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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1092 du 08 juin 2013/Quatrième page

Quatrième page

Haïti : Manifestation contre la MINUSTAH qui protège la bourgeoisie

Des centaines de manifestants ont pris la rue le 31 mai. Ils réclamaient le départ définitif de la Minustah (mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) et l’indemnisation pour les victimes du choléra. Ces manifestations ont fait suite aux interventions de politiciens et de syndicalistes locaux et étrangers réunis à l'hôtel le Plazza puis au Champ de Mars le 31 mai. Le retrait des troupes des Nations Unies est au centre de manœuvres politiques pour la majorité au parlement en Haïti.
C’est en octobre 1994 que l’ONU est intervenue pour mettre fin au coup d’Etat du général Cédras (septembre 1991) et ramener Aristide au pouvoir. Cela a été le rôle de la Minustah. Puis en mars 2004 c’est elle encore qui a été chargée d’évincer Aristide et ses chimères du pouvoir. Dans les deux cas, il s’agissait d’empêcher une explosion populaire et d’assurer le relais permettant la main mise de la bourgeoise haïtienne sur le pouvoir au travers de politiciens à son service. Sous couvert de lutte contre l’insécurité, les militaires de l’ONU ont renforcé les forces de police dans la répression contre la population pauvre. Comme force dite d’interposition, la Minustah a favorisé l’exploitation des populations les plus démunies. 
Sa responsabilité dans l’épidémie de choléra apparue dans la foulée du séisme de janvier 2010 a été prouvée par plusieurs expertises. Un contingent népalais des forces armées des Nation unies ayant été le point de départ de la propagation de la maladie dans l’Artibonite. Plus de 650 000 personnes ont été touchées et 8 100 sont décédées depuis le début de l'épidémie, en octobre 2010. C’est la population pauvre qui est victime, elle qui vit dans des abris précaires où l’absence d’hygiène, l’absence de circuit d’eau potable, l’impossibilité d’accès à des centres de soins favorisent le développement du choléra à chaque pluie.  
Depuis novembre 2011, plus de 5 000 victimes du choléra et leurs familles  n’ont cessé de demander à l’ONU de dédommager les victimes. Les Nations Unies ont toujours nié toute implication dans la propagation de l’épidémie et refuse toute indemnisation. Le  Ministère de la Santé fait de vagues promesses à l’horizon de  2022, alors que les mesures sanitaires de base peuvent être prises immédiatement.
 
La colère de la population gronde et les politiciens utilisent cette colère dans leur course aux postes alors que la situation des pauvres continue d’empirer. Face au choléra les possédants se payent des installations sanitaires adéquates. La population des quartiers populaires vit toujours dans des taudis et la situation a empiré depuis le séisme. Sur la zone industrielle, les ouvriers combattent chaque jour les patrons pour empêcher l’aggravation des conditions de travail. Malgré la misère de la population haïtienne les banques prospèrent et leur activité  augmente proportionnellement  à l’accroissement de la misère  des pauvres.
Ces manifestations contre la Minustah montrent le ras le bol d’une partie de la population. En s’organisant contre les exploiteurs, en dirigeant ces luttes les travailleurs sauront se défendre contre les militaires de l’ONU et tous les voyous armés qui protègent les intérêts de la bourgeoisie.

Turquie : Jusqu'où ira le mouvement populaire contre le régime Erdogan ?

L'extension  de la colère
Un large mouvement de contestation secoue la Turquie depuis les derniers jours de mai. Tout a démarré par un sit-in de quelques opposants politiques, dans le parc Gezi, à proximité de la place Taksim, au centre d'Istanbul. Il s'agissait d'un sit-in de protestation contre un programme de travaux voulu par le premier ministre Tayyip Erdogan. Ce programme prévoit, sur la zone du parc et de la place, la destruction du centre culturel Kemal Atatürk et l'ouverture d'un centre commercial, parallèlement à  la reconstruction d'une caserne ottomane, détruite au début du XXe siècle, plus une mosquée.
C'est l'intervention, le 28 mai, de la police contre le rassemblement d'opposants, qui a mis le feu aux poudres. Non seulement les manifestants ne se sont pas dispersés, mais ils ont été rapidement rejoints par d'autres, si bien que le vendredi 31 mai, ce sont des milliers de manifestants qui affrontaient les canons à eau et les tirs de gaz lacrymogène. De nombreux groupes de manifestants avaient afflué des quartiers populaires de l'autre rive du Bosphore, passant outre l'interdiction de franchir les ponts à pied. Le mouvement gagnait d'autres villes avec des milliers de manifestants à Ankara, Izmir, etc. Le samedi après-midi les autorités retiraient les forces de police de la place Taksim, la laissant aux mains de manifestants en liesse qui faisaient entendre des slogans réclamant la démission du gouvernement. On entendit aussi «Erdogan le chimique», en référence aux nuages de gaz lacrymogène répandus.
Erdogan, lui, bravait, de loin, le mouvement, par des déclarations telles que : "S'il s'agit d'organiser des rassemblements, si c'est un mouvement social, alors, quand ils rassemblent 20 personnes, j'en rassemblerai 200 000. Là où ils réunissent 100 000 personnes, je mobiliserai un million de membres de mon parti. "Oui, nous allons aussi construire une mosquée. Et je ne vais pas demander la permission (...) à une paire de pillards pour le faire. Ceux qui ont voté pour nous nous ont déjà donné l'autorité pour le faire."
Le président de la République Abdullah Gül tentait de son côté de jouer le rôle du flic gentil des films policiers en disant comprendre les raisons des manifestants et que la démocratie n'est pas seulement une question de bulletins de vote.
Au moment où nous écrivons les manifestations continuent et la place Taksim à Istanbul est toujours transformée en large forum démocratique. Le mouvement pourrait bien n'en être qu'à ses débuts.
La politique néfaste  du gouvernement remise en cause
Présenté en premier lieu par les autorités comme une réaction à l'abattage de 12 arbres du parc, ce mouvement est en fait d'emblée politique. En s'attaquant au projet d'urbanisme quelque peu mégalomaniaque d'Erdogan, il met en cause son régime lui-même, largement ressenti dans le pays comme conduisant un retour en arrière de la société.
Erdogan et son parti l'AKP sont arrivés au pouvoir en 2002 en se disant «post-islamistes», des islamistes modérés et modernes. Dans les faits, bien qu'il ait pu assurer ses succès électoraux en 2007 et 2011, l'AKP se retrouve de plus en plus dans le soutien à la réaction religieuse et plus généralement dans la poursuite d'atteintes aux libertés démocratiques. L'avortement est autorisé, mais Erdogan l'a récemment assimilé à un meurtre. La Turquie compte près de 8000 prisonniers politiques et 3000 étudiants en prison. Quant à la classe ouvrière, elle subit actuellement les mêmes attaques que partout ailleurs : salaires en baisse, poids du chômage, recul de l'âge de la retraite, etc.
Le mouvement actuel, large, jeune, multiforme, est un mouvement qui  proteste  contre tout cela. C'est un mouvement largement populaire. Des témoins ont signalé des scènes de «fraternisation» entre supporters d'équipes de football, habituellement à couteaux tirés, mais aujourd'hui réconciliés pour affronter les charges de police. Des groupes dansent et chantent en kurde à côté d'autres qui chantent en turc. Les travailleurs n'apparaissent pas en tant que tels mais différents appels syndicaux à la grève, les 4 et 5 juin, pourraient changer la situation.
L'histoire récente a rappelé, en Egypte et en Tunisie notamment, qu'une population mobilisée et déterminée pouvait très bien ébranler des régimes haïs et chasser leurs dirigeants politiques. Mais pour éviter qu'ils cèdent la place à d'autres représentants des exploiteurs, il faut que les travailleurs interviennent et aient la volonté de se porter eux-mêmes candidats à la direction de la société. Souhaitons que le mouvement de révolte actuel en Turquie soit une arêne où les travailleurs puissent faire des pas significatifs en ce sens

12 jours de grève générale en Nouvelle Calédonie.

5 organisations syndicales avaient appelé à une grève générale reconductible à partir du 15 mai. Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues. La première journée de manifestations a été suivie de barrages routiers, du blocage des hypermarchés, du Port et des dépôts de carburants.
La Nouvelle Calédonie, ancien Territoire d’Outre-Mer, bénéficie depuis les accords de Nouméa signés en 1988, du statut de Collectivité. Mais cette plus large autonomie qui fut arrachée par la lutte à la fin des années 80, n’a pas résolu pour autant les inégalités sociales et la souffrance de la partie la plus pauvre de la population, principalement constituée de Kanaks.
¼ de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’écart des prix entre la France et la Nouvelle Calédonie est officiellement estimé à 35%. Mais fin 2011, une enquête de l’UFC Que Choisir avait révélé un écart de 108% sur 28 produits de première nécessité. L’écart moyen  se situerait aux environs de 50%. Les fonctionnaires touchent d’ailleurs une prime de vie chère de 108% du salaire de base. Mais la catégorie la plus riche, les Caldoches, comparables aux Békés de Martinique et Guadeloupe, détient l’essentiel de l’activité économique, en particulier le commerce, l’import export, l’immobilier, l’extraction minière.
Les revendications de l’intersyndicale portaient sur la baisse des prix des produits de première nécessité et l’application des accords économiques et sociaux signés en juin 2012. La grève a cessé le 27 mai, après la signature d’un accord entre les représentants syndicaux, les élus locaux et les organisations patronales. L’accord prévoit une baisse de 10% sur 300 produits alimentaires et d’hygiène, le gel des prix jusqu’en décembre 2014, la constitution d’un observatoire des prix, l’instauration d’une TGA (Taxe Générale sur l’Activité) qui vient remplacer une série d’autres taxes. Les syndicats réclamaient en effet une refonte globale de l’économie et de la fiscalité pour atténuer des injustices criantes favorisant les catégories les plus riches. Cette ressource fiscale prise sur les plus hauts revenus permettrait selon le représentant de l’intersyndicale, le financement social du handicap, de la retraite et du minimum vieillesse.
Pour que ces accords soient effectivement appliqués et ne connaissent pas le sort de ceux de juin 2012, la population pauvre qui a occupé la rue durant ces 12 jours devra rester mobilisée.

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