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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1098 du 5 octobre 2013/Première page

Première page

Éditorial :Quand la jeunesse se rebiffe contre l'ordre établi c'est bon signe !

Lundi 29 septembre à Fort-de-France, un mouvement de grève a rassemblé plusieurs centaines d’élèves des Lycées Joseph-Gaillard et Dumas-Jean-Joseph, rejoints par ceux du Lycée Professionnel André Aliker. Ils protestaient contre le règlement intérieur en vigueur dans leurs établissements, qui interdit certaines tenues vestimentaires à la mode, le port de bijoux et de locks pour les garçons.
Lors de la manifestation, quelques heurts se sont produits avec des automobilistes irascibles, et aussi entre certains des élèves. Des policiers en ont pris prétexte pour intervenir contre les jeunes, envoyant des gaz lacrymogènes qui ont causé des malaises à plusieurs élèves.
Le proviseur du lycée professionnel a justifié le règlement en ces termes : «nous faisons en sorte que nos élèves soient acceptés  dans les entreprises». Et c’est bien de cela qu’il s’agit : en Lycée Professionnel  comme en Lycée Général, le rôle de l’administration est de former des travailleurs dociles et des cadres aux ordres, en tout obéissants.  Les partisans de cet ordre là, veulent des travailleurs qui ont oublié comment protester, des chômeurs silencieux et des exploités qui ne les regardent jamais dans les yeux : ils veulent domestiquer la population et pour ça, ils veulent que ça commence à l’école. Ce n’est pas un hasard si ces brimades ont commencé en premier lieu dans les lycées professionnels !
Avec son chômage massif  chez les jeunes, des jobs et des salaires de misère pour ceux qui ont la «chance» de se faire exploiter, notre société a bien peu à offrir à sa jeunesse.
Il y a même un aspect colonial dans tout cela : de même qu’à une époque on réprimait les jeunes Noirs qui portaient des coiffures afros, les nattes et les locks posent aujourd’hui problème (il semble que les longs cheveux blonds, eux, ne soient pas vus comme un signe de délinquance…). D’ailleurs, les parents doivent savoir que malgré tout ce que peut dire le recteur et son responsable de  «la vie scolaire», David Ursulet, la loi est du côté des jeunes qui manifestaient (en France dite «métropolitaine» on n’appliquerait pas de tels règlements !).
Beaucoup de gens pensent souvent que si les jeunes protestent pour un tee-shirt, un baggy ou une coiffure, ce n’est pas très sérieux. C’est vrai qu’il y a des choses plus graves et plus importantes… Mais les jeunes le savent bien ! Certains adultes pensent aussi que, du coup, les manifestations ne se font que par «goût du désordre» : c’est faux. Elles démontrent au contraire une qualité précieuse que malheureusement on perd parfois en vieillissant : la volonté de dire «non» quand un chef donne un ordre clairement imbécile. Par dignité, tout simplement. Dans la population, une partie des «vieux», associe les nattes et autres piercings à la délinquance et ils en ont peur… Mais soyons sérieux : la délinquance n’a rien à voir avec les cheveux longs, les locks ou les souliers délacés ! La délinquance est le produit d’une société de chômage, d’humiliation et de misère, imposée par les prédateurs de la finance, des multinationales et, ici, par les grandes entreprises békées ! Une société pourrie par le capitalisme, qui interdit à l’immense majorité de la population de profiter de la vie si ça ne rapporte pas à ces gens-là des profits en argent !
Les lycéens de Martinique qui ont manifesté ont  exprimé à leur  manière  que si on veut se faire respecter, il vaut mieux être combatif qu’obéissant. C’est la lutte collective qui permet d’améliorer le sort de tous. Ce sera le cas pour eux, demain dans les entreprises, monsieur le proviseur !  C’est aussi la lutte de tous les travailleurs qui peut changer la société.
La grogne des lycéens a fait grincer quelques dents, mais savoir dire «NON» et savoir le dire tous ensemble est une très bonne «préparation à la vie active»… !

Guadeloupe : Le scandale des licenciements à la chaîne

Depuis quelques mois, les annonces de licenciements s’accélèrent. Il ne s’agit pas seulement de «petites» sociétés mises en liquidation judiciaire  comme Rice Quick qui laisse 43 employés sur le carreau (entre autres parce que les patrons ne payaient pas les charges sociales). Il s’agit bien souvent de groupes békés ultrariches, voire de multinationales du CAC 40 qui emploient parfois des méthodes de bandits – harcèlement, «fautes graves»  montées de toutes pièces – pour refuser aux victimes le peu de droits qu’elles ont.
 C’est le cas à Milénis, où le groupe Despointes, en cheville avec la multinationale Carrefour (deuxième groupe mondial de grande distribution), veut mettre à la rue une vingtaine de travailleurs et harcèle les syndicalistes CGTG qui dénoncent le scandale. Les mêmes Despointes menacent aussi de licencier à la SOCREMA (Floup, Caresse Antillaise, etc.). Rappelons que Huygues-Despointes et sa famille constituent la 257 fortune de France avec 130 millions d’euros… De quoi payer deux fois le SMIC à plus de 300 personnes pendant dix ans !
 C’est le cas à Peugeot Guadeloupe qui licencie près de 50 travailleurs. Le partenaire de la multinationale PSA est, cette fois, le groupe Loret (le blanc-pays qui aime prêter son jet privé aux notables !). Loret est aussi propriétaire de Médiaserv (compagnie qui a reçu en juin dernier un apport financier considérable de Canal+) et de la société qui pose et gère les câbles sous-marins de télécommunication. Le groupe Loret avait obtenu la protection du tribunal pour échelonner le paiement de ses 175 millions d’euros de dettes. Pourquoi le tribunal a-t-il été si généreux ? Parce que, selon le conseiller de Loret, la richesse dégagée par le groupe – qui génère 20 à 25 millions de trésorerie par an – suffira à payer… Mais alors, elle doit permettre de payer les travailleurs ! Et sinon, le ci-devant Roger Loret n’a qu’à mettre sa fortune personnelle à contribution ! 
C’est le cas encore à la Générale des Eaux, où le directeur Mercier avait annoncé, en avril dernier la suppression de 20 % des effectifs (près de 70 personnes) sur la base de «départs volontaires» (on imagine ce que ça donne dans une entreprise où certains cadres se comportent comme de véritables dictateurs). Rappelons que le groupe Véolia ( Ex Générale des Eaux) est au CAC40 et dégage 400 à 600 millions d’euros de bénéfices chaque année et que rien qu’en Guadeloupe, le mirifique salaire de Mercier suffirait à payer une bonne douzaine d’ouvriers ! Ces licenciements ne sont rien d’autre que le résultat de la rapacité de ces grands parasites que sont les capitalistes du monde entier !  
Il faut interdire les licenciements; il faut les rendre illégaux !

Martinique : La grève des chauffeurs de bus

Depuis fin août 2013 les chauffeurs des sociétés cotraitantes et sous-traitantes sont en grève. Les responsables de la CACEM (Communauté d’agglomération du centre de la Martinique) autorité organisatrice du transport des passagers dans la communauté, et de la CFTU (Compagnie foyalaise de transport urbain) n’ont toujours pas trouvé le moyen de répondre aux demandes archi-fondées des grévistes. Pire ! Au lieu de se pencher sérieusement sur le problème qu’ils doivent résoudre, Cypria, le président de la CFTU, et Samot, le président de la CACEM, essaient de profiter de l’agacement des usagers pour fuir leurs responsabilités et leurs obligations, aidés qu’ils sont en cela par certains médias qui accueillent complaisamment celles et ceux qui veulent s’en prendre aux grévistes.
Ainsi, Cypria, passe son temps à invectiver le secrétaire général de la CSTM et les grévistes en qualifiant leurs actions de «vacabonnageries». Quant à Samot, dirigeant du parti "Bâtir la Martinique", il a réagi le 27 septembre 2013 via un communiqué insipide dans lequel il écrit : «Malgré les blocages et exactions commises sur le réseau, provoquant le droit de retrait des conducteurs CFTU le 19 septembre, les cotraitants et sous-traitants ont manifesté une réelle volonté de renouer le dialogue et mettre ainsi un terme à ce mouvement social». Rien de moins !
Lors d’une réunion d’explications tenue le vendredi 27 septembre 2013 place François Mitterrand, où se trouve le siège de la CACEM, les responsables de la CSTM ont longuement et méticuleusement détaillé les «vacabonnageries» des responsables de la CACEM et de la CFTU. Ils ont pointé la connivence entre eux, mais également avec les dirigeants des sociétés cotraitantes et sous traitantes, le non respect du principe «A travail égal salaire égal», le non respect de la législation pour la mise en place des instances représentatives du personnel. Lors de cette réunion, les représentants de divers syndicats (CDMT, CGTM, FO) et d’une association (Comité des Usagers), ont exprimé leur soutien aux grévistes et dénoncé la gestion de ce conflit par les responsables de la CACEM et de la CFTU.
De toute évidence, régler ce problème, c’est le cadet des soucis de Samot et de Cypria. Ils comptent sur l’exaspération des usagers pour faire plier les grévistes. Mais ils pourraient récolter un résultat différent de ce qu’ils espèrent.
 
DH : Des avancées ont eu lieu dans le week-end entre le syndicat CSTM et les patrons des entreprises sous-traitantes de la CFTU notamment sur la question des salaires. Les entreprises cotraitantes n’ont toujours pas négocié. Au moment où nous écrivons, les grévistes qui n’ont donc pas obtenu un accord global pour l’ensemble des chauffeurs, poursuivent leur mouvement.

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