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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1097 du 21 septembre 2013/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Rentrée scolaire : tout ne va pas si bien que ça !

Le Recteur s’est félicité début septembre du bon déroulement de la rentrée en Guadeloupe. Pourtant, la réalité est moins rose. 
L’Académie a encore subi cette année des suppressions de postes, comme en Martinique, alors que toutes les autres académies ont vu arriver des professeurs supplémentaires. Le prétexte pour ces nouvelles suppressions : Il y aurait moins d’élèves. Dans les faits, les classes sont chaque année un peu plus surchargées. Il y a fréquemment 35 élèves par classe, voire 36 comme au lycée de Providence. Les élèves n’ont alors pas de table ni de chaise, et chaque cours commence par un «déménagement» pour que tout le monde puisse s’asseoir. Dans ces conditions, on imagine bien que les élèves ont aussi du mal à suivre en classe, ce qui peut aggraver leurs difficultés. 
Faute de professeurs, de nombreux enfants n’ont d’ailleurs pas eu cours dans toutes les matières pendant les deux semaines qui ont suivi la rentrée. C’est le cas dans un établissement de Marie Galante où les élèves n’ont pas de professeurs de mathématiques ni de physique. La pénurie d’enseignants est aggravée par la désinvolture du rectorat sur ces questions. Parfois même, pour «punir» des personnels qui ont osé réclamer leurs droits, l’administration les affecte volontairement sur des postes très éloignés de leur domicile. C’est le cas de nombreux enseignants contractuels. La mauvaise gestion des affectations peut aboutir à des situations absurdes, comme au Lamentin, où des élèves de CP-CE1 ont déjà eu cinq professeurs différents entre le 3 et le 17 septembre ! 
Le manque de moyens matériels et humains pose aussi des problèmes pour l’accueil des élèves handicapés, qui est pourtant une obligation de l’éducation nationale. Ascenseur en panne (lorsqu’il existe), locaux inadaptés, manque d’accompagnateurs, etc., le parcours scolaire des enfants handicapés est un véritable parcours du combattant.
Finalement, loin du triomphalisme du Recteur ou du ministre, cette rentrée ne s’est pas vraiment bien déroulée. À force de diminuer les moyens de l’éducation, la qualité du service public se dégrade, et ce sont les enfants des classes populaires qui en font les frais.

Les impôts sur le revenu en hausse pour le monde du travail

Avec les feuilles d’impôt qui viennent d’arriver dans les boites aux lettres, un certain nombre de ménages s’aperçoivent que leur impôt a augmenté d’une ou plusieurs centaines d’euros, voire qu’ils sont devenus imposables.
 Cela est dû en particulier au fait que le gouvernement socialiste a prolongé les mesures décidées par le gouvernement précédent sur le gel des barèmes. Ainsi les montants qui fixent les tranches d’impôts ne sont plus revalorisés en fonction de l’inflation. Une toute petite augmentation des revenus suffit à être imposable ou à passer d’une tranche à une autre. Du coup, le nombre de ménages imposés est passé de 16 millions en 2009 à 18 millions en 2012.  
Le gouvernement Hollande-Ayrault n’est pas revenu non plus sur le gel du barème de la prime pour l’emploi que touchent ceux qui travaillent et ont des salaires les plus faibles. Il y a ajouté la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires alors que les heures supplémentaires sont bien souvent obligatoires. 
Ces attaques qui touchent de plein fouet les ménages aux revenus les plus modestes ont pour but de compenser les cadeaux fiscaux faits au patronat. La pression fiscale sur les entreprises devrait selon le journal Libération s’alléger d’une dizaine de milliards d’euros l’an prochain et dans le même temps elle devrait s’alourdir du même montant pour la population.
 Le gouvernement socialiste fait les poches du monde du travail et sa main ne faiblit pas pour accorder de nouveaux avantages aux riches.  Prétendument soucieux des ménages les plus modestes, le gouvernement vient d’annoncer quelques mesures pour atténuer en 2014 les effets de ces hausses d’augmentation sur les plus pauvres. Comme si cela effaçait l’augmentation qui découle de sa politique pour cette année et des diverses mesures qu’il est en train d’ajouter pour 2014 comme la suppression de l’exonération d’impôt pour les salariés sur la part des mutuelles collectives prises en charge par les patrons. Cela devrait représenter 1 milliard d’euros alors que le gouvernement entend favoriser le développement des contrats collectifs de mutuelle.
 Ces hausses d’impôt vont provoquer pour les milieux les plus populaires, une cascade d’autres coûts supplémentaires. C’est le cas pour la taxe d’habitation et aussi pour  certaines aides calculées sur la base du montant des impôts qui vont diminuer voire disparaitre.
 Décidément, les paroles de l’Internationale, le chant des travailleurs, «l’impôt saigne le malheureux, nul devoir ne s’impose au riche» sont toujours d’actualité !

Martinique : Hausse des prix : des «observateurs» » qui ont des problèmes de vue !

L’Observatoire des Marges, des Prix et des Revenus (OMPR) s’est réuni le mardi 10 septembre 2013 à 15 heures en préfecture. Parmi les points à l’ordre du jour : la mise en œuvre du Bouclier Qualité Prix (BQP), l’étude INSEE/OPR «Consommation-prix-revenus-pouvoir d’achat», l’étude sur le coût global de l’automobile et les tarifs bancaires.  
Comme c’est l’État qui avait convoqué et qui présentait les éléments, il n’a pas manqué par la voix de ses représentants de se flatter d’avoir mis en place un «Observatoire des Prix et des revenus», devenu maintenant un Observatoire des Marges également, et de vanter les vertus du dispositif du Bouclier Qualité Prix. Et bien entendu, l’Administration n’a pas manqué de mettre en avant son travail, sa méthode et de garantir des résultats.  
A toutes fins utiles, rappelons que cette instance a été mise en place, péniblement, après le mouvement de février-mars 2009, c’est-à-dire il y aura bientôt … 5 ans. L’État se hâte lentement pour la défense des consommateurs, lenteur qui profite pendant ce temps aux «pwofitè».
En fait, qu’en est-il des prix des produits de consommation courante ?
Contrairement à ce que prétend l’Administration, à savoir qu’il y a une stabilisation  des prix, la réalité vécue par la grande majorité de la population est bien différente. Ceux qui se rendent dans les grandes surfaces, pour ne citer qu’elles, constatent tous les jours que des prix valsent. Un simple exemple. Un paquet de madeleines vendu il y a quelques semaines 1,95€ dans une grande surface implantée au Robert et à Schœlcher, est vendu depuis peu … 2,20 €, soit quasiment 13% de plus. A comparer avec la dernière revalorisation de 2% du RSA… Et des exemples comme celui-là, il est possible d’en citer des dizaines. Donc, soit ces observateurs ne font pas leurs courses eux-mêmes, soit ces dernières sont prises en charge intégralement par l’État et ils n’ont pas besoin de contrôler l’évolution des prix des produits qu’ils utilisent.
Avec cet OMPR, l’État a choisi d’adopter la méthode de Goebbels : «Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose». Et c’est ainsi qu’avec une communication agressive et provocatrice, il s’évertue à raconter que les choses s’améliorent, alors que le commun des mortels constate le contraire.

Martinique : Septembre 1870, l’insurrection du Sud : une leçon pour les exploités

Depuis plusieurs mois, les attaques antisociales et anti-ouvrières venant du patronat et du gouvernement Hollande-Ayrault, se multiplient sous prétexte de crise. Alors, il est réconfortant de se rappeler comment, il y a près de 150 ans, les masses pauvres se sont mises en lutte contre l’injustice et des conditions de vie et de travail exécrables et l’oppression raciale et coloniale.
Dans Combat ouvrier du 19 octobre 2002, nous écrivions : «L’insurrection du Sud qui s’est déroulée en septembre 1870 est une page d’histoire qui fait partie intégrante des débuts du mouvement ouvrier à la Martinique».
En effet, en 1870, ce sont les nouveaux salariés, ouvriers agricoles des champs de canne, ouvriers d’usines, mais aussi les paysans pauvres, les travailleurs indépendants (petits artisans pauvres) des bourgs qui se mirent en mouvement contre la férocité du pouvoir colonial et des exploiteurs békés
La situation à la Martinique en 1870
Après le coup d’état du 2 décembre 1852 de la bourgeoisie conservatrice en France, et l'avènement du régime du Second Empire de Napoléon III, les masses laborieuses vont se retrouver sous le fer de leurs anciens maîtres békés. Non plus en tant qu’esclaves, mais en tant que salariés qui seront ramenés de force vers les habitations. Un  «livret ouvrier» est institué pour contrôler chaque individu. Un impôt personnel d'une valeur de cinq jours de travail est mis en place et contrôlé par un système de passeport intérieur délivré par les propriétaires. Ceux qui ne sont pas en règle sont des «vagabonds». Ils sont frappés d’amendes, de prison ou se retrouvent dans les ateliers de discipline. A l'opposé la population blanche, békée ou métropolitaine, les propriétaires d’habitations et de sucreries, les négociants installés à Saint Pierre et Fort-de-France, ont retrouvé leur prospérité. Avec le soutien du pouvoir impérial, cette classe de possédants a retrouvé aussi toute son arrogance et son mépris vis-à-vis de la population laborieuse noire.
En 1870, le début de la guerre menée par Napoléon III contre l’Allemagne va entraîner des pénuries de marchandises et l’augmentation importante des prix des denrées de base en Martinique. De plus les propriétaires n'obtiennent plus les avances d'argent leur permettant de payer les salaires. La colère gronde sur les lieux de travail.
Alors, les humiliations, les brimades des possédants békés et la sévère condamnation  du jeune Lubin mettront le feu aux poudres et jetteront dans la lutte des milliers d’exploités.
Les faits   
En février 1870, près de Rivière-Pilote le jeune noir Lubin, fils de petit entrepreneur du bâtiment, est cravaché par Augier de Maintenon. L’officier de marine, proche de la caste békée la plus réactionnaire, s'arroge ce droit parce que Lubin ne lui aurait pas cédé le passage. N’ayant pu obtenir réparation auprès des tribunaux après plusieurs mois, Lubin, corrige lui-même l’officier Blanc. Il est arrêté. Le 19 août, son procès se déroule en présence de nombreux amis et proches venus à pied de plusieurs communes du Sud. Lubin est condamné par la Cour de Fort-de-France à cinq ans de bagne et à payer de forts dommages et intérêts.
Cette condamnation par un tribunal à la solde des békés (parmi les assesseurs figurait un gros propriétaire monarchiste de Rivière-Pilote, le nommé Codé) porta la colère à son comble dans la population.
Le soutien mais aussi l’agitation pour la libération de Lubin se développent. Dans les bourgs, listes de pétition et de souscription circulent, des cercles de jeunes se réunissent. Les dirigeants de cette agitation sont Louis Telgar, Eugène Lacaille, Daniel Bolivard, Lumina Sophie dite Surprise ou Auguste Villard.
Le 22 septembre, à l’occasion de la proclamation de la République à la Martinique, le discours du maire de Rivière Pilote est accueilli par des «Vive la République», mais aussi «Libérez Lubin», et «Mort à Codé». Les manifestants réclament également le désarmement des Blancs. Puis la foule grossit avec l’arrivée de travailleurs des campagnes. Dans la nuit, l’habitation de Codé est incendiée comme de nombreuses autres dans le Sud. Retrouvé dans un champ de cannes, ce béké est exécuté. Les événements se précipitent. Dans les jours suivants des milliers d’ouvriers et de paysans se lèvent, le coutelas et la torche à la main et marchant d'habitation en habitation. Les femmes à part égale et souvent aux premiers rangs. Ils menacent directement la tutelle des propriétaires békés du Sud de l'île. L’insurrection va durer cinq jours et s’étendre à de nombreuses habitations des communes du Sud de la Martinique. A partir du 26 septembre, les insurgés seront écrasés par 1 500 hommes mobilisés par le gouverneur. En 1871, les tribunaux prononcèrent de nombreuses condamnations aux travaux forcés et, en décembre 1871, cinq leaders furent fusillés au Polygone de Desclieux à Fort-de-France.
Pendant cinq jours, ces "va-nu-pieds", comme les désignaient les nantis, furent le centre et le ciment de toute la révolte populaire. Certes ils furent défaits. Mais ils surent quand même se dresser contre l'arbitraire, la pauvreté et constituer une force organisée contre les exploiteurs. 
L'insurrection du Sud fut la première apparition sur la scène politique et sociale de la Martinique de la classe des travailleurs modernes. Cette organisation eut ses limites. Cependant les travailleurs et exploités de 1870 ont légué leur exemple à la mémoire collective des opprimés. Le rappeler aujourd'hui va au delà d'une simple commémoration.  
Car c'est aussi une façon de rappeler que face à la dégradation de leurs conditions de vie et de travail, face aux injustices, aux privilèges accordés aux possédants, la colère des travailleurs, des exploités peut éclater. Une étincelle pouvant mettre le feu aux poudres. Les travailleurs devront alors s'inspirer de la volonté de s'organiser en force collective et combattante de ceux de septembre 70 et de beaucoup d'autres après eux.

Martinique : une situation des retraités et des retraites intolérable

Certains chiffres venant d’organismes tels que la Sécurité Sociale ou l’INSEE (institut national de la statistique et des études économiques) ont été présentés aux militants CGTM lors de la journée de préparation des prochaines mobilisations contre les attaques du gouvernement et du patronat. Il s’agit notamment de données sur les retraites et la situation des retraités en Martinique.
Au 31 décembre 2012, il y avait  54 540 retraités. L’ensemble de ces retraités percevait une pension d’un montant moyen de 630€, montant inférieur au seuil de pauvreté qui en 2010 était de 803€ à 964€ selon la définition retenue. Le revenu médian est celui qui partage la population en deux, ceux qui gagnent moins et ceux qui gagnent plus. Le revenu pris en compte est le revenu dit «disponible» : après impôts et prestations sociales.
Notons que 16 500 retraités soit 30,25%, n’ont pour vivre que le minimum vieillesse, dénommé actuellement l’APSA (Allocation de solidarité aux personnes âgées). Cela est dû le plus souvent aux trimestres manquants pour lesquels la CGSS n’a pas reçu de cotisations des employeurs. L’APSA s’élève à 620,92€, sous condition de ressources, c’est dire que ce montant peut être diminué si le retraité perçoit une quelconque indemnité ou quelques euros de retraite.
La moyenne des pensions touchées par les salariés ayant une carrière complète est de 1015€, soit 25% de moins qu’en France hexagonale. Ces retraites minimes s’expliquent notamment par les longues périodes de chômage, les bas salaires ou la précarité. Quant au montant moyen des retraites perçues par les femmes, il est de 365,4€ soit 58% de moins que les hommes. Une discrimination scandaleuse venant du manque de déclarations par les patrons mais aussi des années non travaillées pour élever des enfants, puis la multiplication des petits boulots, des temps partiels imposés, etc.
Les mesures annoncées dans le projet de loi sur la réforme des retraites du gouvernement Hollande-Ayrault vont entrainer de nouvelles dégradations de cette situation intolérable de pauvreté voire de misère des vieux travailleurs :  
- Report de la valorisation annuelle de la pension du 1 avril au 1 octobre,
- Désindexation des pensions sur l’évolution des salaires,
- Fiscalisation de la majoration de 10% pour le 3ème enfant,
- Baisse prévisible des pensions due à l’allongement de la durée des cotisations de 41,5 années à 43 années.
Les  nouvelles attaques du gouvernement socialiste et du patronat contre les travailleurs et les jeunes finiront par déclencher leur colère et aussi leur riposte.

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