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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1099 du 19 octobre 2013/Première page

Première page

Éditorial :La fin de l'insécurité et de la violence passera par la lutte des exploités contre le grand patronat et autres Valls

Depuis des mois, on assiste à une explosion de la délinquance et de la criminalité en Guadeloupe. Les braquages de magasins, de commerçants sont quasi quotidiens. Des différends familiaux ou entre jeunes se règlent à coups de fusil. On a l'impression parfois qu'on tue pour un rien, comme ce jeune de Gosier abattu par un autre parce qu'il avait regardé un peu trop longtemps la jeune fille qui était à côté de l'agresseur. Les vols armés avec menace sont légion et depuis le début de l'année on dénombre 38 homicides en Guadeloupe et 12 en Martinique.
Les augmentations d'effectifs policiers ne changeront rien. On l'a vu aussi à Marseille.
Il n'y a pas à chercher bien loin les raisons de la délinquance et de la criminalité en Guadeloupe et en Martinique. Le taux de chômage y est en moyenne de 22,9 %. Celui des 15-24 ans était au deuxième trimestre de 25,5 % en France métropolitaine, et... 56 % en Guadeloupe et Martinique (en moyenne). Selon une étude du ministère de l'Éducation, la part des jeunes de 18 ans en difficulté de lecture atteint  33 %, dont 30 % en situation d'illettrisme.
Ces chiffres,  déjà bien trop importants en France métropolitaine sont  catastrophiques en Martinique et Guadeloupe. Ils expliquent d'où viennent la criminalité et la désespérance des jeunes. Ces derniers partent du principe qu'ils n'ont plus rien à perdre dans cette société et préfèrent risquer leur vie ou la prison plutôt que de survivre dans la pauvreté et le chômage.
Psychologues, sociologues, analystes, politiciens auront beau discourir et écrire sur ce « phénomène de violence », ils resteront de beaux parleurs dont les discours se perdront dans le vide. 
Manuel Valls, ministre de l'intérieur  du gouvernement Hollande, répète depuis son arrivée en Martinique qu'il ne peut pas faire de miracles...
Mais  le miracle  impossible  en termes de créations d'emploi, devient miraculeusement possible pour les patrons, de la part de ce gouvernement dont Valls est un pilier.  L'insécurité de l'emploi qui nourrit l'insécurité générale leur convient parfaitement : des centaines de licenciements pleuvent ces jours-ci.
Et puis, on a vu Valls à l'œuvre en France. Il vient de faire expulser  une jeune élève d'origine kosovare emmenée manu militari par la police devant tous ses camarades. Il a fait des déclarations visant à limiter le regroupement familial qui ciblaient directement l'immigration africaine. Il s'en est pris aux Roms qui, d'après lui, ne veulent pas s'intégrer, alors que la loi française leur interdit même d'avoir un emploi.  Valls s'est fait une spécialité d'aller chercher ses idées dans les poubelles du Front National.
Le vrai problème, c'est qu'il y a en France 5 millions de femmes et d’hommes privés d’emploi, 3,5 millions de mal logés, 8 millions de pauvres. Bien des salariés sont incapables de joindre les deux bouts à cause des salaires de misère.
Les déclarations nauséabondes de Valls et ses coups de menton autoritaires en direction de l'électorat de droite et d'extrême-droite servent avant tout à masquer la politique que le gouvernement Hollande, dans la foulée de Sarkozy, mène au service des capitalistes pour racketter les classes populaires.
Du travail pour tous et en particulier pour les jeunes, des emplois durables et payés décemment, voilà ce qu'il faut, immédiatement et en urgence !
Tout récemment, il a suffi que les patrons du BTP bloquent les routes de Guadeloupe et manifestent pour qu'aussitôt on leur accorde toutes sortes d'exonérations fiscales et sociales. Les patrons d'auto-école  n'ont eu qu'à élever la voix pour obtenir des faveurs. Alors, il faudra sans doute que ces milliers de jeunes chômeurs s'organisent en comités, qu'ils concentrent plutôt leur agressivité individuelle dans des manifestations collectives de colère contre cette situation sociale, pour qu'ils soient entendus et satisfaits.
 

Guadeloupe : Quand les patrons du BTP bloquent Jarry

Il aura fallu moins d’une journée de blocage des entrées de Jarry pour que les patrons du BTP soient reçus par la Préfète et obtiennent de nouveaux moratoires sur leurs dettes sociales et fiscales. Après les transporteurs qui deux jours avant avaient bloqué le Conseil général, on assiste tous ces jours-ci à des actions des patrons petits, moyens ou plus gros.
Les gérants d’auto-écoles y ont été eux aussi de leur blocage mardi 15 octobre. À croire ces patrons, c’est pour sauvegarder l’emploi qu’ils font ces actions. Les patrons du BTP ont pleurniché qu’ils subissent une concurrence déloyale des entreprises européennes attributaires de gros marchés, notamment le chantier de l’EDF.
Pour ceux du transport, il s’agissait de réclamer plus d’aides du Conseil général. Pour les auto-écoles, l’assurance d’avoir des élèves. Et pour eux tous, des exonérations de cotisations de sécurité sociale et fiscales.
Les intérêts des salariés sont totalement opposés à ceux des employeurs, malgré tout ce que leur propagande, aidée par les médias, laisse croire à certains salariés et à l’opinion publique.
Dans les transports, plusieurs dizaines de chauffeurs de bus subissent les licenciements à la fermeture des entreprises, ou ne sont pas payés depuis plusieurs mois. C’est ainsi que les chauffeurs de la CODEV dans le nord Grande Terre, ont été conduits à faire grève pour exiger le paiement de 4 mois de salaire en retard, ce qu’ils ont fini par obtenir.
Dans le BTP, moins d’une semaine après avoir encaissé 20 millions d’euros en retard, Gaddarkhan, leader des entreprises artisanales du BTP de Guadeloupe et du mouvement de blocage de Jarry, licencie froidement 20 ouvriers.
Quand aux petits patrons des auto-écoles, ils n’ont de cesse de réprimer les salariés qui se battent pour la mise en place d’une convention collective depuis deux ans. Mise à l’écart, diminution arbitraire et illégale des salaires, pressions, licenciements, et abus de toutes sortes sur les clients, tel est le climat que fait régner le petit patronat des auto-écoles en Guadeloupe.
Dans cette société dominée par les capitalistes qui mènent sans répit leur guerre de classe contre les travailleurs et les pauvres, il n’est pas étonnant que les plus hauts fonctionnaires de l’État, en la personne de la Préfète de Guadeloupe, se mettent en quatre pour répondre favorablement à leurs ordres. Il est grand temps que les travailleurs ne comptent que sur eux-mêmes pour exiger des emplois stables, l’arrêt des licenciements, des salaires décents.
Que tous ces gens-là ne viennent pas, alors, reprocher aux travailleurs en grève de prendre la population en otage !
 

Martinique : Urgences de l'hôpital Pierre-Zobda-Quitman : une grève qui devrait donner le moral

Le personnel des urgences de l'hôpital Pierre-Zobda-Quitman de Fort-de-France a été en grève du jeudi 3 octobre au mardi 8 octobre. En cause : la question des conditions de travail, surtout le manque d'effectifs. Ces conditions se sont encore aggravées depuis la fermeture en mars dernier des urgences de Mangot-Vulcin, au Lamentin, qui a entraîné mécaniquement à Fort-de-France le quasi-doublement du nombre moyen d'accueils quotidiens, passé de 80 à 150. Les agents subissent aussi les effets de la fermeture de la zone de séjour de courte durée, faute de médecins. Résultat : les 12 patients susceptibles d'être accueillis dans cette zone se retrouvent dans les couloirs.
L'ensemble du personnel a été mobilisé et a participé aux assemblées de grévistes. Un comité de grève d'une dizaine d'agents a été désigné. Naturellement les urgences graves ont été assurées, mais le service était minimum et les grévistes filtraient les patients sur des barrages tenus en amont des entrées des urgences.
La direction, qui au départ comptait s'en tirer avec de vagues promesses, en a été pour ses frais. À deux reprises elle a espéré une fin de grève rapide, mais les grévistes ont rejeté ses propositions insuffisantes. C'est ainsi que vendredi, le directeur D. Riam déclarait piteusement : «Nous nous sommes quittés sur un protocole d'accord jeudi et, à ma grande surprise, les barrages n'ont pas été levés». Idem pendant le week-end : alors qu'à la suite des négociations de vendredi, les barrages avaient été levés, ils étaient rapidement remis en place, et l'assemblée générale des grévistes votait lundi matin, à l'unanimité, la poursuite de la grève.
Ce mouvement a fait reculer la direction.
Il y aura ainsi une liste nominative de l'effectif infirmier total du service, tout le monde pouvant ainsi vérifier que le chiffre de 52 annoncé par la direction (30 infirmiers de jour, 20 de nuit, et 2 pour les remplacements), correspond bien à la réalité. L'équipe doit aussi être renforcée par un ASH (agent des services hospitaliers). Sur d'autres points, par exemple les patients dans les couloirs, la direction a promis une réponse rapide.
Cela demande à être vérifié, c'est donc fort logiquement que les grévistes ont déclaré, en décidant la reprise mardi 8 octobre : «Le mouvement de grève est suspendu, pas arrêté !».
Cette grève dynamique, bien vivante, unanime sur un secteur, montre ce qui est possible. Alors que la direction – avec sans cesse le mot « économies » à la bouche – veut nous imposer des reculs depuis des mois, il est possible au contraire de la faire reculer.

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