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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1094 du 6 juillet 2013/Première page

Première page

Éditorial :LE DRAME DE TABANON, REVELATEUR D’UNE SOCIETE MALADE

Le terrible drame survenu à Petit Bourg dans la section de Tabanon samedi en fin d'après midi a ému profondément  la population de Martinique et de Guadeloupe. Un homme a en effet tué 6 personnes de sa famille : sa femme, ses deux enfants, deux de ses oncles et son cousin. Les raisons réelles de ce geste sont troubles. Mais ce drame familial survient dans un contexte de violence accrue dans l'île qui alimente  discussions et  interrogations.
Il y a quelques jours un jeune homme était froidement abattu à la sortie d'une boîte de nuit car il aurait approché simplement une jeune fille. Quant aux braquages armés, ils sont quasi quotidiens en Guadeloupe. En Martinique ils sont moins nombreux, mais dans les deux îles le nombre de faits de violence a tendance à s'accroître. Parmi eux, les violences meurtrières envers les femmes sont particulièrement importantes.
Certes, ces violences ne sont pas toujours de même nature. Entre un braquage armé et un drame familial il y a une différence. Mais le point commun reste cette banalisation du risque de la perte de vie et de la perte de vie elle même. La vie est-elle donc si dérisoire qu'on la fasse perdre et qu'on la perde aussi facilement? Il faut croire que oui pour beaucoup.
En ce qui concerne la délinquance des jeunes, point n'est besoin de chercher midi à quatorze heures pour  trouver  des causes majeures : le chômage, la précarité, la pauvreté, le manque de perspectives.
En ce qui concerne l'auteur de la tuerie de Tabanon, ce sont le désarroi, la détresse morale qui sont les causes de cet acte fou.
Mais dans les deux cas, on se trouve devant une crise morale à laquelle la société actuelle est incapable d'apporter  suffisamment de réponses et de remèdes. Il est parfaitement compréhensible qu'une société malade, faite d'inégalités, de chômage, d'égoïsme, d'individualisme accrus produisent des individus malades ou abîmés psychologiquement. Et ce qui frappe dans la succession de faits de violence c'est effectivement cette banalisation de la mort, donc de la vie aussi !
Mais pour donner à tous le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue, faut-il encore que les conditions matérielles de vie changent. C'est le combat que mènent ceux qui se battent pour une autre société qui favorisera l'épanouissement matériel et intellectuel de tous. C'est le combat des militants révolutionnaires. C'est notre combat à Combat Ouvrier.
On a vu et entendu à la télé tous les responsables politiques, se donnant une mine de circonstance, parler du drame, comme Victorin Lurel, Borel Lincertain et d'autres. Mais ces gens là sont eux-mêmes des rouages de ce système pourri qui plonge toujours plus de gens dans la détresse. Lurel en a profité pour dire qu'il y aurait des patrouilles renforcées, des radars en mer pour surprendre trafiquants de drogue ou trafiquants d'hommes. Sauf que le drame de Tabanon ne dépendait pas, lui, de la quantité plus ou moins importante de gendarmes et de flics présents sur le terrain. Contre un tel drame qui survient lorsqu'un homme en détresse en arrive à perdre la raison, c'est un autre remède qu'il faut. C'est changer  la vie. Faire en sorte qu'elle soit suffisamment riche pour  qu'elle suffise à faire le bonheur des uns et des autres. Car les drames comme celui de Tabanon sont aussi  l'expression d'une démoralisation sociale plus générale qui ne fera qu'empirer s'il n'y a aucun changement radical.
Changer la vie réellement, c'est l'objectif des militants révolutionnaires. Mais ce ne sera possible que dans le cadre d'un autre type de société fondée non pas sur la domination d'une minorité de profiteurs sur la grande majorité des gens mais en priorité sur la satisfaction des besoins de cette majorité. Mais déjà se battre collectivement, tous ensemble  pour que ça change serait  le premier élément du changement !

Mandela, un symbole de la lutte mais pas un représentant des exploités

Nous publions ci-dessous l'éditorial de nos camarades de Lutte Ouvrière, dont nous partageons totalement  l'analyse.
 
Depuis une semaine, Nelson Mandela est entre la vie et la mort. Les hommages affluent du monde entier, des pauvres, des puissants, des Noirs, des Blancs. Mais le consensus n’est que de façade. À travers Mandela, les Noirs d’Afrique du Sud et les opprimés du monde entier veulent saluer le combat d’un peuple contre la ségrégation raciale et pour la liberté et l’égalité.
Les dirigeants impérialistes saluent, eux, la politique de Mandela qui a consisté à limiter et à arrêter ce combat. Ils voient en Mandela, l’homme de la «réconciliation» et de la «paix». Mais la paix dont il s’agit est la paix sociale de la bourgeoisie et de l’impérialisme qui fait qu’au sommet de la société, on continue de s’enrichir quand, à la base, on s’appauvrit toujours et encore !
Le simple fait qu’Obama, le dirigeant de la première puissance impérialiste, puisse se reconnaître dans Mandela montre que ce dernier n’était pas un représentant des exploités.
Le combat contre l’apartheid fut le combat de tout un peuple, levé contre un régime infâme qui avait érigé la matraque, la torture et la prison en méthode de gouvernement. Cette lutte a signifié autant de souffrances et de déchirements que de courage et de fierté.
À travers Mandela, c’est donc au peuple sud-africain, aux opprimés révoltés, à ceux de Sharpeville, de Soweto, aux mineurs, aux ouvriers massacrés, que les opprimés du monde entier peuvent rendre hommage.
Mais le combat contre l’apartheid est inachevé, justement du fait de la politique de Mandela et de son parti, l’ANC. À la fin des années 1980, les dirigeants blancs à la tête du régime sud-africain, confrontés aux révoltes et aux grèves incessantes, durent se résoudre à mettre fin au système d’oppression raciale. Ils choisirent de s’allier à Mandela et à l’ANC qui avaient du crédit auprès des masses noires pour négocier une sortie de l’apartheid en douceur.
Il s’agissait de mettre fin aux lois consacrant l’oppression raciale, sans pour autant toucher à la mainmise des propriétaires blancs sur l’économie, sans remettre en cause les profits des multinationales, sans remettre en cause les intérêts des impérialistes, en particulier dans les mines.
Mandela était l’homme de la situation. Son long emprisonnement par le régime de l’apartheid avait fait de lui le symbole du combat contre l’oppression raciale. Mais il n’avait rien contre la propriété privée des terres et des mines, rien contre l’exploitation, rien contre le capitalisme, rien contre l’existence d’une élite… à condition que certains Noirs puissent s’y faire une place.
Les prolétaires et les pauvres qui attendaient de la fin de l’apartheid une redistribution des terres et l’accès à un emploi, à des logements décents, à la santé, à l’eau courante et à des écoles de qualité, furent priés d’attendre au nom de la «réconciliation nationale».
Ce sont ces choix-là que saluent aujourd’hui tous les hommes d’État qui se précipitent à son chevet. De Klerk, le dernier président blanc de l’apartheid, doit en effet à Mandela un fier service !
La fin de l’apartheid changea la vie de la classe privilégiée noire. Elle put, enfin !, accéder aux affaires et surtout à la mangeoire de l’appareil d’État et de la corruption. Une minorité noire est ainsi devenue riche et même très riche, à l’instar de ceux surnommés les «diamants noirs». Certains habitent dans les quartiers luxueux de la bourgeoisie blanche, protégés par des murs surmontés de grillages électrifiés et par des milices privées armées jusqu’aux dents.
Mais la fin de l’apartheid ne changea pas la vie des masses pauvres. Les ghettos noirs n’ont pas disparu car la grande masse des Noirs reste misérable, confrontée à des conditions de travail, de vie et de logement indignes.
Les inégalités, l’exploitation sont tout aussi féroces qu’elles l’étaient sous l’apartheid comme l’a montré la grève des mineurs de Marikana, l’été dernier. Et les ouvriers comme les Noirs pauvres sont aujourd’hui matraqués, emprisonnés ou assassinés… par des policiers noirs !
Les lois raciales ont disparu, mais l’apartheid racial existe toujours de fait parce que les Noirs sont restés les exploités et les pauvres, parce que l’exploitation et la division de la société en classes sont tout aussi efficaces pour diviser la population.
L’hommage populaire rendu à Mandela par les Noirs sud-africains atteste de leur soif de liberté et de leur aspiration à une vie meilleure. Mais celle-ci ne sera conquise, là-bas comme ici, que dans un combat contre l’ordre social capitaliste de sorte qu’il n’y ait plus de privilèges ni de privilégiés, qu’ils soient noirs ou blancs.

Martinique : La mobilisation des agents hospitaliers

Zoom Les agents se sont mobilisés le 26 juin dernier contre  les exigences de l'État qui met en avant son "plan drastique de retour à l'équilibre" avec à la clé la suppression de plus de 800 postes. Ils avaient décidé de faire connaitre une fois encore leurs exigences face à la situation calamiteuse des hôpitaux publics en Martinique. La CGTM avait également appelé la population, concernée au premier chef par la dégradation de la qualité des soins, à se joindre à cette mobilisation.
L'action de protestation  a commencé dans les établissements par des assemblées générales, puis des petits groupes de militants se sont rendus devant l’ARS (Agence régionale de santé). Ils y ont été rejoints par ceux qui venaient de la Maison des syndicats. Une centaine de militants était présent. Ils étaient dynamiques et convaincus qu’ils avaient raison d’être là. Ils ont dénoncé devant les fenêtres de l’ARS les conditions de travail et de soins dans les hôpitaux. Parlant du renflouement des banques et tout particulièrement de la banque Dexia, ils ont aussi rappelé que l’État avait les moyens de débourser en une nuit des sommes beaucoup plus importantes, mais qu’il réservait ses largesses aux gros capitalistes.
Une délégation de plusieurs établissements a été reçue par le directeur de l’ARS. Il lui a bien fallu une fois de plus entendre les exigences des salariés des hôpitaux.

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