Site

Journal/Sommaire du dernier CO n° 1190 du 6 janvier 2018/Quatrième page

Quatrième page

Libéria: Ancien footballeur et match pipé

La victoire aux élections présidentielles de Georges Weah, un ancien footballeur mondialement célèbre, a été confirmée. Il sera investi président le 22 janvier prochain dans ce pays qui garde encore les traces de vingt ans de guerre civile.

Le Libéria est situé sur la côte ouest de l’Afrique. Il a été créé en 1822 par la société américaine de colonisation pour que les États-Unis aient une base sur le continent africain face à ses concurrentes, la France et la Grande-Bretagne, qui avaient déjà construit de gigantesques empires coloniaux.

Au départ, la société américaine de colonisation a installé dans cette colonie d’anciens esclaves affranchis : 13 000 entre 1821 et 1867. Ces colons noirs américains organisaient le travail forcé des populations locales sur les plantations des grandes sociétés américaines. Le 26 juillet 1847, la colonie est officiellement déclarée indépendante, mais ce n’est qu’une façade puisque les grandes sociétés américaines continuent à y prospérer. Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, les inégalités entre l’élite américano-libérienne et les populations locales - qui représentent 95% de la population totale - se sont aggravées. Seule l’élite a le droit de vote. À la même période, le géant américain du pneu Firestone, installé au Libéria, y possédait la plus grande plantation d’hévéa (l’arbre à caoutchouc) au monde. La population vivait dans une misère atroce pendant que les élites américaines avaient accès à tout le confort matériel : l’eau potable arrivait sur le « territoire » de Firestone directement des États-Unis. Chaque mouvement de la population était réprimé dans le sang par les gouvernements.

À partir de 1971, à la mort du président William Tubman, s’ouvre une période d’instabilité politique marquée par des coups d’État et des massacres. La guerre civile se propage aux pays voisins (en Sierra Léone et à la frontière avec la Côte d’Ivoire et la Guinée) où se sont réfugiés des opposants. Charles Taylor est l’un d’entre eux. Il prend la tête d’une nouvelle force, le Front patriotique national du Libéria (NPFL) avec lequel il parvient à contrôler presque l’ensemble du pays. Dans toute la région des chefs de guerre et leurs armées massacrent des villages entiers et enrôlent des « enfants-soldats » pour grossir leurs troupes.

C’est la population qui a été la première victime de cette guerre civile. Entre 1980 et 2003, on estime à 150 000 le nombre de morts. Sous contrôle de l’ONU, une nouvelle présidente, Ellen Johnson Sirleaf, est élue à la tête du pays en novembre 2005.

Aujourd’hui, Georges Weah, est élu président avec 61,5 % des voix et donne l’impression que le pays fait peau neuve. Mais le Libéria fait partie des dix pays les moins développés du monde. Les inégalités et la misère ne disparaitront pas parce qu’un nouveau président est élu. D’ailleurs, Jewel Howard-Taylor, l’épouse de Charles Taylor, l’ancien président-tortionnaire, est actuellement la vice-présidente de Weah. C’est la preuve que les mêmes élites restent au pouvoir. Ce nouveau match de Weah est pipé d’avance.


Iran: Manifestations contre le pouvoir

Pendant plusieurs jours à partir du 28 décembre, ont eu lieu une série de manifestations de grande ampleur. Ce sont surtout, les classes populaires, ouvriers, retraités et des étudiants qui ont protesté contre la baisse du niveau de vie, le chômage et la corruption des dirigeants.

Au début, les manifestants protestaient contre la hausse du prix de l’essence et des œufs. Le prix des œufs a augmenté de 40%. Progressivement, les slogans se sont exprimés contre le pouvoir iranien.

Le mécontentement a commencé dans la ville de Machhad, la deuxième du pays, où une cinquantaine de manifestants ont été arrêtés. Les manifestations se sont étendues sur plus d’une dizaine de villes, y compris la capitale, Téhéran. Ces manifestations étaient le point culminant d’une colère populaire qui s’exprime depuis au moins un an. L’État iranien a fait croire à la population que la situation économique s’améliorerait grâce à l’accord sur le nucléaire de 2015. Cet accord devait permettre aux entreprises des grandes puissances impérialistes comme les États-Unis d’exploiter les importantes ressources en gaz et en pétrole et aux banques d’investir en Iran. En échange, l’Iran devait limiter sa production en plutonium (produit chimique essentiel à la fabrication de l’arme nucléaire). Mais, la situation des masses pauvres ne s’est pas améliorée.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a maintenu l’embargo, ce qui cause la pénurie et l’inflation. Les familles rivales iraniennes qui se partagent le pouvoir se servent au passage les retombées de la rente pétrolière. C’est la population laborieuse qui en paie le prix. Des ouvriers et des retraités ont manifesté pour le versement de leurs salaires et de leurs pensions. Des petits épargnants ont exigé le remboursement de leurs économies, englouties par la faillite des banques. Un tiers des jeunes sont sans emploi. Le gouvernement de Rohani a annoncé la fin des subventions publiques. L’Iran est une république islamique dirigée par des religieux, les mollahs. Les Pasdaran ou gardiens de la révolution islamiste, ont pour tâche de maintenir cette dictature. Malgré cet autoritarisme les manifestations se sont répandues partout dans le pays. C’est un aperçu de la capacité des masses à ébranler un régime aussi dictatorial qu’il soit. Cette fois-ci, les manifestations ont été réprimées par le pouvoir iranien. Au bout de six jours, il y a eu au moins 21 morts et un millier d’arrestations. La répression a fait reculer les manifestations et les problèmes persistent. Une étincelle pourrait rallumer la colère de la population laborieuse.


Dans les entreprises

Pawol a travayè bannann
SA Bois-Debout : Block continue de cycloner la plantation
Depuis le cyclone Maria, les planteurs pleurnichent. Ils disent avoir perdu la totalité de leur récolte. La réalité est tout autre. Avant le passage du cyclone ils avaient déjà commencé à saccager les parcelles. Aujourd’hui, trois mois après Maria, le patron de la SA Bois-Debout continue de détruire des parcelles. Les camarades sauront le lui rappeler quand il va pleurnicher sur « les difficultés de l’entreprise ».

SCA La Digue : un exemple à suivre
Avant Noël, les camarades ont cessé le travail quand ils ont vu que leur prime de fin d’année a été diminuée de 100 €. Dans beaucoup de plantations les patrons font la même chose, ils volent sur cette prime pour se venger de la grève. La protestation des camarades de La Digue pourrait bien se généraliser.

Échos des hôpitaux (Guadeloupe)
CHU : les hypocrites !
Tous les responsables, devant la presse, n’avaient pas de mots assez forts pour nous féliciter de notre dévouement lors de l’incendie. Mais hors les caméras c’est la même arrogance, la même prétention. Leur peur étant passée, aujourd’hui sont revenus l’irrespect, le mépris voire même les insultes d’une en particulier qui parle d’agents qui « font chier ». Connaissant leur désinvolture, il est à parier que la prochaine fois qu’ils feront dans leur pantalon ce ne sera pas à cause de nous !


Vénézuela : le calme avant la tempête ?

Le président Maduro, désormais plus solidement au pouvoir, vient coup sur coup d’augmenter de 40 % le salaire minimum et d’interdire à l’opposition de droite de participer aux élections présidentielles de 2018. Mais la crise économique provoquée par l’effondrement des prix du pétrole étrangle la population.

Le fait que le régime de Chavez ait utilisé la rente pétrolière – sans jamais toutefois s’attaquer aux profits des plus riches familles – pour améliorer le sort des pauvres d’origine amérindienne insupporte depuis toujours les franges les plus réactionnaires et racistes de la bourgeoisie vénézuélienne. À la faveur de la mort de Chavez et de la crise économique provoquée par la chute des cours du pétrole, ses représentants politiques – la « Table démocratique » des partis de droite ou MUD – tentent depuis 2013 de reprendre le pouvoir politique au successeur de Chavez, Nicolas Maduro.

Cette droite dure est allée au départ de succès en succès. Après avoir pris la majorité au parlement, elle s’est mise à la tête des protestations contre le régime et a appelé à des manifestations et à des blocages massifs qui ont culminé en juillet dernier. À ce moment-là, la MUD était parvenue à rallier autour d’elle la majorité des classes moyennes et une partie des couches populaires déçues du « chavisme ». Et l’incapacité du régime à protéger les pauvres de la crise – précisément parce que ces « socialistes » ne se sont jamais attaqués aux profits de la bourgeoisie – érodait le prestige du « chavisme » auprès de la population.

Néanmoins, les chavistes au pouvoir détiennent encore la rente pétrolière qui, pour diminuée qu’elle soit, reste importante, et surtout les moyens considérables de l’État vénézuélien. Maduro a tenu bon. Il est possible aussi que les rodomontades proférées contre lui par Donald Trump depuis la Maison blanche aient provoqué un réflexe anti-impérialiste chez les masses pauvres. Toujours est-il qu’il est parvenu à tenir avec succès l’élection d’une Assemblée constituante qui lui est désormais acquise et qui a remplacé le parlement contrôlé par la droite. Il a également très largement remporté les élections municipales de décembre dernier que la droite avait choisi de boycotter. L’échec de la voie ostensiblement « légaliste » prônée par cette droite (qui n’a cependant jamais hésité à employer des gros bras pour faire le coup de poing au cours des dernières années) a manifestement déçu ses partisans. Les dernières manifestations à son appel n’ont rassemblé que quelques milliers, puis quelques centaines de personnes en novembre dernier. Les dernières mesures de Maduro visent à financer encore un temps la neutralité bienveillante de la classe ouvrière dont il ne peut que craindre l’entrée en lutte et à parachever sa victoire politique sur l’opposition de droite. Mais l’histoire ne saurait en rester là.

La crise économique se poursuit. Il est peu vraisemblable que les mesures récentes attachent durablement les masses pauvres à Maduro qui bénéficie surtout de leur méfiance instinctive envers les riches blancs : l’augmentation du salaire minimum est essentiellement symbolique et l’inflation vertigineuse (650 % en 2017) aura tôt fait d’en annuler la portée. De l’autre côté, si la voie du « coup de force démocratique » est durablement fermée à la droite, il est possible qu’une fraction de la bourgeoisie prenne le risque de recourir à la guerre civile. Le plus inquiétant étant que l’état actuel de la situation n’interdit pas que certains nourrissent quelques espoirs de succès dans cette voie. Un signal dans ce sens a eu lieu le 6 août dernier lorsqu’un commando paramilitaire dirigé par un officier en cavale désormais lié à la droite – Juan Caguaripano – s’est attaqué à une base militaire à Naguanagua. Les assaillants ont été pour la plupart abattus ou emprisonnés, mais une partie de la population de ce quartier pourtant traditionnellement pro-chaviste a pris à partie les forces de l’ordre loyalistes et permis la fuite de Caguaripano et de certains de ses acolytes qui ont emporté une quantité importante d’armes et de munitions dont on est toujours sans nouvelles. Une mobilisation massive de la classe ouvrière pourrait encore contraindre le pouvoir et la fraction radicalisée de la bourgeoisie à s’entendre sur la nécessité, pour le premier de prendre un peu sur les profits afin de soulager réellement la population, pour la seconde de revoir à la baisse ses ambitions. Faute de cela, il est à craindre que les travailleurs et les masses laborieuses fassent les frais des affrontements à venir.  


Naufrage au Nord d’Haïti

Samedi 6 janvier, malgré un avis de tempête diffusé la veille, 200 voyageurs en provenance de la plaine du nord ont pris la mer en direction de l’île Providenciales, de l’archipel Turks-et-Caïcos. Leur embarcation a fait naufrage, au large de la commune de Caracol département du Nord. Cette fois, les gardes côtes haïtiens ont réussi à sauver tous les boat people. Mais en octobre, 40 personnes s’étaient noyées dans le naufrage d’une embarcation tentant de rallier ce même archipel comme passage vers les USA.

D’autres se tournent vers la frontière de Saint Domingue pour trouver une échappatoire. C’est ainsi que le 3 janvier dernier, l’armée dominicaine avait intercepté 376 Haïtiens qui essayaient de traverser la frontière dans les provinces du Nord. Plus de 2 000 Haïtiens auraient déjà été refoulés en Haïti selon le général qui commande l’opération de surveillance frontalière nommée « bouclier 2018 ». Menée par les armées de terre, de mer et l’aviation dominicaine depuis juillet 2017, elle s’est renforcée en fin d’année et tente de rendre hermétique la frontière haïtiano-dominicaine. Hermétique pour les travailleurs, mais grande ouverte pour les capitalistes et leur capitaux. Dans les campagnes, comme en ville, avec l’augmentation du coût des produits de base, la baisse des salaires, beaucoup de travailleurs, de jobeurs continuent de risquer tout ce qu’ils ont en quête de meilleures conditions de vie.


Bookmark and Share