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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1092 du 08 juin 2013/Première page

Première page

Éditorial : Opposer un plan de lutte des travailleurs aux attaques qui pleuvent contre eux !

Le gouvernement  et les centrales syndicales françaises préparent une nouvelle  "conférence sociale" pour les 20 et 21 juin. La première  s'était tenue en juillet 2012. Ce "dialogue social" voulu par  Hollande a abouti en fait à 20 milliards de ristournes d'impôts aux patrons, à la généralisation de la précarité et de la flexibilité dans la loi dite de " sécurisation  de l'emploi". Ayrault a pu remercier les confédérations syndicales pour leur collaboration et  s'est montré reconnaissant même envers celles qui, comme la CGT, n'avaient pas signé, mais qui  ont été tout de même fort compréhensives à  l'égard du gouvernement. En un mot, ces conférences  sociales ne représentent qu'un bureau d'enregistrement des volontés patronales relayées par le gouvernement. Les syndicats ne sont là que pour la galerie. Et il en sera de même pour la deuxième "conférence sociale" du mois de juin.
L'un  des sujets les plus importants  qui sera discuté sera celui sur les  retraites. Déjà le ton est donné par le gouvernement et divers intervenants : l'allongement de la durée de cotisation  à 43 ans d'ici 2020 et le recul de l'âge légal de la retraite à 65 ans. Une commission d'experts propose déjà un cocktail de mesures en ce sens. Ce qui se profile est aussi une baisse généralisée du niveau des pensions dans le secteur privé comme dans le public.
Il est aussi question d'aligner le taux réduit de la CSG (contribution sociale généralisée) appliqué actuellement aux retraités imposables (6,6%) sur celui des actifs soit 7,5 %, de supprimer l'abattement de 10% dont bénéficient tous les retraités. Cette dernière mesure aurait pour effet, soit de rendre certains retraités imposables, soit d'en amener d'autres à une tranche supérieure d'imposition. Il est aussi question de soumettre à l'impôt la majoration de 10% des pensions accordée aux parents de trois enfants ou plus. La commission propose aussi de ne plus indexer les pensions sur l'inflation  mais de les revaloriser à un niveau inférieur aux prix. Pour les fonctionnaires il est question de calculer la retraite non plus sur les six derniers mois (les plus favorables) mais sur les 10 dernières années. Déjà en 1993 le calcul des pensions qui était fait dans le privé sur les 10  dernières années est passé aux 25 dernières années. Ce qui en réalité a fait baisser les pensions. De même, la pénibilité  sera faiblement prise en compte. Seuls deux critères sont retenus par la commission : le travail de nuit et  l'exposition à des substances cancérigènes.
Ceux qui défendent l'allongement de la durée de cotisation à 43 ans pour avoir droit à une retraite pleine et entière nous disent que c'est normal de cotiser plus longtemps car on vit plus longtemps. Sauf que des études montrent aussi que  si l'on vit  plus longtemps, on vit moins longtemps en bonne santé.  De plus la productivité a été multipliée par plus de 16 au siècle dernier. C'est à dire que les richesses produites par les travailleurs dans le même temps de travail ont été  considérablement augmentées, mais cela ni patrons ni gouvernement  n'en tiennent compte.
Le gouvernement Hollande suit donc  exactement le chemin des gouvernements de droite précédents. Et il bénéficie  du soutien exprimé ou tacite des grandes confédérations syndicales. La droite aussi en bénéficiait mais du moins les confédérations syndicales faisaient-elles semblant d'agir. On se souvient des immenses manifestations contre les attaques sur les retraites. Même en se préparant par avance à céder, les directions syndicales donnaient un peu le change. Aujourd'hui, elles ne font même plus semblant. Et ce ne sont pas les mises en garde et les appels à la mobilisation de certains comme la CGT qui changeront quoi que ce soit. Seules des luttes  d'ensemble et d'envergure  des travailleurs dépassant le carcan et les limites imposés par les directions syndicales pourront  changer la donne.
 

Martinique : CHU, un attentisme criminel

Les protestations, notamment syndicales, se succèdent contre l'attitude de l'ARS (Agence Régionale de Santé) et de la direction du CHUM (Centre Hospitalier Universitaire de Martinique). Elles sont dirigées contre la politique du «retour à l'équilibre financier» de l'hôpital exigé par le gouvernement. Cette politique pénalise le personnel hospitalier, et dégrade le service public de santé.
La CME (Commission Médicale d'Etablissement) du CHUM soulève un autre grave problème dans une lettre ouverte du 14 mai 2013, à Marisol Touraine, ministre de la Santé, et Victorin Lurel, ministre des Outre-mer. Cette lettre pose le problème de la «mise aux normes d'un hôpital capable de résister aux tremblements de terre».
Le tremblement de terre qui a frappé Haïti en 2010, faisant des centaines de milliers de morts, a douloureusement rappelé à tous quelle peut être la détresse d'une population frappée par un séisme.
L’arc des petites Antilles dont fait partie la Martinique est particulièrement exposé aux séismes car situé au dessus d'une zone où se chevauchent les plaques de la croûte terrestre dites nord et sud américaines avec la plaque Caraïbe. De ce fait, les Antilles ont été classées en zone III, degré de sismicité maximale du zonage français.
Pour ne parler que d'après 2005, année où l'Union Européenne s'est déclarée prête à soutenir le projet de rénovation de l'hôpital, le gouvernement semble s'être engagé dans une course de lenteur. En janvier 2007, il a adopté un plan Séisme aux Antilles qui s’intégrait au programme national de prévention du risque sismique. Mais rien ou presque n'a été fait. Dans le plan Santé-Outre-mer de 2012, Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé du gouvernement Sarkozy-Fillon, promettait une enveloppe de 98 millions d'euros, sur des prévisions totales de 192 millions d'euros, pour la mise aux normes du plateau technique de l'hôpital Pierre Zobda Quitman. Mais la réalisation effective des travaux est maintenant conditionnée à un examen par les services ministériels de la «faisabilité du plan de retour à l'équilibre financier».
D'ailleurs au Sénat, M. Antiste, sénateur-maire du François, apparenté PS, a posé à la ministre de la Santé, le 18/4/2013, une question portant en particulier sur la surmortalité à attendre, en cas de catastrophe, du fait du non-respect de ces normes parasismiques. Eh bien, dans sa réponse, Marisol Touraine ne disait rigoureusement rien sur ce point !
Le laxisme criminel de l'Etat est donc un fait établi. Et la réplique de M. Antiste : «Mme la ministre, je connais votre engagement sur ces questions... », équivaut à de la complicité.

Guadeloupe : Manifestation contre l’épandage aérien.

Zoom Près de 300 personnes se sont mobilisées le 1 juin à l’appel du Collectif citoyen contre l’épandage aérien de produits toxiques dans les bananeraies.
Cette mobilisation était une réaction de mécontentement contre la récente décision de la nouvelle préfète d’autoriser durant un an l’épandage de produits pour lutter contre la cercosporiose noire, maladie des bananeraies. Mais il se trouve que les produits déversés par les avions ou les hélicoptères sur les bananeraies atteignent aussi les habitations et les jardins environnants. Or ces produits sont toxiques et dangereux.
Dans le décret autorisant la reprise de l’épandage, la préfète ne précise ni le nom ni la nature des produits déversés par les hélicoptères, ce qui est contraire à la loi. Les propriétaires de bananeraies agissent en hors-la-loi sans contrôle.
Le rassemblement du collectif a eu lieu devant le kiosque de la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre dès 8h30. Les organisations participantes se sont regroupées devant le kiosque avant le départ de la manifestation avec leurs  banderoles et pancartes. Certains portaient symboliquement des masques à gaz. Le ton était donné avec une composition de la chanteuse Marie Line Dahomay  contre l’épandage, sur un rythme gwo ka. C'est dans une  ambiance très dynamique que la manifestation a quitté la place de la Victoire pour les rues de la ville. Près d'une quarantaine d’organisations, signataires du tract d’appel, étaient représentées par leurs militants : il y avait des organisations politiques : Combat Ouvrier, le Parti Communiste, le  CIPPA, le Font de Gauche, des organisations syndicales : la CTU, le SNES, la FSU et différentes organisations écologistes, de l’agriculture bio, des organisations de défense de la faune, de la flore et de l’environnement. Dans les rues de Pointe-à-Pitre les manifestants ont reçu le soutien et les encouragements de la population. La manifestation se dispersa devant la sous-préfecture après que banderoles et pancartes aient été fixées sur les grilles de l’établissement, et que plusieurs représentants d'organisation aient pris la parole. 
Le «Collectif vigilance citoyenne» entend poursuivre son action en diversifiant les formes de protestation. L’association «Envie de Santé» a déposé un recours au Tribunal administratif pour l’arrêt de l’épandage en s’appuyant sur des irrégularités juridiques et le principe de précaution. Le Tribunal doit se prononcer le 21 juin.
L’État et la nouvelle préfète se trouvent de plus en plus confrontés à un certain mécontentement qui s’exprime contre l’empoisonnement des sols et de la mer. Un collectif de pêcheurs s’est fait entendre après que les zones interdites à la pêche aient été étendues, en raison des méfaits de la chlordécone connus de longue date. Et malgré ces méfaits, l'État autorise aujourd'hui encore l'épandage de nouveaux produits toxiques. Les garanties de sécurité évoquées par la préfecture sont très aléatoires et peu rassurantes. La lutte continue !
 

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