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CO de 2018/CO n° 1193 du 24 février 2018/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Le mépris de l’administration envers les immigrés

Depuis le 1er novembre 2017, la préfecture a décidé de supprimer le bureau d’accueil des immigrés à Basse-Terre, en créant un pôle unique à la sous préfecture de Pointe-à-Pitre. Des immigrés de la Basse terre doivent donc se déplacer vers Pointe-à-Pitre. Ils sont obligés de se rendre dès la veille à la sous-préfecture et la plupart d’entre eux dorment sur place. Cette situation inhumaine existait déjà avant ce changement d’accueil.

La suppression du bureau de Basse-Terre a entraîné une véritable pagaille. De nombreux dossiers ne sont pas traités et cela retarde les délais de livraison des renouvellements de titres de séjour. C’est une situation dramatique que vivent les immigrés dont une majorité d’Haïtiens et de Dominiquais. Sans titre de séjour ils se retrouvent en situation irrégulière et face à une possible expulsion. Ceux qui ont un travail risquent de le perdre faute de papiers. Ils voient leurs prestations familiales supprimées. Cette situation crée une véritable angoisse chez les immigrés. Les moyens techniques et en personnel sont nettement insuffisants. Même ceux qui ont fait la queue pendant des heures, depuis la veille, peuvent ne pas être reçus, le nombre d’accueils étant limité. Un collectif d’associations et de partis politiques s’est constitué. Il a adressé une lettre ouverte au préfet pour dénoncer les conséquences d’une telle situation. Le collectif a été reçu par le sous-préfet à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre le vendredi 16 février. Le sous-préfet s’est fermement opposé à ouvrir le bureau de Basse-Terre et ne s’est pas engagé à trouver des solutions. Il a proposé aux associations une réunion de concertation régulière. Mais cela ne réglera pas le problème de fond qui est de renforcer les moyens pour que les immigrés bénéficient d’un meilleur accueil. Les représentants de l’État en Guadeloupe appliquent la même politique que le gouvernement Macron-Collomb en France envers les migrants. Il s’agit systématiquement de leur compliquer la vie pour les dégoûter et les décourager !


Un nouveau recteur, et alors ?

Le gouvernement a nommé un nouveau recteur le 14 février : Camille Galap sera remplacé par Mostafa Fourar. Pour les élèves comme pour les personnels, ce changement ne change rien.

Galap a passé trois ans à la tête de l’académie. Mais sa qualité d’« enfant du pays » n’a pas modifié les choses. Les suppressions de postes ont continué, et l’académie n’est toujours pas classée comme zone d’éducation prioritaire. Résultat : il y a toujours un jeune sur trois qui est « en grande difficulté de lecture » à 18 ans, lors de la journée d’appel (journée défense et citoyenneté). Galap a affirmé lors de sa dernière conférence de presse qu’il part avec le sentiment « du devoir accompli ». Il a précisé : « en tant que représentant de l’État j’ai fait mon travail en respectant l’ensemble des réformes portées par l’ensemble des gouvernements ».
Comme ses prédécesseurs, Galap s’est contenté d’appliquer les directives ministérielles qui visent à diminuer les moyens alloués à l’école publique. Et son successeur a déjà annoncé qu’il compte faire de même.


France : Réforme du bac Vers plus d’inégalité

Le ministre de l’éducation nationale a présenté le 14 février son projet de modification du baccalauréat. Ces changements vont aggraver les difficultés scolaires des enfants des classes populaires.

Dans le nouveau système, qui devrait s’appliquer à partir de 2021, il y aura moins d’épreuves à passer en fin de Terminale. Une de ces épreuves demandera à l’élève de présenter à l’oral un projet sur lequel il aura travaillé au cours des deux années précédentes. Une telle épreuve existe déjà actuellement, en classe de Première, il s’agit des TPE (Travaux personnels encadrés). Les élèves des milieux aisés y sont déjà favorisés. Ils peuvent plus facilement se déplacer, trouver des contacts, effectuer leurs recherches, voire acheter du matériel pour réaliser un travail de qualité. Donner plus de poids à une telle épreuve, c’est accentuer l’écart qui existe déjà entre les lycéens selon leur situation sociale. Un autre point important, c’est que le nouveau bac donnera plus de place au contrôle continu.

C’est-à-dire que les notes obtenues en classe depuis la Première seront prises en compte pour la réussite à l’examen. Les élèves y seront évalués sur des sujets différents, de manière différente selon les professeurs et les établissements. Or tout le monde sait que les lycées n’ont pas tous la même réputation, ni les mêmes moyens. Un bac décroché dans un lycée prestigieux, voire élitiste, aura donc plus de valeur qu’un bac obtenu dans un lycée « ordinaire ». Avec cet examen à la carte, où tous les lycéens ne passeront plus les mêmes épreuves dans les mêmes conditions, le gouvernement va donc accentuer les inégalités entre les élèves.


Il y a 100 ans : La vie de la population pendant la Grande guerre

Suite de notre chronique historique des soldats noirs pendant la Première Guerre mondiale. Ces colonies ne paient pas seulement « l’impôt du sang ». Elles doivent aider financièrement la dite mère-patrie. Les inégalités se renforcent.

Des sommes importantes ont été récoltées. Les conseils généraux des deux îles versent des subventions. La Martinique « adopte » la ville d'Etain puis la Guadeloupe « adopte » celle de Neuvilly, voisine d’Etain, qui est ravagée par les bombardements. Le sucre et le rhum sont très recherchés en France pour la guerre. La monoculture de la canne est alors renforcée ce qui rapporte aux gros usiniers et planteurs dans les deux îles. Des lopins de terre confiés à de petits colons sont réquisitionnés pour la canne. L’approvisionnement en nourriture de l’intérieur comme de l’extérieur s’aggrave. Les prix augmentent. La vie dans les campagnes, sans soins médicaux, sans écoles, s’aggrave. On voit en Martinique les premiers bidonvilles. Les salaires des employés du public et du privé sont bloqués.

Il y aura des protestations. En Martinique, 1916, une grève des géreurs et économes, bien informés des recettes des usiniers, va permettre une hausse de tous les salaires : les patrons ont eu peur de la contagion et d’une grève des ouvriers des champs et des ateliers. En janvier 1917, débardeurs et gabarriers, excédés d’être payés misérablement et en retard, bloquent le port de Fort-de-France. Il est fait appel à l’armée pour charger et décharger les navires en rade. À cette époque, le prolétariat commence à s’organiser pour mener des luttes contre les possédants, à côté de la propagande dominante de patriotisme bourgeois et des festivités qui vont accompagner la victoire des alliés en novembre 1918.


Guadeloupe14 février 1952 : Au Moule, le pouvoir colonial assassine des travailleurs

À la fin de l’année 1951, une mobilisation générale des ouvriers agricoles de la canne avait éclaté dans le nord de la Grande terre.  

Ce n’était pas un fait nouveau : depuis le début du siècle, face aux salaires extrêmement bas, face aux conditions de vie inhumaines qui étaient leur lot, ces travailleurs se sont engagés dans des grèves dures et parfois meurtrières. Ils pratiquaient la grève marchante, allant de plantation en plantation. Cette fois, la grève s’étendit ainsi, dans toute la Grande terre, touchant les plantations du Moule à L’Anse-Bertrand, et en Basse terre, les régions de Capesterre et Sainte Rose, alors plantées en canne.

Dès le mois de janvier 52, la grève illimitée commence. En ce début de récolte, les petits planteurs, étranglés par les capitalistes usiniers, réclament une augmentation du prix de la tonne de canne. Les fonctionnaires rejoignent la grève : ils exigent la prime de vie chère de 40%, conformément à leurs collègues venus de France. Cette généralisation des grèves inquiétait le pouvoir colonial. D’autant plus qu’au niveau international, il se trouvait en mauvaise posture : l’armée coloniale française perdait pied en Indochine. Elle sera vaincue à Dien Bien Phu deux ans plus tard. En Algérie, la révolte couvait. Elle devait aussi se transformer en guerre pour l’indépendance à partir de 1954. Le 11 février, à l’appel des usiniers, les forces de répression investissent le Moule.

Les travailleurs érigent des barrages dans cette ville et à Morne-à-l’Eau. Le 14 février, Les CRS ouvrent le feu sans sommation dans les rues du Moule, sur la foule désarmée. Quatre travailleurs sont assassinés, grévistes ou simple passants : Constance Dulac, qui était enceinte, Justinien Capitolin, Edouard Dernon, Serdot François. Quatorze blessés sont officiellement recensés. Mais les 600 douilles de balles qui ont été retrouvées sur le site signalent peut-être un nombre bien plus élevé.

La tuerie du Moule, organisée et commandée par le pouvoir colonial au service des capitalistes locaux, se voulait un avertissement. Mais elle n’a pas empêché la colère d’éclater et des grèves dures de se reproduire au cours des années suivantes. Face à la misère, au mépris et à l’exploitation, les travailleurs ont toujours su réagir.   .


Février 1925 : Tuerie à l’usine Duval

Le 4 février 1925, les gendarmes ont fait feu sur les petits planteurs de canne à Duval Petit Canal. Ces derniers réclamaient une augmentation du prix de la tonne de canne, afin de rattraper les prix pratiqués sur les autres usines en Guadeloupe. Ils estimaient à juste titre que le prix du sucre étant en hausse, ils devaient en bénéficier eux aussi. Le prix de la tonne à Duval était fixé à 66,6 francs la tonne. Le 3 février eut lieu une première entrevue entre grévistes et direction dans un climat de tension : la direction était protégée par des gendarmes arrivés sur les lieux en fin d’après midi. Les grévistes envahirent l’usine et séquestrèrent l’un des dirigeants, Lemaistre. Dans la journée et le lendemain, ils firent le tour des habitations environnantes pour mobiliser ceux qui étaient encore sur leurs terres. Ils se rendirent aussi à l’usine Beauport de Port Louis pour exiger une augmentation. Ils avaient également le soutien des ouvriers agricoles et ouvriers d’usine. Le 4 février, les gendarmes ouvrirent le feu, faisant sept blessés et six morts. Ils obéissaient aux ordres du pouvoir colonial, pour qui une telle grève était intolérable. Pour éviter la propagation, il fallait la noyer dans le sang. Le prix de la tonne de canne fut ensuite fixé à 75 francs. Le nom des six tués figure sur un mémorial dressé sur le site de l’ancienne usine : Victor Illahibakas, Clémence Arstand, Martyr Cazabon-Comminges, Innocent Megal, Charles Aleaume, Norbert Pasquin. Illahibakas, tué, fut l’un des premiers travailleurs indiens à s’engager dans la lutte commune aux côtés des travailleurs noirs.


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