Site

Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1098 du 5 octobre 2013/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : les centres de médecine du travail privés d’agrément depuis 2007

Il y a quelques jours de cela, les salariés apprenaient avec stupeur que le Centre Interprofessionnel de la Santé au Travail (CIST)  et le CST (qui concerne les salariés du bâtiment) fonctionnent sans l’agrément du Ministère du Travail depuis 2007. Cela aurait pu continuer ainsi durant de nombreuses années si l’affaire n’avait éclaté au grand jour.
En effet, dernièrement, la DIECCTE (Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a invalidé une décision du CIST à propos de «l’inaptitude au travail d’un salarié» au motif que le Centre de Médecine du Travail n’avait pas d’agrément. L’inspection du travail qui dépend de la DIECCTE essaie de minimiser l’affaire car il est de sa responsabilité de faire les contrôles nécessaires des organismes qui dépendent d’elle. Il lui appartenait de vérifier la situation administrative tant du CIST que du  CST.
 On apprend également que le CIST  a déposé une demande d’agrément en juillet dernier et n’a pas encore de réponse. Ainsi, à cause de ce retard,  n’importe quel employeur pourrait contester les décisions prises par cet organisme en ce qui concerne la prolongation des arrêts pour accidents du travail, le mi-temps thérapeutique, l’inaptitude au travail, les Conditions d’Hygiène de  Sécurité, le droit de retrait. 
La médecine du travail joue un rôle important en ce qui concerne la santé au travail et ces dernières années l’État rogne toujours plus sur son champ de compétence. Les employeurs quant à eux rechignent à faire suivre leurs salariés car ils trouvent que cela leur coûte trop cher. Auparavant les visites se faisaient chaque année et maintenant c’est tous les deux ans.
 Il ne faudrait surtout  pas que les salariés trinquent à cause de l’incurie de l’administration qui a traité ce problème de façon désinvolte. Ils doivent se saisir de ce problème pour que la situation administrative de ces Centres se régularise au plus vite.

Jégo, l'homme qu'on rappelle et qu'on fait revenir !

Yves Jégo, ex ministre de l'Outre-mer sous Sarkozy  est revenu aux Antilles pour quatre jours. Rappelons que Jégo avait été le premier négociateur du gouvernement avec le LKP lors de la grève générale de 2009. Sous l'injonction des békés il avait été rappelé à Paris par le gouvernement, laissant en plan les négociations. En réalité il était reproché à Jégo d'avoir un peu trop bien compris la situation aux Antilles, la politique des békés et de favoriser un peu trop le LKP. Et c'est toujours sous la pression des békés qu'il fut " démissionné"  quelques semaines plus tard, laissant place à Marie Luce Penchard.  
Cette fois c'est en voyageur de commerce que Jégo revient pour vanter la marque UDI  (Union des démocrates et indépendants), le parti de Borloo. Il a  choisi un coordinateur local en la personne de Louis Molinié, maire de Terre de Haut (Les Saintes) en Guadeloupe et Philippe Petit en Martinique. Il a annoncé la venue prochaine de Borloo.
L'UDI prépare les élections municipales sous les latitudes caraïbes.
Décidément, Jégo à défaut d'être aujourd'hui un serviteur de l'État, reprend du service comme serviteur qui cherche à se placer dans un parti qui cherche sa place. C'est pas gagné !

Les Despointes : une richesse accumulée sur l'exploitation des travailleurs !

Jean et Martin Huyghes-Despointes, deux associés de la société SOFHYPER,  ont assigné le syndicat CGTG et deux de ses membres, la déléguée syndicale et un délégué du personnel de Carrefour Milénis, devant le tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre. Les Despointes accusent  la CGTG de les avoir diffamés dans un tract  distribué  au sein du centre commercial Milenis.  En particulier, ils reprochent à la CGTG d'avoir  écrit : "A toutes fins utiles, nous rappelons à tous les ignares que la famille Despointes a bâti toute sa fortune sur la traite négrière, l'économie de plantation et l'esclavage salarial. Despointes n'a qu'à prendre sur sa fortune personnelle pour éventuellement combler des pertes supposées. Si tel est réellement le cas, Despointes n'a qu'à vendre une partie de son patrimoine pour faire face à ses difficultés. Ce n'est pas à nous de payer la rapacité de Despointes".
L'affaire devait être jugée le jeudi  3 octobre au tribunal de Pointe-à-Pitre. Ce numéro du journal étant sous presse à ce moment là, nous ne savons pas comment s'est déroulée l'audience. Par contre, il n'est pas inintéressant d'avoir un aperçu de la fortune du groupe capitaliste  Huyghes-Despointes.
La SAFO : "Société antillaise frigorifique" a été créée en 1962 par Gérard Huyghes-Despointes. En 1965  la société se développe en Guadeloupe, Martinique, Guyane et en France même. En 1988, la SAFO avec le groupe PROMODES (deuxième groupe mondial de la distribution) et Carrefour lancent la première franchise de distribution alimentaire aux Antilles-Guyane. Son développement est continu. Le groupe rachète des entrepôts alimentaires puis en 2000 crée Milénis en Guadeloupe (un hypermarché et 70 boutiques).
C'est le groupe SAFO des Despointes qui exploite les enseignes Carrefour, Carrefour-market, Carrefour express, 8 à Huit, Proxi, Promocash. En tout, le groupe Despointes exploite 1300 travailleurs, possède 350 000m2 d'entrepôts, 102 magasins. En tout, 83 000 clients achètent quotidiennement dans leurs magasins. Jean Huyghes-Despointes est classé parmi les 500 plus grosses fortunes de France. Il se trouve en 2013 à la 331ème place. Sa fortune est estimée à 130 millions d'euros ! Les Despointes ne veulent pas qu'on dise que leurs ancêtres ont produit du capital initial, comme tous les békés, sur  la traite et l'esclavage. Mais est-ce qu'ils contesteront que leur fortune a été bâtie sur l'exploitation des travailleurs de la SAFO (SOFROI, Milénis)?

Les propos d'Alain Huyghes-Despointes, révélateurs d'une caste

Au moment où Jean et Martin Huyghes-Despointes portent plainte contre la CGTG car ils lui reprochent d'avoir écrit que leur fortune venait de l'esclavage, il n'est pas négligeable de rappeler ce qu'un de leurs parents, Alain Huyghes-Despointes, déclarait  le 30 janvier 2009 : "Dans les familles métissées, les enfants sont de couleurs différentes, il n’y a pas d’harmonie. Moi, je ne trouve pas ça bien. Nous (ndlr: les Békés), on a voulu préserver la race». «Les historiens ne parlent que des aspects négatifs de l’esclavage et c’est regrettable» a-t-il ajouté.
Certes, il ne s'agit ni de Jean et de Martin, mais d'Alain... Mais cela montre bien l'état d'esprit  de cette caste sociale. Quant aux propos eux-mêmes, tout commentaire serait superflu.

Martinique : Du pas joli derrière le vernis

Pour surexploiter les travailleurs étrangers, clandestins ou non, le patronat sait s'appuyer sur un certain racisme ambiant, présent y compris parmi la classe ouvrière. Mais pour les profiteurs, peu importe d'où vient le profit, du moment qu'il rentre. Au bas-peuple les bas instincts, et aux profiteurs les préoccupations dignes d'intérêt, c'est-à-dire en rapport avec la grosseur des portefeuilles.
Un exemple en est donné par l'intervention d'un certain Georges Para de l'Imsepp (Institut martiniquais de statistiques et d'évaluation des politiques publiques – excusez du peu -), institut financé par la Région, devant un parterre de membres du patronat. Il a déploré le rétrécissement du marché local à cause du vieillissement, et, fort logiquement, s'est prononcé pour l'accueil de populations jeunes venant de l'extérieur. «Ne prenez pas les Haïtiens si vous n'en voulez pas, mais alors, choisissez-en d'autres». Ce monsieur n'est peut-être pas raciste, mais il ne sait pas en tout cas dissimuler son mépris envers les travailleurs, de quelque origine qu'ils soient !

Martinique : Hausse du chômage

Le ministère du Travail a annoncé une baisse du nombre de chômeurs au mois d'août : 50 000 demandeurs d’emploi  en moins, sans aucune activité (catégorie A) , soit une baisse de 1,5%. Prudent, le ministre du Travail, Michel Sapin, n'a pas nié que cette baisse pouvait très bien être annulée le mois prochain. Il n'a pas été jusqu'à avouer qu'il ne s'agit que d'un effet statistique. Elle s’expliquerait, entre autres, par une explosion des radiations pour défaut d’actualisation : près de 80 000 chômeurs ont été sortis des listes de cette façon au mois d’août.
En fait, il n’a pas fallu attendre longtemps pour apprendre que le chiffre de 50 000 chômeurs en moins était faux et dû à une erreur de SFR et qu’en réalité, la baisse  du nombre de demandeurs d’emploi est de 22 000.
 Cette discussion est sans objet en Martinique où les chiffres du chômage, au contraire, ont augmenté. La barre des 45 000 inscrits à Pôle Emploi (catégorie A, sans aucune activité) a été franchie en août 2013, comme déjà en avril et mai. La hausse a été de 6,5% par rapport à janvier 2012, soit en un an et demi. Avec les catégories B et C (activités réduites) le chiffre d'août est de 52 511, en hausse de 3,4% sur un an.
La hausse du chômage, qui pèse lourdement sur les conditions de vie des classes populaires, est toujours le trait le plus marquant de l'actualité sociale en Martinique. France-Antilles commente ainsi ces chiffres : «Les efforts entrepris en faveur de l'emploi par les nombreux acteurs locaux ont du mal à porter leurs fruits et se heurtent à une conjoncture économique compliquée...». Belle série de contre-vérités ! Quels efforts ? Quels fruits ? Quels heurts ? Les travailleurs se heurtent à la volonté du grand patronat de maintenir et accroître leurs profits sur leur dos. Cette vérité d'évidence, les «acteurs locaux» sont tous d'accord pour la taire, suivant d'ailleurs en cela l'exemple du gouvernement. Leurs «efforts» consistent à agiter quelques mesures, avec en bonne place des aides distribuées au patronat, qui ne débouchent que très rarement vers des emplois durables. Et les «fruits» sont amers. La presse signale ici, 24 contrats d'apprentissage à la Région, là, les propositions du RSMA (Régiment du service militaire adapté) à 315€ par mois, ou encore la signature de 29 contrats de génération seulement. Ailleurs, il est question des réticences du Medef sur les contrats d'avenir, pourtant de trois ans seulement ! S'il s'agit de faire vraiment baisser le chômage, et non d'occuper quelques jeunes quelques semaines à fleurir des massifs devant les mairies, il faudra être prêts à imposer de véritables embauches au patronat, exiger de l'administration la mise en place d'un plan de grands travaux (assainissement, génie civil, logements), éventuellement en régie directe pour que ce plan ne soit pas une source de profits supplémentaires pour les plus riches.
Attendre cela de la bonne volonté des dirigeants en place serait de la naïveté. Ils font tous preuve depuis des années de leur adaptation passive à la situation. Non, les travailleurs doivent se faire craindre, doivent être conscients de la nécessité d'IMPOSER leurs solutions. C'est la seule voie !
 
 
 
Répercussions à Pôle Emploi
Ce niveau élevé du chômage dans les DOM a, bien sûr, des répercussions sur les conditions de travail à Pôle Emploi. Les agents de l'agence de Kerlys à Fort-de-France ont fait valoir leur droit de retrait le 27 septembre à la suite d'une altercation violente avec un usager. La direction régionale de Pôle Emploi Martinique chiffre  le nombre de chômeurs à suivre par «conseiller» Pôle Emploi à 170, chiffre de toute façon supérieur à la moyenne de la France entière qui est de 116. Mais, alors que la "CDMT Emploi" avance celui de 260, ce chiffre de 170 est un fantasme. 
Pour le justifier, la direction anticipe abusivement sur un projet de réorganisation non encore effectif, et réduit artificiellement le nombre de demandeurs d'emploi à suivre de 52 511 à 30 000. Le tour de passe-passe consiste à reporter 22 500 chômeurs (ceux touchant le RSA) vers une autre plate-forme, l'agence départementale d'insertion, qui n'existe pour l'instant que sur le papier.
En refusant les embauches indispensables (120 postes pour seulement rétablir l'égalité avec la France), la direction de Pôle Emploi et ses donneurs d'ordre du ministère du Travail contribuent à rendre insupportable le poids du chômage en Martinique.

Bookmark and Share