Site

Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1099 du 19 octobre 2013/Quatrième page

Quatrième page

Haïti. Des syndicats officiels aux organisations ouvrières

Depuis 2008, l’administration américaine a adopté la loi HOPE II qui permet aux patrons de l’industrie haïtienne du textile et de l'habillement de bénéficier de franchises douanières. En contrepartie ces patrons devaient adhérer à un «programme de renforcement et de suivi des conditions de travail». Ce programme est piloté par le Bureau International du Travail et a pour ambition de donner aux patrons «une sensibilisation accrue sur les droits des travailleurs». Selon le contrat les patrons devraient être supervisés par un groupe d’inspection international nommé "Better work" qui devrait vérifier que les patrons respectent les engagements en matière de conditions de travail, de salaire et d’organisation de la vie syndicale.  
Toutes ces belles résolutions n’engagent les patrons de la zone industrielle de Port au Prince et de la zone franche d’Ouanaminthe que sur le papier et lors des réunions internationales. Dans les usines, la réalité c’est toujours une exploitation forcenée des ouvrières et des ouvriers.
Mais ces résolutions internationales ont ouvert la porte à l’apparition d’un certain nombre de centrales syndicales dans la zone industrielle de Port au Prince et la zone franche d’Ouanaminthe. Deux d’entre elles étaient déjà présentes dans les années 1990 : la Centrale Autonome des Travailleurs Haïtiens (CATH), et Batay Ouvriyè.
Le fait récent est que, depuis une année, les travailleurs se sont tournés vers ces syndicats avec l’espoir d’être soutenus lors des licenciements, de trouver un avocat pour défendre leur cause et toucher leurs indemnités. Malgré la démoralisation due à la dégradation du niveau de vie et aux bas salaires, il y a un frémissement qui touche une fraction des travailleurs, et ceux qui veulent riposter aux coups des patrons se retrouvent dans ces syndicats.
Ainsi la CATH a pu réunir des dizaines de travailleurs dans les entreprises de gros patrons du textile comme Apaid, Backer ou Richard. Des rencontres syndicales ont réuni des centaines de travailleurs, et des séminaires de formation à l’intention des syndiqués ont eu lieu également pendant le week-end, attirant un certain nombre d’ouvriers et d’ouvrières.
Pour autant le syndicat sert aussi de tremplin à certains notables pour faire une carrière politique comme Fignolé, le chef du syndicat CATH dans l’usine GMC de Apaid. Mais dans le même syndicat il y a aussi un groupe d’ouvriers qui essaient de faire du syndicat  leur affaire, leur organisation, en prenant eux-mêmes les décisions qui les concernent, en faisant de l’Assemblée générale l’instance de décision.
Face à cela, les patrons ont abandonné leur vernis de démocrates, et lancé des attaques pour contrer les ouvriers syndiqués. C’est ainsi que dans l’usine GMC le patron Apaid utilise Fignolé dans les négociations, pour calmer la colère des ouvriers réclamant l’augmentation des salaires. Dans l’usine, le salaire est à la pièce, et calculé de telle manière que les 5,50 euros (300 gourdes) prévus comme salaire minimum journalier ne peuvent être atteints qu’en faisant un quota supplémentaire, donc en restant 2 à 3 heures de plus à travailler chaque jour.  
Des licenciements ont eu lieu par vague depuis juillet, visant plus souvent les ouvriers syndiqués. Craignant un arrêt de travail au 1 octobre, date anniversaire de la grève du 1 octobre 2012, Apaid a fermé l’entreprise pendant la semaine et a licencié 11 ouvriers - dont 7 syndiqués - à la reprise le 7 octobre.
Jusqu’à ce jour cela n’a pas arrêté ces ouvriers, qui savent que le syndicat peut être une école où les travailleurs peuvent déjà apprendre à se parler, à se concerter, à élaborer des revendications, pour aller plus loin demain. Les voies qui permettront alors de créer un véritable rapport de forces face aux patrons en seront facilitées.

Pour obtenir toutes les réparations il faudra aller les prendre dans le coffre-fort de la bourgeoisie par la révolution communiste mondiale

La revendication de réparations de la part de l’État français et des États ayant naguère pratiqué «l'esclavage» pour les descendants d’esclaves refait périodiquement surface, sans avoir jusqu’ici abouti à un accord. Une association comme le CRAN (Conseil représentatif des associations noires) réclame des compensations financières à l’esclavage, que la loi Taubira du 10 mai 2010 a fait reconnaitre comme un crime contre l’humanité. Un colloque aura lieu très prochainement en Guadeloupe avec des représentants de la Caraïbe.
 
Une revendication étriquée au regard d'une dette incommensurable
Les partisans des réparations légitiment leur revendication en s’appuyant sur des précédents d’ordres divers : d’anciens esclaves aux États-Unis ayant fait reconnaitre juridiquement le préjudice subi, l’indemnisation des populations  natives d’Alaska par les États-Unis, se montant à 1 milliard de dollars et 44 millions d’acres de terre. Les Juifs victimes de persécutions sous l’occupation allemande ont obtenu, après une bataille juridique, des compensations financières individuelles.   
Les mieux indemnisés furent les propriétaires d’esclaves et les États esclavagistes dépossédés de leurs terres, de leurs esclaves et des moyens de s’enrichir sur cette odieuse exploitation. En 1825, l’État français accepta de reconnaitre la souveraineté d’Haïti en échange de 150 millions de francs or, dette qui fut ramenée à 90 millions. La nouvelle république d’Haïti accepta ce marché, ce qui endetta le pays jusqu’en 1946 et contribua à la misère de la population. Le CRAN envisage d’attaquer en justice la Caisse des Dépôts et Consignations qui à l’époque a géré le fonds de cette indemnité.
En 1833, les Antilles britanniques indemnisèrent d’un montant de 20 millions de livres, une somme colossale pour l’époque, 3 000 anciens propriétaires d’esclaves. De même l’État français, en 1849, indemnisa les colons pour la libération de 250 000 esclaves aux Antilles-Guyane et à la Réunion.
Les exploiteurs ont donc été indemnisés grassement pour avoir été contraints de renoncer à un crime contre l’humanité perpétré depuis plus de 3 siècles, et qui a généré la prospérité de grandes familles et de grandes villes de France ou d’Angleterre.
Les anciens esclaves et leurs descendants n’eurent, eux, droit à rien, si ce n’est de retomber dans un esclavage salarié qui perdure jusqu’à aujourd’hui.
La revendication de réparations formulées par les associations noires parait donc bien maigre par rapport au préjudice subi. Un préjudice qui est si énorme qu’il est incalculable. D’autant plus que, pour se donner une allure politiquement correcte et acceptable par la société bourgeoise, ces associations ne revendiquent pas des réparations individuelles qui pourraient faciliter la vie des populations pauvres. Il s’agit d’obtenir des structures visant à instaurer la «transparence», des moyens de recherche, la création de musées, la mise en place d’une commission chargée de clarifier les rapports de l’époque. Et même s’il s’agissait d’aides financières attribuées aux États africains vidés d'une grande partie de leurs forces vives par la traite, ou permettant d’envisager plus confortablement une indépendance pour les dirigeants nationalistes des Antilles, cela ne réparerait rien concernant les plus déshérités. Ces «aides» existent déjà, et elles permettent d’enrichir toujours plus les multinationales qui bénéficient des commandes d’équipement, ainsi que la bourgeoisie locale, sans conséquences directes pour les plus pauvres. Le cas d'Haïti est particulièrement révoltant quand on sait qu'une grande partie des aides finit dans les poches des dirigeants politiques. Tous se sont enrichis de cette façon.
 
La dette est celle de toute la bourgeoisie mondiale
Cependant, oui, la bourgeoisie mondiale a une dette colossale vis-à-vis des descendants d’esclaves, comme de tous les travailleurs. Elle a bâti sa fortune sur la traite négrière ; ses profits, sur leur sang et leur sueur. Cette dette est si énorme qu’il est impossible de la chiffrer. Elle ne peut en aucun cas se limiter à quelques aides financières, une aumône que de toute façon la bourgeoisie au pouvoir n’est pas prête à débourser.
La seule réparation possible du préjudice subi par tous, les descendants d'esclaves et les pauvres du monde, est l’expropriation de leurs exploiteurs. Toutes les richesses qui sont aujourd’hui entre les mains des capitalistes doivent être utilisées au service de la population, pour satisfaire ses besoins. Mais cette juste réparation et dans sa totalité ne peut s’obtenir que par la lutte, par des révolutions qui conduiront les masses à prendre elles-mêmes le pouvoir et les richesses accumulés par une poignée de riches sur le travail et l'exploitation des esclaves, des travailleurs et exploités du monde entier pendant des siècles ! Ce ne peut être que l'œuvre de la révolution communiste mondiale.

Bookmark and Share