Site

Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1095 du 20 juillet 2013/Quatrième page

Quatrième page

Brésil : Une journée de lutte sous contrôle... mais les travailleurs étaient là

Le jeudi 11 juillet dernier, le mouvement de protestation au Brésil devait déboucher sur une «grève générale». Le bilan est mitigé même si, à petite échelle, la classe ouvrière brésilienne a donné un aperçu de sa force.
Depuis quelques jours, les bureaucraties syndicales – dont certaines sont très liées au Parti des travailleurs (PT) au pouvoir – étaient descendues d’un ton, transformant «la grève générale» en «journée nationale de lutte et de manifestation», sans appel clair à la grève. À Sao Paulo, les centrales syndicales ont annoncé le jour même que les manifestations du matin étaient annulées, encourageant les travailleurs à ne manifester éventuellement que le soir, à la sortie du travail.
Néanmoins, ces messages ont été en partie ignorés et des grèves et des manifestations ont eu lieu, même si elles n’étaient pas aussi nombreuses que celles du mois dernier. Surtout, des travailleurs en lutte et certaines de leurs organisations y sont apparus en tant que tels. Dans une dizaine d’États, plus de 50 grandes autoroutes ont été bloquées notamment par les travailleurs des transports en grève. À Sao Paulo, 7 000 manifestants ont défilé. Ils étaient 15 000 à Rio et prenaient le chemin du Palais du gouverneur de l’État lorsqu’ils ont été attaqués par les forces de l’ordre (à noter, 300 jeunes sont revenus sur les lieux et ont occupé l’esplanade devant le palais le dimanche suivant). Dans l’État de Minas Gerais, les postiers ont déclenché une grève totale et constituaient le plus important cortège de la manifestation dans la capitale.
Un des points positifs de cette première réaction a été son effet sur les groupes violents d’extrême droite. Lors des manifestations de juin – qui se voulaient «apolitiques» et étaient dirigées contre le PT au pouvoir – ils avaient tenté d’apparaître au grand jour pour donner une direction globalement «anti-gauche» et anti-ouvrière au mouvement, déclenchant des incidents violents et organisant à l’occasion des passages à tabac «spontanés» pour chasser les militants syndicaux ou d’extrême gauche. Ces «intégralistes» - qui se revendiquent de Mussolini et du «nationalisme intégral» de Charles Maurras – sont momentanément rentrés dans leur trou. Ils n’en restent pas moins une menace, notamment contre les Noirs du Brésil (ils sont soupçonnés de lynchage de Noirs régulièrement)… et si les directions du mouvement ouvrier brésilien continuent de trahir la légitime colère des pauvres, ces groupes fascisants retrouveront certainement le chemin de la rue.
Pour le moment, le mouvement de protestation semble se déliter et le seul appel à poursuivre la lutte a été renvoyé à plus de six semaines, le 30 août prochain. Il faut espérer que la minorité de travailleurs qui a pris part consciemment à la journée du 11 juillet sauront y trouver la force et la confiance de convaincre leurs camarades de ne pas attendre pour s’organiser et pour lutter.
 

Egypte, un nouveau gouvernement à l'ombre de l'armée

Le 30 juin, un an après l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte, les manifestations pour réclamer son départ ont culminé le 30 juin. Ces rassemblements massifs ont été, parait-il, les plus imposants qu'ait jamais connus l'Egypte, au Caire comme ailleurs. Des millions de manifestants scandaient à nouveau «Erhal !» (Dégage !) comme, deux ans plus tôt, lors de la chute du dictateur Moubarak. Auparavant, une pétition du mouvement Tammarod (Rébellion), exigeant l'éviction du président, avait recueilli vingt-deux millions de signatures.
Le gouvernement étant aux mains de la confrérie des Frères Musulmans et du parti PLJ (Parti de la Liberté et de la Justice) qui est leur vitrine politique, ce sont eux qui ont été visés par cette déferlante anti-gouvernementale. Mohammed Morsi et ses soutiens religieux gouvernaient comme protecteurs avant tout des nantis, mais la responsabilité de ceux-ci dans le chômage et la misère imposés à la population était largement occultée. En ciblant Morsi et les Frères Musulmans, la contestation a ainsi mis en cause plus la forme du pouvoir, un régime corrompu appuyé sur la réaction religieuse, que ses bases profondes, celles d'un pouvoir exercé pour le compte de la bourgeoisie égyptienne.
    L'armée est de toute façon intervenue sans délai, limogeant Morsi manu militari, empêchant tout éventuel développement du mouvement de contestation.    
L'éviction de Morsi réalisée, les forces politiques «libérales» ont repris en chœur le refrain de «l'armée représentante de la volonté populaire». C'était souhaiter ouvertement la fin des manifestations et effectivement celles-ci ont reflué, laissant sur le devant de la scène les militaires et les protestations violentes des islamistes.
 Dans cette nouvelle situation, le 8 juillet, une fusillade a fait une cinquantaine de morts parmi les islamistes, lors d'un rassemblement aux abords de la caserne de la Garde républicaine, au Caire, lieu présumé de détention de Mohamed Morsi.
 Un nouveau gouvernement a été proclamé le 16 juillet. Le premier ministre Hazem Beblawi est un économiste de 76 ans et le ministre des finances, Ahmad Galal, un ancien de la Banque mondiale. Le chef de l'armée, le général Al Sissi, détient deux postes, ministre de la défense et vice-premier ministre. L'emprise des militaires est ainsi clairement affichée. Aucun religieux musulman salafiste d'Al Nour ne figure parmi les ministres bien que cette autre branche du mouvement islamiste ait soutenu dans un premier temps l'éviction de Morsi. Ce soutien, révoqué à la suite de la fusillade du Caire du 8 juillet, prouvait, s'il en était besoin, que l'armée n'avait pas été brusquement transformée en force de progrès.
Deux semaines après l’intervention des généraux, les choses sont loin d'être stabilisées. L'armée qui visiblement avait cherché dans un premier temps un compromis avec les Frères Musulmans, n'y est pas parvenue. Le PLJ a appelé au «soulèvement» et Morsi est maintenu en détention. Les islamistes maintiennent des manifestations nocturnes, après la rupture du jeûne du Ramadan.
Les Etats-Unis, manifestant leur inquiétude, appellent à l’apaisement en Égypte. Cela à valu à leur Secrétaire d'État adjoint, Bill Burns, d'être snobé, aussi bien par les Frères musulmans que par «Tammarod», pendant sa visite au Caire. Ce que veulent les grandes puissances, aussi bien que la bourgeoisie égyptienne, c'est un pouvoir stable, peu importe qu'il s'appuie sur les chars de l'armée, sur les prêches dans les mosquées ou une légitimité électorale. Mais le peuple égyptien a connu ces derniers mois toutes ces formes de pouvoir, ou un savant mélange de celles-ci, sans que cela fasse taire les aspirations des masses populaires.
Ces aspirations n'ont toujours pas trouvé d'expression politique propre. Champ libre est laissé à tous les bateleurs de foire qui se succèdent sur le devant de la scène politique. Les travailleurs égyptiens ont pourtant la force de donner corps à leur propre alternative à la misère et à la réaction religieuse. Le plus tôt sera le mieux !

Haïti : Bagarres entre les riches, sur un océan de misère

La mort du  juge  Jean Serge Joseph, décédé brutalement  le samedi 13 juillet, a secoué le petit monde de politiciens qui tournent autour de la mangeoire de l’Etat. Ce  juge avait lancé une enquête portant sur des affaires de corruption et d’usurpation de fonction où seraient impliqués la femme et le fils de Michel Martelly, le président. L’enquête  envisageait de faire comparaître plusieurs ministres dont le premier ministre qui préparait déjà sa contre-attaque. Certains ont du pousser un «ouf» de soulagement devant cette mort bien venue.
Les rumeurs de règlement de compte ont été étouffées, démenties par les médias  du gouvernement. Comme cela s’est produit en France lors des affaires impliquant des ministres, il s’est trouvé de nombreux politiciens pour se porter au secours  des intérêts de la bourgeoisie.
Pendant que les politiciens se chamaillent pour les postes, alors que les nantis célèbrent le début des vacances sur les plages privés des hôtels rénovés sur la côte des Arcadins, les habitants les bidonvilles et des camps de réfugiés se demandent comment ils feront face à une nouvelle  saison cyclonique qui a débuté avec la tempête  Chantal.   
 

Haïti-Martinique, inutilité d'une "visite officielle".

Du 10 au 15 juillet une délégation haïtienne a été reçue en Martinique. Olivier Solari, cadre français en mission auprès du ministère de l'Intérieur haïtien, a expliqué que «cette visite a pour objectif une coopération technico-administrative... Il est question pour les représentants de l'Etat haïtien... d'obtenir par un programme de cinq ans, un appui technique...». Quant au contenu concret de cet appui attendu, paraît-il, des administrations martiniquaises, les intéressés eux-mêmes, de part et d'autre, en savaient-ils vraiment plus ?
Le maire PPM de Fort-de-France, Raymond Saint-Louis-Augustin, a parlé du poids de la présence virtuelle d'Aimé Césaire dans les locaux de la mairie... Les visiteurs ont aussi eu droit à un exposé sur l'intercommunalité du Centre de la Martinique, à un atelier sur «la gestion de la forte pluie dans le Nord de la Martinique», une présentation de mobilier (tables et chaises) parasismique, etc. Un programme qui ne peut apparaître que comme provocateur aux masses populaires haïtiennes. En effet, un séisme majeur n'est pas, à Haïti, dans un futur aléatoire, mais date de trois ans, et laisse encore des dizaines de milliers de sans-abri, sans aide aucune, qui ont bien d'autres soucis que de se choisir du mobilier dernier-cri.
La réunionite est décidément une maladie qui sévit à la Martinique comme à Haïti.
France-Antilles a titré à ce sujet «Haïti s'imprègne de notre modèle administratif » et poursuivi par : «Le but de cette visite est de pouvoir aider les Haïtiens à faire fonctionner au maximum de leurs capacités et de leurs compétences, les départements [délégations] dont ils ont la charge». Des formules bien pompeuses et bien méprisantes, pour quelques hauts dignitaires haïtiens qui se sont fait payer un voyage sur les fonds publics. Ce n'est certainement pas la première fois et ce n'est qu'une toute petite partie du scandale haïtien.
Le vrai scandale haïtien, le sous-équipement et la misère de millions d’habitants, n’est pas dû à un quelconque déficit «de capacités et de compétences», mais à un excédent de parasites, profiteurs, suceurs de sang et de richesses. Ces prédateurs, haïtiens mais aussi américains, anglais, etc. sont protégés par la complicité de toutes les grandes puissances, y compris l'impérialisme français et son personnel martiniquais. Ces grandes puissances qui, elles, ont droit au respect des plumitifs de France-Antilles.
 

USA : Justice raciste !

Le 26 février 2012 à Sanford (Floride), Georges Zimmerman abattait le jeune noir Trayvon Martin. Le 13 juillet dernier, contre toutes les évidences fournies, un «jury populaire» composé exclusivement de Blancs, a acquitté l'assassin, un adulte d'origine hispanique. Ce qui a déclenché, à juste titre, une large vague de protestations aux États-Unis et même au-delà. Sur ce meurtre et ces circonstances, nous reproduisons ci-dessous de larges extraits de l'éditorial, du 14 juillet 2013, des bulletins d'entreprise de nos camarades de l'organisation trotskyste américaine "Spark" (l'Etincelle). 
 
Trayvon Martin, assassiné une deuxième fois
 (…) Le régulateur de la station de police a dit à son assassin, George Zimmerman, de NE PAS suivre Trayvon. Il lui a dit de NE PAS sortir de sa voiture. Pourtant, Zimmerman a fait ces deux choses. Armé d'un pistolet.
Lorsque Zimmerman l'a vu, Trayvon rentrait à la maison de son père après l'achat d'un soda dans un magasin voisin. Personne ne prétend le contraire.
Mais Zimmerman a initié une altercation. C'est lui qui a suivi Trayvon avec sa voiture. C'est lui qui est sorti de sa voiture et a suivi Trayvon à pied. C'est lui qui avait l'arme à feu. Lorsque l'altercation a pris fin, Trayvon Martin était mort. Dans un système judiciaire non imprégné de racisme, ces faits non contestés suffiraient pour condamner.
La défense a affirmé que Trayvon Martin s'est battu avec Zimmerman. Et alors ? Même si c'était vrai, c'est Trayvon qui avait été suivi, c'est lui qui s'était trouvé face à un homme armé.
Si quelqu'un vous suit, vient sur vous avec une arme alors que vous essayez de vous éloigner, n'allez vous pas vous battre pour défendre votre vie ?
Le seul tort de Trayvon Martin a été de penser qu'il pouvait marcher en toute sécurité dans la rue, dans une société si raciste qu'il pourrait y être abattu comme un chien, si raciste que la police soutiendrait son assassin, et qu'un jury déclarerait celui-ci «innocent». 
(...) La «justice» est toujours violemment raciste. Et être aveugle à ce racisme est une tare qui atteint encore une grande partie de la population blanche.
Ceux qui se laissent aveugler par le racisme peuvent bien excuser l'assassinat de Trayvon Martin. Mais un travailleur blanc ou hispanique qui fait de même est un imbécile qui aide à élargir le fossé creusé par le racisme dans la classe ouvrière.

Bookmark and Share