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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1094 du 6 juillet 2013/Quatrième page

Quatrième page

EGYPTE : Le régime Morsi déjà sénile à son premier anniversaire

A la suite des révoltes populaires ayant entraîné en Tunisie le départ de Ben Ali et la chute en février 2011 du dictateur égyptien Moubarak, un commentateur écrivait : «Toute la région était un volcan éteint. Il se réveille avec d’autant plus de force qu’on le croyait éteint. Et il a de nombreux cratères, qui s’allument les uns après les autres».
Les résultats des élections à l'Assemblée, proclamés le 21 janvier 2012, donnaient une large majorité (222 sièges sur 498) au PLJ (Parti pour la Liberté et la Justice), émanation politique de la mouvance «Frères musulmans». Le mouvement salafiste Al-Nour (la Lumière), arrivait second avec 112 sièges.
5 mois plus tard, le scrutin pour la présidence donnait comme vainqueur le Frère musulman Mohammed Morsi (plus de treize millions de voix), contre plus de douze millions à son rival Ahmad Chafiq, ancien Premier ministre de Hosni Moubarak. Les forces vives du mouvement  de 2011 semblaient s'être évanouies dans les méandres politiciens des campagnes électorales organisées sous contrôle du Conseil suprême des forces armées et de son chef, le maréchal Hussein Tantaoui, ancien ministre de la Défense de Moubarak.
En Egypte le volcan semblait tari et la lave semblait tant bien que mal se refroidir, sur fond de tensions entre l'armée et le président Morsi.
Eh bien, en cette année 2013, l'éruption a repris. 
 
De nouvelles manifestations de masse
Le 25 janvier, jour anniversaire de la manifestation massive qui, en 2011, devait conduire au départ de Moubarak, des manifestations conspuant Morsi et les Frères musulmans étaient organisées dans plusieurs villes.  Ces manifestations devaient être le point de départ de plusieurs jours de mobilisation populaire de milliers de manifestants, bravant l'état d'urgence proclamé et la répression qui devait faire plusieurs dizaines de morts.
Les quartiers populaires, toujours soumis aux salaires misérables, à l'accumulation de petits boulots, à la précarité de la vie quotidienne, en rendaient le nouveau pouvoir responsable.
Cet état d'esprit a encore éclaté au grand jour fin juin.
Alors que, dernièrement, des exactions meurtrières contre des coptes (minorité chrétienne vivant en Egypte), attribuées aux Frères musulmans, n'avaient pas provoqué de larges réactions, il n'en a pas été de même après le lynchage, dimanche 23 juin dans le gouvernorat de Gizeh près du Caire, de quatre chiites, dont un dignitaire religieux connu, par des musulmans sunnites.
Le président égyptien a eu beau promettre que «justice serait faite rapidement», ces nouvelles violences ont alimenté les sentiments nourris par beaucoup, selon lesquels M. Morsi encourage la haine confessionnelle des éléments archaïques les plus radicaux.
La réaction populaire contre ce massacre inter-religieux s'est superposée à la campagne de la coalition «Tamarod» (Rébellion). Celle-ci initiée depuis quelques semaines par des partis d'opposition libérale, était prévue pour culminer le 30 juin, à l'occasion de l'anniversaire de l'intronisation de M. Morsi, avec notamment un grand rassemblement devant le palais présidentiel.
L'appel a été entendu, et même dépassé. Selon plusieurs sources, il s'agissait des plus imposantes manifestations s'étant jamais déroulées en Egypte. Ce sont des millions de personnes qui ont déferlé dans la capitale et dans de nombreuses autres villes aux cris de «Le peuple veut la chute du régime» et «Dégage», slogans déjà scandés aux derniers jours du pouvoir de Moubarak. La place Tahrir était réinvestie une nouvelle fois.
Selon le ministère de la Santé, au moins 16 personnes ont été tuées dans tout le pays en marge des manifestations, dont huit dans des affrontements entre pro et anti-Morsi au Caire. Des affrontements similaires avaient déjà fait huit morts, dont un Américain, la semaine précédente, sans amoindrir la détermination des manifestants.
Au Caire, le siège des Frères musulmans a été en partie incendié dans la nuit dans le quartier du Moqattam, avant d'être occupé et pillé lundi matin. Il semble bien que la police ait délibérément laissé faire, ainsi que l'armée.
 
L'armée entre en scène
Ce choix de l'armée, d'accepter d'apparaître comme plutôt favorable au mouvement, s'est confirmé par l'ultimatum qu'elle a lancé lundi 1 juillet. Sa réponse aux manifestations de masse a été dedonner 48 heures aux responsables politiques pour satisfaire les «demandes du peuple», faute de quoi elle imposerait sa propre «feuille de route». Six ministres présentaient leur démission tandis que Morsi rejetait l'ultimatum. A l'heure où nous écrivons nous ignorons les développements ultérieurs...
Après la déclaration de l'armée, les manifestants toujours mobilisés place Tahrir au Caire auraient explosé de joie aux cris de «Morsi n'est plus notre président, Sissi [nouveau chef de l'armée] avec nous». Les initiateurs de Tamarod estimaient de leur côté : «l'armée s'est rangée au côté du peuple».
Ainsi on présente à la population la perspective d'un changement de façade à l'ombre de l'armée. Comme en 2011 lors de la chute de Moubarak. Pourtant ce qui s'est passé à l'époque, il n'y a pas si longtemps, a surtout montré que l'armée ne défendait que le statu quo dans la société. Un statu quo où derrière sa dictature maintenue, les «affaires», c'est-à-dire l'exploitation, peuvent continuer comme avant.Et l'armée  pourra  tout aussi bien se retourner demain contre ceux qui l'acclament aujourd'hui.
Dans les événements présents, les travailleurs peuvent prendre conscience rapidement de cette réalité. Cette prise de conscience est pour eux la seule voie vers un changement réel, dans l'intérêt de tous les exploités.
 

Iran : rien de nouveau après le scrutin.

Hassan Rohani, le moins conservateur des huit candidats  au poste de président du pays, a été élu dès le premier tour avec plus de 50% des voix. L’élection en elle-même de ce religieux, favori des réformateurs changera peut être en surface, mais pas vraiment en profondeur.  En Iran le rôle  du président de la république est mineur. Il administre le pays sous le contrôle du "guide suprême". Le véritable pouvoir est donc dans les mains ce "guide" suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei.   Lui et les religieux qui l’entourent ne sont pas élus. Ils ont la haute main sur toutes les forces armées, sur le parlement et sur les corps constitués. Les huit candidats qui se sont affrontés ont dû avoir leur autorisation pour être candidat. Et si  le guide suprême et la clique qui l’entoure ont accepté la candidature d’Hassan Rohani c’est qu’il ne représente aucun danger pour leur pouvoir. Par contre sa venue au pouvoir leur donne la possibilité de faire croire que le changement est en marche. Ils veulent que cette illusion s’étende à l’intérieur du pays pour calmer les classes populaires qui supportent de moins en moins la crise économique et ses privations, et pour faire croire aux jeunes  des classes aisées que l’étau du pouvoir sur la société s’estompera. L’illusion du changement  est aussi  un petit geste envers les puissances occidentales pour  montrer  que  l’Iran aurait fait un pas. Une manière aussi de  demander implicitement à ces puissances  d'alléger l'embargo commercial imposé au pays.
            Mais le changement en Iran ne sera réel que si la population s’engouffre dans cette petite fenêtre entrouverte par l’entourage du "guide suprême".

En Turquie la contestation continue

Fin juin, le mouvement initié en mai dans les grandes villes turques marquait toujours l'actualité.
Les manifestations monstres ont cessé, mais des rassemblements rappelaient toujours que les problèmes posés par les manifestants contre le régime Erdögan n'étaient toujours pas résolus.
Samedi 22 juin, environ 10 000 personnes se sont rassemblées place Taksim à Istanbul pour rendre hommage aux cinq morts résultant de la répression au plus fort des événements. Dispersés par la police ils ont résisté plusieurs heures dans les rues et quartiers environnants. Au même moment, des manifestations étaient dispersées à Ankara, Izmir, etc.
Le samedi suivant, 29 juin, une nouvelle manifestation de même importance en direction de la place Taksim, reprenait des slogans de solidarité avec la minorité kurde : "Policiers assassins, hors du Kurdistan !", "L'Etat meurtrier paiera !", etc. La manifestation avait tout naturellement rejoint cet axe de protestation après la mort le vendredi d'un jeune Kurde de 18 ans tué à Kayacik, dans la province de Diyarbakir, en majorité kurde, à l'est du pays. Il protestait contre la construction d'une gendarmerie. Dix autres manifestants avaient été blessés par les forces de l'ordre.
 A Diyarbakir, plusieurs centaines de kurdes ont  manifesté  également lors des obsèques de la victime. Ils réclamaient des autorités le respect des récents accords passés avec les combattants nationalistes du PKK, prévoyant leur départ de Turquie vers le nord de l'Irak, en échange de la satisfaction de revendications autonomistes dans les régions kurdes.
Le gouvernement Erdögan est donc toujours soumis à l'expression publique de revendications diverses. La contestation continue contre un régime immobiliste et tourné vers le passé.

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