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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1093 du 22 juin 2013/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Un petit programme pour le grand show de la Collectivité Territoriale

Le 31 mai, le Conseil Régional et le Conseil Général avaient pris l'initiative conjointe de convoquer la totalité de leurs élus, ainsi que les cadres et chefs de service, à une grande réunion au Palais des congrès de Madiana. A l'ordre du jour, la présentation des «chantiers» ouverts pour la mise en place en 2015 de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) qui fusionnera les deux assemblées actuellement existantes. Il n'a été une surprise pour personne que cette réunion se déroule avec en arrière-plan l'affrontement électoral prévisible en 2015, entre le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) et ses alliés d'un côté, et le MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) et les siens, de l'autre.  
Les élus du MIM et du RDM (Rassemblement Démocratique pour la Martinique) avaient choisi de ne pas participer à cette réunion. La loi du 27 juillet 2011 ayant institué une commission Tripartite (l'État, le Conseil général et le Conseil régional) qui a déjà commencé ses travaux, le MIM argumente autour de l'inutilité d'une telle réunion. S. Letchimy du PPM répond à cela : «Il faut bien préparer l'accouchement et ne pas laisser la mère le faire seule dans son coin». 
De fait, l'accouchement pourrait être difficile puisque personne ne peut être sûr que, le jour venu, la dotation de l'État soit bien l'addition des dotations versées aux deux collectivités existantes. C'est même plutôt le contraire qui est probable, au vu de la politique gouvernementale actuelle de restrictions budgétaires tout azimut. Tout azimut à l'exception naturellement des aides octroyées au patronat. Il est donc bien naturel que les inquiétudes des agents du Département et de la Région, particulièrement les non-titulaires, s'expriment dans la réunion. Il leur fut répondu que l'ordonnance déjà prise prévoit clairement le transfert de tous les agents du Département et de la Région à la Collectivité Territoriale de Martinique. Ce qui, notons-le, ne garantit rien pour les mois ou années qui suivront  la mise en place de la CTM. 
Les politiques du PPM et du MIM ne sont finalement pas si différentes que ça. Si les uns veulent afficher leur présence dans les travaux préparatoires à la CTM et que les autres semblent surtout soucieux de dégager leur responsabilité de ce qui va advenir, ils ne sont des deux côtés nullement prêts à poser les vrais problèmes qui touchent la population travailleuse.
 Les vrais problèmes, c'est la crise économique ou, plus exactement, la volonté du patronat, aidé par le gouvernement, de la faire payer aux classes populaires. Le camp des réformistes «autonomistes» et celui des réformistes «indépendantistes» n'ont eux comme préoccupations, que d'obtenir des sinécures et des postes officiels dans le cadre de ce que veut bien leur concéder la République française. 
Ce n'est pas de ces deux camps, tout aussi respectueux du système inique des gros bourgeois, que les travailleurs ont quoi que ce soit à attendre, avant, pendant et après l'installation de l'Assemblée unique.
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Il y a 60 ans, la grande grève de la fonction publique aux Antilles-Guyane et à la Réunion

Les raisons de la colère
En 1950, puis en mai, juin et juillet 1953, les fonctionnaires  des «Départements d’Outre-mer» se sont mis en grève pour obtenir un statut et une rémunération identiques à ceux de leurs collègues venus de France.
La loi du 19 mars 1946, qui transformait les anciennes colonies en Départements Français d’Outre-mer (DOM), n’avait pas supprimé les inégalités. Dans la fonction publique, les personnels contractuels ou auxiliaires percevaient une rémunération inférieure à celle des leurs collègues travaillant en France. Pour le gouvernement, une parité des salaires «aurait eu des répercussions néfastes sur les salaires locaux du secteur privé». Il protégeait donc les profits du patronat en se refusant à augmenter les salaires de ces  travailleurs du secteur public. Quant aux titulaires recrutés localement, ils ne bénéficiaient pas des indemnités que percevaient leurs collègues venus de France. Ces derniers percevaient une indemnité d’éloignement de 40%, une indemnité de recrutement de 25% et une indemnité d’installation équivalente à six mois de salaire.
A la grande époque du colonialisme, l'Etat français versait des primes et indemnités non négligeables aux fonctionnaires qui se rendaient dans les colonies d'Afrique ou des Antilles. La discrimination était manifeste entre ces fonctionnaires venus de France et les fonctionnaires locaux, africains ou antillais. Mais elle apparaissait encore plus grave dans les colonies qui étaient devenues sur le papier "Départements  français d'Outre-mer".
A la Réunion, ces injustices provoquèrent une première grève de 33 jours très largement suivie, qui contraignit le gouvernement à reculer. En 1950, une loi instaura la parité du traitement de base et l’attribution d’une indemnité de 25% aux fonctionnaires locaux. Mais les inégalités n’avaient toujours pas disparu.
 
Quand le pouvoir colonial augmente les raisons de la colère
En  février 1951, un rapport émis par des chefs de service blancs de la Martinique souleva la colère des fonctionnaires locaux comme de la population. Dans le but d’obtenir une majoration de leur traitement, ces chefs se plaignaient au gouvernement en ces termes : “Il existe peu de locaux habitables par des Européens... Ce pays est très en retard au point de vue évolution économique et sociale. Les réalisations médico-sociales sont celles du siècle dernier... au point de vue habitat, le métropolitain, astreint à subir ce climat tropical, ne peut, par ses conditions de vie antérieures, ses difficultés d’adaptation, supporter de vivre lui et sa famille dans la case, habitat normal de la grande masse de la population... Si l’Européen veut garder son autorité indispensable au bon accomplissement de sa tâche, il doit veiller particulièrement à son vestiaire, d’où frais supplémentaires”.
Le gouvernement répondit à leur requête en aggravant encore les inégalités. L’indemnité d’installation du fonctionnaire métropolitain fut étendue à son conjoint pour une durée identique de neuf mois. Ces indemnités étaient renouvelées tous les deux ans et ce durant quatre séjours successifs.
Le caractère raciste du rapport et la réponse du gouvernement  furent l’élément déclencheur de la grève de 1953. Les revendications étaient les suivantes :
-Augmentation du salaire de 65%.
-Application du même régime de congé à tous les fonctionnaires, quelle que soit leur origine.
-Extension aux DOM des allocations familiales servies en Métropole.
-Extension de l’indemnité  d’installation à tout fonctionnaire muté à plus de 3000 Km de son département d’origine, ou son abrogation.
-Uniformisation du régime des congés administratifs.
 
Victoire de la mobilisation
La grève dura deux mois, avec le soutien de la population. La quasi-totalité des travailleurs de la fonction publique avaient cessé le travail. Bon nombre de travailleurs du privé et, notamment les travailleurs de la canne firent aussi grève en solidarité avec ceux de la fonction publique. Les militants des futurs partis communistes guadeloupéen, martiniquais et réunionnais ont joué un rôle important à l'époque dans ces grèves.
Grâce à cette longue lutte, les fonctionnaires obtinrent une majoration de traitement dite «prime de vie chère» qui fut portée à 30% puis 40% en Guadeloupe, Martinique et Guyane et 53% à la Réunion. L’indemnité d’installation fut abrogée. L’indemnité d’éloignement fut étendue à tout fonctionnaire muté à plus de 3000km, et non renouvelable.
Depuis lors, il y a eu certes des luttes dans la fonction publique. En particulier, à la Réunion, du 5 au 17 mars 1997, les fonctionnaires et des étudiants menèrent une grève ponctuée par de nombreuses manifestations pour s’opposer au projet du gouvernement de supprimer la prime de vie chère et l’index de correction dont bénéficient les fonctionnaires et assimilés.
Malgré cela les gouvernements successifs sont revenus progressivement sur plusieurs acquis des travailleurs de ce secteur. Après l’augmentation du nombre d’annuité pour l’obtention de la retraite, il est maintenant question pour son calcul de prendre en compte les 10 meilleures années, au lieu des six derniers mois de salaire. Quant à la prime dite «de vie chère», cela fait des années qu’il est question de la supprimer. Mais le blocage des salaires et l’augmentation des prix font le nécessaire pour la rogner progressivement. Comme on a pu le constater au cours des dernières décennies, tout recul dans le public est suivi d’un recul dans le privé et inversement. L’exemple que nous ont donné les fonctionnaires des années 50 est qu’en se battant fort et jusqu’au bout,  on peut obtenir gain de cause.
 

Retraites du public et du privé : l'égalité dans la baisse ?

Nous publions ci-dessous un article de nos camarades de Lutte Ouvrière
Le rapport Moreau sur les retraites, qui doit être rendu le 14 juin, prétend mettre fin aux différences de calcul entre public et privé. Tel que le rapport le présente et que la presse l'a repris, l'inégalité viendrait du fait que la retraite est calculée dans le public sur le salaire des six derniers mois, tandis qu'il s'agit du salaire moyen des vingt-cinq meilleures années dans le privé. Cette présentation est tendancieuse.
D'abord, dans le privé il ne s'agit que du calcul de la pension de retraite de la Sécurité sociale, sur la base de 50 % au maximum de ce salaire moyen. Il s'y ajoute généralement, pour 85 % des hommes et 75 % des femmes, une retraite complémentaire, qui représente plus de 20 % du dernier salaire. Dans le public, il n'y a pas de complémentaire et le calcul est fait en une seule fois. En ne prenant que les six derniers mois d'une part, les vingt-cinq meilleures années d'autre part, on compare donc des choses qui n'ont rien à voir. De plus, la pension des salariés du public est calculée sur la base d'un salaire hors primes, alors que celles-ci peuvent représenter plus de 10 % du salaire.
Le résultat est que, tout compris, les salariés du public et du privé touchent grosso modo la même somme, si on la rapporte au dernier salaire. Lorsqu'un salarié touche en fin de carrière 2 000 euros (si on prend la moyenne de ses cinq dernières années), il aura une retraite de 1 576 euros dans le privé et 1 574 euros dans le public. Ce sont là les chiffres très officiels de l'étude « Solidarité santé » de la Direction des statistiques du ministère de la Santé, parue en novembre 2012, reprise par le COR, le Conseil d'orientation des retraites, et comment voir là une inégalité ?
Le gouvernement se cache derrière des «experts» pour habiller ses attaques. Les calculs censés démontrer une prétendue inégalité sont faux, mais de nombreux journalistes répètent ces bobards, pour conditionner l'opinion publique en montrant du doigt les salariés du public. Mais abaisser les uns ne fait jamais remonter les autres. Public ou privé, tous doivent se préparer à défendre leurs retraites et leur niveau de vie, et le faire ensemble serait le mieux.
Alain LECAIRE’

Prime de vie chère et détournement de fonds

Dans une interview sur Nouvelle Calédonie première, le directeur de la Banque de France, Christian Noyer, a déclaré  qu'il  «faut mettre fin progressivement à la surrémunération des fonctionnaires», c'est à dire la prime de vie chère, que l'on appelle aux Antilles " les 40%". Pour, lui, cette suppression serait le seul moyen de lutter contre la vie chère Outre-mer (!! ??). Dans son sillage, Willy Angèle, patron du MEDEF-Guadeloupe dit en gros la même chose.
On constate que ces déclarations interviennent quelque temps après celles du président de la fédération des entreprises d'Outre-mer (la FEDOM), Jean-Pierre Philibert. Selon ce dernier, ces «surrémunérations», qu'il estime à un milliard d'euros, devraient être récupérées par l'État et reversées dans un tronc commun pour venir en aide aux entreprises. Car voyez-vous, pour lui, ces primes de vie chère sont «une source d'injustices». Pour ce monsieur, la justice serait que les patrons mettent la main sur cette nouvelle manne ! Non mais de qui se moque-t-on?
En clair, ces attaques contre la prime de vie chère des fonctionnaires ne seraient- elles pas tout simplement un tour de passe-passe pour détourner progressivement ces fonds des poches des fonctionnaires vers celles des patrons ?
 

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