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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1098 du 5 octobre 2013/Quatrième page

Quatrième page

Guadeloupe : Affaire Bino, le procès en appel de Ruddy Alexis "dépaysé" à Paris : une injustice de plus !

Ruddy Alexis a été acquitté par la cour d'assises de Basse-Terre en Guadeloupe en novembre 2012.
Cet homme avait été accusé du meurtre de Jacques Bino, un militant de la CGTG tué pendant la nuit du 17 au 18 février 2009, en pleine grève générale, manifestations et barrages de protestation en Guadeloupe.
 Mais au procès de Basse Terre, face à de multiples incohérences, au manque de preuves et bien d'autres faits troublants, le jury l'avait acquitté.
Le parquet a fait appel de cet acquittement et le 18 septembre dernier la Cour de Cassation a décidé de "dépayser" l'affaire à Paris.
Ce "dépaysement" risque de compliquer la défense de R. Alexis. En effet, dans le contexte local, ou même en Martinique, ce dernier, connu et ayant convaincu beaucoup de monde de son innocence avait bien plus de chances de voir confirmer son acquittement en appel.
Cette décision, suite à l'appel du parquet, apparaît donc comme une volonté de la justice de trouver un coupable à tout prix. Tout se passe comme si une sorte d'acharnement judiciaire s'abattait sur Alexis. Voilà donc un homme dont on n’était aucunement certain de la culpabilité dans un contexte difficile et flou, qui aura passé 44 mois de détention provisoire dont 24 mois sous le régime de l'isolement, qui fut acquitté en bonne et due forme et qui devra être rejugé à 7000 kms de son pays. Une triple peine donc pour cet homme qui n'a cessé de clamer son innocence.

Martinique : Vieillissement de la population : plus on en parle, moins il y a de solutions

Le jeudi 26 septembre, environ 600 personnes sont venues assister au premier débat public organisé par la Conférence Régionale de la Santé et de l’autonomie (CRSA) de la Martinique qui se déroulait au palais des congrès de Madiana à Schoelcher. Il s’agit d’un dispositif de concertation prévu dans le cadre de la loi HPST(Hôpital Patient Santé Territoire), de la ministre de la Santé d’alors, R. Bachelot, réorganisant le système de santé sur le territoire. Le CRSA est une instance de l’ARS, Agence régionale de santé, représentant le ministère de la Santé.
Le thème retenu pour ce débat a suscité un réel engouement : les enjeux du vieillissement de la population à la Martinique, tant la situation des personnes âgées en Martinique est préoccupante. De nombreux intervenants, médecins et spécialistes de l’ARS, du Conseil Général, du Conseil Régional, de différentes associations de personnes âgées ou d’aidants, mais aussi de la DEAL (Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement), se sont succédé, apportant de nombreuses données et leurs éclairages à des participants visiblement intéressés et souvent concernés.
Après la partie des interventions concernant les statistiques et la projection des chiffres des personnes âgées de plus 60 ans à l’horizon 2030, est venue celle plus concrète des réalisations projetées mais aussi celles en cours, tant pour l’accompagnement que pour l’hébergement des ainés. Dans les deux salles où se déroulait le débat, de nombreuses personnes âgées, venant de toutes les couches sociales, s’étaient déplacées et certaines n’ont pas hésité à faire part de leurs difficultés et de leurs angoisses devant la salle entière. En effet, le plus souvent, les participants apprenaient que les prévisions n’étaient pas réalisées. Ainsi, pour ne prendre que cet exemple, dans le cadre du plan de développement du médico-social signé en 2008, la création de 1000 places d’hébergement pour personnes âgées étaient prévue et programmée sur la période 2010-2015.Les crédits disponibles pour ce programme sont désormais épuisés. Mais le nombre de places d’hébergement est passé de 1280  en 2008, à 1605 fin 2013. C’est à peine le tiers du nombre prévu. Aujourd’hui, on est bien loin du compte. Voire à l’horizon 2030 ! Et c’est cette même insuffisance de moyens qui ressortait de plusieurs domaines d’intervention.
Face à un retard pointé du doigt et à l’augmentation, tant de la demande venant du vieillissement accéléré des populations que de la précarité venant des retraites de plus en plus réduites, le sociologue F. Ozier Lafontaine avançait lui qu’il faudrait «changer de modèle »…Mais c’était pour proposer une réactivation des solidarités de proximité et familiales, proposition qui pourrait revenir à culpabiliser les familles qui pourtant se démènent bien souvent avec des maigres moyens. C.Ursulet, directeur de l’ARS, qui a l’autorité d’un véritable préfet au niveau de la Santé, lui, expliquait que dans le cadre de la loi HPST, l’ARS faisait des appels à projet pour créer ces places d’hébergement, rajoutant que localement, il y aurait des retards ou des insuffisances…. Des explications tortueuses qui masquent mal sa complicité avec le désengagement de l’État dans le domaine de la Santé et notamment dans celui des personnes âgées. Ce désengagement de l’État laisse désormais l’initiative aux capitaux privés qui n’investissent qu’en fonction de possibilité de profits juteux.
Au final, ce débat public était enrichissant mais il a aussi été l’occasion de voir comment l’argent public collecté sous forme de taxes et d’impôts divers, payés par la majorité de la population laborieuse, est mis chichement au service de ces populations, notamment celles qui sont déjà pressurées et se trouvent en situation de faiblesse. Par contre des dizaines de milliards inondent les gros patrons de la finance et de la spéculation qui font fructifier inutilement leurs actions en Bourse. Cela, les dirigeants de l’ARS ou du CRSA de la Martinique ne l’ont pas dit. Ce n’est pas étonnant car ce ne sont que des agents du pouvoir en place, des gouvernants qui ne cessent de prendre des mesures au service des plus riches, laissant des broutilles pour la population.
 
 

République Dominicaine : Il y a 50 ans, le coup d'état militaire contre Juan Bosch

En septembre 1963, il y a donc 50 ans, le premier président démocratiquement élu de la République Dominicaine, Juan Bosch, était renversé par un coup d’état militaire.
Ce pays occupe les 2/3 environ de l’île d’Hispaniola (le 1/3 restant constituant Haïti). Il se trouve donc tout près des États Unis et a été, de 1930 à 1961, soumis à la dictature du général Trujillo. En 1937, plusieurs dizaines de milliers d’émigrés haïtiens, principalement des ouvriers agricoles travaillant sur les grandes plantations de canne à sucre,  furent assassinés par l’armée sur son ordre. Durant toutes ces années de dictature sanglante, Trujillo fut soutenu par les USA, tout comme Batista, le dictateur en poste à Cuba, et bien d’autres en Amérique du sud. Cependant, après le renversement de Batista par Fidel Castro, en 1959, il semble que le gouvernement des États Unis ait opté pour un soutien à un régime à leur solde, mais moins menacé par la colère populaire. Trujillo fut assassiné en 1961 avec la participation très probable de la CIA.
Des élections furent organisées, et Juan Bosch, chef de file du PRD (Parti Révolutionnaire Dominicain) fut élu en décembre 1962. Ce parti n’avait de révolutionnaire que le nom. Juan Bosch renonça vite à un projet de meilleure répartition des terres à cause de l’opposition des USA, qui soutenaient les grands propriétaires terriens. Il prit cependant quelques mesures modérées un peu favorables à la population, telles que la reconnaissance des syndicats, la protection des fermiers… Mais c’était encore trop pour la tutelle américaine comme pour les riches du pays. Juan Bosch fut renversé par un coup d’état militaire le 25 septembre 1963. Il était resté moins d’un an au pouvoir avant d’être exilé.
Durant sa mandature, Bosch avait obtenu le soutien de certains officiers de l’armée. Une partie des troupes appuya la révolte populaire qui éclata en avril 1965. La population, armée avec les moyens du bord par les troupes rebelles, réussit à vaincre l’armée officielle pourtant bien mieux outillée en armes lourdes. La bataille dite du Puente Duarte est restée célèbre dans les mémoires. La victoire eut un écho important dans le reste de l’Amérique Latine où les populations étaient elles-mêmes opprimées par leur propre bourgeoisie et par le joug américain. C’était évidemment insupportable pour les États Unis, dont le gouvernement décida l’intervention directe, envoyant 30 000 hommes qui encerclèrent la capitale, Santo Domingo, isolant la direction rebelle du reste du pays et entrainant la défaite.
En 1966, des élections truquées furent organisées, qui virent la victoire d’un proche de Trujillo, Joachim Balaguer. Ce dernier fut réélu de 1966 à 1978 puis de 1986 à 1996.  De 78 à 86, le pays fut successivement gouverné par deux membres du PRD, sans que cela ne change grand-chose à la pauvreté de la grande majorité. La République Dominicaine connut à plusieurs reprises des émeutes de la faim. On dénombre 800 luttes dans le pays entre 1983 et 1987. En avril 1984, la population de Santo Domingo se révolta contre la hausse des prix imposée par le Fonds monétaire international, pour l’augmentation des salaires et l’aménagement des quartiers pauvres. Officiellement, la répression fit plus de 100 morts. Les manifestants obtinrent le blocage des prix des produits de première nécessité.
Le 28 juillet 1987, lors d’une grève générale, deux personnes furent assassinées. En 1988, un soulèvement gagna tout le pays, avec des grèves, des marches, des émeutes. Le gouvernement fit intervenir l’armée. Il y eut au moins 10 morts. Balaguer fut contraint de décréter une augmentation des salaires de 33%.
Ce pays est célèbre pour ses lieux de vacances et ses hôtels de luxe où il est  possible de bénéficier d’un séjour «all inclusive» (tout compris) à bas prix - les salaires sont très bas- sans jeter un regard sur la misère environnante. Les quartiers touristiques et les commerces des centres villes sont protégés par des miliciens armés.  Au-delà, dans les quartiers pauvres et les campagnes, un fort pourcentage (environ 33%) de la population vit dans la pauvreté, et 9% dans une profonde misère. Près de la moitié des habitants n’ont pas de couverture sociale, et beaucoup même pas de papiers d’identité. La misère a à plusieurs reprises poussé la population à braver la répression. Là comme ailleurs, elle peut encore se soulever mais ne parviendra à changer réellement son sort qu’en parvenant à exercer elle-même le pourvoir.
 

RÉUNIONS PUBLIQUES DE COMBAT OUVRIER

 
A Fort-de-France
 
Mardi 15 octobre 2013 à 18h30.
Lieu : AMEP –Route de Redoute à FDF
 
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A Pointe à Pitre :
 
Vendredi 18 octobre 19h
Centre Culturel Rémy Nainsouta à Pointe-à-Pitre
 
 
Thème dans les deux villes :
LES ÉLECTIONS MUNICIPALES, LES INTÉRÊTS DES TRAVAILLEURS ET CEUX DE L’ENSEMBLE DE LA POPULATION LABORIEUSE

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