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CO de 2018/CO n° 1193 du 24 février 2018/Première page

Première page

Éditorial: Hausse du pouvoir d’achat des travailleurs ? Une illusion

Macron a beau se contorsionner dans tous les sens pour changer son image de président des riches, il n’y arrivera pas. Des attaques sont annoncées contre les cheminots en France. Ce sont en réalité tous les travailleurs de France et des Antilles qui sont attaqués. Concernant le pouvoir d’achat des salariés, d’une main, Macron fait mine de donner une petite faveur aux travailleurs, mais de l’autre, ces derniers perdront davantage. La cotisation maladie est supprimée depuis janvier, puis ce devrait être le tour de la cotisation chômage en octobre 2018.

Cependant, pour compenser la disparition de ces cotisations, il a augmenté la CSG (Contribution sociale généralisée) sur les salaires et les pensions de retraite. Pour les salariés, la hausse de la CSG passe de 7,5% à 9,2%. Au final, un salarié au Smic toucherait 132 euros de plus par an en 2018. Puis, une fois la réforme pleinement appliquée, il aura 263 euros de plus par an, soit une vingtaine d’euros par mois : une misère. De plus, quatorze millions de personnes ont vu leur aide au logement (APL) diminuée de cinq euros depuis plusieurs mois.

Pour les retraités, la hausse de la CSG devrait être compensée par la disparition progressive de la taxe d’habitation pour les moins aisés. Mais la hausse de la CSG n’a pas du tout été compensée pour 60% des retraités. Par exemple, un retraité qui touchait 1253 euros, se retrouve avec une pension diminuée de 29 euros.

La grande majorité des travailleurs ont constaté, sur leur fiche de paye de janvier, que le gain est quasiment invisible. Surtout que les prix des carburants, des amendes, des timbres, du forfait hospitalier, des assurances, ont augmenté. Macron et son gouvernement aggravent les conditions de vie de la classe ouvrière et de la population pauvre d’un côté, et de l’autre ils s’assurent que les profits de la classe capitaliste continuent de croître. Les ordonnances Macron donnent au patronat un blanc seing pour licencier et revoir à la baisse les accords d’entreprise. En plafonnant les indemnités prud’homales, ils ont satisfait une demande du MEDEF comme beaucoup d’autres. Même en cas de licenciement déclaré abusif d’un salarié l’employeur ne devra payer au maximum qu’un mois de salaire. Une aumône ! Pour le patronat, le gouvernement a supprimé l’impôt sur la fortune et a réduit celui sur les sociétés. Le CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, a été lancé en 2013. Cet argent généreusement versé aux entreprises, leur a rapporté, au total, 70 milliards d’euros. Pour l’année 2018, ce seront 21 milliards qui entreront dans les caisses de ces sociétés.

À cela, s’ajoutent d’autres aides et dégrèvements, qui sont estimés à 100 milliards d’euros. Une cohorte de petits serviteurs politiques des riches en la personne des députés et autres élus est chargée de faire passer cette politique dans la population en France et aux Antilles. Les Serva, Chalus et certains élus proches du PPM, comme Pamphile ou Robin, ou Maignan, élue de droite du Robert, et plus généralement, même les non macronistes affichés, se donnent pour rôle de faire accepter et payer la crise par les travailleurs. Ceux de la CTM (collectivité territoriale de Martinique) ou les ex dirigeants de la région veulent tous apparaitre comme meilleurs gestionnaires que les autres.

Pendant ce temps, ils favorisent ou ferment les yeux sur l’exploitation des travailleurs par le grand patronat béké et autre, sur le chômage de masse, sur le luxe insolent d’une poignée d’exploiteurs à côté de la misère et des difficultés du plus grand nombre ! Pour que les choses changent, il faudra que les travailleurs, par des luttes d’ensemble, imposent de meilleurs salaires et pensions ainsi que des emplois pérennes et massifs.


Martinique: PEC et PIC… du toc !

Début février, le préfet Franck Robine a présenté les nouveaux dispositifs qui devraient soi-disant diminuer le chômage pour les catégories de chômeurs les plus éloignés de l'emploi. Il s’adressait aux responsables des services de l’emploi et de la formation, en poste dans diverses structures (DIECCTE-direction du travail et de l’emploi, Pôle-emploi, CTM, missions locales, chambres consulaires, etc.)

Les PEC (Parcours emploi-compétences) doivent remplacer les derniers contrats aidés CUI-CAE (Contrat unique d’insertion). Nouveaux contrats à temps partiel d’une durée de 9 à 12 mois, ils sont réservés aux collectivités, aux établissements publics et aux associations. L’État prend en charge entre 50 et 60% du salaire. Le préfet a fait valoir une place plus importante donnée à un « parcours personnalisé prévoyant l’acquisition de compétences ».

Le PIC, « plan d’insertion compétence » doit compléter les PEC car, selon le préfet, « 62% des demandeurs d’emploi en Martinique ont un niveau en dessous du Bac. Concrètement, le préfet aurait prévu l’ouverture par Pôle-emploi de 4 000 formations en direction des 23 000 chômeurs sans CAP.

Le gouvernement prévoit pour cela, dans la France entière, un budget global de 100 millions d’aide au patronat. Comme d’habitude, c’est annoncé à grand renfort de communication et avec commisération envers les « pauvres chômeurs » que l’État devrait aider ! Dans la plupart des cas, il n’y aura pas de débouchés vers de vrais emplois utiles, stables et payés correctement.Car si d’un côté l’État et les collectivités licencient effectivement pour faire des économies budgétaires, de l’autre ce sont les patrons qui embauchent ou pas, en fonction de leurs profits, des secteurs rentables, et non en fonction des aides reçues, ni bien sûr pour faire diminuer le chômage.


Guadeloupe: Banane : Les gros planteurs perdent-ils de leur arrogance ?

Après le passage du cyclone Maria en septembre, la production de bananes s’est arrêtée sur les plantations. Mais la récolte devrait reprendre en avril. Les gros planteurs ont profité de cette interruption de la production pour se venger des grèves d’avril-mai-juin 2017.

Ils ont refusé de respecter les accords qu’ils avaient signés avec les ouvriers grévistes. Ils ont licencié plusieurs d’entre eux sur différentes plantations. Et ils ont continué à harceler les ouvriers, multipliant les brimades.

Les travailleurs ne se sont pas laissé faire. Mais la résistance était difficile à organiser, étant donné que certains étaient en congé, d’autres en chômage partiel, d’autres encore en formation…

La situation commence à changer, car les patrons savent que la production devra bientôt reprendre. S’ils veulent atteindre les quotas nécessaires pour toucher les subventions de l’Europe, il faudra que les plantations tournent à plein régime.

Alors, tout d’un coup, les autorités se sont réveillées. Le 6 février, le directeur du travail a demandé à rencontrer les ouvriers. Il a dit qu’il veut faire appliquer l’accord signé à la fin de la grève le 28 juin. Le dirigeant des planteurs, le béké Lignières, a laissé entendre qu’ils sont prêts à rembourser les vols sur les salaires des années passées, ce qui était une des principales revendications des grévistes. Mais dans l’accord, les patrons s’étaient aussi engagés à ne prendre aucune sanction contre les grévistes. Les travailleurs comptent donc bien exiger la réintégration de tous leurs camarades licenciés avant de commencer la récolte !


La colère des planteurs de canne

Les planteurs de canne ont manifesté leur colère par une grosse opération molokoï (escargot) lundi 19 février.

Le convoi est parti de Morne-à-l’Eau en direction du pont de la Gabarre qu’ils ont bloqué pendant une bonne heure. Ils ont libéré les lieux sous promesse d’une réunion avec l’État, la Région et autres décideurs concernés le lendemain mardi 20 février.

Ces planteurs réclament le paiement des aides de 2014, 2015, 2016, voire 2017 qui leur sont dues. En effet, l’Interprofession guadeloupéenne pour la canne à sucre (l’IGUACANNE), lors d’une réunion en 2017 pour étudier l’aide qui devait être versée aux planteurs, n’avait pu trouver un accord concernant les indemnisations des 34 000 tonnes de cannes restées sur pied.

Cette aide tournait autour de 23 € la tonne, que l’on proposait de prélever sur l’aide à la garantie de prix versée dans l’année. Ce que l’UPG (Union des producteurs agricoles de Guadeloupe) entre autres, contestait. Les syndicats proposaient alors aux usiniers d’indemniser les planteurs n’ayant pas garanti une capacité de broyage suffisante suite à des problèmes techniques (S.A Gardel). Toutes ces revendications sont restées sans suite.

Mais il se trouve qu’aujourd’hui, ce que les planteurs ont pu obtenir est insuffisant pour combler leurs déficits. Et ils apprennent aussi que les conditions d’indemnisation sont revues à la baisse. De 23 € la tonne, elle passerait à 7 € la tonne de canne restée sur pied. Un manque à gagner de 80 %, une véritable catastrophe pour ces planteurs.

Ces difficultés s’accumulent depuis 2014. C’est dire combien est critique la situation de ces planteurs qui en ont vraiment ras le bol. Leur colère est donc justifiée surtout pour les petits planteurs. Et il n’est pas certain que la réunion prévue le 20 février résolve les problèmes épineux posés par les planteurs.


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