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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1093 du 22 juin 2013/Première page

Première page

Éditorial : La carotte et le bâton

Le Premier ministre  Jean Marc Ayrault sera en Martinique et en Guadeloupe du 26 au 28 juin; sans doute sera-t-il accompagné par un plusieurs de ses ministres issus des "DOM", Lurel, Taubira , Pau Langevin. Prétexte de ce voyage : la célébration du centenaire de la naissance d'Aimé Césaire le 26 juin . Depuis quelque temps, aussi bien la droite que la gauche gouvernementales françaises utilisent à fond l'image de Césaire pour flatter la « fibre régionaliste antillaise » et tenter de gommer l'image colonialiste du passé.  Le 10 mai dernier, c'est encore avec une citation de Césaire que François Hollande devait  répondre à ceux qui réclament au gouvernement français  l'octroi de "réparations" pour les méfaits de l'esclavage. Pouvoir se réclamer d'un dirigeant noir martiniquais, chantre de la "négritude", pourfendeur du "colonialisme" est donc du pain béni pour  les politiciens français, afin de faire passer la politique de l'impérialisme français dans les plus vieilles possessions Outre-mer de la France.
Et aujourd'hui, il s'agit de faire passer aussi dans "les Outre-mer" toutes les mesures de restrictions imposées à la population  par le gouvernement et la bourgeoisie française.
Parmi ces mesures, les atteintes contre la retraite apparaissent comme les plus scélérates : augmentation du nombre d'annuités à 43 ou 44 ans, ponction sur les retraites, changement défavorable du mode de calcul des retraites  des fonctionnaires, alors même qu'il leur est refusé, cette année encore, une augmentation de salaire. Quant à la prime de vie chère perçue par les fonctionnaires dans les DOM, elle a subi ces derniers jours des attaques comme celle du directeur de la banque de France et d'autres. Serait-ce un avant goût pour préparer sa suppression ?
Hollande trace donc le chemin vers la retraite à 64, 65 et 67 ans. Son argument,  comme Sarkozy, est qu'il est normal de reculer l'âge de la retraite puisque l'espérance de vie se rallonge. Mais dans le même temps la productivité et la richesse globales ont été considérablement multipliées. La société est beaucoup plus riche qu'avant. Il n'y a qu'à constater ces milliards qui sont versés aux actionnaires. Un rapport commandé par Montebourg sur les aides publiques aux entreprises montre que celles-ci se monteraient à 110 milliards d'euros par an. Et si une infime partie va aux petits entrepreneurs comme les buralistes ou les chauffeurs de taxi, l'essentiel va dans les coffres des grosses entreprises. La défiscalisation et autres niches fiscales aux Antilles ne profitent qu'aux riches. On aurait pu utiliser tout cet argent pour renflouer les caisses  de retraite.
La deuxième "conférence sociale" qui a débuté jeudi 20 juin est la conférence qui donnera quitus à Hollande et à la bourgeoisie pour toutes les mesures de restrictions qui vont frapper la population avec l'accord officiel de certains syndicats et en s'assurant que ceux qui ne signeront pas ne feront rien d'important contre cette politique. Contre le chômage de masse c'est bien plus que les mesurettes d'Hollande qu'il faudrait. C'est encore plus vrai aux Antilles, où le chômage réel s'élève à plus de 35%, induisant notamment un regain de délinquance, de braquages, de vols, de désespérance. C'est un plan d'urgence avec répartition du travail entre tous,  une politique de grands travaux qu'il faudrait mettre en vigueur. Au lieu de cela,  les  capitalistes békés, les multinationales comme Total se voient protégés et bénéficient de toutes sortes d'avantages leur permettant d'accroître considérablement leurs profits. Alors Ayrault nous donnera sans doute du Césaire le 26 juin en Martinique. Il le fera aux côtés des Letchimy, Lurel, Taubira et Cie et de tous ceux qui sont comptables de la politique actuelle de la gauche vendue à la bourgeoisie. Mais ce ne sera  qu'une variante tropicalisée  pour tenter de mieux faire avaler les mesures draconiennes imposées aux travailleurs et à la population laborieuse. Plus que de ne pas en être dupe, il faudra se préparer à combattre cette politique.
 

Fin du RSTA, les travailleurs doivent se préparer à défendre leurs salaires et leurs emplois.

Le gouvernement Hollande et son ministre Lurel ont décidé de supprimer le RSTA (Revenu Supplémentaire Temporaire d’Activité)  à  partir du 31 mai 2013.
Après que cette mesure ait été prolongée par le gouvernement Sarkozy, avant l’élection présidentielle en mars 2012, puis à partir de décembre 2012 par le gouvernement Hollande, l’État décide de l’arrêter sous prétexte d’économies.
En réalité, le RSTA a permis à l’État de subventionner les patrons pour qu’ils n’aient pas à payer l’augmentation de 200 € arrachée par les grèves de janvier, février, mars 2009 !  Les entreprises en ont tiré, comme d’habitude, des exonérations fiscales. L’accord prévoyait qu’après trois ans les patrons prendraient le relais de l’État et verseraient la totalité des 200 €. Mais les patrons ont refusé, malgré notamment une longue grève à l’usine Gardel et à Carrefour Milénis, en Guadeloupe.
En 2012, l’État a versé 21 159 726 € au titre du RSTA. Pourtant, dès le début, l’État a réduit le nombre de bénéficiaires en incluant les primes dans le calcul du 1,4 SMIC. Et au fur et à mesure que le temps passait, les conditions pour toucher ce complément de salaire étaient de plus en plus draconiennes. Le RSTA et l’augmentation issue de l’accord Bino en Guadeloupe et l’ARI (accord régional interprofessionnel) en Martinique représentaient une bouffée d’oxygène dans le budget des travailleurs les plus modestes. La grève avait permis que l’ensemble des salariés percevant jusqu’à 1,4 SMIC en soient bénéficiaires. La fin du RSTA aura pour conséquence de diminuer encore le maigre pouvoir d’achat des travailleurs. Cela aura sans aucun doute des répercussions néfastes sur toute l’activité commerciale en Guadeloupe et en Martinique  et sur les conditions de vie des plus pauvres.
Pour les travailleurs qui ont obligé leur patron à signer l’accord Bino initial et l’ARI,  il faudra continuer à exiger l’application des accords signés, y compris en saisissant la justice prud’homale. L’accord Bino et l’ARI ont été signés après une mobilisation générale de près de 2 mois. Il faudra que les travailleurs préparent un vaste mouvement, de plus grande ampleur qu’en 2009, pour défendre leurs salaires et leurs emplois !

Martinique : Mobilisation avec les agents hospitaliers, mercredi 26 juin à 9h, Maison des Syndicats de Fort de France.

Lors de sa réunion du 11 juin dernier, la Commission Exécutive de la CGTM a décidé de soutenir l’action de la CGTM SANTÉ pour exiger des pouvoirs publics le paiement immédiat des dettes des hôpitaux publics.
Dans un tract daté du 16 juin, la CGTM appelle les travailleurs, les travailleuses et la population laborieuse de Martinique à «défendre son droit à avoir des soins de qualité». Un rendez-vous central est fixé à la maison des Syndicats à 9h,  mercredi 26 juin à l'heure d'embauche. Un préavis de grève de 24h pour tous est déposé.
Combat Ouvrier soutient d'autant plus cette initiative qu'il y a une menace sérieuse de suppressions de centaines d'emplois dans les hôpitaux. Les employés de la Santé sont confrontés depuis des années à une situation de plus en plus dégradée et intolérable. Le gouvernement Hollande-Ayrault réserve ses fonds et ses largesses aux gros possédants et sous prétexte de crise, met les travailleurs et la population laborieuse dans  des difficultés de plus en plus grandes.
 Que la population s’en mêle et exige de pouvoir avoir accès à des soins de qualité, c’est bien normal et c’est une nécessité. Ce sont les cotisations versées par elle à la Sécurité sociale qui constituent l’essentiel du budget des hôpitaux. Cet argent ne doit pas être dilapidé dans des cadeaux sans fin au patronat mais doit servir à régler immédiatement les déficits publics des hôpitaux qui n’ont que trop duré.
Par ailleurs, tous  les travailleurs subissent depuis de nombreux mois les attaques de l’actuel gouvernement qui comme le gouvernement Sarkozy se met à plat ventre devant les banquiers et les gros capitalistes qui spéculent avec la dette publique.
Alors, même s’il est évident qu’une seule journée de mobilisation ne peut permettre d’améliorer la situation des travailleurs et de la population laborieuse, ce serait quand même une occasion de faire entendre leur voix. Syndiqués ou pas, travailleurs, chômeurs, retraités, ont de bonnes raisons de se préparer à manifester leur mécontentement et leur volonté de voir que les choses changent et à participer à cette journée de mobilisation.
 

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