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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1096 du 7 septembre 2013/Quatrième page

Quatrième page

États-Unis : grève massive dans les fast-foods

La grève a commencé le 29 novembre 2012 à New-York, avec environ 200 grévistes. Le mouvement s’est étendu, et la grève touche maintenant au moins 58 grandes villes, au point que Barack Obama a soutenu le mouvement du bout des lèvres à la fin août. Les grévistes réclament de meilleurs salaires et le droit de se syndiquer. Ils sont employés par de grandes multinationales de la restauration rapide : Mac Donald’s, Burger King, KFC, etc., où les conditions de travail sont souvent déplorables. Ils organisent des grèves d’une journée chaque mois, qui rassemblent de plus en plus de travailleurs.
Leur principale revendication : 15 dollars de l’heure, c’est-à-dire 11,40 €. Actuellement, les travailleurs ne touchent que le salaire minimum : 7,25 dollars de l’heure (5,50 €). Après 13 ans d’ancienneté, ils atteignent 7,45 dollars ! Ces bas salaires ne permettent pas aux travailleurs de joindre les deux bouts, surtout ceux qui ont des enfants. Certains dépendent de l’aide alimentaire pour s’en sortir. D’autres cumulent deux ou trois boulots, parfois pour la même chaîne comme KFC.
Les organisateurs de la grève ont expliqué que Mac Donald’s, par exemple, n’hésite pas à recruter dans les foyers pour «sans domicile fixe». Certains continuent d’ailleurs d’y vivre tout en travaillant pour la chaîne. Cela permet à Mac Donald’s d’imposer des salaires de misère à des employés - en majorité des Noirs ou des Latinos - qui vivent dans une très grande précarité.  
En parallèle, les profits du groupe ont augmenté de 130% entre 2008 et 2012, pour atteindre 5,5 milliards de dollars l’année dernière. Les géants du fast-food ont largement les moyens d’augmenter les salaires. Gageons que le nombre croissant de grévistes, et leur détermination, sauront les faire céder !
 

Saint Martin : Comment on peut devenir délinquant

A Saint Martin à Grand-Case, un jeune de 26 ans d’origine haïtienne a reçu trois balles et est décédé sur place. La presse a déclaré qu’il était défavorablement connu des services de gendarmerie et de la justice et qu’il avait déjà été condamné pour des vols et des faits de violences.
Ce fait divers dramatique met en lumière les conditions difficiles faites aux jeunes d’origine haïtienne à Saint Martin. Tous les enseignants peuvent témoigner que leurs meilleurs élèves dans cette île sont ceux venus d’Haïti, sérieux et brillants. Mais ces élèves ont souvent des parents «sans papiers». Résultat : dès qu’ils ont atteint 16 ans, ils sont exclus de l’école, jetés à la rue. Ils ne connaissent pas Haïti, ils restent à Saint Martin où ils ne peuvent être embauchés. Leur avenir est dans la rue, bouché.            Et depuis quelques années, contrairement au cas de la Guadeloupe, à Saint Martin ces jeunes Haïtiens deviennent pour beaucoup des délinquants, menacés de finir en prison ou de mourir très jeunes. Les moralistes, les xénophobes ne peuvent pas ne pas le comprendre : cette délinquance est fabriquée par la société et ses lois stupides.

 

Il y a 50 ans, le «rêve» de Martin Luther King

Il y a 50 ans, le 28 août 1963, à Washington, Martin Luther King prononçait son fameux discours «I have a dream» (Je fais un rêve), devant un rassemblement de plus de 250 000 personnes, en majorité noires.
« ...Je fais le rêve qu'un jour cette nation se lève et vive la vraie signification de sa croyance : nous tenons ces vérités comme évidentes que tous les hommes naissent égaux.
Je fais le rêve qu'un jour, sur les collines de terre rouge de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.
Je fais le rêve qu'un jour, même l'État du Mississipi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression, sera transformé en oasis de liberté et de justice...
J'ai fait un rêve qu'un jour l'État de l'Alabama ... sera un endroit où les petits enfants noirs pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et sœurs... »

Martin Luther King était le pasteur, alors presque inconnu, qui avait coordonné le boycott des bus de Montgomery (Alabama, Sud des États-Unis). Ce boycott faisait suite à l'arrestation de Rosa Parks, la jeune femme noire qui, le 1 décembre 1955,  avait refusé de se lever pour céder sa place à un Blanc, comme prévu par la loi raciste sur les transports. Le boycott dura 381 jours. Il prit fin à l'annonce de la Cour suprême déclarant inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les bus.


1963, mobilisation massive des noirs contre le racisme
En mai 1963 s'est développé à Birmingham (Alabama) un boycott des commerces de la ville pratiquant la ségrégation raciale. Là encore M. L. King eut un rôle dirigeant. Le 11 mai, l'explosion criminelle dans son motel a provoqué une véritable rébellion. Celle-ci a été rapidement suivie par des troubles dans d'autres villes du Sud, notamment à Savannah (Géorgie).
Cette année 1963 a été celle d'une mobilisation massive de la population noire. Le 22 juin M. L. King s'est adressé à une manifestation monstre de 125 000 personnes à Détroit, jusqu'alors la plus importante manifestation pour les droits civiques des Noirs de toute l'histoire des États-Unis. Le 28 août eut lieu la marche sur Washington, encore plus impressionnante. 
1963 marquait le centième anniversaire de la proclamation par le président Lincoln de l'émancipation des esclaves, pendant la guerre de Sécession. Et le 15ème amendement à la Constitution interdisait depuis 87 ans de refuser à quiconque le droit de vote en raison de "la race, la couleur ou de condition antérieure de servitude". 
Mais en réalité, en 1963, le racisme légal - les lois surnommées «Jim Crow» - était toujours en vigueur dans le Sud des États-Unis. La plupart des Noirs américains étaient encore confrontés - pas seulement dans le Sud - à la pauvreté et l'oppression raciale. La population noire s'était pourtant mobilisée des décennies durant, pour protester contre le déni de ses droits - avec peu de résultats, malgré beaucoup de sang versé.   
Pendant que M. L. King évoquait son rêve, la population noire continuait à vivre le cauchemar américain. Au Sud, le Ku Klux Klan, organisation raciste quasi-militaire soutenue par la police et dont les notables blancs sont souvent membres, attaquait les militants des droits civiques. Dans le Nord également, des bandes racistes pourchassaient les Noirs dans les rues.
 
Le début d'une nouvelle époque de luttes 
Le déferlement du mouvement noir de l'été 1963 marqua le début d'une nouvelle époque.
Le président Kennedy présenta tout de suite au Congrès (l'Assemblée des États-Unis) un projet de loi sur les droits civiques interdisant toute forme de discrimination dans les lieux publics. Rien d'ailleurs de vraiment nouveau par rapport au 15ème amendement. Malgré cela, ce projet a traîné de discussions en discussions au Congrès. La loi a finalement été votée en juillet 1964, comme un moyen de calmer la tempête qui se levait.
Car lorsqu'au début 1964 des manifestations, à St. Augustine en Floride et à Cleveland dans l'Ohio, ont été attaquées par les flics, des révoltes encore limitées ont éclaté. Puis l'été a été encore plus tendu. Non, la population noire ne se contentait pas d'une loi purement symbolique. 16 jours seulement  après le vote de la loi, à New York, une rébellion aux cris de «Freedom Now» (la Liberté, Maintenant) éclatait dans le quartier noir de Harlem, se répandant rapidement à Brooklyn et dans les villes voisines du New Jersey, jusqu'à atteindre le sud de Philadelphie.
En 1965 c'est le quartier de Watts à Los Angeles qui fut le centre d'une grande rébellion.
Le 6 août 1965, après l'assassinat de Kennedy, le nouveau président Lyndon Johnson signa le Voting Rights Act (Loi sur le droit de vote) révoquant les obstacles (examens de niveau scolaire, minima de niveau d'imposition) qui limitait le droit de vote des Noirs dans le sud des États-Unis.
Ces reculs du pouvoir blanc n'éteignirent pas le mouvement qui, en plus du racisme, était alimenté par la misère. Des émeutes eurent lieu à Cleveland en 1966, Detroit et Newark (New Jersey), en 1967. 
 
La non-violence de M. L. King
M. L. King avait, lui, toujours prôné la non-violence. Alors que les manifestants faisaient face à la violence de la répression, il déclarait : «Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, (...) recherchez la réconciliation, la justice, et non la victoire». Rattrapé par la violence, il fut assassiné le 4 avril 1968 à Memphis (Tennessee) par un tireur blanc. Sa mort provoqua  la rébellion dans des centaines de villes américaines. Le slogan «Black Power» (Pouvoir Noir) devint plus populaire. A l'été 1968, il ne restait pratiquement aucune une ville des États-Unis où les Noirs n'aient pas résisté à la police et à l'armée, déclarant aux yeux de tous : «Nous sommes ici, et nous allons nous battre !»
Finalement les droits, déjà accordés en 1863 et réécrits au Congrès 101 ans après, ont commencé à être respectés, mais pas à cause de la loi. Les lois et les amendements à la Constitution n'avaient jamais arrêté aucun raciste du Sud,  ni aucun politicien du Nord qui envoyait la police attaquer les manifestants noirs.
Ce qui a mis fin à la ségrégation légale dans le Sud et a commencé à battre en brèche le racisme institutionnalisé du Nord c'est la volonté de la population noire de se serrer les coudes et de se battre. C'est la marée irrésistible des grandes rébellions urbaines.
La classe dirigeante n'a jamais été sensible aux sermons moraux. Elle a cédé à l'énorme changement survenu dans le rapport de force, du fait de la rébellion de la population noire.
Et si Martin Luther King a un moment incarné ce mouvement, son idéologie de non-violence était bien en deçà des nécessités et de la réalité de la lutte.
 
M. L. King ne s'attaquait pas au capitalisme
Le «rêve» de Martin Luther King témoignait aussi des limites étroites des aspirations sociales des dirigeants du mouvement des droits civiques. Alors que les masses noires grondaient de colère et se mobilisaient par dizaines de milliers à travers les États-Unis, alors que «les fils des anciens esclaves» faisaient trembler une société où «les fils des anciens propriétaires d'esclaves» faisaient toujours fructifier les richesses amassées sur le travail servile, les cadres politiques du mouvement noir voulaient s'asseoir «à la table de la fraternité». Loin de militer pour jeter bas la société d'exploitation, ils étaient prêts à se contenter de la promotion de quelques cadres et intellectuels noirs au sein de la bourgeoisie américaine, blanche dans son écrasante majorité.
Certes la rébellion noire était une menace pour le pouvoir américain et elle l'a ébranlé. Mais les bases sociales de la société n'ont pas été vraiment menacées. La combativité immense des Noirs a été neutralisée par leur direction qui n'a jamais voulu voir le mouvement remettre en cause la société capitaliste elle-même.

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