnel sont systématiquement supérieures aux recettes d’activité de l’hôpital. De plus, les recettes ont diminué, alors que les dépenses de personnel augmentent ». En 2015, le rapport entre dépenses du personnel et activités serait de 134%... Et pour bien enfoncer le clou, la Cour régionale des comptes compare ces chiffres avec ceux d’un CHU de la Réunion et du CHU de Poitiers, présentés comme de bons élèves !

Le personnel non médical et tout spécialement le personnel technique et administratif est pratiquement désigné comme responsable.  

Le journal télévisé de Martinique 1ère du vendredi 22 décembre a ouvert sur ce sujet. Commentant un tableau sur les rémunérations versées par le CHUM en 2015, la journaliste a même déclaré à tort que 54 millions d’euros allaient aux médecins, infirmières, aides-soignants ou autres, alors que plus de 188 millions d’euros allaient aux personnels administratif et technique. En fait les 54 millions d’euros correspondent uniquement aux rémunérations des médecins ( le personnel médical ), tandis que les 188 millions sont versés au personnel non médical, composé des personnels soignant, médico-technique, administratif et technique. C’est quand même bien différent !

Après une telle charge, effaçant presque les responsabilités de l’État et celles des directions successives, la CRC termine avec des recommandations d’encadrement beaucoup plus strict de la masse salariale…

Il y a vraiment de quoi mettre en colère les centaines de salariés ainsi montrés du doigt. C’est pourtant bien eux qui, quotidiennement et avec des moyens obsolètes, s’efforcent de faire fonctionner les différents services du CHUM, aux côtés du corps médical ! En tout cas, ils sont avertis ! Pour le gouvernement ce rapport arrive sans doute à point nommé pour orienter ses prochaines décisions. Mais ce n’est pas une surprise.

La Cour des comptes est une juridiction administrative au service des intérêts de la bourgeoisie. Sous prétexte de contrôler les comptes publics, elle a toujours des idées pour rendre plus difficile la vie des travailleurs et limiter les dépenses concernant les besoins de la population. Les économies ainsi faites servent à financer les largesses du gouvernement en faveur des capitalistes.


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