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CO de 2018/CO n° 1193 du 24 février 2018/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: Le CHU en pleine tourmente

Depuis l’incendie du 28 novembre 2018, la situation au CHU de Pointe-à-Pitre va de mal en pis. Entre la détresse du personnel hospitalier, la difficile prise en charge des patients l’incompétence des responsables, la catastrophe sanitaire pointe à l’horizon.

Ce sinistre dont on ne connait toujours pas les causes, embrasait, il y a trois mois, le CHU et obligeait à l’évacuation totale du principal centre de santé de Guadeloupe. Les patients furent dispatchés sur l’ensemble des centres de santé de l’ile et aussi en Martinique pour ce qui concerne les patients de Réanimation.

Avant même que les causes de l’incendie soient connues, avant une mise à plat et étude des causes et des conséquences, le Directeur Général du CHU ordonnait la réintégration des locaux malgré l’opposition de la section syndicale CGTG du Comité d’hygiène et de sécurité des conditions de travail et malgré l’opposition du préfet qui déclarait se laver les mains en cas de complications.

Les complications n’ont pas tardé. Les malades de Réanimation rentrés les premiers devaient être de nouveau déplacés début février suite à l’incendie d’une pompe électrique. Les agents du laboratoire qui réclamaient le retour sur le site sont aujourd’hui en droit de retrait. Dans la tour sud, la moins impactée par l’incendie, le personnel se plaint de malaises avec céphalées, atteintes cutanées et de la sphère ORL. Ces malaises ont été qualifié de psychose collective, les travailleurs qui avaient été encensés pour leur dévouement à sauver tous les patients lors de l’incendie, sont devenus des fainéants, des profiteurs… et l’Agence Régionale de Santé a même donné ordre aux médecins de ville de ne plus délivrer d’arrêts maladie au personnel CHU.

Cette gestion de crise est tellement néfaste qu’elle ne fait qu’augmenter la défiance des travailleurs. On en compte des centaines en maladie, ceux qui travaillent dans les hôpitaux et cliniques qui hébergent l’activité du CHU rencontrent d’énormes problèmes de conditions de travail. Les internes en médecine se font rares, des médecins se font porter pâles ou démissionnent.

Dans ces conditions, l’hôpital principal de la Guadeloupe n’est pas opérationnel. De plus sans bloc opératoire, sans véritable plateau technique, sans urgence (l’ESCRIM-l'hôpital de campagne a plié les voiles), les patients sont renvoyés trop tôt chez eux, sont mal diagnostiqués, opérés trop tard ou dans de mauvaises conditions. Le système de santé de la Guadeloupe est sous une tension extrême, avec pour conséquence une surmortalité de la population. C’est une crise sanitaire qui s’annonce parce que la gestion de la catastrophe est une gestion d’économie de bouts de chandelle. Même le nettoyage des gaines de ventilation et de climatisation n’a pas été fait, il a fallu qu’un médecin fasse un gros malaise pour qu’on se décide à faire ce minimum. Depuis la mise en place, par le gouvernement, de la tarification à l’acte et à l’activité (T2A) pour se désengager du service public de la Santé, les hôpitaux se sont endettés considérablement, et le CHU/PAP affiche un déficit de plusieurs millions d’euros. Sa gestion de la crise se fait donc au détriment du personnel et des malades.

Et là encore le ministre de la Santé vient d’annoncer une diminution de 15 milliards sur le budget alloué. Après un éphémère hôpital de campagne pour assurer les urgences bénignes, le gouvernement envoie des blocs opératoires mobiles, sauf qu’ils sont arrivés sans aucun équipement ! Or 95% du matériel chirurgical est contaminé, et la stérilisation n’est pas opérationnelle ! Pour que le problème de santé publique en Guadeloupe soit pris en compte par ce gouvernement, il faudrait une mobilisation populaire pour l’exiger. La santé de la population mérite une réponse à la hauteur de la catastrophe.

Un CHU 100% fonctionnel a besoin d’une mobilisation générale pour un déblocage de crédit sans lésiner. L’argent pris à la population sous forme de taxes et d’impôts divers doit servir à ce service public indispensable à sa sécurité. La politique criminelle du gouvernement en matière de santé publique est à l’origine de cette catastrophe. Il faut aujourd’hui qu’il donne les moyens d’éviter que la situation ne s’aggrave en débloquant les fonds pour que le CHU soit remis à neuf en urgence, avec tous les moyens nécessaires. Surtout, il ne faut pas attendre sous prétexte d’un futur hôpital annoncé pour 2022, mais pour l'instant tout à fait hypothétique.


Martinique : Joséphine perd sa tête pour la deuxième fois !

Dans la nuit du 14 au 15 février, le buste de Joséphine de Beauharnais, blanche aristocrate originaire de Martinique, qui fut impératrice, a été décapité dans le parc de la Pagerie, aux Trois-Ilets.

Nul doute que les décolleurs de tête ont voulu souligner le statut et le rôle joué par Joséphine auprès de son époux Napoléon Bonaparte, pour le rétablissement de l’esclavage en 1802.

Une autre statue de cette dame avait déjà été décapitée, en septembre 1991, sur la Savane à Fort-de-France. La courtisane en marbre de Carrare, mais encore plus ridicule sans tête, est devenue depuis une attraction touristique. Joséphine avait de peu échappé à la guillotine pendant la révolution française.
Deux siècles plus tard, elle n’y aura pas échappé, fort heureusement, sur sa terre natale. Il y a quand même une justice !

Une Noire nostalgique de l’esclavage ?
Marie-Hélène Leotin, conseillère en charge de la Culture et du Patrimoine à la CTM, a condamné à la télévision cette seconde décapitation. Cette membre du « camp des patriotes » (indépendantiste) a justifié le rétablissement de l’esclavage : « les conditions de l’époque l’exigeaient, pour le redressement économique de la France ». On croit rêver ! Voilà une Noire qui, lèche-botte du grand patronat aujourd’hui, l’aurait été des maîtres blancs à l’époque !


Remplissage des caisses patronales

Les élus à la CTM (Collectivité territoriale de Martinique), ont adopté le 8 février un plan 2018-2020 d’actions pour l’économie, dans le cadre du STDEII (Schéma territorial de développement économique, de l’innovation et de l’internationalisation).

Marinette Torpille (Conseillère en charge du développement économique, de l’emploi et des aides aux entreprises) en a fait la présentation, largement relayée dans France-Antilles du 9 février. Ce membre du patronat martiniquais a parlé de « réponse beaucoup plus proche de la réalité du terrain », des « quatre grandes priorités que sont la durabilité, la compétitivité, une meilleure attractivité et une meilleure employabilité », de « nouveau modèle économique », etc.
Bref, un étalage de grands mots pour enrober le principal : un plan tri-annuel de 862 millions d’aides aux « filières », un pseudonyme plus présentable pour « grandes entreprises ». Sur cette somme seuls 20 % environ seraient décaissés directement par la CTM, le reste étant à la charge d’autres financeurs comme la Banque publique d’investissement.
Tout ça sans qu’il soit du tout question du moindre engagement des « filières » à quoi que ce soit, par exemple sur les embauches. La CTM est au service des gros possédants. Aux travailleurs de profiter de toute occasion pour faire valoir leur plan à eux, un plan de défense de leurs intérêts.


Conconne, une sénatrice lanceuse d’alerte?

Catherine Conconne, sénatrice PPM, a publié le 16 février sur Facebook un texte où elle se dit « profondément bouleversée » après sa visite de l’ancien hôpital du Lamentin.

Elle découvre la vraie vie ? Depuis des années les agents qui exercent dans cet établissement tirent la sonnette d’alarme pour dénoncer leurs conditions de travail et exigent pour les patients des conditions d’hébergement plus dignes. Ils se sont mobilisés, ont publié des tracts, ont sollicité la presse... La construction de l’hôpital de Mangot-Vulcin et le déménagement partiel suivant n’ont rien réglé.

Aujourd’hui, la nouvelle sénatrice se dit « bouleversée ». Pas au point de vouloir tout bouleverser. Au Sénat ça ne se fait pas !


Guadeloupe: Cornet relaxé en première instance

Il y a deux semaines, Cédric Cornet, un ancien conseiller régional de 36 ans, passait en procès. Il est accusé d’avoir eu des rapports sexuels avec une jeune fille de 13 ans. À l’issue des débats, les tribunaux ont décidé de le relaxer.

Selon les témoignages, les faits se sont produits en 2013 lorsque Cornet organisait des cours de soutien scolaire chez lui. La jeune victime, âgée de 13 ans à l’époque, participait à ces cours. Selon son témoignage, l’homme l’a manipulée pour lui faire croire qu’elle était privilégiée en acceptant des relations sexuelles avec lui. Elle est ensuite tombée malade quand elle s’est rendue compte qu’elle n’était pas la seule. Quelques mois plus tard, son état dépressif a alerté l’assistante sociale de son collège. La jeune fille a accepté de se confier et l’assistante sociale a fait un signalement.

Le procureur de la République a mis cinq mois à ouvrir une enquête alors que la loi reconnait les atteintes sexuelles sur mineurs comme des faits graves. Ensuite à l’audience, l’État n’a demandé que deux ans de prison avec sursis pour Cornet alors que la loi punit d’emprisonnement ferme un majeur ayant eu des relations sexuelles avec un mineur de moins de 15 ans. Finalement les juges l’ont relaxé pour un prétendu manque de preuves. Ces juges ne se soucient même pas de l’impact que cette décision aura sur la jeune fille déjà fragilisée. Le parquet a fait appel, il y aura donc un nouveau procès. Cornet est un petit politicien ambitieux qui dit lui-même qu’il se verrait bien président de la République. Il se voyait donc déjà au-dessus de tout soupçon. Cette sordide affaire est une nouvelle preuve que les femmes - jeunes et moins jeunes - victimes de harcèlement et de violences sexuelles ne peuvent pas compter sur les tribunaux. En relaxant Cornet, le tribunal fait passer aux femmes ce message : « même si vous parlez, on ne vous croira pas ». En France, 85% des femmes qui portent plainte pour harcèlement sexuel au travail ont été licenciées. Dans cette société gangrénée par le sexisme, la parole d’un homme prime sur celle d’une femme. À bas l’oppression des femmes !