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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1089 du 13 avril 2013/Deuxième page

Deuxième page

Grande Bretagne : La mort de Thatcher : un symbole de la guerre de classe du grand capital

Zoom(nous publions ci-dessous des extraits de l'article de nos camarades de Lutte ouvrière)
C'est en 1975 que Thatcher fut élue leader du parti conservateur, presque par hasard, après avoir été mise en avant comme candidate de diversion par la droite du parti.
Quatre ans plus tard, elle devenait Premier ministre. Très vite discréditée dans le contexte de crise économique de l'époque, elle afficha sa fermeté contre les prisonniers politiques irlandais en laissant mourir dix d'entre eux lors de leur grève de la faim. Sa fuite en avant sur le terrain d'un populisme chauvin lui permit de se faire réélire en 1983, dans la foulée de la guerre des Malouines, puis de nouveau en 1987. Finalement, en 1990, le mouvement de révolte provoqué par un nouvel impôt particulièrement injuste pour les classes populaires (la « poll tax ») la contraignit à démissionner de son poste.
Contre la combativité ouvrière
Une fois Premier ministre, Thatcher dut faire face à l'héritage des cinq années du précédent gouvernement travailliste, au cours desquelles les directions syndicales, discréditées par leur soutien à la politique d'austérité du gouvernement, n'avaient cessé d'être débordées par des grèves sauvages. Cela avait culminé avec «l'hiver du mécontentement» de 1978-1979 et ses six mois de grèves, parties de l'automobile, qui avaient ensuite paralysé le secteur public durant l'hiver 1978-1979.
Prudemment, Thatcher évita de prendre les travailleurs de front, s'appuyant au contraire sur les appareils syndicaux. Dès l'automne 1979, le leader du patronat anglais, un proche de Thatcher, passait un «concordat» avec la centrale syndicale TUC, par lequel celle-ci s'engageait à mettre fin aux grèves de solidarité, à limiter la taille des piquets de grève et à restreindre le rôle des délégués élus. Un an plus tard, ce « concordat » fut institutionnalisé dans la première loi antigrève passée par le gouvernement Thatcher. Celle-ci fut renforcée en 1982, en imposant des préavis et des votes par correspondance pour tout mouvement de grève, et en rendant les appareils syndicaux civilement responsables des «dommages» résultant d'une grève menée illégalement par leurs membres.
Thatcher avait ainsi réussi à obtenir des leaders syndicaux qu'ils fassent la police dans leurs propres rangs.
Cela n'empêcha pas quelques grandes grèves de marquer cette période de mise au pas de la combativité ouvrière : toutes se terminèrent par des défaites – parce que le gouvernement leur tint tête, bien sûr, mais aussi et surtout du fait du caractère étroitement corporatiste que leur donnèrent leurs dirigeants.
Entre-temps, le TUC avait pris le tournant avec une aisance de caméléon, s'adaptant à la nouvelle situation par la politique dite du « nouveau réalisme », en faveur d'un nouveau «partenariat» avec le patronat et ses politiciens.
L'art de remplir les caisses du grand capital
On peut dire que l'année 1985 et la défaite des mineurs marquèrent un tournant dans le règne de Thatcher.
Ayant fait reculer la menace de la combativité ouvrière, son gouvernement afficha sans fard son but de regonfler les profits du grand capital qui, après des décennies de sous-investissement et de parasitisme financier sur la sphère d'influence britannique, étaient au plus bas comparés à ceux des autres économies de taille comparable.
Entre 1985 et 1987, toute une série d'impôts frappant les actionnaires, les entreprises et les contribuables les plus riches, furent ainsi supprimés ou réduits de moitié. Les classes populaires payèrent le manque à gagner pour les caisses de l'État par une augmentation des impôts indirects, dont la TVA.
Un vaste mouvement de privatisation dans le secteur public (l'un des plus importants d'Europe à l'époque) fut lancé, bradant entreprise après entreprise à des prix défiant toute concurrence. Des millions de logements sociaux furent également « privatisés », faisant ainsi exploser le volume des prêts immobiliers, pour le plus grand bénéfice du secteur financier.
Du même coup, la voie était ouverte à la bulle immobilière des décennies suivantes et à la crise du logement aiguë que l'on connaît aujourd'hui.
En même temps, la City, le centre financier de Londres, fut le théâtre de ce que l'on appela le «Big Bang» – la déréglementation financière qui permit de fait à toutes les entreprises de spéculer directement sur les marchés financiers.
Grâce en partie à l'afflux des grandes banques américaines alléchées par la possibilité d'utiliser la City comme avant-poste en Europe, ce fut le début du gonflement colossal du secteur financier à Londres, avec tout le parasitisme qu'il implique pour le reste de l'économie.
Comme la suite le montra, cette politique, que l'on a appelé le «thatchérisme», ne fit qu'anticiper ce qui devait se passer partout dans le reste du monde industrialisé, plus ou moins de la même façon, sous tous les gouvernements, de droite comme de gauche, et pour les mêmes raisons : enrayer la baisse des profits résultant de la crise chronique de l'économie capitaliste.
Thatcher aura bien mérité de la bourgeoisie britannique pour avoir été la première à mettre en œuvre cette politique avant que quiconque d'autre puisse le faire. Mais lorsque sa tâche remplie, son discrédit devint une menace politique en jetant des dizaines de milliers de manifestants dans les rues contre la « poll tax », ses anciens protecteurs eurent tôt fait de se débarrasser d'elle. Le pouvoir de la «dame de fer » reposait en fait sur un socle d'argile.
 
François ROULEAU

La politique impérialiste de Margaret Thatcher en Afrique et aux Antilles

Margaret Thatcher avait soutenu le régime raciste d'Afrique du sud à l'époque de l'apartheid. Elle s'était opposée aux sanctions contre ce régime.
Elle avait soutenu matériellement, financièrement et militairement le gouvernement sud africain raciste qui assassinait les Noirs dans les ghettos. Pour elle, l'ANC (African National Congress- congrès national africain), l'organisation de Nelson Mandela n'était rien de plus qu'une organisation terroriste qu'elle avait qualifiée comme telle.
David Cameron, l'actuel Premier ministre, du même parti que Margaret Thatcher, n'a pas eu d'autre choix que de la critiquer sur ce point lors d'une déclaration récente, pour ménager quelques bonnes relations avec l'Afrique du sud et les Noirs en général.
La politique de Thatcher dans ses anciennes colonies de la Caraïbe ne fut pas moins méprisante !
Lorsque Ronald Reagan ordonna l'invasion de l'île de Grenade en 1983, Margaret Thatcher fut parait-il furieuse.
Mais surtout parce qu'elle n'avait pas été prévenue par Reagan. Sa colère était liée au fait que l'impérialisme américain était intervenu dans une île de la sphère d'influence de l'impérialisme britannique. Grenade est en effet une ancienne colonie anglaise !
En réalité, Thatcher et le gouvernement britannique savaient et ont laissé faire "le ménage" sanglant à Grenade par leurs alliés impérialistes américains.
Sous le «règne» de Margaret Thatcher, les Noirs dont une grande partie provient des îles de la
Caraïbes, ex-colonies britanniques, ont du subir une répression féroce à plusieurs reprises.
En 1980, 1981 et 1985 notamment dans le quartier noir de Brixton, la police réprima les manifestants protestant contre le racisme, les discriminations et le chômage.
Une seule phrase de Margaret Thatcher lors d'une conversation avec un officiel australien dont la femme est d'origine malaisienne révèle le racisme de Thatcher et sa politique "Outre-mer" :
«J'aime Sydney, mais vous ne pouvez pas autoriser les immigrants à vous dépasser en nombre !»

Martinique : Le choix, M. Ursulet !

Nous publions ci-dessous la réponse de la secrétaire générale de la CGTM, Ghislaine Joachim-Arnaud, au directeur de l’Agence Régionale de Santé, Christian Ursulet, à propos de la fermeture des urgences de l’hôpital du Lamentin.
 
Interviewé par France-Antilles, le 26 mars, au sujet de la fermeture des urgences de l'hôpital du Lamentin, M. Christian Ursulet, directeur général de l'ARS (Agence Régionale de Santé), a déclaré entre autres : "On n'a pas le choix ! ... Arrêtons de plonger dans le gouffre !"
M. Ursulet aime ces formules-choc, car elles visent à cacher derrière un rideau de fumée le choc bien réel subi à la fois par la population en général, et par les hospitaliers en particulier.
Car c'est à bon droit que sont choqués tous ceux qui apprennent qu'une structure hospitalière récente se voit amputée - moins de deux ans après son inauguration - d'un service d'urgences !
Le personnel hospitalier, de son côté, sait à quoi s'en tenir. Il sait que cette fermeture n'est que la dernière en date, et la plus visible, des mesures appliquées au nom de la seule logique comptable par MM. Ursulet et Riam (Directeur du CHU de Martinique).
Cela fait plus de deux ans que ces messieurs agitent comme un épouvantail, le déficit de l'hôpital. Parce que, dans cette société, un hôpital doit être "rentable". C'est le fondement de l'action des ministres de la santé, l'actuelle Marisol Touraine comme ceux qui l'ont précédée.
Pour nous, la vie humaine n'a pas de prix, et il doit en être de même des soins dispensés à l'hôpital, et dans les services médico-sociaux en général. Il est inadmissible qu'ils ne soient pas considérés comme un service public dont le fonctionnement optimum est obligatoire, et doit être assuré par une administration publique digne de ce nom.
Au lieu de cela, à quoi assiste-t-on ?
Le déficit, résultant principalement des politiques successives de restrictions budgétaires des gouvernements de toutes tendances, a servi d'argumentaire pour justifier un plan qui s'est traduit par la suppression de plus de 800 emplois concomitamment à la fusion des hôpitaux de Fort-de-France, Lamentin et Trinité. C'est également le déficit qui a servi d'argumentaire pour imposer cette fusion à marche forcée, bousculant les équipes médicales au risque de réduire leur efficacité.
Et, aujourd'hui, quelle est la justification à la fermeture des urgences au Lamentin ? M. Ursulet procède à un véritable tir de barrage de prétextes qui ne sont que la justification de cette politique délibérée de restriction de l'offre de santé.
"Manque de médecins urgentistes", mais pour quelle raison ? D'après M. Ursulet, la Martinique n'a pas les moyens d'en avoir plus...
Et il assène des chiffres. Hier c'étaient les 260 millions de déficit de l'hôpital. Aujourd'hui c'est "nous donnons aux trois hôpitaux 339 000 euros par jour, toute l'année ! Cela correspond à un quart de l'enveloppe nationale de sécurité sanitaire..."  
Ces chiffres sont à comparer avec les 2,7 millions d’euros par jour que coûte, d'après le ministre de la défense lui-même, l'intervention française au Mali, et pour laquelle le gouvernement réserve d'ores et déjà une enveloppe de 6 milliards d’euros !
Ils sont à comparer avec le montant de l'intervention française en Afghanistan qui, d'après la même source, coûtait quotidiennement jusqu'à 1,4 millions d’euros. Une intervention de 12 ans, qui n'a semé que la mort et la douleur dans la population, et rapporté uniquement aux marchands d'armes.
"On n'a pas le choix", prétendez-vous, M. Ursulet. Mais, il est là le choix ! Le gouvernement choisit de financer des aventures militaires et de laisser péricliter des services publics indispensables.
De même, il préfère faire cadeau de 20 milliards de crédit d'impôts à des grandes entreprises qui les empocheront sans cesser de licencier.
Le déficit, l'économie de faillite, ceux de l’hôpital comme ceux de l’État, résultent des choix conscients qui consistent à mettre les services de l'État au service des intérêts des gros possédants, des banquiers et autres spéculateurs, choix dont vous, MM. Ursulet, Riam et d'autres, êtes les instruments.
En réalité, "le choix", M. Ursulet se situe entre deux conceptions fondamentales du fonctionnement de la société, qui sont totalement opposées. Celle dont vous vous faites le propagandiste est issue du système capitaliste actuel, qui a pour finalité la satisfaction des besoins d'une minorité de profiteurs et de gros possédants. Pour ces derniers, rien n'est trop cher, aucune guerre n'est épargnée pour préserver leurs intérêts pétroliers ou miniers (uranium, métaux précieux), quel qu'en soit le prix. Cette conception conduit à accepter et banaliser par exemple le fait que madame Bettencourt puisse gagner un million d'euros par jour sans qu'on puisse toucher à la richesse qu'elle a accumulée !
Ma conception, M. Ursulet, et celle de mes camarades, est que la marche d'une société saine devrait être orientée en priorité vers la satisfaction des besoins de la majorité de la population. En attendant, je pense qu'il faut prélever sur les immenses profits des riches et des capitalistes de quoi financer au mieux la santé publique.  
Alors oui, on a le choix ! Et même si aujourd'hui, le fonctionnement général de la société ne va pas dans le sens de la satisfaction des besoins vitaux de la majorité de la population, nous nous battons pour que cela change !  
Vous parlez de "choix" eh bien parlons-en !
C'est vous qui n'avez pas le choix. Car bien évidemment, en tant que directeur de l'ARS, vous ne pouvez être que du côté des décisions qui visent à rogner sur les dépenses de santé, car... vous avez fait ce choix-là !
 
 Pour la CGTM
G.JOACHIM-ARNAUD

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