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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1091 du 11 mai 2013/Première page

Première page

Éditorial : "LE CHANGEMENT MAINTENANT" ? SEULEMENT PAR LES LUTTES
DES TRAVAILLEURS

Après la première année de Hollande au pouvoir, toute la presse en dresse le mauvais bilan. Et ici et là fusent les analyses sur la personnalité de Hollande, son prétendu manque d'autorité, son incapacité à décider et autres analyses psychologiques, etc. La droite UMP et l'extrême droite en profitent pour enfoncer le clou et tirer en rafale sur le gouvernement Hollande-Ayrault. Mais en réalité, la gauche socialiste ne fait, comme la droite avant elle, que gérer la crise de la bourgeoisie. Le bilan de la première année Hollande est mauvais, tout comme l'aurait été le bilan d'un Copé, d'un Fillon ou d'un Sarkozy. Car tous ces gens de droite ou de gauche constituent le personnel de la bourgeoisie en période de crise. Et l'aspect principal de cette gestion de crise par ce personnel politique est de la faire payer aux travailleurs et aux classes populaires. Pour rembourser la dette de l'État, dette qui en grande partie est due aux milliards déversés dans les coffres des banques et du patronat, l'État des riches puise dans les poches des travailleurs et de la population : les restrictions ont été décidées pour les hôpitaux, les collectivités locales (1,5 milliards de moins en 2014 et 3 milliards en 2015). L'argent manquera pour restaurer les écoles, pour aider les familles à payer la cantine, les aides sociales seront réduites. L'hémorragie des suppressions de postes dans la fonction publique se poursuit. Le manque de postes est criant dans les services publics, et la charge de travail écrase d'autant plus les autres travailleurs. Dans les hôpitaux, la dégradation générale est manifeste.
Parallèlement, tout est fait pour rassurer le patronat et lui permettre de réaliser ses profits avec plus de "sécurité". C'est ainsi que la loi dite de "sécurisation de l'emploi" laisse en fait aux patrons les mains libres pour baisser les salaires, augmenter les horaires, imposer la mobilité ou un licenciement économique à ceux qui refuseront d'être "mobiles", et pour licencier. De même, le gouvernement a refusé la loi d'amnistie pour  les syndicalistes condamnés suite à des actions de protestation.
Aux Antilles, l'avènement d'un gouvernement de gauche socialiste n'a rien changé au chômage endémique qui frappe les deux îles à plus de 25% et qui augmente régulièrement. Les trois ministres d'Outre-mer, dont l'une - Taubira - nommée à un grand ministère régalien, n'étaient que de la poudre aux yeux pour endormir les peuples d'Outre-mer. Tout comme la nomination d'une "préfète" noire et guadeloupéenne en Guadeloupe. Pendant ce temps, la précarité et la misère augmentent. Et la loi dite de "régulation économique Outre-mer"  n'empêche pas la vie de devenir de plus en plus chère. 
Le dernier exemple qui montre comment ce gouvernement et ses relais locaux sont aux ordres des lobbys patronaux, du lobby béké des Antilles, ce sont les dérogations qui ont été accordées en Martinique et en Guadeloupe à l'épandage des produits toxiques dans les bananeraies. Et toute Guadeloupéenne qu'elle est, notre nouvelle "préfète" n'a pas hésité à prendre l'arrêté de dérogation sur ordre de Lurel et du gouvernement. Alors, si le bilan de cette première année des Hollande-Lurel est mauvais pour les travailleurs et la population laborieuse, les perspectives ne sont pas plus réjouissantes. Le gouvernement a prévu un plan de rigueur de 60 milliards sur 5 ans. Il faut donc s'attendre à de nouvelles mesures anti-ouvrières, comme par exemple l'augmentation de la durée de cotisation pour toucher une retraite pleine.
La seule façon d'inverser cette tendance, c'est que les travailleurs se préparent à des luttes d'ensemble contre la politique du gouvernement et du patronat. Les manifestations du Premier mai, qui ont rassemblé des milliers de travailleurs dans les deux îles, ont montré une classe ouvrière antillaise forte et bien vivante. Elle a la capacité de changer l'ordre des choses.

Martinique: La sous-traitance à bon marché : des affaires qui rapportent gros aux capitalistes du BTP

Lors de  la manifestation des «acteurs du BTP» en  juillet 2012 à Fort de France, le patronat de ce secteur avait protesté contre l’attribution systématique des marchés aux multinationales. Ensuite, le président du Conseil Régional, S. Letchimy avait mis sur pied une table ronde, réunissant autour d’elle patronat et syndicats. S. Letchimy voulait ainsi montrer qu’il a le souci de répondre aux souhaits des patrons du secteur face à une concurrence jugée déloyale par eux.
Ainsi, des ouvriers du BTP ont l’impression que, sur les gros chantiers de l’île, la plupart des emplois sont occupés par de la main-d’œuvre étrangère, notamment des ouvriers portugais et italiens. Cette propagande sur l’importance de l’embauche de main d’œuvre étrangère est d’ailleurs alimentée par le patronat local. C’était le cas sur le chantier de la tour Lumina de la Pointe Simon. Les ouvriers ont été embauchés directement dans leur pays par l’entreprise italienne Inso qui était en charge de l’ensemble des travaux et de la sous-traitance locale.
Lors de l’assemblée générale ordinaire des ouvriers CGTM du bâtiment, qui s’est tenue le samedi 27 avril à la Maison des syndicats, cette question a été longuement débattue. Certains ouvriers présents disaient que  la présence des ouvriers étrangers était un obstacle pour leur embauche. D’autres disaient qu’il ne faut pas se tromper d’ennemis. Que leurs vrais ennemis, ce ne sont pas des ouvriers comme eux, mais bien les capitalistes, qu’ils soient de Martinique ou d’ailleurs. Ces paroles ont été reprises par des dirigeants de la CGTM venus saluer les ouvriers présents.
À ce sujet, un camarade a pris la parole pour expliquer que les travailleurs n’ont pas de patrie, et que ces ouvriers portugais ou italiens n’ont pas de boulot chez eux. Ils ont été embauchés avec des contrats précaires, et des salaires bien en dessous de ce que nous touchons ici en Martinique. Ils sont exploités à outrance et travaillent même les jours fériés. Ils n’ont aucune connaissance de ce qu’est une convention collective.
Et d’ajouter que le grand patronat martiniquais sait très bien utiliser de la main d’œuvre clandestine étrangère quand ça l’arrange, notamment des Saint-Luciens ou des Haïtiens. Mais cette fois-ci, ce ne sont pas eux qui ont profité de ces marchés juteux de la tour de la Pointe Simon ou de celui d’EDF à Bellefontaine.
Et comme a souligné un ouvrier dans l’assemblée générale : «Nous devons profiter de cette table ronde organisée à la Région pour affirmer au patronat que nous ne sommes pas là pour leur porter secours ni non plus pour reprendre en chœur avec eux la propagande anti-étrangère. Mais pour leur signifier que notre convention collective mérite bien d’être revue à la hausse, et que nos salaires sont bien trop bas par rapport au coût de la vie ».
Cette proposition a été approuvée par les participants présents, et c’était une bonne idée.

Guadeloupe:Mai, un mois qui symbolise la lutte des opprimés en Guadeloupe et en Martinique

Le mois  de mai est un mois de commémoration des révoltes anti-esclavagistes en Martinique et en Guadeloupe, ainsi que de celle de "mai 67" en Guadeloupe.       
Les 26 et 27 mai 1802 virent le déclenchement de batailles, décisives mais perdues, des troupes noires et d'anciens esclaves contre le rétablissement de l'esclavage par Napoléon Bonaparte. Mais ces troupes s'étaient battues pendant tout le début du mois de mai. Elles furent dirigées par d'ex-officiers noirs de l'armée française qui se mutinèrent, comme Delgrès, Ignace, Noël Corbet, Massoteau, Codou. La "mulâtresse Solitude" et "Toto Marie Rose" figurent parmi les héroïnes de cette période. Tous furent vaincus et subirent une répression impitoyable, mais ils léguèrent aux générations futures l'exemple du refus de la soumission à l'exploitation.
Le 22 mai 1848, ce fut la révolte des esclaves martiniquais, contraignant ainsi le gouverneur de l'époque à proclamer l'abolition avant même l'arrivée du décret officiel pris par le gouvernement révolutionnaire de février 1848 à Paris.
Les 26 et 27 mai 1967, ironie de l'histoire, à l'issue d'une manifestation des ouvriers du bâtiment, les CRS firent un massacre pendant deux jours dans les rues de Pointe-à-Pitre et des Abymes, tuant plus de 80 personnes. La population se révolta et chercha à riposter par les armes. Les lycéens de Baimbridge manifestèrent avec courage dans les rues de Pointe-à-Pitre le lendemain des tueries, face aux fusils. La répression fut impitoyable : à part les dizaines de morts, il y eut des dizaines d'arrestations, d'emprisonnements. Des dizaines de militants nationalistes - dont ceux du GONG - furent arrêtés en Guadeloupe et  en France, et emprisonnés.

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