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CO n°35

Editorial LIBERTE, INDEPENDANCE POUR LA MARTINIQUE Lorsque les gardes mobiles ont assassiné deux travailleurs du Lorrain, ils ont en même temps marqué le début d’une nouvelle phase dans la lutte pour l’indépendance de la Martinique. Désormais, les jours du colonialisme sont comptés. Des travailleurs de plus en plus nombreux comprennent qu’il faut mettre fin à la domination du colonialisme français en Martinique. Les travailleurs et tous les pauvres en ont assez d’être de la chair à fusil. Nous n’accepterons plus jamais d’être les victimes passives des forces de répression coloniale. Le pouvoir colonial ne se maintient que par la violence brutale et sanglante. Par sa violence, il est en train d’apprendre à tous les opprimés, à tous les exploités, à tous les pauvres que la voie des revendications pacifiques est bouchée ; que les revendications les plus légitimes, les plus vitales se heurtent à la violence des oppresseurs. Tous les travailleurs de la Martinique font en ce moment jour après jour l’expérience qu’il est indispensable de se préparer, de s’organiser pour riposter à la violence du pouvoir par leur propre violence. Que les forces de répression ne s’étonnent pas à avoir la vie difficile en Martinique. Nous souffrirons beaucoup, les colonialistes assassineront encore des travailleurs, mais ils ne pourront pas tuer tout le peuple de la Martinique. Puisque les patrons et le gouvernement ne veulent pas répondre à nos revendications autrement que par le fer nous devons les chasser d’ici. Nous ne voulons plus vivre avec les quatre sous qu’ils nous accordent et la mitraille dans le dos. Nous ne sommes plus à l’époque de l'esclavage. Que les cannibales, que les patrons mangeurs de chair humaine s’en aillent, que notre pays nous reste entre nos mains. Nous saurons nous diriger nous-mêmes, et nous saurons apprendre à le faire. Nous n’avons pas besoin de patrons. Nous voulons être libres dans notre pays, libres de nous organiser comme bon nous semble. L’Algérie et l’Indochine ont chassé le colonialisme français, nous le chasserons aussi par les mêmes moyens. Dans une Martinique libre, les travailleurs organiseront un Etat démocratique, débarrassé de toute forme d’exploitation. Première offensive des travailleurs des Antilles contre la crise et contre le pouvoir colonial La grève générale d’une ampleur sans précédent continue à se développer au moment où nous écrivons, en Martinique. Depuis le 12 février, la grève se déroule avec un rythme variable mais une combativité chaque jour croissante. Le 12, les travailleurs de tous les secteurs étaient dans la rue. Des milliers et des milliers de manifestants défilèrent dans Fort-de-France. L’enthousiasme était grand. Le lendemain, une partie des travailleurs reprenaient le travail, en particulier les employés de banques, et de diverses administrations. Ce même jour, des équipes de débauchage composées d’ouvriers du Bâtiment, des Docks, d’employés du Commerce, de lycéens et d'ouvriers agricoles, parcouraient les rues de Fort-de-France pour mettre en grève ceux qui n’avaient pas encore rejoint le mouvement. Ils devaient affronter durement la police qui leur avait tendu un piège. Plusieurs centaines de grévistes étaient enfermés entre deux groupes importants de policiers qui les arrosaient de grenades lacrymogènes avant de les tabasser très sévèrement. Il y eut plusieurs blessés. Mais le but était atteint : Fort-de-France, ville morte. Le jeudi 14, les directions syndicales, qui avaient été surprises par la détermination des travailleurs, décidaient de reprendre en main les choses. Les attaques contre ceux qui étaient partisans de la poursuite du mouvement, et en particulier contre notre tendance, se firent plus ouvertes. Dans le même temps, les directions syndicales organisaient réunion sur réunion pour décider de la poursuite du mouvement ou de la reprise. Mais le nombre de grévistes déterminés à ne pas laisser enterrer le mouvement était si grand que, finalement, après bien des hésitations, la poursuite de la grève était annoncée. Cependant, le moral des travailleurs était plus bas que la veille car plusieurs magasins avaient rouvert leurs portes. C’est un fait nouveau, le lâche assassinat d’un gréviste de la Banane, qui faisait rebondir le mouvement. La colère grondait parmi les travailleurs. Certains secteurs qui s'apprêtaient à reprendre votaient de nouveau la grève. Le vendredi matin, une grande manifestation organisée par tous les syndicats, les partis et organisations prenait le départ de la Maison des Syndicats avec, en tête, le Comité de grève des travailleurs agricoles. Un immense défilé parcourait alors les rues de la ville aux cris de « Orsetti (le préfet actuel), assassin ! », « colonialistes, dehors ! », « békés, dehors, le pouvoir aux travailleurs ! », « à bas l’Etat des flics et des patrons ! » qui étaient repris par toute la manifestation. Celle-ci devait passer devant la préfecture et le représentant du pouvoir colonial pouvait entendre les cris de colère des manifestants : « Nous vengerons nos camarades ! », « A bas le gouvernement colonialiste ! ». La manifestation se termina devant la Maison des Syndicats ou les représentants des différentes organisations et du Comité de grève des travailleurs agricoles prirent la parole. Ce meeting fut interrompu par l’annonce que le préfet avait refusé de donner le corps du travailleur assassiné la veille, afin d’éviter des obsèques qui se transformeraient en manifestation contre le pouvoir. Aussitôt, les syndicats et certaines organisations proposaient qu’une délégation se rende à la préfecture pour demander des comptes au préfet ; les manifestants, qui étaient encore en grand nombre devant la Maison des Syndicats, décidaient d'accompagner la délégation. Ce fut près de 2.000 manifestants qui stationnèrent devant la préfecture. La question fut réglée rapidement et les manifestants eurent satisfaction. Dans l’après-midi devaient donc se dérouler les obsèques de cette nouvelle victime du colonialisme assassin. La riposte à ce nouvel assassinat perpétré par les défenseurs de l’ordre colonial a été immédiate et massive. Nombreux sont les travailleurs, même ceux qui sont influencés par le PCM, pour dire que c’est une victime de trop et qu’il faut à l’avenir s'organiser pour répondre avec les mêmes moyens utilisés contre nous. La conscience de nombreux travailleurs a fait au cours de ces derniers jours un bond en avant. De plus en plus nombreux sont les travailleurs qui contestent la mainmise de quelques dirigeants timorés sur la classe ouvrière pour l’empêcher de se battre véritablement. Les événements présents marqueront certainement un tournant historique en Martinique : les travailleurs font à vive allure les expériences les plus diverses et nul ne peut dire aujourd’hui quelle sera l’évolution de la situation. Mais il n’y a aucune raison que ce mécontentement retombe car ses causes continueront encore d’exister tant que le colonialisme et les capitalistes seront présents en Martinique. Dans les jours ou les mois à venir c’est ce problème là que les travailleurs vont poser, vu le rythme auquel se déroulent les événements. Les travailleurs devront assurer leur propre direction au mouvement en cours et à ceux qui ne manqueront pas de se dérouler dans la période actuelle. Dans la lutte, les travailleurs apprendront de leur propre expérience. C'est cela qui sera le facteur décisif pour l’avenir. De toute façon, les événements actuels feront faire un grand pas à la classe ouvrière sur le chemin de la prise de conscience. L’avenir dira si elle saura en tirer profit. Cl. R. PAGE 2 Guadeloupe Grâce a leurs luttes, les employées sont en passe de retrouver leurs emplois La semaine dernière, France-Antilles, ce torchon du colonialisme titrait : « Grâce à l’action de Gerville Réache, réouverture des crèches et garderies ». Non seulement de nombreux problèmes subsistent en ce qui concerne la réouverture, mais encore, ce n’est nullement grâce à l’intervention de G. Réache que les employées de garderies retrouvent leur travail. Cela, elles le doivent à leur lutte et à elle seule. Il ne faut pas oublier que pendant des mois, les employées de garderies ont mené une lutte hardie contre leur licenciement. Elles ont fait des tracts, organisé des réunions publiques et aussi une manifestation de rue à Basse-Terre devant le préfet Le Cornec. Elles ont sensibilisé l’opinion publique. Actuellement, elles doivent rester mobilisées car tout n'est pas réglé. Les municipalités doivent prendre en charge les crèches et garderies, mais l’ancien personne! sera-t-il embauché en priorité ? Les salaires vont-ils être augmentés ou diminués ? Tous les problèmes ne sont donc pas encore réglés. Les employées de garderies ont gagné la première partie, mais elles se préparent encore à la lutte car elles savent qu’elles ne doivent compter que sur leur propre force. Les soi-disant « représentants » qui ne font rien pour les travailleurs sont toujours prêts à profiter à bon compte de la lutte de ces derniers pour assurer leur promotion politique. Dans la Banane : S'organiser pour continuer la lutte Du vendredi 18 au vendredi 25 janvier, les travailleurs de la société bananière SCEFA étaient en lutte. Pendant une semaine, ils ont résisté à l’arrogance patronale. La direction, on s'en souvient, avait fait intervenir des gendarmes et des képis rouges pour briser la grève ; un travailleur a même été conduit à la gendarmerie. Il a d’ailleurs été libéré le soir même, les gendarmes craignant certainement de déclencher la colère populaire. Aujourd’hui, la grève est terminée. Les travailleurs n’ont rien obtenu ou presque. Mais les patrons ont eu chaud, car on l’a vu, à un certain moment, la grève a menacé de s’étendre à d'autres plantations de la région. Et beaucoup de travailleurs pensent que ce n’est que partie remise. A juste titre d'ailleurs, car c’est tous les jours que les travailleurs de la Banane se rendent compte de la rapidité avec laquelle les prix augmentent, c’est tous les jours qu'ils se rendent compte comment leurs salaires sont dérisoires (29,80 F par jour). Mais la lutte, cette fois, devra s’engager sur des perspectives claires, pour des revendications précises, ce qui n’a pas été le cas lors de la grève du 18 au 25 du mois dernier. Et surtout, les travailleurs devront s’organiser de façon à lier effectivement toutes les plantations entre elles. Car au cours de la grève qui vient de se terminer, l’absence d’une direction décidée s’est fait cruellement sentir. Licenciements à la SCEFA A la fin de la grève à la SCEFA, la direction qui a eu une peur bleue du mouvement des travailleurs entend se venger. C’est ainsi qu’elle a licencié deux chauffeurs. D’autre part, sur l'«habitation» de de Shangy, le géreur voulant jouer au petit chef avait décidé de priver plus d’une trentaine de travailleurs de leur gagne-pain. A Shangy, devant la pression et la menace des travailleurs, le géreur et la direction ont cédé et ont redonné du travail à la trentaine de gars qu’on voulait chasser de la plantation. Par contre, jusqu’à l’heure où nous écrivons, les deux chauffeurs n’ont pas été réembauchés. Le syndicat SOB a décidé d’intenter une action en justice. En fait, nous pensons que l’action en justice à elle seule n’obligera pas la direction à réintégrer les deux licenciés. Cette dernière ne reviendra sur sa décision que si elle sent que tous les travailleurs sont prêts à soutenir leurs camarades licenciés. De plus; si les travailleurs de la SCEFA ne disent rien, la direction s’enhardira, et n’hésitera pas à frapper d’autres camarades à la moindre occasion. Car il ne faut pas l’oublier, les deux chauffeurs frappés ont participé comme tout le monde à la grève. Ils sont licenciés pour fait de grève même si le prétexte invoqué est soi-disant l’atteinte à la liberté du travail. Les travailleurs de la SCEFA doivent exiger la réintégration immédiate de leurs camarades licenciés. MEETINGS COMBAT OUVRIER A POINTE-A-PITRE ET A MORNE-A-L'EAU Le 25 janvier, environ 90 personnes ont participé à la réunion publique organisée par Combat Ouvrier, sur la crise du pétrole. Un premier camarade montra que déjà les travailleurs des Antilles démontraient qu’ils étaient prêts à lutter pour arracher des augmentations de salaire et une amélioration de leurs conditions de travail. Le deuxième camarade parla des gros trusts du pétrole qui augmentent le prix du pétrole et font des profits colossaux en vue d'investissements futurs. Echelle mobile des salaires et des heures de travail : voilà les principales revendications sur lesquelles les travailleurs de tous les secteurs doivent lutter afin de ne pas faire les frais de la crise — expliqua le troisième camarade. Environ quarante personnes étaient présentes au meeting de Morne-à-l'Eau. Parmi elles, une douzaine de jeunes de Vieux- Bourg. Nos camarades insistèrent à nouveau sur la lutte contre le chômage et aussi sur la nécessité de s’apprêter à quitter le monde capitaliste en faillite. Refuser de faire les frais de la crise, lutter pour l’indépendance sous la direction de la classe ouvrière, tel doit être l’objectif des travailleurs. Plusieurs interventions suivirent, notamment celles d'un jeune de Vieux-Bourg et d'un chômeur du Comité de chômeurs de Petit-Bourg. GRENADE : une indépendance octroyée Grenade, petite île des Antilles dites britanniques, règne depuis trois bonnes semaines une situation de crise. La classe ouvrière s’est mise en grève et est descendue dans la rue, où de violents affrontements avec la police ont eu lieu. Les raisons de cette crise : l’accession de l’île à l'indépendance, qui devait en principe être effective le 7 février. Le Premier ministre, Gairy, qui concentre déjà beaucoup de pouvoirs entre ses mains, verrait ces pouvoirs renforcés par une indépendance telle que l’octroie la Grande-Bretagne, et qui déboucherait sur un régime du type de ceux que l’on rencontre en Afrique. A lui s’oppose un certain « Comité des 22 » qui exige sa démission au nom de la « démocratie » et qui bénéficie de l’appui de la majorité de la classe ouvrière. Mais, s'il ne saurait être question de soutenir Gairy, qui est effectivement un dictateur qui, en ces jours précédant l’indépendance, montre ses capacités à mettre au pas la classe ouvrière, il ne faudrait pas pour autant en conclure que le « Comité des 22 » défend vaillamment les intérêts du « peuple ». Ces gens-là ne sont rien d’autre qu'une clique de petits-bourgeois qui défendent tout comme Gairy les intérêts de leur classe, la bourgeoisie, même si en paroles ils semblent plus « à gauche » que Gairy. La différence, c’est que si Gairy a choisi de se maintenir dans le sillage de l’impérialisme anglais décadent, le « Comité des 22 » semble avoir des appuis du côté de l'impérialisme US, et qu’il a réussi, en intégrant les dirigeants syndicaux, à entraîner démagogiquement toute une fraction de la classe ouvrière, par ailleurs lasse de la dictature de Gairy. Voilà donc la situation absurde à laquelle on assiste une fois de plus : la classe ouvrière descendant dans la rue pour mettre à la tête de l’Etat des gens qui, dès qu’ils y seront parvenus, n’auront pas de besogne plus urgente que d’écraser cette même classe ouvrière. C’est cela qui s’est passé aussi en Algérie et en bien d'autres pays, que la classe ouvrière des Antilles dites françaises doit éviter à tout prix. Et pour cela, il faut qu’elle cesse de croire dans les promesses des uns et des autres, qu’ils soient « hommes du peuple » ou « députés du peuple », pour s'organiser elle-même, dans son propre parti, et se battre pour ses objectifs propres, à savoir la destruction du colonialisme et la mise en place, dans la lutte pour i’indépendance, d’un pouvoir ouvrier. C.G. Les dockers en grève à Saint-Martin Depuis fin janvier, les ouvriers du Bâtiment et les dockers de la partie hollandaise de Saint-Martin sont en grève. Ils réclament 50 % d'augmentation pour faire face à l'énorme hausse des prix qu'ils ont dû subir au cours des derniers mois, tes travailleurs ont refusé les 12% proposés par le gouvernement, et qui sont en fait dérisoires. Mais les ouvriers saint-martinois ne se contentent pas de poser des revendications salariales. Les nombreux meetings qui se déroulent dans l’île sont souvent l'occasion pour les travailleurs de mettre en avant la revendication de l'indépendance. Ils comprennent en effet que seule celle-ci permettra à la classe ouvrière de prendre ses affaires en main, de n’être plus à la merci des bourgeois hollandais qui, comme leurs homologues français, peuvent « couper et hacher » à Saint-Martin, à 7.000 km de chez eux, sans tenir aucun compte de l'avis de la population locale. Et cette revendication, ce besoin qu’ont les peuples colonisés de se débarrasser de la tutelle des grandes puissances qui les oppriment, il était inévitable qu'il se manifeste ici aux Antilles, l’un des derniers points du globe où subsistent des colonies, qu’elles soient hollandaises, anglaises, ou françaises. Et inévitablement cette revendication triomphera. Il appartient à la classe ouvrière de se mettre à la tête de la lutte, car elle seule est capable de la faire déboucher sur un régime défendant réellement les intérêts des masses opprimées. M.R. PAGE 3 Journée du 12 février en Martinique : LA GREVE GENERALE DEBUTE AVEC FORCE ! La grève générale « non limitée » à laquelle appelaient les trois principaux syndicats de la Martinique pour le 12 février dernier fut largement suivie par l’ensemble de la classe ouvrière martiniquaise. Tous les secteurs étaient touchés par cette grève : le Bâtiment, le Commerce, les Docks, la SPDEM, les banques, de même que les ouvriers agricoles qui avaient déjà commencé leur lutte depuis le 23 janvier. Ce succès est d’autant plus significatif du profond mécontentement des travailleurs que les centrales syndicales n’ont jamais fait une véritable campagne d’information autour de cette grève. D’ailleurs on pouvait même craindre le pire ; car après avoir arrêté dans un premier temps la date du février, elles reportèrent ensuite cette grève au lendemain 12 février. Ceci créa beaucoup de confusion chez un grand nombre de travailleurs. Rappelons que ces syndicats ont appelé les travailleurs à la grève pour un programme de revendications comprenant douze points. Donc, le mardi matin, c’est environ huit mille personnes qui descendirent dans les rues de Fort-de-France manifester leur mécontentement et réclamer la satisfaction de leurs revendications. Nous, révolutionnaires de Combat Ouvrier, avons participé à cette manifestation en tant qu’organisation avec des mots d’ordre, tels : « échelle mobile des salaires », « répartition du travail entre tous sans diminution de salaire ». Les slogans hostiles au gouvernement colonialiste fusaient de partout. Finalement, la journée du 12 février fut manifestement un grand succès. Elle constitue donc un avertissement à la bourgeoisie. L’ampleur de la manifestation du montre, si besoin est, que les travailleurs martiniquais ne sont pas prêts à faire les frais de la crise du système capitaliste. Leur lutte peut aller très loin car ce n’est pas la combativité qui leur manque. Frantz SIMAR. Lorsque le sectarisme empêche une action de protestation immédiate et unitaire de l'émigration A l’annonce des affrontements tragiques de la Martinique, nous avons tenté en collaboration avec le GRS de réunir l’ensemble des organisations de l'émigration antillaise. il nous paraissait en effet urgent que l’ensemble de ces organisations mobilise, par des actions communes, le maximum d’émigrés antillais. Bien sûr, de profonds désaccords existent entre les différentes organisations hostiles au pouvoir colonial. Mais il eut été possible, sans pour autant que les unes ou les autres abandonnent leur politique propre, de riposter en commun à la répression en Martinique. Possible et nécessaire ! L’impact d’une réaction unie de toutes les organisations de l’émigration sur l’opinion publique en France aurait été autrement plus grand que l’impact d’initiatives séparées. C’était la seule façon de dénoncer — autrement que de façon confidentielle — les bourreaux colonialistes et d’aider la lutte des travailleurs en Martinique même. La proposition de se réunir pour discuter ensemble des modalités d’une action unitaire (meeting, manifestation ou toute autre forme de réaction) a été faite par nous et par le GRS entre autres à l’Association Générale des Travailleurs Antillo-Guyanais (AGTAG), à l’Association Générale des Etudiants Guadeloupéens (AGEG) et à l’Association Générale des Etudiants Martiniquais (AGEM). Elles ont laissé sans réponse toutes ces propositions, montrant d’ailleurs dans un premier temps un désintérêt manifeste à l’égard de l’idée même d’une action de protestation. Elles ont fini tout de même par se réunir, mais entre elles, refusant toute discussion commune avec le GRS et CO. Cette attitude sectaire a non seulement rendu impossible une réaction unie immédiate contre la répression, mais a apparemment retardé une position claire et nette de ces organisations elles-mêmes. En effet, quatre jours après la fusillade du Lorrain, la seule réaction publique d’une de ces organisations, l’AGEM, est d’avoir diffusé un tract, probablement antérieur à la fusillade où il est beaucoup question de « populariser » la lutte des travailleurs... mais pas un mot de protestation contre la répression sanglante à la Martinique. L’AGTAG, l’AGEG, l’AGEM finiront peut-être tout de même par prendre une initiative de protestation. Mais un temps précieux aura été perdu et surtout l’émigration anticolonialiste apparaîtra, de leur fait, désunie sur une question sur laquelle elle aurait dû et pu être unie. Mais une fois de plus, demander aux directions nationalistes de ces organisations de mettre l’intérêt du mouvement de protestation avant leurs intérêts de boutique, c’est trop leur demander... FRANCE-ANTILLES : LA GRÈVE CONTINUE ! Le 29 janvier s'est produit un fait nouveau dans la grève de France-Antilles. C'est la venue du médiateur nommé Blanc. Ainsi, Hersant joue le jeu de la médiation, ce qui consiste à faire traîner les choses en longueur, tout en faisant croire à la solution proche. C’est sans compter finalement avec la détermination des grévistes. Car aucun d’entre eux ne se sent nourri d’illusion à propos de ce commis d'Hersant. C'est donc avec la pleine conscience que la médiation ne peut être une solution, que les grévistes ont sans surprise assisté a trois séances (29, 31 janvier, 5 février) de la Pointe de Jaham. M. Blanc est ensuite reparti pour Paris pour de nouvelles instructions de son patron Hersant. Une chose est certaine en définitive, c'est que les grévistes ne sont pas disposés à se laisser prendre dans quelque traquenard que ce soit. La grève continue. Ary ELOI. Meeting commun de protestation à Paris Pour protester contre la sauvagerie des forces de répression colonialistes à la Martinique, Combat Ouvrier et le Groupe Révolution Socialiste organisent en commun un meeting à Paris, au 44, rue de Rennes, le jeudi 21 février, à 20 heures. Combat Ouvrier appelle tous les travailleurs de l’émigration à se rendre nombreux à ce meeting. PAGE 4 La grève des mineurs contraint Heath à reculer Au moment où nous écrivons, l’Angleterre se prépare à des élections. Le parlement est en effet dissout et le gouvernement, démissionnaire. Démissionnaire parce que quelques dizaines de milliers de mineurs sont entrés en lutte pour des revendications justes et qu’ils n’ont pas voulu céder. Et le gouvernement, tout gouvernement qu’il était, ne pouvait rien contre ces travailleurs. Le fait qu’il soit contraint aujourd’hui de poser à l'ensemble du pays la question : qui gouverne en Angleterre, le gouvernement bourgeois légal ou les mineurs ?, est déjà une victoire pour les mineurs. Bien entendu, il s’agit aussi pour Heath d’essayer de détourner les mineurs du combat par leur arme de classe, la grève, vers les bulletins de vote. Et dans cette tentative le conservateur Heath peut compter sur le soutien total de son compère-adversaire, le travailliste Wilson. C’est ainsi que Wilson s’est empressé de lancer un appel aux mineurs afin qu’ils suspendent leur grève pendant toute la période électorale. Et il est certain que si cet appel avait été entendu, si les mineurs avaient abandonné leur grève pour mettre tous leurs espoirs dans les illusions électorales, peu importe qui eut été le vainqueur des élections, les mineurs auraient été vaincus. Jusqu’à ce jour, les mineurs n’ont pas accepté la trêve, n’entendant pas abandonner leur lutte afin de permettre à Wilson - Heath de se livrer à leurs jeux de cirque électoraux. Bien sûr, Heath peut sortir renforcé, sur le plan électoral, des prochaines consultations. Car il est vrai que le poids de ceux qui vivent du travail des autres est plus important dans les élections précisément, que le poids de ceux qui produisent. Une victoire électorale de Heath serait sans doute une défaite pour Wilson, mais absolument pas une défaite pour les travailleurs si ceux-ci ne la ressentent pas comme telle. Mais jusqu’à ce jour, les mineurs, quant à eux, semblent avoir bien compris qu’avant comme après les élections, le succès de leur lutte ne dépend absolument pas de l’homme qui est à la tête du gouvernement, mais bien de leur propre détermination, de leur propre volonté de lutte. J.-P. V. Le véritable scandale du pétrole Corruption de fonctionnaires hauts placés et d’hommes politiques ; journalistes achetés, les uns pour se taire, les autres au contraire pour mentir ; des pots- de-vins généreusement distribués pour que certains yeux officiels se ferment, voilà les faits dont la révélation plonge l’Italie dans le scandale. Les organisateurs de cette vaste entreprise de corruption ont été les dirigeants italiens de grandes compagnies pétrolières qui voulaient augmenter brutalement leurs prix et pour le faire, rationner le pétrole, alors même que les réservoirs étaient pleins à craquer... Qu’il y ait là matière à scandale, c’est bien le moins que l’on puisse dire. Cette vaste entreprises de racket, destinée à voler des millions de consommateurs au profit de quelques grands trusts et tout cela avec des complicités hautement placées, a de quoi écœurer et révolter. Mais au fond, en quoi cela diffère-t-il du racket encore plus vaste, organisé à l’échelle du monde par l'ensemble des compagnies pétrolières, visant à rationner le pétrole alors qu’il n’en manque pas, pour pouvoir le vendre plus cher ? Racket dont nous subissons ici aux Antilles les contre-coups, avec la brutale augmentation du prix de l’essence. La seule différence, c’est que les directeurs de sociétés en Italie n’ont pas respecté certaines règles du jeu capitaliste ; ils ont franchi la limite - oh ! combien imprécise - entre le vol et la corruption illégale, et le vol légal en système capitaliste consacré par cette corruption institutionnalisée qu’est l’asservissement de tout Etat aux possédants. Vol légal qui laissé à chaque possesseur de capitaux l’entière liberté de limiter leur production comme bon leur semble, établir leur prix à leur gré, dussent des millions de pauvres en souffrir ! Alors, le véritable scandale dont proviennent tous les autres, c’est l’existence même de cette société capitaliste. Georges RASSAMY. SAUVONS PUIG ANTICH La condamnation à mort du militant anarchiste espagnol Salvador Puig Antich a été confirmée par le Conseil suprême de la justice militaire. La condamnation est donc définitive et à moins d’une grâce du général Franco, Puig Antich peut être exécuté d’un moment à l’autre. Il est possible encore d’empêcher cette exécution si l'opinion publique internationale réagit, si un puissant mouvement de protestation s'organise. Il faut arrêter le bras du bourreau ! Il faut empêcher le sanglant régime de Franco de commettre un nouveau crime ! Expulsion de Soljenitsyne Pas de socialisme sans liberté ! L'écrivain russe Soljénitsyne vient d'être banni de l’Union Soviétique. La bureaucratie soviétique a ainsi réglé à sa manière la question Soljénitsyne. Elle vient d'affirmer avec force qu’il n’est pas question qu’en Union Soviétique un écrivain puisse exprimer librement des idées qui déplaisent à la direction de l’État. Bien sûr, Soljénitsyne n’est pas un communiste ni de près, ni de loin. Les critiques qu’il adresse à la bureaucratie soviétique, il les adresse au nom d’une société révolue, celle contre laquelle la Révolution d'Octobre s’est faite. Mais si la société soviétique était véritablement socialiste, qu’aurait-elle donc à craindre de ce que peut écrire un seul écrivain, même réactionnaire ? Si elle représentait l’écrasante majorité, si elle était sans classes, qu’aurait-elle à craindre de la plus large, de la plus profonde liberté d’expression, quand bien même quelques nostalgiques du passé en profiteraient également ? Seulement, justement, l’Union Soviétique n'est pas le socialisme ; et quant à la large participation démocratique des travailleurs au pouvoir qui a caractérisé la Russie au lendemain de la Révolution d’Octobre, elle a cédé la place à la domination d'une bureaucratie privilégiée, hostile à la classe ouvrière. Ce que la bureaucratie craint, c’est moins le contenu des écrits de Soljénitsyne que la liberté d’expression qu'il défend. La bureaucratie ne peut absolument pas tolérer la liberté d’expression, car sa domination est une domination mensongère qui prétend s’exercer au nom de la classe ouvrière alors qu’elle s’exerce contre elle. La bureaucratie ne peut pas tolérer la liberté d'expression de crainte que le prolétariat s’en saisisse et demande des comptes aux usurpateurs qui prétendent parler en son nom. C’est justement pourquoi les révolutionnaires socialistes, même s’ils ne partagent absolument pas les idées de Soljénitsyne, sont solidaires du combat qu’il avait engagé pour la liberté d’expression. Cette liberté d’expression, elle est indispensable au prolétariat russe, indispensable à son combat. Et le combat du prolétariat est de son côté indispensable pour débarrasser la société soviétique de l’excroissance maladive qu’est la bureaucratie. Débarrassée de la bureaucratie, dirigée réellement par les travailleurs, l’Union Soviétique pourrait reprendre son chemin vers le socialisme, c'est-à-dire vers une société qui ne connaîtra ni censure, ni police, ni magistrats, ni maréchaux, ni camps de concentration, ni oppression ou exploitation d’aucune sorte et où la liberté sera infiniment plus grande que dans le plus démocratique des régimes capitalistes. Là ou il n’y a pas une telle liberté, il n’y a pas de socialisme !