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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1096 du 7 septembre 2013/Deuxième page

Deuxième page

Les 40 % des fonctionnaires locaux à nouveau dans le collimateur

ZoomLe supplément Guadeloupe de l’Express sorti le 27 août repose encore une fois, sous la plume d’un certain Alex Gyldén, la question de la suppression des 40 % au motif que «le surcoût pour la nation de toutes les dispositions liées à la fonction publique domienne s’élèverait à 1,5 milliards d’euros»… 
Passons sur le préjugé raciste de «l’Antillais fainéant et profiteur» : il y a des gens trop bornés pour qu’on puisse les en guérir. Cette suppression est, à tous points de vue, une idée stupide. Le problème n’est pas simplement, comme le répète le journaliste, que les Hayot et Cie seraient les premiers à rouspéter si les fonctionnaires n’avaient plus de quoi «pousser leurs caddies» (un argument vicieux qui est d’ailleurs destiné, l’air de rien, à rendre la suppression des 40 % séduisante, tant il est vrai que personne ici n’a envie de plaindre les békés). En réalité, combien de petites gens, de garages artisanaux, de boutiques, etc. seraient eux aussi obligés de fermer ? Et combien de travailleurs se retrouveraient à la rue ? Supprimer 1,5 milliards d’euros de pouvoir d’achat ferait plonger l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique de près de 10 %, et c’est encore, aux travailleurs les plus pauvres et aux chômeurs qu’on demanderait de «faire des sacrifices».  
C’est une idée stupide, mais les capitalistes ne sont pas à une catastrophe suicidaire près : la crise des banques en est un exemple. S’ils pensent pouvoir faire payer la population, ils n’hésiteront pas à saboter même leur sacrosainte croissance et à supprimer ou à réduire les 40 %. Il est donc important de comprendre que lorsqu’ils prétendent que l’argent ainsi «économisé» permettra de soulager les plus malheureux, c’est une sinistre blague. Demandez aux travailleurs grecs : depuis 5 ans, ces «économies» ne servent qu’à une chose, renflouer les banquiers !
La preuve : les journalistes et les députés qui se plaignent des «avantages» des fonctionnaires d'Outre-mer, ne pleurnichent jamais sur les centaines de millions d’euros de subventions déversées généreusement sur les Damoiseau, Boulogne, Gardel, sur les gros planteurs de la banane. Ils ne protestent jamais contre les subventions cachées que sont les crédits d’impôts, le financement par la Région et par l’État de «contrats aidés» précaires, l’octroi de mer exorbitant que nous payons sur certains produits de première nécessité pour compenser l’exonération dont bénéficie un Gaddarkhan (grand patron local du BTP), par exemple, quand il importe du gravier… la liste et bien trop longue. Les vrais privilégiés, les vrais assistés, ce sont ces gens-là. C’est dans leurs poches qu’iront directement les «économies» faites sur le dos des fonctionnaires.
On peut penser que les fonctionnaires à 40 % ne sont pas les travailleurs les plus à plaindre et même que certains, un peu gradés, regardent les autres travailleurs de haut. Et c’est parfois vrai. Mais la très grande majorité des travailleurs qui touchent les 40 % ne gagnent pas plus que 1 800 €, grâce auxquels un conjoint «djobeur» ou un enfant au chômage arrive à joindre les deux bouts. Il faut se souvenir que dans le camp des travailleurs, le malheur des uns ne fait jamais le bonheur des autres. Nous n’avons pas intérêt à laisser les capitalistes décider de niveler les salaires par le bas.

Martinique : Être du côté des travailleurs

Sous le titre «Hôtellerie : les 10 propositions de la CDMT», France-Antilles du 16 juillet 2013 rapportait des discussions en cours entre la CDMT-hôtellerie et les représentants patronaux du secteur. Philippe Pierre-Charles, secrétaire général de la CDMT (Centrale Démocratique Martiniquaise des Travailleurs) et aussi membre du GRS (Groupe Révolution Socialiste, proche du NPA-nouveau parti anticapitaliste et se réclamant du trotskysme) y déclinait 10 «axes principaux». Parmi ceux-ci, quelques revendications dont les travailleurs de l'hôtellerie pourraient s'emparer dans le cadre d'un mouvement déterminé pour l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail : «ouverture de négociations de branche sur les conditions de travail, pouvoir d'achat, organisation du temps de travail» et «application de l'accord de 2009 sur la représentation des salariés dans les entreprises de 5 à 10 salariés».
 Mais ces revendications sont noyées parmi d'autres points, reprenant les préoccupations du patronat, dans l'hôtellerie comme ailleurs. On y trouve entre autres «la création d'une banque publique de développement» pour favoriser l'activité, un «échelonnement des dettes sociales» pour «casser le cercle vicieux suivant lequel les hôtels ne peuvent pas bénéficier des aides... », «associer les salariés du secteur à la recherche de clients sur certains marchés... », etc.
 Comment ne pas voir que cette préoccupation revendiquée de «développement de l'activité» et de «développement de la clientèle» peut être facilement retournée contre les salariés eux-mêmes, quand le patronat prétend que le développement de l'activité est contrecarré par la hauteur de la masse salariale. Très récemment, qu'a fait d'autre le gouvernement, pour le compte du patronat tout entier, en imposant par la loi un recul important sur le Code du Travail, sous prétexte de compétitivité ?
 Une partie importante du patronat de l'hôtellerie, loin de faire preuve d'aveuglement, a saisi la balle au bond, se félicitant, dès le lendemain, des propositions de la CDMT. Yan Monplaisir, au nom du Gihdom (Groupement des investisseurs hôteliers des Dom), déclarait dans France-Antilles : «Le Gidhom se félicite du climat de dialogue qui s'est instauré... Eu égard à l'état de crise dans lequel se trouve notre secteur, il convient de faire front commun afin d'obtenir que soit pris en compte le déficit de compétitivité... ».
 Ce positionnement d'un syndicat de salariés en «front commun» avec le patronat n'est d'ailleurs pas un fait isolé. On peut citer, entre autres exemples, celui des syndicats du BTP, dont la CGTM-Bâtiment, propulsant en juillet 2012, Christian Louis-Joseph (secrétaire général du syndicat des entrepreneurs en BTP), à la tête de manifestations pour réclamer au Conseil Régional, au Conseil Général et à la Préfecture, la tenue d'une table ronde sur l'avenir du secteur.
 De telles attitudes représentent sans nul doute un recul des idées de lutte de classe au sein des organisations de travailleurs. Les patrons savent très bien pleurer, mettre en avant la situation, la crise, pour demander toujours plus d'aides et pour inciter les travailleurs à être solidaires avec eux, en revoyant à la baisse leurs revendications, voire en acceptant des reculs de leurs conditions de vie et de travail. Il est nécessaire pour les travailleurs et encore plus pour les militants du mouvement ouvrier, de résister à ces sempiternelles doléances du patronat. La réponse des travailleurs à la crise, c'est de compter sur leurs propres forces, c'est la lutte collective pour se défendre contre toutes les attaques dont ils sont l'objet. Ou c'est au moins la préparation de cette lutte.
Dans cette voie les militants qui défendent réellement les intérêts des travailleurs n'attendent aucune approbation du côté du patronat, ils peuvent par contre être sûrs de défendre  bien mieux leur classe sociale.
 

Syrie : Non à une intervention militaire impérialiste !

Dans le conflit armé qui oppose le dictateur au pouvoir, Bachar El Assad, appuyé par l’armée officielle, au camp peu défini des «rebelles» dont certains sont favorables à une dictature islamiste, la «ligne rouge» comme l'avait annoncé le chef de l'impérialisme mondial, le président des États-Unis d'Amérique Barack Obama, a été officiellement franchie. Il s’agit de l’utilisation d’armes chimiques contre la population. Obama avait laissé entendre depuis un an qu’elle constituerait une limite au-delà de laquelle une intervention militaire des États Unis pourrait être justifiée.
Ces armes chimiques ont été vraisemblablement utilisées par le camp d’El Assad. Elles ont fait plusieurs centaines au moins de victimes, dont les images atroces ont été diffusées sur les médias. Si ces images touchent à juste titre la sensibilité de l’opinion publique, les souffrances endurées par la population syrienne ne comptent pas dans les décisions des États impérialistes. Au cours des guerres coloniales en particulier, ces puissances ont-elles-mêmes utilisé des armes chimiques encore plus meurtrières et causant d’aussi atroces agonies. De plus, le conflit en Syrie, comme toute guerre, a provoqué depuis l’origine plus de cent mille morts sans que les puissances occidentales n’interviennent. Il faut donc chercher ailleurs les raisons de leur non intervention jusqu'ici. Bien sûr il y a l'opposition de la Russie et de la Chine, alliés d'El Assad.  
Mais les puissances impérialistes ont aussi des intérêts en Syrie comme dans tout le Moyen Orient : construction d’un gazoduc, exploitation du pétrole et du gaz. La Syrie est aussi un marché potentiel de 20 millions d’habitants, et la reconstruction d’un pays dévasté est une proie alléchante pour de gros vautours. Quant aux États Unis, ils tiennent plus que tout à leur main mise sur le pétrole et le gaz de la région et ont besoin pour cela d’un équilibre politique même s’il est précaire. Pour cela, ils s’appuient sur un régime ou un autre, y compris les pires dictatures, pour maintenir leur ordre et écraser les populations.
Malgré les bruits de bottes qui ont résonné ces jours derniers, l’intervention militaire n’a pas encore commencé. Le prétexte de ces atermoiements est d’ordre soi-disant juridique et constitutionnel : désaccord du parlement, absence de caution de l’ONU... Hollande joue les va-t-en guerre et serait prêt à s’en passer… mais pas tout seul. C’est que les bombardements dits "chirurgicaux" et les guerres éclair ne font plus illusion. La crainte existe d’une escalade dans la région et d’un enlisement du conflit, comme cela a été le cas en Irak ou en Afghanistan. Quant à Assad, qui a jusqu’ici servi fidèlement l’impérialisme, il est allé trop loin et ne joue plus son rôle, mais à tout prendre il pourrait encore servir après une leçon dont la population civile ferait majoritairement les frais.
Car c’est bien cette population qui depuis le début du conflit paye le prix fort : plus de cent mille morts, un exode massif, des villes dévastées… Une intervention militaire des pays impérialistes ne pourra qu’aggraver son sort, et créer les conditions d’un chaos de durée indéfinie comme en Irak. Elle contribuera à mettre en place une nouvelle dictature, qu’elle soit civile ou religieuse, qui servira les intérêts impérialistes en renforçant l’exploitation et la misère dans le pays.
Aucune solution à de tels conflits ne viendra de l'impérialisme et des grandes puissances, mais des travailleurs et des peuples eux mêmes.

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