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CO n°36

Editorial LUTTER CONTRE LA CRISE, LUTTER POUR L'INDEPENDANCE La hausse des prix continue de faire sentir ses effets sur la vie des travailleurs. Les marchandises de consommation courante deviendront bientôt des produits de luxe pour les couches les plus pauvres de la population. Jour après jour, on apprend que le gouvernement prévoit une hausse de tel ou tel produit. La vie chère est organisée en haut lieu, c’est-à-dire par le gouvernement lui-même. Les capitalistes qui possèdent les magasins à grande surface profitent du climat de hausses actuel pour faire monter encore plus les prix des produits, alimentaires notamment. Par contre, les salaires des travailleurs restent incroyablement bas, et ce n’est que contraints et forcés par les travailleurs que certains patrons lâchent quelques augmentations. Même le fameux SMIC-DOM n’est pas respecté par une grande partie des patrons. Les autres ont la prétention de maintenir les salaires au niveau de ce SMIC alors que depuis ces derniers temps les prix ont augmenté de 20 à 50 % suivant les catégories de marchandises. Les licenciements et les fermetures d’entreprises continuent de plus belle. Des menaces sérieuses pèsent notamment sur les dockers de Basse-Terre et sur l’usine de Beauport ; Bonne-Mère est toujours au même point ; Saunier-Duval menace de diminuer le temps de travail de ses ouvriers dans la Banane, il y a aussi sur certaines plantations de Guadeloupe une diminution du travail offert. C’est à une véritable catastrophe que vont les travailleurs s’ils laissent les mains libres au patronat et au gouvernement. Face à une situation aussi grave, il ne s’agit pas de se battre dans les commissions paritaires et autour des tapis verts. La seule attitude valable c’est la lutte énergique sans faille, ni hésitation. Les patrons et le gouvernement qui les soutient ne comprennent qu’un seul langage, celui de la force. Les travailleurs doivent faire sentir cette force. Ils doivent se défier de tout attitude attentiste dictée par la peur de certains états-majors politiques et syndicaux de voir les travailleurs prendre en main leur propre cause. Il faut faire savoir aux capitalistes que les travailleurs ne sont pas décidés à accepter de payer pour la crise dont Ils sont les seuls responsables. Il faut leur faire comprendre que ce n’est pas seulement quelques sous qu’ils risquent de perdre mais toutes leurs entreprises. Car il faut bien comprendre que ce que nous vivons maintenant n’est que le début de la crise. Les choses vont s’aggraver encore. S’il est nécessaire de se battre pour exiger des augmentations de salaires pour faire face à la montée des prix, il faut aussi comprendre qu’il est impossible de régler les problèmes qui se posent à toute la population laborieuse par la grève et par la lutte économique. Il faut se préparer à mener une véritable lutte politique pour chasser de la Guadeloupe et de la Martinique les défenseurs des patrons qui nous oppriment depuis des années et des années. Contre le chômage massif, la sous-alimentation, contre la misère, contre la désorganisation de toute l’économie des Antilles, contre l’oppression coloniale qui s’est récemment manifestée en assassinant deux travailleurs qui faisaient simplement la grève, il n'y a qu’une solution : réclamer d’être libres d’organiser notre pays à notre manière. Aucune réforme, aucune amélioration ne seront réellement possibles tant que le gouvernement français continuera à maintenir sa domination sur les Antilles. Nous devons nous préparer à mettre fin à notre exploitation économique et à arracher notre indépendance politique. Nous devons nous préparer au travers de toutes les luttes que nous mènerons à faire savoir que nous ne voulons plus de ceux qui ont organisé ici le chômage et l’exil grâce au BUMIDOM. Nous ne voulons plus vivre avec des CRS et des gardes-mobiles sur le dos. D’autres ont mené avant nous ce combat, nous saurons le mener aussi pour vivre enfin dans une Martinique et une Guadeloupe libres, débarrassées de l'exploitation capitaliste et dirigées par les travailleurs eux-mêmes. OFFENSIVES OUVRIERES EN FRANCE Depuis plusieurs mois et tout particulièrement depuis quelques semaines, la France connaît une augmentation sensible du nombre et surtout de l’importance des conflits sociaux. Les grèves se multiplient, et il il s’agit souvent de grèves dures, avec occupation et piquets de grève comme à l’usine Rateau, à l’usine Moulinex, au Crédit Lyonnais, à Paris, parfois avec élection d’un Comité de grève comme au Crédit Lyonnais. En nombre chaque jour plus grand, les travailleurs descendent dans la rue manifester leur mécontentement. La manifestation la plus significative à cet égard fut celle des employés de banque, le vendredi 15 mars. Les travailleurs des banques, dont certains sont en grève depuis plus d’un mois, étaient 30.000 à manifester devant l’APB (l’organisation des patrons de banque), puis devant le ministère des Finances. Il apparaît donc, de plus en plus, que les travailleurs de France ne sont nullement décidés à faire les frais de la crise du système. Par sa politique d’inflation, par les hausses de prix orchestrées par son Etat, la bourgeoisie française veut faire payer par les classes laborieuses et par elles seules, les conséquences de la crise monétaire et de la prétendue crise pétrolière. En entrant en lutte, en se battant de façon résolue pour la victoire de leurs revendications, pour des augmentations de salaires, les travailleurs ont dit « non » à la bourgeoisie et à son Etat. Telle est la signification de l’ampleur nouvelle que connaissent les mouvements revendicatifs. Alors, le problème posé par tous ces mouvements qui éclatent ici ou là, c’est celui de la nécessité de leur coordination. Coordonner tous ces mouvements dans un premier temps, leur ouvrir des perspectives d’ensemble ensuite, telle est de toute évidence la tâche qui s'impose à l’heure actuelle à tous ceux qui se réclament du mouvement ouvrier. Or, face à cette tâche, quelle est l’attitude des confédérations syndicales ? Eh bien, on peut dire que, de la part de ces organisations, absolument rien n’est mis en œuvre pour coordonner ces mouvements et pour développer l’action à un niveau chaque jour supérieur. Cela ne signifie nullement que la CGT et la CFDT « freinent » tous les mouvements de façon systématique. A l’usine Rateau de La Coumeuve, pour lutter contre la décision patronale de licencier trois cents personnes, c’est la CGT qui a fait voter l’occupation et ce sont ses militants qui ont pris l’initiative des piquets de grève. De même, on se souvient du rôle de la CFDT à l’usine Lip de Besançon. Seulement à Rateau comme à Lip, les conflits ont éclaté pour empêcher des licenciements. Des conflits donc d’ordre purement défensif et ayant peu de chances de se généraliser à d’autres entreprises. Par contre, dans les banques, les travailleurs se sont mis en grève pour des augmentations uniformes de salaires. C’est-à-dire qu'il s'agissait de revendications qui concernent finalement tous les travailleurs de tous les secteurs. Les banques, d'autre part, sont un secteur qui emploie des dizaines de milliers de travailleurs, et le fonctionnement des banques est quelque chose de vital pour l'ensemble de l’économie. Au Crédit Lyonnais, la CGT n’a cessé de s’opposer voire de tenter de boycotter toutes les décisions qui échappaient à son contrôle, ou qui allaient trop loin dans l’affrontement avec les patrons : élection par le personnel gréviste d’un Comité de grève au Crédit Lyonnais, création de piquets de grève, décision des assemblées générales de grévistes d’occuper le Crédit Lyonnais puis le centre Barbés de la Banque Nationale de Paris. Il semble donc, qu’aussi diverse qu’apparaisse à première vue l’attitude de la CGT et de la CFDT suivant que l’on regarde Rateau ou Lip d’une part, ou d’autre part vers les banques ou vers les "Houillères de Lorraine" le but recherché reste le même pour ces organisations : éviter soigneusement de donner à l'ensemble des secteurs en lutte un programme revendicatif commun de façon à empêcher que l’affrontement décisif qui semble se préparer entre le patronat et les travailleurs soit trop douloureux pour le patronat. Un programme revendicatif commun à tous les travailleurs ne peut s’établir aujourd’hui que sur la base minimum : — d’une augmentation générale uniforme des salaires ; — de l’échelle mobile des salaires, seule garantie possible qu'à l’avenir les salaires des travailleurs augmenteront automatiquement en fonction des hausses de prix. Et cette coordination des luttes des travailleurs des différents secteurs, sur la base de ce programme de revendications communes, seule la lutte des travailleurs peut la créer. Des milliers de travailleurs ont pu se mettre en grève en dépit de la timidité de leurs organisations syndicales, ils pourront également s’ils le veulent passer outre les manœuvres d’appareils syndicaux et politiques et imposer leur volonté de lutte. Guadeloupe Dans la Banane, seule la lutte permettra aux travailleurs d’arracher les 35,50 F Au mois de février dernier, en Martinique, les travailleurs de la Banane ont obtenu une augmentation de leur salaire journalier : celui-ci est passé de 29,84 F à 35,50 F. Mais cette augmentation, ils ne l’ont pas obtenue par des discussions en commission paritaire avec le patronat, ils ne l’ont pas obtenue par un geste généreux des capitalistes de la Banane. Ils l'ont arrachée de haute lutte, ils l’ont arrachée grâce à une grève totale de plus de quinze jours. Ils l’ont obtenue, malgré la sauvage répression policière qui avait fait deux morts et une dizaine de blessés. En Guadeloupe, depuis quelques jours, des bruits circulent selon lesquels les gros propriétaires de la Banane seraient prêts à accorder 31,00 F ou 32,00 F par jour. En fait, s’il est vrai que les patrons de la Banane envisagent de donner cette somme aux travailleurs, ce geste signifiera tout simplement qu’ils veulent prendre les devants et tromper les travailleurs pour ne pas accorder les 35,50 F comme en Martinique. Ceux-ci ne doivent pas accepter 31,00 F ou 32,00 F. C’est un minimum de 1.000 F de salaire par mois qu’il faut à un travailleur pour vivre, et avec la hausse des prix, cette somme même est déjà insuffisante. Quant au syndicat CGT de la Banane, il réclame dans son programme revendicatif les 35,50 F en Martinique. Cette somme peut être à la base d’un programme revendicatif commun de tous les travailleurs de la Banane. Mais que propose donc la CGT pour l’obtenir ? Il serait illusoire de compter sur les discussions avec le patron en commission paritaire. Cette somme — un strict minimum — est à la portée des travailleurs de la Banane, si, sur chaque habitation, les travailleurs se préparent dès maintenant à la lutte. Quand les patrons se sentent pris à la gorge, ils cèdent. Pas autrement. C’est ce que toutes nos luttes nous prouvent ; c’est ce qu’a prouvé dernièrement le succès de nos camarades de la Martinique. PAGE 2 GUADELOUPE : A L'USINE DE GROSSE-MONTAGNE, LES TRAVAILLEURS SE PREPARENT A LUTTER Les travailleurs de Grosse-Montagne sont mécontents des bas salaires qu’ils perçoivent. Ainsi lors de la dernière quinzaine du mois de février, nombreux étaient les manœuvres et ouvriers spécialisés qui se demandaient pourquoi les salaires de janvier 1974 n’avaient point augmenté, alors que les prix des marchandises de première nécessité, eux, avaient subi une hausse considérable de janvier à mars. En effet, certaines denrées ont vu leur prix pratiquement doubler, c’est le cas notamment de l’huile qui de 2,80 F est passée à 5,50 F la bouteille. Les manœuvres et ouvriers spécialisés ont donc raison d’être mécontents. Car cette hausse des prix porte un coup terrible à leur pouvoir d’achat qui en temps normal est déjà très bas. Cependant, dans ce climat d’inflation généralisée, il n'y a pas que les plus bas salaires qui soient touchés. C’est le niveau de vie de toutes les catégories de salariés qui est remis en question. C’est ce qu’ont justement compris les ouvriers qualifiés et les ouvriers professionnels de Grosse-Montagne qui s’apprêtent à réclamer pour tous 400 F sans exception. Mais il n’y a aucune illusion à se faire, ce n’est pas en commission paritaire et autour d’une table ronde que les travailleurs arracheront effectivement cette somme. Pour obtenir ces 400 F il faudra engager une lutte âpre et peut- être longue. La situation actuelle est favorable. A preuve, il a suffi d’une simple intervention du syndicat pour que la direction de l’usine accepte de relever de 3,2% tous les salaires suite à une augmentation du même taux du SMIC à compter du 1er mars. Mais cette augmentation de salaire ne représente vraiment rien eu égard aux hausses successives et continues des prix. En accordant sans difficulté ces augmentations minimes la direction entend tout simplement jeter de la poudre aux yeux des travailleurs, et désamorcer leur lutte à venir. Les travailleurs de Grosse-Montagne ne s’y laisseront pas prendre, cette usine est vraiment la seule à tourner régulièrement depuis le début de la récolte. Cela leur confère une force des plus solides. S’ils engagent dès maintenant la lutte, pour les 400 F ils pourront assez rapidement entraîner les travailleurs de toutes les autres usines après eux, et servant d’avant-garde d’une grève générale des usines, paralyser le secteur de la canne et par la même donner l’exemple aux autres catégories de travailleurs. Seules des actions de ce type peuvent permettre aux travailleurs de Grosse-Montagne et à tous les travailleurs de la Guadeloupe d’arracher ces augmentations de salaires et d’éviter d’être victimes de la vie chère et de la crise qui menace tout le système capitaliste. A CAPESTERRE : Comment les représentants CGT défendent les intérêts des travailleurs Au mois de février dernier s’est tenue à Rivière-Sens une réunion paritaire entre les représentants du gros propriétaire Déravin et ceux du syndicat CGT de la Banane. A cette réunion, les hommes de Déravin ont appris à la délégation CGT que leur patron, l'un des hommes les plus riches de la Guadeloupe, avait décidé de réduire la somme qu’il donne à ses différents géreurs pour que ceux-ci paient les travailleurs. Cette somme sera de 9.000 F au lieu de 30.000 F pour une quinzaine et ce, pour une période d’un mois environ. Les représentants CGT ont accepté la décision de Déravin, sans essayer de mobiliser les travailleurs, sans organiser la moindre protestation. Le résultat, c'est que pendant un mois, à Moreau (Goyave) comme à Dumanoir (Capesterre), les travailleurs n’ont eu que cinq jours de travail par quinzaine. Certains ont été purement et simplement licenciés. Dans cette situation de hausse des prix et de chômage, la décision de Déravin signifie ni plus ni moins réduire des travailleurs à la famine. Quant au représentant CGT de la Banane à Capesterre, par son attitude passive, il ne défend nullement les intérêt des travailleurs. En fait, il permet à Déravin et aussi aux autres gros propriétaires de continuer tranquillement à faire les travailleurs suer sang et eau et à les licencier quand ils n’ont plus besoin d'eux. Mais il n'est pas dit que les travailleurs continueront d’accepter que le représentant CGT de la Banane à Capesterre mène une telle politique, ni qu’ils accepteront sans bouger l'exploitation des gros propriétaires ! PROCES DE COMBAT REUNIONNAIS A BAS LE BUMIDOM ! Combat Réunionnais, journal de l'Union Générale des Travailleurs Réunionnais en France (UGTRF) est actuellement traduit en justice par le BUMIDOM pour une sombre histoire de diffamation. En réalité, c’est parce qu’il s’en est pris au BUMIDOM que le journal a été attaqué en justice. Bien entendu, Combat Ouvrier est entièrement solidaire de Combat Réunionnais face à cette attaque. Ainsi avons-nous été co-organisateurs avec l’UGTRF, l’AGER, le REA, le GRS d'un meeting d’information — où se sont retrouvées cent quarante personnes — qui s’est tenu à Paris, 94, rue Jean-Pierre-Timbaud, le jeudi 14 mars dernier. Le BUMIDOM ose prendre l’initiative d'un tel procès alors que des dizaines voire des centaines de travailleurs antillais et réunionnais peuvent témoigner que le rôle de cette société d'Etat est d'organiser, en leur faisant miroiter des perspectives alléchantes d'emploi, l'émigration forcée des travailleurs des DOM en France. Et dans l'écrasante majorité des cas, la place obtenue ne correspond pas du tout à ce que l’on pouvait espérer. Mais au-delà même du BUMIDOM en tant que tel, ce qui est en question dans ce procès (renvoyé au 12 avril après qu'une première audience se soit tenue le 15 mars), c’est la situation qui fait que le pouvoir soit incapable d'assurer une vie décente aux travailleurs sur place même, aux Antilles ou en Réunion. La seule solution qu'il trouve, c'est d'organiser la déportation des forces vives de nos pays dans la métropole impérialiste. Lorsque la vermine raciste agit en pleine légalité Le 2 mars 1974, à 23 h 30, au Quartier Latin, en plein centre de Paris, deux jeunes Arabes puis trois Sénégalais installés sur un trottoir, où ils vendent des bibelots et des objets d’art exposés à même le sol, sont agressés par un groupe de dix hommes qui s'enfuient avant que des passant puissent intervenir. Les victimes doivent être hospitalisées. Les agresseurs sont vus deux heures plus tard à proximité des cars de police stationnés non loin du lieu de leur forfait en train de montrer aux flics des objets volés aux Africains. A peu près à la même date, l’on apprenait la mort, remontant à plus d'un mois, d’un jeune Martiniquais de 21 ans, Patrick Mirval, en détention préventive, entre les mains de ses gardiens, à la prison de Fleury-Mérogis, dans la banlieue parisienne. Patrick était pourtant entré vivant dans l’ascenseur qui devait les emmener, lui et ses «protecteurs» à l'étage de la prison où se trouve le cachot dans lequel il devait être enfermé. Et ce pour avoir manifesté son mécontentement à la suite du rejet de sa demande de mise en liberté provisoire. Il a fallu deux autopsies pour savoir que Patrick a succombé à la suite de coups qu’il aurait reçu. Ces deux faits se sont déroulés à un mois d’intervalle. Des policiers en civil qui mènent une chasse à l’homme raciste en plein milieu de Paris. Des gardiens de prisons assassinent un détenu. Qui ose donc prétendre que cet Etat-là est capable de combattre l’ignominie raciste ? Mais cet Etat recrute ses serviteurs dans la racaille, dans cette racaille qui torture et tue par plaisir et à laquelle le port de l’uniforme de gardien de prison ou de la plaquette de policier assure l’impunité. Et cette société où les riches volent des millions sans être inquiétés et où des ministres ne payent pas d’impôts ne repose finalement que sur des individus à son image. Il est vrai que l'on n’a que les serviteurs que l'on mérite. FRANCE-ANTILLES M. Rebois ironise mais ne peut cacher son inquiétude Un certain Charles Rebois, qui occupe des fonctions directoriales à France-Antilles, a écrit début mars un article intitulé « la camarade Vanessa » et qui, pour autant que l'on puisse en juger, avait des prétentions humoristiques. Il tentait d’y ridiculiser le fait que la célèbre actrice anglaise Vanessa Redgrave s'était présentée aux élections en Grande- Bretagne et « avait déserté la scène... pour défendre son programme trotskyste dans les préaux de banlieue ». Notre chroniqueur, décidément plein d’ironie, mettait en parallèle « d’autres gauchistes, également démangés par le prurit anarchiste (sic)... (qui) dépouillent leurs oripeaux d’intellectuels pour faire le coup en première ligne du combat ouvrier » et, regrettant de ne pouvoir envoyer l’actrice au couvent et les « gauchistes » à la pêche, imaginait une solution : que tous aillent au théâtre pour « crier contre l’injustice des dieux, le tragique de la condition humaine... et la perfidie du Fonds Monétaire International ». Comme on le voit, le sieur Rebois n'hésite pas à faire appel aux plus vils préjugés antiféministes, tout en enveloppant sa marchandise de cette bonhomie affectée, de ce ton protecteur des personnes d’autant plus pleines d’elles-mêmes qu’elles sont vides de toute autre chose. La même méthode est employée pour faire croire que seuls quelques « gauchistes » affrontent les forces de répression, car « les travailleurs conscients et organisés leur refusent leurs suffrages ». Certes, Vanessa Redgrave n'a pas été élue ; mais elle a au moins eu le courage de sortir du rôle de femme-objet où certains voudraient qu’elle se maintienne, pour dénoncer la société pourrie dans laquelle nous vivons. M. Rebois, lui, préfère écrire des articles à la gloire du pétrole, se vautrer dans la défense des intérêts des capitalistes, et faire passer pour anormaux ceux qui choisissent le camp opposé. Les sept à huit mille personnes qui ont défilé à Fort-de-France lors de la grève générale, et qui ont sans doute fait passer plus d'un frisson dans le dos des Rebois et compagnie, étaient sans doute des intellectuels enragés ou des « femmes-artistes ». Qu’on les envoie donc au théâtre ! Sachez, M. Rebois, qu’ils ne demandent pas mieux que d'y aller un peu plus souvent, de pouvoir penser à autre chose qu’à assurer leur simple subsistance. Mais cela, ils ne le pourront qu’après s’être débarrassés des exploiteurs et de leurs valets de plume. Meeting de solidarité avec les travailleurs martiniquais A Pointe-à-Pître Le jeudi 21 février. Combat Ouvrier organisait à la Mutualité de Pointe-à-Pître une réunion publique, à la fois pour soutenir la lutte des travailleurs martiniquais, et pour expliquer le point de vue des révolutionnaires sur la crise économique, et ses conséquences pour les travailleurs antillais. Trois orateurs ont pris la parole, successivement sur les développements de la situation à la Martinique, sur la politique des syndicats et enfin, sur la crise qui menace le monde capitaliste. Le meeting se termina par le vote à main levée d’une motion de protestation contre la répression et de soutien à la lutte des camarades martiniquais. Une série de réunions publiques sur les mêmes thèmes ont été organisées par notre tendance dans diverses communes de la Guadeloupe : Sainte-Rose, Capesterre, Morne-à-l’Eau et Baie-Mahault. A Paris A Paris, le 21 février, environ six cents personnes se pressaient à la rue de Rennes pour assister à un meeting organisé par Combat Ouvrier et le GRS pour protester contre l’assassinat par les forces de répression du colonialisme de deux travailleurs en Martinique. Ce meeting était soutenu par de nombreuses organisations de gauche et d’extrême-gauche. Les interventions des orateurs de Combat Ouvrier et du GRS furent suivies par la lecture de nombreux messages de solidarité avec les travailleurs antillais. Le meeting se terminait vers 23 heures par une vibrante Internationale. PAGE 3 LE POUVOIR A LA RECHERCHE D'UN BOUC EMISSAIRE Les grèves importantes de la classe ouvrière martiniquaise, la répression sanglante qui a suivi, ont empêché pendant quelques jours les représentants du colonialisme français et leurs valets de dormir tranquillement. Alors que des milliers et des milliers de travailleurs, de jeunes, de lycéens descendaient dans les rues depuis le mois de janvier pour manifester contre les augmentations du coût de la vie, pour exiger des salaires décents et aussi contre le colonialisme responsable de cette situation de misère, les Stasi, Maurice (député UDR de la Martinique), etc., cherchaient des responsables... Pour ces messieurs, le choix est fait. Le responsable, ce n’est pas le colonialisme, ce n’est pas la misère, le chômage, les bas salaires. Non ! Ce sont les « gauchistes », des « éléments extérieurs », qui viennent dire au « bon peuple » qu’il est malheureux, qu’il n’y a pas de travail... Et le « bon peuple » suit cette poignée d’agitateurs, le « bon peuple » descend dans la rue, organise la grève, organise des brigades de débrayage... Voilà une vision bien simpliste des événements ! Alors que, le 14 février, les gardes mobiles attiraient les ouvriers agricoles dans un véritable guet-apens, les traquaient avec un hélicoptère, les arrosaient de grenades lacrymogènes et tiraient sans sommation assassinant deux travailleurs, Stasi se permet d’affirmer que « ce sont eux (les trotskystes) qui ont organisé la manifestation du jeudi 14 et armé la foule de bâtons et de coutelas ». Pourtant, M. Stasi sait bien que les ouvriers agricoles avaient en main leur coutelas, instrument de travail avec lequel se déplacent tous les agriculteurs. A moins qu’il ne pense que les trotskystes arment l’ensemble des ouvriers agricoles pendant la récolte sucrière, et jusqu'au préfet Lecornec lorsque celui-ci fait sa propagande, sabre en main, dans les plantations de canne de la Grande-Terre ? En fait, il ne s'agit pas d'erreur, mais bien d’une campagne orchestrée par le gouvernement colonial et développée et répandue par les plumitifs réactionnaires de France-Antilles et de La Vague. Le pouvoir estime sans doute beaucoup plus simple de réprimer des groupes révolutionnaires que de reconnaître la faillite du système et donc, que la colère des travailleurs est fondée. Il est plus simple de désigner des boucs émissaires que de reconnaître que c’est toute une population exploitée qui commence à se lever contre un système honni. Alors, le pouvoir se sert de l’ORTF et de ces torchons de France-Antilles et La Vague, pour essayer de faire croire à une prétendue responsabilité des gauchistes. En fait ils cherchent à créer un climat hostile aux militants et sympathisants des organisations révolutionnaires dans certaines couches de la population pour pouvoir réprimer. C’est bien pour cela que La Vague, dans un de ses derniers numéros, dénonçait au procureur de la République les groupes révolutionnaires qu’il faudrait réprimer. C'est bien pour cela que Maurice était dernièrement en France pour réclamer des arrestations, des condamnations... Les menaces, la répression contre ceux qu’ils appellent les responsables « anti-français », « agitateurs », « spécialistes de la subversion intérieure », mais en fait contre tous ceux qui osent refuser ce système honteux, voilà le vrai visage des Messmer, Stasi et autres représentants du colonialisme. Cela, les travailleurs de la Martinique et de la Guadeloupe le comprennent chaque jour davantage. Max RODON. COMITI APRÈS STASI : LA RONDE DES MARIONNETTES SE POURSUIT Ainsi, la ronde des ministres ou des secrétaires d’Etat se poursuit sans que cela ne change en rien la situation coloniale des Antilles, sinon en pire. Après les Inchauspé, Messmer, Deniau, Stasi et bien d’autres qui les ont précédés, voilà maintenant Comiti qui vient faire son petit tour au ministère des DOM-TOM. Chacun son tour, et puis on s’en va ! Chacun vient faire sa petite tournée aux îles, la bouche pleine de phrases creuses destinées à faire oublier aux peuples colonisés des dits « DOM-TOM » leur misère et à renforcer la politique de prestige du gouvernement colonialiste français. Stasi, quant à lui, n’aura même pas eu le temps de venir nous voir ; avant la date prévue pour son premier voyage aux Antilles, le voici remercié. Son passage au ministère aura été marqué par la tuerie du Lorrain qui fit deux morts et une dizaine de blessés chez les travailleurs en grève (lui qui parlait « d’assainir les mœurs politiques aux Antilles » !), par la fermeture des usines et l'accroissement du chômage, tout comme le passage de Messmer avait été marqué par l'assassinat du jeune lycéen Gérard Nouvet, la répression et la série de procès intentés à des militants politiques et, ainsi, en remontant dans le temps, nous pourrions associer chaque ministre à des faits graves de répression ou de détérioration de la situation économique et sociale, tant il est vrai que les ministres passent, la situation coloniale demeure... Claire GOYA. Grève générale du 12 : UNE EXPÉRIENCE RICHE D’ENSEIGNEMENTS POUR LA CLASSE OUVRIERE Il faut dès maintenant commencer à tirer les leçons de la grève générale — certainement parmi les plus importantes que la classe ouvrière des Antilles ait connue — afin que les luttes à venir se déroulent avec plus de chances de succès. La première leçon, c’est avant tout que contrairement à tous les discours démobilisateurs des directions syndicales et politiques des PC et autres, la grève générale est une chose possible et non un rêve utopique de révolutionnaires. La classe ouvrière de Martinique a démontré avec brio à ceux qui n’ont jamais eu confiance en elle qu’elle savait se mobiliser pour faire entendre son mécontentement aux puissants et aux riches. Et cela a surpris les bureaucrates, plus habitués à organiser des mouvements partiels et des grèves sectorielles. En ces journées de grèves et de manifestations la classe ouvrière a pris conscience de l'immense force qu'elle représente et des possibilités énormes qui sont les siennes. Cela elle ne l’oubliera pas de sitôt quels que puissent être les efforts des directions syndicales, des Lamon, Guitteaud et compagnie, en ce sens. Au cours de cette grève les travailleurs, ou du moins une partie importante d’entre eux, ont vu et compris le rôle que les Lamon, Constant, Duféal et autres dirigeants de la CGTM et du PCM jouaient. Bien loin d’être les artisans de la victoire des travailleurs, ils n’étaient que les organisateurs de la reculade. Car devant un mouvement aussi puissant touchant les travailleurs de toute la Martinique ils ont eu peur ; peur de voir se développer sans eux un mouvement qui devenait chaque jour un peu plus radical. Aujourd'hui se justifiant aux yeux de la bourgeoisie martiniquaise et du gouvernement qui leur reprochent d’avoir été débordés, ils s’échinent à démontrer qu’ils ont eu à tout moment le contrôle de la situation. Se justifiant aux yeux des travailleurs qui sont conscients de la trahison orchestrée pendant les huit jours de grève qui ont suivi le 12 février, ils répondent aux accusations de ces travailleurs en disant « le gouvernement a fait des promesses » ou « certains secteurs ont obtenu des résultats importants, des augmentations de salaire notamment ». Or le problème n'est pas là. Il s'agissait de ne pas abandonner un mouvement qui avait une puissance incontestable pour quelques avantages en salaires, certes intéressants pour les catégories qui en ont bénéficié, mais qui ne sont que passagers. Ce qui était possible c’était, d’une part, de refuser les promesses du préfet et de contraindre le gouvernement français à négocier ici en Martinique, il était possible d’imposer aux patrons et au gouvernement la révision des salaires de base en Martinique, la fixation d'un salaire minimum tenant compte de la réalité des prix ici en Martinique (comme c’est le cas pour les fonctionnaires qui touchent une. prime de vie chère de 40 %). Il était possible d’imposer un contrat d'augmentation automatique de hausse des salaires chaque fois que les prix augmentent. Les travailleurs se chargeraient, eux, de le faire respecter dans chaque entreprise. Au lieu de se dépêcher de terminer la grève en démoralisant les travailleurs, comme Duféal et Guitteaud savent si bien le faire, il fallait refuser de marcher dans les promesses du préfet sur l’application intégrale des lois sociales en vigueur en France. C’est tout de suite, dans l’immédiat qu'il fallait exiger la négociation sur la suppression de la parité globale et son remplacement par des allocations versées intégralement aux familles, sur le versement de toutes les autres allocations en vigueur en France. Le problème du chômage pouvait être attaqué aussi par la même occasion. Il était possible de réclamer l’organisation de grands travaux d’utilité publique, la distribution de terres permettant aux chômeurs de travailler et la répartition du travail entre tous. Evidemment, pour mettre en avant un tel programme il aurait été nécessaire que le caractère de la grève changeât, qu’elle devînt vraiment l’affaire des travailleurs. De nombreuses discussions auraient pu avoir lieu, les travailleurs s’organisant sur une base bien plus large et avec des objectifs supérieurs à ceux des syndicats. Il aurait été nécessaire que l’ensemble de la classe ouvrière s’organise en tant que classe et entraîne à sa suite toutes les couches pauvres de la population. Cela aurait fait accomplir aux travailleurs un pas très important pour la suite à donner à leurs luttes. Cela leur aurait permis de maintenir leur vigilance en ce qui concerne l’application de l’échelle mobile des salaires en ce qui concerne la garantie de l’emploi et de l’application d’une politique en faveur des chômeurs. Le rapport de forces entre la classe ouvrière et la bourgeoisie aurait changé et lui aurait permis d’aborder avec de meilleurs atouts la période de crise qui ne fait que commencer. Tout cela, les directions syndicales et le Parti Communiste Martiniquais ne désirent ni en parler ni même que les travailleurs commencent à poser le problème de cette façon. Ils n’ont vu dans la grève générale de février qu’une grève comme une autre. Leur seul souci ayant été qu’elle ne se prolonge pas trop. Avant même d’engager la bataille, ils ont fait savoir à l’ennemi qu’ils étaient prêts à capituler en condamnant l’action des travailleurs les plus décidés. Ainsi, ils continuent à passer, auprès du gouvernement pour ce qu’ils sont : des hommes qui prêchent « le calme », des gens «respectables», des « légalistes » à tout prix. Peut-on dire pour autant que la grève de février n’a rien apporté ? Si l’on considère la force du mouvement et le fait qu’il était encore possible de lui donner de l’ampleur, les quelques augmentations obtenues dans certains secteurs, même si elles sont importantes sont peu en rapport avec ce qui était possible. Mais si on considère les résultats politiques, les travailleurs ont acquis beaucoup. Car cette grève, commencée sur le terrain économique a eu un prolongement politique assez rapidement. Pour la première fois en Martinique des mouvements de masses importants ont été dirigés d’une manière claire contre le gouvernement colonialiste, réclamant la liberté pour la Martinique et le départ des colonialistes. Ce n’était pas quelques manifestants politisés appartenant à tel ou tel parti mais des manifestations de plusieurs milliers de travailleurs et de jeunes qui le faisaient. De même ce ne sont plus seulement quelques militants qui crient à la trahison des dirigeants syndicaux, notamment de ceux qui appartiennent au PCM, mais c’est toute une fraction des travailleurs qui a été écœurée par les méthodes de ces dirigeants. Ces travailleurs ont pris conscience du rôle de frein que jouent les directions des syndicats et des partis traditionnels de la classe ouvrière. C’est sur cette double constatation que s’appuie notre optimisme pour l’avenir. Il s’agit maintenant pour les travailleurs qui ont acquis une conscience nouvelle et plus avancée au cours des derniers événements de s’organiser afin que dans les luttes qui éclateront, les dirigeants incapables et timorés ne freinent pas encore le mouvement. Il s’agit pour ces travailleurs de ne pas en rester là, mais de devenir de véritables combattants pour la cause ouvrière, pour l'indépendance et pour la fin de toutes forme d’exploitation. Claude ROCHA PAGE 4 L'empire de Haïlé Selassié ébranlé L'Ethiopie, l’empire vermoulu de Haïlé Sélassié, est en train de bouger. L’Ethiopie, c’est le pays où une autocratie toute puissante détient tous les pouvoirs politiques ; c’est le pays où la terre appartient à une poignée de grands propriétaires terriens qui écrasent de tout le poids d’une exploitation effroyable vingt millions de paysans ; c’est un pays enfermé dans le carcan de structures féodales interdisant tout développement économique, social ou même simplement culturel. C’est enfin le pays, où cent mille paysans viennent de mourir de faim, victimes de l’incurie criminelle d’une administration incapable de leur venir en aide et, plus encore, victimes des seigneurs terriens qui, en leur extorquant jusqu’aux trois quarts de leurs récoltes, les avaient empêché de se constituer des réserves de vivres. L’Ethiopie est grosse d’une révolution depuis bien longtemps. Il est difficile de savoir si la révolution est, cette fois-ci, déjà en marche. Mais ce qui est certain c’est que plusieurs secousses viennent d’ébranler sérieusement le régime. Secousses de la part des milieux intellectuels petits- bourgeois, universitaires surtout, dont les manifestations avaient constitué le premier avertissement pour Haïlé Sélassié. Secousses consécutives à la mutinerie de l’armée, à la fois principal soutien du régime et le seul corps constitué au travers duquel certaines aspirations aux changements de la petite-bourgeoisie libérale peuvent s’exprimer. Secousses enfin de la part du mouvement ouvrier, qui vient de mener et de gagner la première grève générale de son histoire. Ces secousses ne suffisent pas encore nécessairement pour abattre le régime de Haïlé Sélassié. Elles suffisent encore moins pour réaliser les tâches les plus urgentes, vitales pour l'Ethiopie, telles que l’expropriation des gros propriétaires, le partage des terres, la destruction de l'absolutisme, la réalisation des droit démocratiques. Pour l’instant, la force la plus radicale qui s’oppose au régime est le milieu estudiantin. Mais les étudiants, tout en se battant courageusement, sont incapables d’offrir des perspectives politiques hardies aux millions d’exploités. Politiquement, ils semblent mettre tous les espoirs dans l’armée. Certes, il n’est pas exclu que l’armée se dresse ouvertement contre Haïlé Sélassié — quoique ce soit loin d’être fait — et qu’elle parvienne à le renverser. Il n’est même pas exclu qu’elle prenne l’initiative de certaines réformes, afin de tenter de sortir l’Ethiopie du Moyen Age où les classes privilégiées la font croupir. Mais même si l’armée s’attaquait à certains privilèges, ce serait au prix de la création d’autres privilèges. L’Egypte a donné il y a une vingtaine d’années l’exemple d’une armée capable de s’engager dans la remise en cause du vieil ordre des choses — mais elle a donné également l’exemple des limites d’une telle remise en cause, étroitement contrôlée et canalisée. Et pour l’instant, rien n’indique que l’armée éthiopienne soit prête à faire ne serait-ce qu’une partie de ce chemin. En fait, sans l’intervention radicale des masses paysannes, le bouleversement des rapports féodaux n’est pas possible. Et la seule classe urbaine capable de faire sienne le combat des paysans, capable de lui donner une orientation politique correspondant aux intérêts de tous les exploités d’Ethiopie, est le prolétariat. Ce prolétariat n’est pas fort numériquement. Mais il vient de montrer qu’il est capable de lutter et de vaincre. L’avenir de la révolution en Ethiopie est entre ses mains. Les élections en Grande-Bretagne Les grands vainqueurs en sont les mineurs Les grands vainqueurs des dernières élections anglaises ne sont finalement ni Heath, ni Wilson, ce sont les mineurs anglais. Ils obtiennent en effet 29% d’augmentation. Pourtant il y a à peine plus d'un mois de cela la bourgeoisie et tous ses serviteurs répétaient à qui voulait les écouter que les mineurs étaient des privilégiés, qu'ils étaient une des catégories les mieux payées et que, de toute façon, leurs revendications étaient déraisonnables et que les patrons ne pourraient pas les supporter. Mais les mineurs anglais ont su faire fi de toutes ces belles et traditionnelles paroles, ils ont su compter sur leurs propres forces et sur leur détermination. Et ils ont eu raison. Car le gouvernement Heath avait engagé l’épreuve de force, il espérait bien, par les élections, obtenir un consensus populaire pour obliger les mineurs à céder. En tout cas, en proposant des élections anticipées, il entendait, avec la complicité de Wilson, amener les mineurs à sacrifier leur lutte à l’affrontement électoral. Heath a perdu sur les deux tableaux : les mineurs n’ont pas désarmé pendant la campagne électorale et les Conservateurs ont perdu la majorité. Certes, Wilson s’apprête à suivre la même politique que son prédécesseur, celle qui consiste à demander aux travailleurs de se serrer la ceinture pour sauver l’économie nationale, c’est-à-dire pour aider les capitalistes. Mais il n’avait pas le choix : il a dû céder aux mineurs. Les mineurs anglais ont remporté là une victoire. Certes, gouvernement travailliste comme bureaucrates syndicaux se hâteront d’inscrire l’acquis de la grève à l’actif de Wilson de façon à renforcer les illusions des travailleurs à l’égard de ce dernier. Mais les mineurs, en tout cas, seront difficiles à tromper... C’est parce que les travailleurs anglais ont su se battre qu’ils ont pu vaincre. C’est là un bel exemple pour nous, travailleurs des Antilles, car à nous aussi les capitalistes demandent toutes sortes de sacrifices pendant qu’ils continuent à augmenter les prix, à nous payer des salaires de misère, en un mot à organiser la vie chère. Nous saurons, nous aussi nous battre et les faire céder. J.P. VALDE. FRANCO ASSASSIN ! Le samedi 2 février, Salvador Puig Antich, militant révolutionnaire espagnol, était exécuté à la prison centrale de Barcelone. La barbarie du régime de Franco s’est d'autant plus affirmée que l’exécution s’est faite « au garrot », c’est-à-dire par étranglement et broyage des vertèbres cervicales : on se croirait revenu des siècles en arrière. Puig Antich était un militant anarchiste, membre du Mouvement Ibérique de Libération. Il avait choisi de se battre du côté des opprimés, des exploités, contre la dictature sanguinaire et féroce de Franco. Il était accusé d'avoir tué un policier lors d’une arrestation pendant laquelle il fut lui-même blessé, mais, dans cette rixe, de nombreuses personnes étaient intervenues, et la police ne chercha même pas à déterminer l’origine des balles qui tuèrent l’un de ses membres. C'est donc une parodie de procès qui fut faite à Puig Antich et à ses camarades. En réalité, en exécutant Puig Antich, il s’agissait pour le gouvernement espagnol de faire un exemple, de montrer à tous les hommes qui, en Espagne, s'insurgent contre la dictature, à tous les travailleurs qui veulent en finir avec le régime de Franco, qu’il ne recule devant rien pour réprimer ceux qu’il trouve gênants ; il s’agissait d'intimider tous ceux qui par milliers luttent contre la dictature. Et cela illustre bien la tradition de la répression franquiste en Espagne. En 1963, Julian Grimau, membre du Parti Communiste Espagnol clandestin, fut fusillé par la milice de Franco ; régulièrement, des centaines de travailleurs sont jetés en prison pour de nombreuses années pour avoir seulement revendiqué dans leurs usines, participé à une manifestation, affirmé leurs idées ou tout simple ment pour être membre d'un parti politique ou d’un syndicat opposé au régime. En 1939, la bourgeoisie et son dirigeant Franco avaient brisé la classe ouvrière qui avait pris les armes contre eux : ils ont assassiné des centaines de milliers de combattants révolutionnaires, détruit les organisations révolutionnaires, emprisonné des milliers de militants, mais, depuis quelques années, la classe ouvrière relève la tête, reconstruit ses organisations, organise de grandes grèves et menace tous les jours la bourgeoisie et sa dictature. Ainsi, il n'y a aucun doute que dans un avenir proche, les travailleurs espagnols retrouveront le chemin de la révolution, comme en 1936, mais cette fois, forts de leur expérience, ils détruiront le régime de dictature pourri et sanguinaire de la bourgeoisie espagnole et prendront le pouvoir. Ils vengeront Puig Antich !