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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1101 du 16 novembre 2013/Quatrième page

Quatrième page

Argentine : Trois députés trotskystes élus au parlement

Le 27 octobre dernier, le Front de la gauche et des travailleurs (FIT, Frente de izquierda y de los trabajadores) a remporté un succès électoral non négligeable lors de l’élection des députés au parlement national et aux parlements de provinces. Le FIT regroupe trois organisations qui se revendiquent du trotskisme : le Parti ouvrier (PO), le Parti des travailleurs socialistes (PTS) et la Gauche socialiste (IS). Il gagne trois députés nationaux (avec des scores de 10, 14 et 20 %) et huit députés provinciaux. Le million d’électeurs qui ont voté FIT ont d’abord exprimé leur rejet du gouvernement actuel.
Le personnel politique argentin est pour beaucoup issu des cadres du péronisme – du nom de Juan Pérón. Ce militaire, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1943, profita de sa position pour constituer un mouvement dont le langage «patriote» et populiste a séduit une partie des masses pauvres, lui permettant de constituer des gouvernements autoritaires dans les années 1950, puis à nouveau dans les années 1970. Relookés en parti de centre gauche «moderne», les péronistes, en la personne de Nestor Kirchner, ont été appelés à la rescousse pour canaliser le mécontentement populaire après la crise bancaire de 2001. Après la mort de Nestor, c’est à sa femme, Kristina, que la bourgeoisie argentine a confié le soin de «faire le sale boulot» : obliger les travailleurs et les pauvres à continuer de payer la dette. Avec la crise mondiale actuelle, ces attaques ont fini par provoquer un ras-le-bol du «kirchnerisme» parmi la jeunesse étudiante, les classes populaires et les agriculteurs (qui ont mené un conflit très dur contre «la présidente» en 2007-2008). Il est donc probable que le FIT a profité d’un vote protestataire des déçus du péronisme.  
Mais parmi les travailleurs aussi, les militants trotskystes sont apparus, dans certains secteurs, comme ceux qui luttaient de façon conséquente contre les effets de la crise et des privatisations. En 2010 par exemple, un jeune militant du PO – Mariano Ferreyra – était assassiné par une bande de voyous lancés contre un piquet de grève par la bureaucratie syndicale corrompue issue du péronisme. La vague d’indignation qui s’en était suivie avait obligé le gouvernement à arrêter et laisser condamner un de ses proches, José Pedraza, chef d’un syndicat de cheminots devenu multimillionnaire à l’occasion des privatisations du chemin de fer, et qui se vantait ouvertement de ne pas être monté dans un train depuis 25 ans… D’après la presse argentine, le rejet par les travailleurs de ces personnages peu ragoûtants se traduit depuis quelques années par l’élection de plus en plus fréquente de délégués du personnel proches de l’extrême gauche dans les usines de la banlieue de Buenos Aires et dans certaines entreprises du centre du pays.
Il n’est pas sûr que le succès électoral du FIT signale un regain de combativité de la classe ouvrière argentine, mais c’est au moins une victoire qui a été obtenue sous le drapeau du camp des travailleurs.
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Haïti : Des boat-people assassinés en pleine mer

Le 10 novembre, 5 Haïtiens sont morts noyés au large de Porto-Rico. Ils faisaient partie d’un groupe de 18 qui tentaient de gagner Porto Rico à bord d’une petite embarcation pilotée par des passeurs.
Se sentant repérés, les passeurs se sont débarrassés de leur «cargaison» en obligeant les 18 passagers à sauter par-dessus bord près de l’île de Mona au large de la République Dominicaine. Sept hommes et six femmes ont été secourus par les gardes côtes.
Le nombre des boat-people a augmenté avec la dégradation de la situation pour les pauvres.
Dans les quartiers populaires, le chômage, l’absence de salaire, l’absence de toit, la misère qui s’aggrave poussent les habitants à chercher une vie meilleure ailleurs.
Certains qui avaient cru en un changement avec Martelly désespèrent et tentent leur chance sur la mer ou en passant la frontière vers Saint Domingue. Là aussi ils sont reçus comme des parias.
D’autres sont déjà revenus de ces illusions et n’espèrent ni dans les politiciens, ni dans les passeurs ou dans quelques sauveurs.
Ils comptent sur la mise en commun de leurs énergies pour construire leur propre force et défendre leurs intérêts pour arracher ce qui leur est dû.

Il y a 50 ans, l’assassinat de J.F. Kennedy

Le 22 novembre 1963, le président des États-Unis John Kennedy était assassiné à Dallas, au Texas. De manière générale l’opinion publique mondiale a gardé de cet homme une image quelque peu romanesque : un jeune président assassiné dans la fleur de l’âge, un libéral démocrate qui œuvrait dans le sens d’une réduction des injustices sociales.
JFK fut un président présenté par le parti "démocrate", qui avec le parti républicain  sont les "deux partis uniques" des USA qui se succèdent au pouvoir depuis toujours.
Le mystère entourant son assassinat, jamais clairement élucidé, a donné lieu à plusieurs théories, ajoutant encore au mythe.
Mais la réalité du personnage ne correspond pas à ce portrait idéalisé. Né en 1917, John F. Kennedy fut élu président des USA en 1960. Son père, Joseph, était lié à la mafia, et celle-ci a vraisemblablement contribué au succès électoral du fils, grâce à l’un de ses «parrains», Sam Giancana, lié à la famille. Plus tard, au cours de sa mandature, John Kennedy et son frère Robert fondèrent le département de la justice pour lutter contre le crime organisé, c'est-à-dire cette même mafia qui n’apprécia pas ce manque de reconnaissance. L’une des théories autour de l’assassinat l’attribue à la mafia.
Dans le domaine social, le nouveau président n’était pas enclin à innover. Après la seconde guerre mondiale et à l’époque de «la guerre froide», conflit potentiel qui opposait les USA à l’URSS, le pays vivait dans le cadre d’une économie de guerre, et le prétendu «rêve américain» se soldait par d’importantes inégalités sociales. 20% des familles les plus défavorisées ne percevaient que 5% du revenu national global. Les plus défavorisés d’entre tous restaient les Noirs, victimes de la ségrégation, de la barbarie des racistes dans le Sud et ne bénéficiant pas du droit de vote.
Face à cela, le programme de Kennedy restait très modéré. L’éditorialiste du New York Times de l’époque écrivait ceci : Kennedy voulait «éviter tout changement intempestif sur le front intérieur» ; «il ne brûle pas de se confronter aux conservateurs du Sud sur la question des droits civiques» ; «il demande instamment aux syndicats de ne pas réclamer d’augmentation des salaires» etc.
Mais la lutte de la population noire contre la ségrégation et pour les droits civiques prenait de l’ampleur et se radicalisait. Le mouvement pacifiste amorcé par Martin Luther King tournait à l’affrontement avec les forces de répression. En 1963, des émeutes éclatèrent en Alabama, dans le Sud, puis s’étendirent. Selon le département de la justice, il y eut 1 412 manifestations en trois mois. Le gouvernement devait prendre position. Face à l’ampleur du mouvement, Kennedy décida de poser le problème noir devant le congrès. Des agents fédéraux furent dépêchés pour la protection d’un étudiant noir inscrit à l’université d’État du Mississipi, de manière à lui permettre d’y pénétrer. Cependant, la loi sur le droit de vote pour les Noirs fut proposée au congrès par le successeur de Kennedy, Johnson.
Concernant la politique internationale, Kennedy fut accusé par les conservateurs de sympathies communistes. C’est pourtant lui qui approuva le plan conçu par la CIA de débarquement à Cuba pour briser le régime castriste. Le débarquement de la Baie des Cochons se solda par un échec. Les 1 400 hommes, essentiellement des exilés anti castristes entrainés par l’armée américaine, furent impuissants à vaincre la résistance du peuple cubain qui les repoussa. Par la suite, plusieurs tentatives d’assassinat de Castro par l’administration Kennedy échouèrent.
En  1962 éclata la crise des missiles. En novembre 61, 45 missiles furent déployés par les USA en Turquie et Italie, pointés vers l’URSS. De son côté, l’URSS installa à Cuba des missiles pouvant atteindre les grandes villes américaines. La tension était forte. Suite à des négociations, l’URSS accepta de retirer ses missiles contre l’engagement des USA de ne pas envahir Cuba et de retirer ses missiles du sud de l’Europe. Kennedy apparut alors comme un sauveur, alors que le régime soviétique tirait le bénéfice de cette détente inespérée notamment en gardant Cuba dans sa sphère d'influence.
L’abandon de Cuba ne plaisait ni à la CIA, ni à la mafia, pour qui la perte de cette île, anciennement lieu de perversion et de trafics quand elle était sous domination américaine, se traduisait par un manque à gagner de millions de dollars.
Kennedy envisageait  sa réélection en 1964. Il fut assassiné l’année précédente. Le tireur présumé, Lee Harvey Oswald, fut lui-même assassiné 48 heures après son arrestation par un proche de la mafia, Jack Ruby, qui mourut en prison en 1967, sans avoir révélé, du moins officiellement, les raisons de son acte.
Malgré sa popularité, Kennedy avait mécontenté beaucoup de monde, et du monde influent : la CIA, la mafia, les racistes du Sud. Quant à sa popularité, elle reposait finalement sur ce que les événements lui avaient dicté plutôt que sur une volonté réelle d’améliorer le sort des plus pauvres et de favoriser la détente internationale.
 
 

Timide réaction du Black Caucus en soutien aux Haïtiens de Santo-Domingo

Suite à la décision de la cour constitutionnelle dominicaine de retirer la nationalité dominicaine auxenfants nés dans le pays de parents étrangersdepuis 1929, le Black Caucus, qui regroupe les élus noirs du congrès américain, a fait une déclaration pour dénoncer cette loi qui touche plus de 250 000 Dominicains d’origine haïtienne. Selon eux, c’est une violation des droits de l’Homme  et des principes internationaux, car des personnes se retrouvent sans nationalité. Les membres du Black Caucus disent qu’ils se sentent concernés parce qu’ils ont toujours eu des liens avec les populations de la Caraïbe et que cette mesure met en danger le progrès et la stabilité dans la région. Ils invitent le gouvernement dominicain à rendre cette loi plus humanitaire mais en aucun cas ils ne demandent son annulation totale.
La démarche des élus afro-américains est louable mais elle ne freinera pas le gouvernement dominicain dans son projet de déporter brutalement des milliers d’individus. D’ailleurs le dernier communiqué du gouvernement dominicain daté du 7 novembre annonce que seuls les étrangers qui démontrent qu’ils sont nés en République Dominicaine et qui n’ont violé aucune loi dominicaine pourront être régularisés. Reste à savoir ce que signifie "ne pas avoir violé les lois dominicaines".

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