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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1093 du 22 juin 2013/Quatrième page

Quatrième page

Brésil: flambée de colère

Depuis plusieurs jours, des manifestations de colère de grande ampleur se déroulent dans les principales villes du Brésil. Elles ont commencé après l'annonce de l'augmentation des prix des transports. Les manifestants protestent contre le coût des réalisations du mondial de football qui se retournent contre la population obligée de se serrer la ceinture. C’est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
Le Brésil, après des années d'embellie économique traverse une crise marquée par une croissance en baisse, une poussée d'inflation à 6,5% annuels et 13% pour les produits alimentaires.
La contestation contre le gouvernement de Dilma Roussef s'amplifie. Lundi 17 juin 200 000 manifestants sont descendus dans la rue à Rio de Janeiro, Brasilia, Sao Paulo, Belo horizonte. C'est à Rio qu'elles furent les plus impressionnantes. Partout des affrontements violents se sont produits avec la police et les manifestants ont cherché à envahir les parlements locaux. De telles manifestations ne s'étaient pas vues depuis 1992, à l'époque de la contestation contre la corruption du gouvernement Fernando Collor de Melo.
Les pays dont certains vantent l'économie connaissent aussi la crise et les manifestations : à force de faire payer à la population cette économie dite "émergente", le gouvernement reçoit en pleine figure le retour de bâton.

Turquie : La contestation du régime va continuer

Le premier ministre turc Tayyip Erdogan avait déclaré à son départ pour Rabat, au début du mouvement de contestation qui vient de secouer la Turquie pendant trois semaines, que tout serait terminé à son retour du Maghreb, le 5 juin. 
Mal lui en a pris. Non seulement à sa descente d'avion, la place Taksim à Istanbul était toujours occupée par de nombreux manifestants, mais elle l’est restée jusqu'au 15 juin, pendant que les manifestations continuaient dans tout le pays.
La contestation d'un projet de large remaniement de la place Taksim et du parc Gezi voisin, avec suppression du centre culturel Kemal Atatürk et construction d'une mosquée et d'un centre commercial, avait débouché sur un large mouvement qui tenait bon. Les manifestants mettaient en cause pêle-mêle la brutalité de la répression policière, le retour au premier plan de la réaction religieuse et le style de gouvernement à poigne d'Erdogan. La démission de celui-ci était de plus en plus demandée dans les manifestations.
Erdogan : un ton ferme mais des hésitations devant le mouvement
Erdogan n'a pas cédé d'un pouce, mais il a été soumis à la pression de la rue pendant de longs jours. Son ton a toujours été très ferme mais derrière cette fermeté il y avait des hésitations sur l'attitude à adopter, sur fond vraisemblablement de tensions au sein de son gouvernement.
 Ainsi, le 7 juin, il appelait au calme : "Nous sommes contre la violence, le vandalisme et les actions qui menacent les autres au nom des libertés (...) nous accueillons de tout cœur ceux qui viennent avec des exigences démocratiques."  Autre tonalité tout au long de la journée du 9 juin, où il s'est adressé à ses partisans, leur donnant rendez-vous aux présidentielles de 2014.
Le 11 juin, la police anti-émeutes a dispersé les manifestants et a investi la place Taksim dans la matinée. Une intervention finalement vaine puisque la place devait être à nouveau envahie. 
Le 12 juin, Erdogan évoquait la tenue d'un référendum sur le projet de parc Gezi.
 Le 13 juin une réunion était organisée dans la soirée, avec des représentants des occupants. Il y fut promis de consulter la population stambouliote sur le projet du parc Gezi et de la place Taksim, et d'attendre une décision de justice sur le projet. Dans le même temps, un ultimatum était lancé aux manifestants, priés d'évacuer les lieux. 
Le 15 juin, avant l'expiration de l'ultimatum, il a fait évacuer, cette fois définitivement semble-t-il, la place par une intervention brutale de la police et, pour la première fois, de la gendarmerie. Il y aura 400 arrestations de manifestants qui refusaient de baisser les bras. Le bilan de toutes les journées de répression est de 4 morts et des centaines de blessés.
 Finalement, le dimanche 16 juin, enterrant toute négociation, Erdogan a prononcé un discours devant plus de 100 000 partisans de son parti AKP (Parti pour la justice et le développement -islamiste dit modéré-). Il y a réaffirmé sa volonté de ne pas céder la place aux "terroristes". Deux syndicats, KESK (organisation de la fonction publique) et DISK (Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie)  ont répondu en appelant à une grève et à des manifestations de protestation le lundi 17 juin. Sans être négligeables, ces manifestations n’ont  rassemblé que quelques milliers de personnes.
Le mouvement vivra
Erdogan et tous les partisans de l'immobilisme auraient pourtant tort de pavoiser. Quelques bulldozers et les arroseuses de la voirie ne pourront pas effacer les traces de ce mouvement. Les effets pourraient bien s'en faire sentir sur toute la société turque, dans les semaines et les mois qui viennent. Ceux qui ont goûté à la liberté des rassemblements populaires ne sont pas près de l'oublier. Ils ont senti qu'un mouvement, en s'élargissant, peut aller jusqu'à ébranler un régime même s’il se prétend stable.
Bien sûr, pendant que le mouvement de contestation se fixait, au moins à Istanbul, autour de la place Taksim et du parc Gezi, il ne gagnait pas vraiment les couches profondes de la classe ouvrière, sur ses lieux de travail et dans ses quartiers. C'est en tout cas ce que laisse penser notamment le niveau de réponse aux appels syndicaux à la grève et aux manifestations, le lundi 17 juin. Le mouvement se donnait pour but la défense des libertés démocratiques et agitait la perspective du départ d'Erdogan. Mais il n’est pas apparu comme un mouvement qui représenterait vraiment les espoirs de la masse des travailleurs voulant défendre leur droit à une vie décente. Un tel développement suppose l'existence et l'activité d'un parti ouvrier révolutionnaire, d'un vrai parti communiste. Ce parti n'existe pas en Turquie, pas plus qu'ailleurs. Mais des milliers de jeunes et de moins jeunes viennent de s'éveiller à la vie politique et à la contestation de la société. Si ne serait-ce qu'une minorité d'entre eux tire jusqu'au bout les leçons de ce qu'ils viennent de vivre en s'attelant à la tâche de construction d'un tel parti, alors le mouvement qui vient de secouer la Turquie sera un tremplin vers un vrai renversement de l'ordre social.

Guadeloupe : Le Crous fait la chasse aux pauvres !

Chaque année, des dizaines d’étudiants logés à la résidence universitaire de Fouillole demandent à pouvoir garder leur chambre durant les vacances de juillet-août. Pour la plupart, ces étudiants boursiers n’ont pas d’attache familiale en Guadeloupe, ils n’ont donc aucune possibilité de logement.
Depuis peu, la direction du Crous  (Centre régional de œuvres universitaires et scolaires) avec l’aide des assistantes sociales met en place des stratagèmes pour chasser ces résidents durant les vacances : refus d’accorder une aide financière durant cette période, harcèlement moral, invention d’une incapacité à vivre en collectivité, fouille des chambres à la recherche de prétextes, obligation d’un contrat de travail (sur un territoire où 60% des jeunes sont au chômage), «plan de  fermeture de la résidence universitaire la première semaine de juillet comme ça tout le monde va partir»Pourquoi ce service d’aide aux étudiants veut-il les mettre à la rue ?
Le premier argument minable de l’administration est que: «les jeunes veulent rester en juillet-août pour faire du vice», konsidéré yo pa asé gran moun ! La directrice Rustom résume clairement son but : «Il y en a [des étudiants] qui essayent de rester en juillet-août juste pour être sûrs qu’on ne va pas les sortir l’année prochaine». Autrement dit, pour qu’à chaque rentrée des dizaines de nouvelles chambres soient disponibles, il faut expulser les locataires depuis juin. L’administration utilise cette combine pour pouvoir accueillir les nouveaux bacheliers, et camoufler le manque de places. Comme cela, elle fait des économies sur la construction de nouveaux logements, et sur les travaux nécessaires pour rénover les chambres fermées. Enfin, pendant les grandes vacances, le Crous loue ses chambres aux particuliers à des tarifs élevés. L’administration fait donc libérer des chambres d’hôtes pour pouvoir remplir ses caisses.

Martinique : Un nouveau contrat précaire bidon

Le  contrat de génération, dernier dispositif du gouvernement Hollande-Ayrault, créé soi-disant pour combattre le chômage, fait actuellement l’objet de publicité. Il a pour objectif : «d’endiguer le chômage des jeunes et des seniors».
Ce nouveau dispositif consiste : «à créer un binôme jeune-senior afin que le second transmette son savoir au premier». L’État vide ses caisses ou sa boite à outils pour apporter de nouvelles subventions à ceux qui en ont déjà. Car ce contrat implique une «aide» qui représente 4 000 euros par an pendant 3 ans, soit 12 000 euros au total.
Certains patrons locaux ne se gênent pas pour en réclamer encore plus. Ainsi le directeur de la mission locale du Nord, Jean-Michel Loutoby, explique : «Beaucoup de chefs d’entreprise ne trouvent pas ce contrat très attractif. 4 000 euros par an pour garder un senior et un jeune à temps plein, ça ne les emballe pas plus que ça».
Pour Patrice Peytavin, responsable du pôle entreprise-emploi : «Choisir ce contrat suppose d’avoir une vision d’avenir de son entreprise». A tel point qu’en France 2 500 demandes d’aide ont été enregistrées, et en Martinique… une seule !!!
En clair, la fameuse «boite à outils» de Hollande, ou plus exactement la «boite à fric  n’est pas assez pleine pour ces patrons «agoulou» (voraces). Le bricolage de Hollande n’est pas prêt de  réduire le fléau social qu'est le chômage.
 

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