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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1076 du 29 septembre 2012/Deuxième page

Deuxième page

Dégâts de la chlordécone sur le développement du nourrisson.

La liste continue de s’allonger sur les effets désastreux de la chlordécone concernant l’environnement et la santé. Selon le BRGM (bureau de la recherche géologique et minière), les sols sont pollués pour 7000 ans. Mais le plus scandaleux ce sont les effets ravageurs de cette pollution sur la santé de l’homme. Des études ont révélé que la multiplication des cancers de la prostate  en Guadeloupe et en Martinique est liée à la chlordécone. Récemment des chercheurs ont également fait le lien avec l’obésité.          Mais le plus révoltant ce sont les récentes publications de la revue Environnement Research sur les effets négatifs de cette substance sur le développement cognitif et moteur des nourrissons. En Guadeloupe Luc Multignier de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) a suivi 1042 femmes et leurs enfants dans le cadre de l’étude «Timoun». La mémoire visuelle et le développement de bébés de 7 mois touchés par la chlordécone, ont été testés. Ces études ont prouvé une baisse de score concernant l’aptitude de ces nourrissons concernant les facultés sensorielles et motrices. Pour l’instant on ne sait pas si ces troubles sont passagers ou irréversibles. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la communauté scientifique s’est penchée sur les ravages importants de ce pesticide sur la santé et l’environnement. Pourtant l’Etat a accordé des dérogations aux planteurs de banane qui les utilisent. C’est la même politique pour l’épandage aérien utilisé depuis plusieurs années. Il est temps de réagir pour ne pas découvrir par la suite des conséquences plus graves de l’épandage.
 

 
 

Haïti : la population pauvre manifeste contre la vie chère

Le jeudi 13 septembre, des milliers d’habitants de la localité de Petite Anse, commune du Cap Haïtien, manifestaient contre la cherté de la vie. Le 21, ils étaient plusieurs milliers dans les rues au Cap-Haïtien pour crier leur colère contre le gouvernement qui gaspille les aides, contre sa corruption, pendant que la population laborieuse croupit dans la misère. Les manifestants ont brandi des “cartons rouges”, en criant “A bas Martelly”. La nuit précédente, la police avait tiré sur les manifestants ; l'accès aux quartiers populaires avait été rendu impossible par des barricades et plusieurs personnes avaient été blessées par balle. 
Dans plusieurs villes de province la population a manifesté, d’abord aux Cayes puis à Petit Goave et Jacmel. Car dans les provinces, comme dans la capitale, la population pauvre subit  la forte hausse des prix des produits de première nécessité.
 Le petit sac de riz est passé de 875 gourdes jusqu'à 1 050 gourdes sur certains marchés soit 25 % d'augmentation ! Il y a eu une augmentation de 43% du sac de blé, et de 71%  du sac de maïs. En peu de mois, le prix d'un hareng saur est passé de 15 à 35 gourdes environ et la viande est hors de portée des bourses des travailleurs et des pauvres. Alors que le salaire journalier stagne toujours à 150 gourdes, si les ouvriers du parc industriel réalisent le tarif. (Un euro = 47 gourdes.).
Le gouvernement a lancé depuis le mois d’août un programme appelé ti manman chéri. Un programme de transfert mensuel d’argent à partir des téléphones portables aux mères dont les enfants bénéficient du programme de scolarisation gratuite. (Les mères de familles devraient recevoir à travers le programme, un montant de 500 gourdes par mois durant une période de six mois via le service téléphonique.) Mais  comme toutes les promesses gouvernementales, ce programme ne démarre pas, de la même manière que l’école gratuite qui n’est qu’un leurre. Ce sont ces frustrations, qui entre autres, ont amené les manifestations de ces dernières semaines.
Pour tenter de calmer les manifestants, le Premier ministre, M. Lamothe, a formé, le 14 septembre, une commission de stabilisation des prix, regroupant des membres des ministères du commerce, de l'agriculture et du Conseil Economique. Une commission de plus qui devra  s'assurer de la stabilisation des prix des produits des produits de première nécessité. 
Et pour faire bonne mesure, le 17 septembre, le gouvernement a annoncé qu’il entend importer 300 000 sacs de riz des pays asiatiques afin de provoquer, selon lui, la chute des prix sur le marché. Les expériences vécues sous Aristide avec la création de magasins communautaires ont montré que le résultat est tout simplement la création de marchés pour entreprises-amies, pour la petite bourgeoisie commerçante.
Les manifestations n’ont pas encore touché Port au Prince, où elles peuvent être un élément déclencheur de la mobilisation de la force des centaines de milliers de pauvres qui vivent dans les bidonvilles ou sous les tentes. C’est la meilleure chose qui pourrait arriver.
 

 

Martinique : Dans le médico-social : embauches ou miroir aux alouettes ?

Une interview de M. Annonay, gérant de l'EHPAD, "l'Oasis" à Fort de France, est parue dans le quotidien local du 19 septembre dernier. EHPAD signifie "établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes".
 Le gérant de l’Oasis a déclaré que malgré l’extension prochaine de cette structure médico-sociale, l’embauche de nouveaux personnels n’était pas à l’ordre du jour. Cette structure emploie 54 salariés dont 16 qui sont en CDD. Selon lui la priorité sera de passer les salariés en CDI et non de créer de nouveaux emplois.
Les agents contractuels des hôpitaux de Martinique n'ont pas à se faire d'illusions sur les grandes déclarations de l'ARS (Agence Régionale de Santé). Notamment les centaines concernées par le plan social déguisé de suppression de 1141 postes équivalents temps plein, dans le cadre de la fusion du CHU de Fort de France, du CH du Lamentin et de celui de Trinité. Le directeur de l'ARS répète dans chacune de ses interviews que dans le cadre de la fusion des hôpitaux qu’il pilote, l’emploi serait préservé notamment par des créations d’emplois imminentes dans les structures médico-sociales. Mais il s’agit plutôt de miroir aux alouettes.
On se rappelle qu’en août dernier, l’ARS et les directeurs des hôpitaux de Martinique devant être fusionnés avaient organisé dans leurs établissements, des journées «stand mobilité». L’ARS et les directions avaient pour objectif d’encourager la mobilité des agents en présentant notamment des possibilités d’embauches à l’hôpital du François mais aussi à l’EHPAD Oasis. Aujourd’hui, le gérant de l’Oasis met les pendules à l’heure.
C’est clair ! Les agents hospitaliers ont tout intérêt à continuer les mobilisations entamées pour exiger que leur travail soit reconnu dans les hôpitaux et imposer que leurs emplois soient sauvegardés.
 

Martinique : Les flambeaux de l'insurrection de 1870 éclairent l'avenir

En Martinique ont eu lieu dans plusieurs communes, autour du 22 septembre, des manifestations commémorant l'Insurrection du Sud de septembre 1870 : exposé historique à l'Atrium de Fort-de-France, chants, poèmes, rassemblement aux flambeaux à Rivière-Pilote, etc.
En février 1870, près de Rivière-Pilote, un Noir, Lubin, fut cravaché par un Blanc parce qu’il ne l’avait pas salué. Lubin, après plusieurs mois, corrigea lui-même le Blanc. Il sera arrêté et condamné par la cour de Fort de France, à cinq ans de bagne et à payer de forts dommages et intérêts.
Cette condamnation par un tribunal à la solde des békés (parmi les assesseurs figurait un gros propriétaire monarchiste de Rivière-Pilote, le nommé Codé) porta la colère à son comble dans la population.
Le 22 septembre, à Rivière-Pilote, des centaines de manifestants exigèrent la libération de Lubin et crièrent «Mort à Codé». Dans les jours suivants des milliers d’ouvriers et de paysans se levèrent, le coutelas et la torche à la main et marchant d'habitation en habitation, les femmes à part égale aux premiers rangs, ils menaçaient directement la tutelle des  propriétaires békés du Sud de l'île.
L'habitation de Codé fut incendiée comme de nombreuses autres dans le Sud. Retrouvé dans un champ de cannes, ce béké fut exécuté.
Les insurgés furent ensuite écrasés par 1500 hommes mobilisés par le gouverneur. En 1871, les tribunaux prononcèrent de nombreuses condamnations aux travaux forcés et, en décembre 1871, cinq leaders furent fusillés au Polygone de Des Lieux à Fort-de-France.                                                                 
Si l'insurrection du Sud fut la dernière grande révolte s'apparentant à une révolte anti esclavagiste (l'esclavage n'avait été aboli que 22 ans plus tôt), elle fut aussi la première apparition sur la scène politique et sociale de la Martinique de la classe des travailleurs modernes. Cette classe était constituée à l'époque de petits artisans noirs mais en majorité de salariés, surexploités sur les plantations et les sucreries des familles issues des familles esclavagistes blanches : les  grands propriétaires békés, méprisants et racistes.                                              
Ces "va-nu-pieds", comme les désignaient les nantis, furent le centre et le ciment de toute la révolte populaire. Certes ils furent défaits. Mais ils surent quand même se dresser contre l'arbitraire, la pauvreté et constituer une force organisée contre les exploiteurs. Certes cette organisation eut ses limites. Cependant les travailleurs et exploités de 1870 ont légué leur exemple à la mémoire collective des opprimés.                                                                           Le rappeler aujourd'hui va au delà d'une simple commémoration. C'est une façon de rappeler que les luttes des travailleurs, des exploités d'aujourd'hui et demain devront s'inspirer d'abord de la volonté de s'organiser en force collective et combattante, comme ceux de septembre 70 et beaucoup d'autres après. Ensuite, tout dépendra de la capacité des travailleurs à se donner les moyens organisationnels de remporter des victoires décisives. Car ce sont ces moyens qui ont trop souvent manqué aux luttes ouvrières du passé et d’aujourd’hui. Aujourd'hui, cela signifie faire émerger de la classe des travailleurs et des opprimés, faire émerger des luttes, un parti ouvrier révolutionnaire. 
L'avenir des travailleurs et des opprimés de Martinique, de Guadeloupe, de la Caraïbe et d'ailleurs dépendra de cette capacité à faire naître un tel parti.