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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1091 du 11 mai 2013/Quatrième page

Quatrième page

Venezuela : Tensions après les élections

Le 14 avril dernier, Nicolas Maduro, successeur de Hugo Chavez, était élu président du Venezuela. Aussitôt l’opposition de droite, qui s’appuie largement sur la petite bourgeoisie et la bourgeoisie du pays, contestait les résultats. Plusieurs semaines de heurts s’en sont suivies, faisant au moins 9 morts. Les députés des deux camps en sont même venus aux mains. Le mardi 30 avril, ils se battaient comme des chiffonniers dans l’enceinte de l’Assemblée nationale…                                                                                 Pendant ce temps, l’inflation galopante et la pénurie de nombreux produits de première nécessité continuent de peser sur la vie quotidienne de la majorité pauvre de la population. Et c’est bien là la véritable origine du problème. Les quelques réalisations du «socialisme à la Chavez» paraissent certes considérables comparées au «socialisme à la Hollande», mais ce n’est pas difficile ! Elles ne reposaient ni sur la confiscation des richesses des grandes familles vénézuéliennes, ni sur la confiscation des avoirs des multinationales, ni, surtout, sur leur mise sous le contrôle des travailleurs eux-mêmes. Elles ne reposaient que sur l’autorité morale de Chavez qui, garant d’une certaine stabilité, était bon an mal an accepté par les capitalistes. Chavez mort, cette autorité a disparu… sans pour autant que les travailleurs soient mobilisés pour peser sur les décisions économiques.                                                                                                                 Un certain désenchantement vis-à-vis du régime, la campagne désastreuse de Maduro – une sorte de carnaval, alors que la population pleurait encore Chavez – ont permis à l’opposant Enrique Capriles d’atteindre 49,1 % des voix. Néanmoins, il ne faut pas exagérer le soutien dont cette droite agressive dispose parmi les masses laborieuses. En fait, des images diffusées par la télévision accréditent l’idée que les affrontements des dernières semaines ont été provoqués par des voyous, dont certains étaient encadrés par un ancien général, Antonio Rivero, proche de Capriles.                                      Les élections législatives du 13 juillet prochain seront une meilleure indication sur la capacité des «chavistes»  à mobiliser les aspirations des pauvres. Mais ces derniers, s’ils veulent avancer vers le vrai «socialisme», devront compter sur leurs seules forces, en particulier celles de la classe ouvrière.

France : Contre le chômage, prendre sur les profits pour répartir le travail

Comme à peu près chaque mois depuis 2008, le nombre de chômeurs a encore augmenté en mars, à raison de 1 000 chômeurs de plus chaque jour.
Mais le gouvernement essaie de minimiser ce fait, en disant qu’après tout «le taux de chômage (10,2 % de la population active fin 2012), reste inférieur au record de 1997 (10,8 %)».
Et il continue de promettre que la courbe du chômage s’inversera grâce aux mesures qu’il a prises et dont les effets ne seront visibles que dans les mois à venir. Facile !
On a du mal à le croire, d’autant que ces mesures consistent à faciliter les licenciements et à augmenter la précarité.
Cela participera sans nul doute à l’augmentation des profits, mais pas à réduire le chômage.

États-Unis : Eldridge Cleaver et le parti des Black Panthers

Eldrige Cleaver, qui fut l’un des dirigeants du Parti des Black Panthers aux États-Unis, est mort il y a 15 ans, le 1 mai 1998.
Il fut l’une des figures historiques du mouvement noir américain des années 60. Sa jeunesse et l’origine de son engagement militant ressemblent à ceux de Malcom X et d’autres jeunes qui s’engagèrent dans la lutte contre l’oppression du pouvoir capitaliste blanc à cette époque.                                                                                             Jeune délinquant, il fut arrêté et condamné pour une attaque à main armée en 1958. En prison, il put lire des œuvres de théorie politique, marxistes et nationalistes. Il écrivit des essais politiques, dont «Soul on Ice», qui influencera le mouvement Black Power. À sa sortie de prison en 1966, il rejoignit le "Black Panthers Party for self defense" (Parti des Panthères Noires pour l'auto-défense), organisation fondée la même année par Huey Newton et Bobby Seale. Il en sera le "ministre de l’information". Eldridge Cleaver fut en 1968 candidat à la présidence des États Unis à la tête du parti Paix et Liberté. La même année, pris dans une échauffourée avec la police, il fut accusé de meurtre. Il dut s’exiler en Algérie puis à Cuba et en France. À son retour aux USA en 1975, il renonça à son appartenance au Parti, ce qui lui permit d’échapper aux poursuites judiciaires. La fin de sa vie fut une déchéance : candidat républicain, appartenance à diverses sectes, drogue…  
Le mouvement noir aux États-Unis
Après l’abolition de l’esclavage, les Noirs victimes de la ségrégation, du racisme meurtrier et de la misère s’organisèrent pour obtenir des droits : le droit de vote, le droit à l’éducation, au travail. Le NAACP (National Association for Advancement of Colored People - Association nationale pour le progrès des gens de couleur) fondée en 1909 par William Du Bois, réclamait l’intégration des Noirs à la société dirigée par les Blancs, par une voie non violente. Marcus Garvey, le fondateur en 1917 de l’UNIA (United Negro Improvement Association - Association pour le progrès et l'unité des Noirs) prônait le retour des descendants d’esclaves vers l’Afrique.
Plus tard, à partir de 1954, le mouvement des droits civiques regroupa différentes organisations revendiquant l’arrêt de la discrimination raciale. Martin Luther King fut l’un de ses principaux leaders.
À partir des années 60, des mouvements plus radicaux, se réclamant du Black Power (Pouvoir Noir), firent leur apparition, regroupant des jeunes révoltés par l’oppression dont sont victimes les Noirs dans la société américaine raciste. Les Black Muslims (les Musulmans Noirs) préconisaient le séparatisme, l’organisation indépendante d’une société noire. Malcolm X en fut le dirigeant jusqu’à sa rupture avec ce parti, peu avant son assassinat en 1965.
Dans les quartiers noirs, des émeutes éclataient contre la misère. L’une des plus importantes eut lieu dans le quartier de Watts à Los Angeles en 1965. En 1966 et 1967, toutes les villes industrielles connurent de telles émeutes : Cleveland, Detroit, Omaha, Chicago, au total 167 villes en 1967.                                                                            Le Black Panthers Party, créé en 1966, organisait des patrouilles armées ainsi que des programmes sociaux d’aides à la population noire (aide alimentaire, cliniques gratuites…). Son programme est résumé ainsi à la fin de ses 10 points : « 10. Nous voulons de la terre, du pain, des logements, un enseignement, de quoi nous vêtir, la justice et la paix (et comme principal objectif politique : un plébiscite supervisé par l'Organisation des Nations Unies, se déroulant dans la colonie noire et auquel ne pourront participer que des sujets noirs colonisés afin de déterminer la volonté du peuple noir quant à sa destinée nationale) ».
Il se définissait comme une organisation nationaliste noire, non raciste mais préconisant une lutte séparée des Noirs et des Blancs opprimés pour lutter contre le système oppresseur.                                                                                                                 Les Black Panthers entretenaient des liens avec des organisations nationalistes comme l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), le FLN (Front de Libération Nationale) d'Algérie, l’IRA (Irish republican army- armée républicaine irlandaise). En 1968, le dirigeant du FBI, Edgar Hoover, déclara : «le Black Panthers Party est la menace la plus sérieuse à la sécurité intérieure du pays». De 1968 à 1976, 27 de ses membres furent assassinés par la police, et en 1969, 16 raids policiers furent menés contre les locaux du parti.
Portée et limites du mouvement noir des années 60 et 70                                                  Le mouvement des droits civiques et les organisations plus radicales ont eu un impact sur la conscience des Noirs et aussi sur leur vie quotidienne dans la société américaine : fin de la ségrégation officielle et légale, une certaine  augmentation du niveau de vie moyen, la possibilité pour une bourgeoisie noire d’accéder à des postes importants, et même, ces dernières années, la possibilité de l’élection d’un président noir.                                                                                                                                         Mais pour la grande majorité, la misère, le chômage et leurs corollaires, la délinquance et la drogue, restent la règle. Les ghettos noirs existent toujours et la justice raciste continue à accuser des Noirs de crimes imaginaires, comme c’est le cas pour Mumia Abu Jamal, injustement condamné à mort.                                                                                      De nombreux Noirs se sont révoltés et battus courageusement, mais la voie du nationalisme et de la lutte racialement séparée n’ont pas permis de mettre fin au système capitaliste qui repose sur l’oppression. Cette voie n'offrait aucune perspective véritable aux travailleurs et aux opprimés noirs.                                                                      Régler définitivement la question du racisme aux États-Unis exige une lutte collective de tous les opprimés contre la société capitaliste jusqu’à son renversement, que ces opprimés soient Noirs, travailleurs blancs, hispaniques ou immigrés de tous continents. Mais ce sont les travailleurs américains qui détiennent la force principale potentielle vers une telle émancipation. La fraction noire du prolétariat américain pourrait jouer un rôle considérable demain en direction de l'ensemble du prolétariat américain et des autres pays si elle s'organisait en parti révolutionnaire des travailleurs et se mobilisait.

AVIS AUX LECTEURS. PROCHAINE PARUTION

Pour des raisons techniques, nous ne serons pas en mesure d'assurer la parution du prochain numéro, comme d'habitude dans 15 jours, c'est-à-dire le samedi 25 mai. Le prochain numéro paraîtra donc le 8 juin.

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