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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1102 du 30 novembre 2013/Quatrième page

Quatrième page

Chili : Après le premier tour des présidentielles

Sans grande surprise, le premier tour de l’élection présidentielle chilienne a été remporté par Michelle Bachelet du Parti dit «socialiste» avec 46 % des voix contre 25 % pour la candidate de droite, Evelyn Matthei, désignée par la coalition actuellement au pouvoir.
Les règles particulières de l’élection chilienne (qui interdisent à un président de se présenter à sa propre succession) limitent la «prime au sortant» et assurent une alternance «centre gauche» – «centre droit» plus ou moins automatique depuis la fin de la dictature de Pinochet. Cela explique en partie le résultat du 17 novembre : dans l’incapacité de se présenter en 2010, l’ancienne présidente «de gauche» (Michelle Bachelet) est de retour, tandis que la dauphine du président sortant, Sebastian Pinera Echerique, n’a pas su convaincre les classes moyennes chiliennes (en fait, les franges les plus ultra-libérales et réactionnaires de la petite bourgeoisie avaient désigné un certain Pablo Longueira, proche du dictateur Pinochet, avant qu’il ne cède la place à une Matthei jugée plus «centriste»).
 Les masses pauvres et la classe ouvrière, quant à elles, ne se sont semble-t-il pas exprimées : l’abstention atteint ainsi un niveau record avec plus de 50 %. Certes, Bachelet a promis l'instauration d’un impôt sur les grandes entreprises pour financer l’éducation, l'amélioration des équipements de santé et de la sécurité sociale, mais il s’agit là d’une liste de «promesses» qui n’avaient déjà pas été tenues lors de son premier passage au pouvoir !
Le Chili, premier exportateur mondial de cuivre, a bénéficié de la hausse des prix des matières premières – après une chute brutale en 2009, le prix du cuivre a plus que doublé – ce qui lui permet de résister un peu à la crise. La politique néo-libérale menée par tous les gouvernements depuis 20 ans a canalisé une partie de ces revenus vers une petite bourgeoisie assez nombreuse et surtout de plus en plus satisfaite (c’est elle qui, pour l’essentiel, a bénéficié de la prétendue «lutte contre la pauvreté» des années 2000), tandis que les inégalités de revenus restent parmi les plus élevées d’Amérique latine (et même du monde : le Chili est classé au 16 rang des pays les plus inégalitaires). Ce sont ces gens-là, essentiellement, qui se sont exprimés lors des élections.
Il est probable que Bachelet sera élue lors du second tour du 15 décembre. Il n’est pas du tout évident que les masses laborieuses victimes de la crise d’un côté, et les classes moyennes nostalgiques de la dictature de l’autre, éprouvent un grand intérêt pour ce scrutin (même si ces dernières voteront un peu plus pour «faire barrage à la gauche»). Il est en revanche certain que la présidente au pouvoir mènera la politique de la grande bourgeoisie et des multinationales.

Haïti

Nous publions ci-dessous un extrait du journal  «la Voix des Travailleurs» de nos camarades d’Haïti à propos des manifestations qui se sont déroulées le week-end du 18 novembre.
 
Manifestations d'opposition au régime. Les travailleurs et les pauvres ont tout intérêt à en prendre la direction politique
 
Les leaders de l’opposition avaient lancé le 18 novembre 2013,  jour de l’anniversaire de la bataille de Vertières (la dernière bataille décisive  et victorieuse contre les troupes de Leclerc envoyées par Bonaparte pour rétablir l'esclavage), une grande manifestation nationale contre le régime en place. Ils étaient revigorés par des manifestations anti gouvernementales qui avaient eu lieu récemment à travers le pays. L'attitude arrogante du président Martelly, les scandales de corruption qui fusent un peu partout dans le pays, l'aggravation  de la misère ont justifié d'autant plus ces manifestations de l'opposition.
Les manœuvres d’intimidation de la police, des partisans du gouvernement, tendant à dissuader la population de participer à la marche de l’opposition dans la deuxième ville du pays ont porté des fruits ; ce n’était le cas à Port Au Prince. Dans la capitale, beaucoup de jeunes des quartiers des bidonvilles ont répondu à l’appel des leaders de l’opposition. Ils étaient en effet des dizaines de milliers de manifestants à battre le macadam pour crier à la démission du gouvernement et au départ du pouvoir de Joseph Michel Martelly. Le même scénario s'est déroulé dans plusieurs  villes du pays comme les Cayes, Petit Goave, pour ne citer que celles-là.
Mardi 19 novembre, des leaders de l’opposition, comme le sénateur Jean Charles Moise, n’ont pas caché leur satisfaction. Certains d’entre eux pensent que les jours de Martelly sont comptés, en dépit du soutien des  puissances occidentales et de la Minustah (mission des Nations Unies pour Haïti). À les entendre il ne serait qu'un cadavre politique.
 La prochaine manifestation de l’opposition est fixée au 29 novembre 2013, le jour de l’anniversaire du référendum qui a adopté la constitution en vigueur dans le pays. L’avenir seul dira si ces prochaines manifestations de l’opposition seront plus importantes.
Martelly, ne parvenant plus à contrôler la situation, perdra-t-il le soutien de ses tuteurs ? Difficile à dire ! Seul le rapport de force peut en être la cause dans la période à venir !
Pour le moment la classe ouvrière ne se sent nullement concernée par cette lutte politique mettant face à face Martelly et ses opposants, car les uns comme les autres ne défendent pas ses intérêts. Mais elle aurait tort de rester spectatrice. Il y a une occasion de montrer ce mécontentement qui grandit dans les couches pauvres de la population, de défiler sous son propre drapeau, de marquer les différences d’intérêt avec les politiciens et aussi de  mettre en avant les revendications des travailleurs. Et c'est ainsi que ces derniers pourront faire en sorte de marcher vers la direction politique du mouvement d'opposition, pour eux-mêmes et les pauvres d'Haïti. C'est ainsi qu'ils pourront éviter de ne servir que de piétaille une fois de plus pour les intérêts de clans politiciens dont le seul but est le pouvoir pour eux-mêmes et la liberté de piller l'argent public pour s'enrichir sur le dos de la population.

Haïtiens apatrides : l’hypocrisie du Caricom !

En septembre, la République Dominicaine a décidé de retirer la nationalité dominicaine aux enfants nés dans le pays et de parents étrangers depuis 1929. Plus de 200 000 Haïtiens de la République Dominicaine sont concernés. Le Caricom (marché commun de la Caraïbe) a dénoncé cette décision qui va à l’encontre des conventions des droits de l’Homme, mais sans exiger son annulation.  
Comme solution, le Caricom a demandé à la République Dominicaine « d’adopter des mesures pour protéger les droits des Haïtiens devenus apatrides ». En réalité les chefs du Caricom n’ont que faire de la situation de détresse des immigrés haïtiens. Bien au contraire, ils utilisent les souffrances et la misère de cette main d’œuvre immigrée pour la surexploiter dans toutes les îles de la Caraïbe.

Jamaïque : Homophobie encouragée par la justice !

Mi-novembre, un tribunal a rejeté la demande d’un militant pour les droits des homosexuels. Il demandait la condamnation de trois chaînes de télévision pour discrimination. Ces médias avaient refusé de passer un spot appelant à la tolérance envers la communauté homosexuelle. 
C’est une décision lourde de conséquences, dans un pays où la violence vis-à-vis des homosexuels est quotidienne. En juillet, un jeune homme de seize ans a été sauvagement assassiné lors d’une soirée. 
Cette décision montre que l’État jamaïcain continue d’être homophobe. Les relations sexuelles entre hommes, réelles ou supposées, sont punies d’emprisonnement. Avant de se faire élire en 2011 Madame Portia Simpson-Miller, premier ministre, avait pourtant promis d’abroger ces lois d’un autre âge ! On attend toujours !
 

Sainte Lucie : La crise frappe de plein fouet la population

Tout près de nous, juste au sud de la Martinique, Sainte-Lucie - un peu moins de 170 000 habitants anglophones et créolophones - est dirigée par le Premier ministre Dr Kenny Anthony du parti travailliste SLP (Saint Lucia Labour Party). Ce gouvernement abandonne la population à son sort face à la crise qui touche l’île et plus généralement la région caribéenne. Le SLP a en face de lui l’United Workers’ Party (UWP) presqu’aussi important.
Depuis le début de 2013 les fermetures d’entreprises se multiplient. Le taux de chômage atteint les 25% avec 17 000 jeunes chômeurs. Et la situation est d’autant plus grave que 60% des demandeurs d’emploi n’ont pas reçu d’enseignement secondaire et ont donc peu de chances de trouver un emploi correctement payé.
Depuis la crise financière de 2008, les prix ne cessent d’augmenter. En outre ces prix sont grevés par une TVA de 5% sur le riz, mais jusqu’à 35% sur les portables et les télévisions. Même si certains produits sont exemptés de cet impôt injuste, la consommation de la population diminue. En septembre, les patrons ont demandé une baisse de la TVA pour augmenter leurs ventes. Ainsi deux colis par famille seront dispensés de TVA pour la période des fêtes de fin d’année.
Mais le Premier ministre et son gouvernement se soucient peu des dangers qui menacent la population. Certains signes indiquent une catastrophe économique et sociale imminente. La dette du pays est colossale. En ce moment le Premier ministre est l’objet d’un scandale financier. Il a autorisé un milliardaire escroc à chercher du pétrole sur une plage. Aujourd’hui l’escroc réclame au gouvernement 200 millions de dollars US pour ses recherches infructueuses.
Les patrons, eux, revendiquent des réformes. Ils demandent de diminuer le nombre de ministres et de sénateurs. Ils pensent qu’on peut fermer les nombreuses ambassades dans l’île. Ils revendiquent surtout : la baisse des charges sociales - donc moins d’aides pour la santé -, moins d’impôts sur leurs bénéfices, le gel des salaires pendant 5 ans. Ils se plaignent de ne plus pouvoir investir. Le 5 novembre les pilotes de la compagnie d'aviation LIAT qui dessert les Antilles se mettaient en grève accusant leur compagnie de fautes de gestion. La compagnie qui effectue 1 000 vols par semaine vers 22 destinations avait des problèmes de matériel, entre autres avec 12  avions ATR neufs. Le parlement de Sainte-Lucie a accordé sa garantie à la LIAT pour un prêt de 3 millions de dollars US. D’autres îles de la Caraïbe ont fait de même.
Les travailleurs n’ont rien à attendre des luttes menées par les nantis, au contraire. Ils doivent aussi crier leur mécontentement pour obliger le gouvernement à assurer l’école, le logement, la santé, toutes choses pour lesquelles ils paient des taxes. Ils ne sauraient laisser le Premier ministre distribuer les richesses qu’ils produisent aux patrons qui licencient.
 

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