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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1099 du 19 octobre 2013/Deuxième page

Deuxième page

Encore une fois, des stupidités de Raphaël Confiant

L’écrivain Raphaël Confiant (qui est aussi doyen de la fac de lettres de Martinique) s’est fendu de courriers méprisants contre les grévistes guyanais de l'Université Antilles Guyane, qu’il accuse de «racisme» contre les Antillais (parce que la plupart des chefs sont martiniquais ou guadeloupéens). Pas sûr qu’en traitant les Guyanais de «bann enbésil-rasis» (comme il l’a fait semble-t-il récemment) il les aide à avoir une meilleure opinion des Antillais !
 Signalons quand même que la haine de Confiant n’est pas réservée aux Guyanais : il l’a déversée avec la même violence contre les pauvres et les travailleurs martiniquais qui n’avaient pas suivi sa consigne de vote au référendum de 2010 ! En réalité, Confiant démontre qu’il fait partie de ces pseudos intellectuels avides de postes et de reconnaissance qui prétendent défendre «le peuple» en réclamant pour eux-mêmes les privilèges autrefois réservés aux Blancs coloniaux et qui affichent un mépris abject envers les petites gens, les pauvres et la jeunesse…

Guadeloupe : Affaire SOFHYPER : succès de la mobilisation de soutien à la CGTG devant le tribunal

Le jeudi 3 octobre dernier plus de deux cents militants et sympathisants se sont retrouvés devant le tribunal de Grande Instance de Pointe-à-Pitre  pour soutenir   le syndicat CGTG, la déléguée syndicale et un délégué du personnel de Carrefour (Milénis) assignés par Jean et Martin Huygues Despointes pour diffamation. Ces deux associés de la société SOPHYPER estiment avoir été diffamés lors de la distribution d’un tract au sein du centre commercial dans lequel la CGTG mettait au grand jour leur projet  de procéder à des suppressions de postes. 
L’appel à soutenir la CGTG a été bien entendu et l’on a pu voir des militants des différents secteurs de la CGTG (Banane, BTP, Organismes Financiers, Commerce, CHU, Énergie, Santé, etc.),  ainsi qu’une délégation de  l’UGTG, de la CTU, de FO, de la CFTC, du Parti Communiste Guadeloupéen, de Combat Ouvrier et un groupe très dynamique des jeunes du journal Rebelle !  
Finalement la CGTG a appris que l’affaire était reportée au 5 décembre. Dans le meeting qui s’est tenu devant le tribunal, les représentants des différents syndicats et organisations politiques ont pris la parole pour dénoncer l’attitude des Despointes qui pensent décourager les militants de la CGTG en les touchant au porte-monnaie. Ces messieurs qui s’estiment diffamés n’hésitent pas à réclamer chacun la somme de 50 000 € comme dommages et intérêts. Les militants de la CGTG, ainsi que les syndiqués de cette confédération, sont encore plus déterminés à lutter contre l’arrogance des Despointes qui se croient tout permis. Tous ceux qui étaient présents devant le tribunal ont prévu de revenir encore plus nombreux le 5 décembre et de préparer une véritable mobilisation ce jour-là.
D’ores et déjà, Combat Ouvrier invite tous les travailleurs, syndiqués ou non, tous les militants de la cause ouvrière, à venir nombreux devant le tribunal de Pointe-à-Pitre pour soutenir des travailleurs qui refusent de baisser la tête devant l’arrogance de certains patrons qui se croient encore… sous l’esclavage.
 

Les vrais fraudeurs fiscaux c'est le grand patronat et les riches !

Un nouveau rapport parlementaire vient de révéler la progression de la fraude fiscale qui atteindrait 60 à 80 milliards en France et 2 000 milliards d’euros en Europe. Il confirme l’estimation déjà faite par les représentants du syndicat des impôts Solidaires Finances. 
Cette étude mélange l’ensemble des fraudes mais il s’avère que celles appliquées par les plus grandes entreprises au travers de ce qui est pudiquement appelé "l’optimisation fiscale", c'est-à-dire le fait d’utiliser les moyens légaux pour minimiser ses impôts en faisant apparaître ses bénéfices dans des pays où la fiscalité est faible voire nulle, est une des plus lourdes. De même la plus grande part du manque à gagner pour l’État dû aux fraudes sur la TVA ou sur les cotisations sociales vient des entreprises. 
Malgré les annonces, rien n'à été fait pour lutter de façon efficace contre par exemple les paradis fiscaux que les auteurs du rapport fustigent comme «les 60 États voyous en train de pomper la richesse mondiale». Ils visent en particulier ceux qui sont au sein de l’Europe comme le Luxembourg qui refuse de remettre en cause le secret bancaire ou encore l’Irlande qui a abaissé la taxation des bénéfices à un niveau ridicule, ceux contre qui les institutions européennes et les États auraient plus de moyens si ils en avaient la volonté politique. 
L’augmentation des fraudes s’appuie sur l’augmentation des échanges, la facilité de circulation des capitaux… Par exemple la fraude sur les cotisations sociales est alimentée par le nombre de systèmes d’exonération ou d’allégement des cotisations sociales qui se sont multipliés depuis 1993 bien que celles-ci soient devenues quasiment dérisoires (4,3% du SMIC).  Le travail illégal - les travailleurs non déclarés - qui représenterait une perte pour la Sécurité Sociale (à l’échelle de la Guadeloupe de 352 millions par an), progresse car  les difficultés économiques conduisent des travailleurs à accepter cette solution pour survivre. Les patrons utilisent aussi le détachement de travailleurs déclarés dans des pays où les cotisations sociales sont très faibles ou encore la sous-traitance en cascade, l’embauche de travailleurs par une entreprise basée à l’étranger alors qu’elle intervient uniquement ou presque sur le sol national…
Si différents États se montrent un peu plus soucieux de récupérer une partie de ces sommes du fait de leur ampleur et de la crise, ils n’ont pas, et la France ne fait pas figure d’exception, la volonté réelle de s’y opposer.
Mener cette lutte voudrait dire imposer plus sévèrement les riches et les entreprises. Cela demanderait un contrôle des banques, des mouvements financiers, une levée du secret bancaire commercial et industriel. Elle supposerait aussi d’harmoniser la fiscalité ne serait-ce qu’au niveau de l’Europe.  
Cette lutte serait indispensable car les travailleurs payent l’ampleur de la fraude à plus d’un titre : elle participe à l’endettement de l’État, à la dégradation de l’ensemble des services publics par le manque de moyens qu’elle engendre. Et pour compenser ce manque à gagner, l’État ponctionne encore plus l’ensemble de la population.
 Pour être menée à bien il faudrait que ce soit les travailleurs eux-mêmes qui en soient maîtres, qu’ils puissent dénoncer et centraliser ce qu’ils voient à leur niveau sans craindre de représailles. 

Martinique : la grève des bus et l’hypocrisie des élus locaux

Durant toute la grève des chauffeurs du réseau Mozaïk, qui a duré 47 jours, les maires dont la commune est rattachée à la Cacem (Communauté d'Agglomération du Centre de la Martinique) ont brillé par leur absence.
Pourtant, des usagers ont à plusieurs reprises manifesté leur ras-le-bol, principalement sur les ondes. Ils interpellaient leur maire ou le préfet sur leur silence et leur mépris vis-à-vis d’eux. Le préfet a prononcé sur les ondes quelques mots, tout en prenant soin de ne  s’opposer ni aux patrons, ni aux responsables de la Cacem ou à Alex Cypria, président de la CFTU (Compagnie Foyalaise de Transports Urbains).
Quant aux maires, celui de Fort-de-France, Raymond Louis-Augustin (Parti Progressiste Martiniquais), du Lamentin et par ailleurs Président de la Cacem, Pierre Samot (Bâtir le pays Martinique), de St Joseph, Athanase Jeanne-Rose (Rassemblement Démocratique pour la Martinique) et de Schœlcher, Luc-Louison Clémenté (Divers gauche), ils ont tous prétendu que ce conflit ne relevait pas de leur compétence. Et si le maire de Fort-de-France ainsi que P. Samot ont finalement, bien timidement, ouvert la bouche, ça a été pour condamner les grévistes.
Et ce sont les mêmes qui, durant les périodes électorales, bombardent leurs électeurs de belles paroles sur la démocratie, la misère, les transports défaillants, la cherté de la vie et bla-bla-bla. Comme le disent eux-mêmes des électeurs : «Beaucoup de belles paroles, des promesses irréalisables. Arrivés au pouvoir il n’y a plus rien.» (France-Antilles des 12 et 13 octobre 2013).
L'attitude des maires face à cette grève est un choix politique calculé. Parce qu’il s’agit là d’un conflit entre des travailleurs qui se font exploiter et leurs patrons.
Ces derniers entendaient imposer leur loi en continuant à sous-payer leurs chauffeurs pour pouvoir se remplir les poches. De leur côté les maires veulent rassurer le patronat, d'où leur complaisance ! Parce qu’ils ne veulent pas se mettre en opposition politique avec lui. Ce sont des notables, et leur compétence se limite à être au service des possédants, et non au service de la population travailleuse.
Ils montrent ainsi eux-mêmes leur incapacité à changer quoi que ce soit. Et ce quelle que soit leur étiquette politique.

Guyane : Grève à l’Université

Depuis le 3 octobre, les personnels, professeurs précaires et agents techniques, ainsi que les étudiants de l’université de Cayenne sont en grève. À l’heure où nous écrivons (mardi 15 octobre), le mouvement, reconduit démocratiquement par des assemblées générales, continue. Deux lycées importants ont débrayé en soutien aux grévistes et une marche de plus d’un millier de personnes descendait du Campus vers la préfecture de Cayenne. Cela ne s’était pas vu depuis 10 ans en Guyane ! Ce qu’ils veulent : une fac qui marche.
Un des éléments qui a mis le feu aux poudres, c’est la fermeture complètement arbitraire d’une filière – la licence professionnelle de protection de l’environnement – dans laquelle pourtant des étudiants avaient pu s’inscrire à la rentrée… mais dont les cours n’ont toujours pas commencé ! Très vite, lors des assemblées générales rassemblant jusqu’à 300 personnels et étudiants, les causes profondes du ras-le-bol se sont exprimées : pauvreté d’un campus dépourvu de restaurant ou de logements étudiants, précarité d’une bonne part des personnels, retard inadmissible des salaires, etc. Surtout, les grévistes accusent les dirigeants du Pôle guyanais de former une petite coterie de dictateurs incompétents.
Les étudiants et personnels des académies de Guadeloupe et de Martinique sont bien placés pour savoir que lorsqu’une petite clique de chefs gèrent la pénurie, ils finissent par devenir une quasi-mafia (impossible de payer les gens au lance-pierre, et en retard, sans instaurer un climat plus ou moins dictatorial). Et si les conditions sont lamentables aux Antilles, elles sont encore pires en Guyane ! Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le climat là-bas soit devenu insupportable. Il n’y a rien d’étonnant à ce que des gens qui ont appris leur métier de « chefaillons » dans les îles soient envoyés l’exercer à Cayenne. Et il n’y a hélas rien d’étonnant à ce que, de guerre lasse, les grévistes guyanais réclament maintenant la séparation de leur fac d’avec la Martinique et la Guadeloupe…
Que l’université de Guyane devienne autonome ou pas, elle ne sera une «vraie fac» que si les personnels et les étudiants arrachent les moyens dont ils ont besoin.

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