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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1094 du 6 juillet 2013/Troisième page

Troisième page

Brésil : la colère est toujours là, ses raisons aussi

Le 20 juin dernier, Dilma Rousseff a partiellement cédé aux revendications des centaines de milliers de manifestants qui protestaient depuis deux semaines contre l’augmentation des prix des transports en commun. Ils protestaient aussi contre les sommes indécentes dépensées par le gouvernement fédéral en vue de la prochaine Coupe du monde de football de 2014.
Le projet d’augmentation des tarifs de bus à Sao Paulo et d’autres grandes villes a été révoqué. Le lendemain, Rousseff y a ajouté la promesse que l’argent du pétrole serait reversé au système éducatif et que des mesures seraient votées pour contrôler et punir la corruption.
La détermination des jeunes des quartiers populaires qui ont pris part pendant plus de deux semaines aux manifestations a pu surprendre, de même que la violence de la répression policière dans un pays où le gouvernement semblait jouir du soutien d’une grande partie des masses laborieuses (65 % d’opinions favorables en mars dernier). Pourtant, il était certain que les masques, tôt ou tard, tomberaient.
Il y a trois ans, lorsque Rousseff a succédé à Lula, lui aussi membre du Parti des travailleurs (PT), nous écrivions : « le PT prétend agir au nom de la classe ouvrière, mais depuis 8 ans, la bourgeoisie brésilienne a largement profité de son action au pouvoir (...) Sous le règne du PT, le déséquilibre du partage des richesses s’est aggravé en faveur de la bourgeoisie. Par exemple, au cours du dernier semestre la «souplesse» vis-à-vis des riches a permis à l’évasion fiscale «officielle» d’atteindre le double de toutes les dépenses sociales ! Mais comme le «gâteau» de la richesse brésilienne n’a pas diminué pendant la crise grâce à la hausse des prix des matières premières, il a été possible d’augmenter la part des riches, tout en donnant de plus grosses miettes aux pauvres. Le PT bénéficie donc du fait que la misère était si profonde qu’un «rien» représentait déjà un «mieux», et de l’impact relativement faible de la crise.»
«Dans son premier discours, la nouvelle présidente a vaguement promis de continuer l’œuvre de Lula … Mais dans le même élan, elle a aussi annoncé – et tous ses proches n’ont cessé de le répéter depuis – qu’elle s’engageait à «réduire au plus vite les dépenses de l’État»… Un «mot de passe» que les travailleurs du monde entier devrait apprendre à reconnaître comme une déclaration de guerre».
Avec le ralentissement de la croissance et l’accélération des attaques du gouvernement contre les pauvres, les tensions entre la population et sa «présidente» se sont accumulées tout au long de l’année dernière. L’expulsion de 6 000 habitants pauvres de Sao Jose dos Campos, près de Sao Paulo, par une descente brutale de 2000 policiers en janvier 2012, l’éviction, au même moment, de milliers d’Amérindiens chassés de leurs terres par la construction du pharaonique barrage de Belo Monte sur l’Amazone ont montré le vrai visage du gouvernement Rousseff. La grève des 7000 ouvriers de ce même barrage, en avril 2012, a montré qu’une minorité de travailleurs étaient prêts à résister à ce gouvernement et à ses amis milliardaires (en l’occurrence les actionnaires d’Eletrobras et de Vale). Cette année, la réduction des dépenses sociales, la privatisation des aéroports et des ports, le quasi-gel des salaires des fonctionnaires fédéraux a aussi provoqué des réactions chez les travailleurs. D’ailleurs, en moins d’un mois, la côte de popularité de Rousseff s’est effondrée (passant de 57 % à moins de 30 % d’opinions favorables), y compris dans certains fiefs ouvriers du PT.
Seule la classe ouvrière du Brésil a le pouvoir d’arracher les immenses richesses du pays des mains de la bourgeoisie pour soulager la misère des masses laborieuses. Le fait que les bureaucraties syndicales – y compris celles qui sont liées au PT de Rousseff – ont appelé à une grève générale le 11 juillet prochain est peut-être le signe qu’elles craignent de voir une partie de leur base s’engouffrer dans la brèche ouverte par les jeunes des quartiers pauvres. L’entrée en action des travailleurs serait une bonne chose, mais ils devront se débarrasser complètement de leurs illusions dans leurs chefs actuels s’ils veulent changer réellement leur sort et la société brésilienne.

Guadeloupe CHU : Grève des agents de la Psychiatrie

Les agents du service de psychiatrie du CHU de Pointe-à-pitre-Abymes sont en   grève.Ils réclament l'embauche de 7 infirmiers. Car disent ils dans leur dernier tract  "nous ne voulons plus travailler à deux soignants pour 26 voire 28 patients". Et ils ajoutent : "Notre priorité : qualité de la prise en charge, sécurité des patients et des soignants".
En Psychiatrie, les conditions de travail se sont détériorées à une vitesse inimaginable. Il n’est pas rare que les collègues, bien souvent des femmes,  soient amenées travailler à deux pour 25, voire 27 patients. Lorsque les conditions s'aggravent encore, l’encadrement rappelle les agents en repos. Il arrive aussi que les agents décident d’eux-mêmes de venir travailler pour éviter qu'un collègue ne soit en difficulté. Mais ce sont des arrangements qui ne pouvaient durer éternellement. En Assemblée générale avant la grève, des témoignages poignants  sur les conditions de travail ont pu être entendus.
Dans le cadre des 5 jours préalables au déclenchement de la grève, la directrice responsable de la Psychiatrie et la DSSI a entendu le personnel. Il a été évident, qu’il faut augmenter le personnel.  Jeudi 4 juillet, il semble que la direction soit prête à céder, mais dans le doute les agents qui font preuve d'une grande combativité  demeuraient mobilisés.

Guadeloupe : QUEL AVENIR POUR LA "GESTE" ?

La Guadeloupéenne d’Exploitation de Sites Touristiques et d’Equipements (GESTE) est "une société par action simplifiée unipersonnelle" créée par la SEMAG (Société d’Economie Mixte d’Aménagement de la Guadeloupe) en 2010.  Elle a pour rôle la gestion de "Beauport pays de la canne".
Ce circuit touristique a été créé sur le site de l'ancienne  usine  sucrière  de Beauport à Port Louis, où un petit train fait connaître aux visiteurs, dans les champs de canne et  dans l'ancienne usine, le travail des ouvriers d'usine et ouvriers agricoles d'antan.
Le conseil général, au titre des Délégations de service public, apporte chaque année une subvention de 900 000 € à la GESTE. Une telle somme devait permettre à cette société d’assurer une gestion équilibrée. Or, cette société souffre depuis pratiquement sa création d’un déficit chronique. Ses dirigeants ont englouti le capital (au départ 300 000 €). La SEMAG vient de recapitaliser la GESTE. Elle dit vouloir apporter sa subvention pour 2013 mais ne tient pas à s’engager pour les trois années suivantes compte tenu de l’état des comptes de la GESTE.
 Les seize travailleurs de la GESTE sont donc très inquiets pour leur emploi.  Face aux manœuvres des dirigeants et de leur manque de communication, ils ont décidé de se mobiliser afin d’exiger des différentes institutions la vérité sur l’avenir de la structure. De nombreux courriers ont été expédiés à qui de droit afin d’exiger des informations précises sur l’avenir de la GESTE. Une conférence de presse fut tenue sur le site. Le début de mobilisation des travailleurs de la GESTE est donc parfaitement justifié et ils méritent un large soutien pour éviter la fermeture du site et qu'ils soient purement et simplement licenciés.

Martinique : Les salariés du Comité d’Entreprise de la Sécurité Sociale se défendent

Le jeudi 27 juin les entrées du siège de la CGSS (Caisse générale de la Sécurité Sociale), place d'Armes au Lamentin, étaient bloquées par les salariés du Comité d'entreprise de la CGSS, en grève depuis le 3 juin. Cette fermeture maintenait à l'extérieur tant les usagers de la Sécu que son personnel. Manifestement, le conflit opposant les salariés du CE aux élus de ce même CE n'était toujours pas réglé.
Il est à noter qu’élus et salariés du CE sont des adhérents CGTM.
Mais cela fait des semaines, voire des mois, que le personnel du CE ressent la crainte d'être sacrifié suite à de supposées difficultés financières de cet organisme et à la décision des élus du CE de le mettre, début 2012,  en redressement judiciaire. Les derniers développements remarquables de ce conflit ont été la tentative de licenciement d'une salariée début 2013, puis le non-paiement des arriérés de son salaire. Il y a eu  aussi  l'officialisation de la volonté de mettre un terme aux activités de restauration assurées par le CE, ce qui est naturellement ressenti comme une menace pesant sur les emplois du personnel des cantines.
L'employeur est ici un CE, dont le secrétaire se montre pour le moins peu soucieux des préoccupations légitimes des salariés et affiche même une attitude arrogante vis-à-vis d’eux. La presse a rapporté ses propos devant le blocage des locaux : «Jamais je ne démissionnerai. J'irai jusqu'au bout de mon mandat...».
Reste à savoir si les salariés et des adhérents CGTM ne vont pas décider de lui faire connaître leur désaccord avec ses méthodes qui n’ont rien à voir avec celles nécessaires à la défense des intérêts des travailleurs. C’est ce qu’ils auraient de mieux à faire.
Les salariés du CE de la CGSS sont soutenus par une intersyndicale  CGTM-FSM, FO, CFDT, SNFOCOS (FO cadres). Si certains des syndicalistes engagés dans cette intersyndicale sont sans doute inspirés en partie par l'opportunité de tirer profit de la situation pour leur organisation, ce sont avant tout les errements du secrétaire du CE, élu sur une liste CGTM, qui en sont responsables.
De son côté, la confédération CGTM a mis en ligne sur son site internet, le 16 juin, un texte donnant sa position en ces termes.
Extraits : 
«Les militants syndicaux engagés dans une activité au sein d'un C E doivent avoir comme préoccupation de rester des défenseurs des intérêts, matériels et moraux, de tous les travailleurs, y compris naturellement les salariés du CE.
Cela exclut naturellement tout comportement patronal comme menaces de licenciement ou incertitudes entretenues sur l'emploi. Les travailleurs doivent pouvoir voir en leurs élus, y compris au CE, des alliés. Cela suppose la transparence la plus totale, que les salariés soient le plus possible associés aux décisions. Cela suppose aussi d’être prêt à refuser sans hésitation des responsabilités qui entraîneraient des prises de position contraires à un syndicalisme de lutte contre le patronat...».

Obama au Sénégal :Chodyè ka di kannari fès li nwè.

Le 27 juin, Barack Obama, en visite officielle à Dakar, tenait une conférence de presse commune avec Macky Sall, président de la République du Sénégal. Une question posée par une journaliste  a porté sur la décision, rendue la veille par la Cour suprême américaine, favorable au mariage homosexuel. Obama a salué "une victoire pour la démocratie américaine". "Je crois, a-t-il dit, qu'à la racine de ce que nous sommes en tant que peuple, en tant qu'Américains, il y a le précepte de base que nous sommes tous égaux devant la loi", avant d'ajouter que le devoir des États était de "traiter chacun également".
Tout en gommant le fait que cette égalité là n'existe, aux États-Unis, que dans treize états, Obama voulait sans nul doute jeter une pierre dans le jardin de Macky Sall. L'homosexualité est en effet illégale au Sénégal.
Macky Sall ne s'est pas démonté. "...on n'est pas prêt à dépénaliser l'homosexualité. C'est l'option du Sénégal pour le moment... C'est comme la peine de mort, une question que chaque pays traite à sa façon. Nous l'avons abolie depuis longtemps...". Le châtiment suprême est aboli au Sénégal depuis 2004, contrairement aux États-Unis où cette barbarie subsiste dans la majorité des États.
Barack Obama, suffisant, représentant d'une grande puissance, se voulait donneur de leçons de démocratie auprès des autorités sénégalaises. Mais il s'est retrouvé dans la situation de l'arroseur arrosé !
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                
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