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CO n°34

Editorial Les travailleurs ne sont pas décidés à payer la crise du système capitaliste Le mécontentement des travailleurs grandit de jour en jour ; des grèves éclatent dans plusieurs secteurs suscitant la discussion et provoquant le désir chez les autres d’entrer dans la lutte. Actuellement, aussi bien en Martinique qu’en Guadeloupe, la montée vertigineuse des prix provoque l’inquiétude mais en même temps une volonté très grande de ne pas se laisser faire. La grève des ouvriers du Bâtiment a rencontré une très grande sympathie chez les autres travailleurs et bien plus que cela, puisque quelques jours après eux se mettaient en grève les travailleurs de la cartonnerie et ceux du Syndicat des Eaux du Sud. Dans le même temps, les ouvriers agricoles de Basse-Pointe, de Macouba et du Lorrain se mettaient aussi en grève pour obtenir une amélioration de leurs salaires. En Guadeloupe, c’est surtout chez les ouvriers du Bâtiment et les travailleurs de la Banane que le mécontentement est le plus intense. Une grève des ouvriers des plantations de bananes est actuellement en cours, dans la région de Capesterre. Dans le Bâtiment, le conflit peut éclater d'un moment à l’autre, les travailleurs se contentant pour l'instant des grèves tournantes proposées par les directions syndicales. Dans tous ces conflits, les directions syndicales restent le plus possible sur la défensive. Ce qui est fait tient plus de la combativité des travailleurs eux-mêmes que des propositions syndicales. Les revendications les plus faibles se heurtent à une intransigeance des patrons que les directions syndicales ne sont pas habituées à pulvériser. Comme le disait bien un gréviste de la cartonnerie : « Nous n’obtiendrons rien si on n’utilise pas des méthodes nouvelles de lutte ». Il s’agit bien de cela : rompre avec les sempiternelles discussions avec les patrons et leur imposer notre volonté. Tout est une question de rapport de force. La classe ouvrière dans son ensemble représente une force redoutable. C'est elle qui fait tout marcher, c’est elle qui construit et produit tout ce qui permet aux capitalistes de s’enrichir. Elle peut donc, si elle le veut, faire entendre raison aux patrons de tous poils. Et cela, c’est vital pour tous les travailleurs dans la période actuelle ; car les menaces se font de plus en plus précises contre les moyens d’existence des travailleurs. Si la crise actuelle risque de faire baisser considérablement le niveau de vie des travailleurs des grands pays industrialisés, elle risque d’avoir des conséquences encore plus graves dans des pays comme le nôtre qui sont sous-développés et où le chômage et les bas salaires sont la règle. Ce qui peut arriver si les travailleurs ne s'y opposent pas, c’est une misère encore plus grande accompagnée, non seulement de sacrifices et de difficultés plus grands pour tous les travailleurs, mais aussi de famine étendue à une grande partie de la population pauvre. Les luttes qui se déroulent en ce moment montrent qu’un bon nombre de travailleurs sont décidés à ne pas se laisser faire, à ne pas payer la crise due à la pourriture du système capitaliste. Elles montrent qu’il y a dans la classe ouvrière même, une fraction d’ouvriers combatifs pour qui la tâche est justement de s’adresser à l’ensemble des travailleurs pour les entraîner dans la lutte. Il est indispensable que cette fraction se regroupe autour d’un programme révolutionnaire prolétarien. Il est indispensable qu’elle sache gagner la confiance de l’ensemble des travailleurs, qu'elle établisse des liens dans l’action avec ceux qui suivent les grandes organisations traditionnelles des travailleurs. C’est à ce prix que la classe ouvrière ne sera pas désarmée dans les luttes à venir. Martinique Les ouvriers du Bâtiment en lutte obtiennent en partie satisfaction Le mardi 8 janvier, les ouvriers du Bâtiment, réunis en assemblée générale, décidaient à l’unanimité de déclencher une grève illimitée, réclamant 25 % d'augmentation de salaire. La grève démarrait le jeudi 10 et les ouvriers élisaient le jour même un Comité de grève. Des équipes de débauchage se formèrent et, pendant toute la durée de là grève celles-ci devaient sillonner les routes de la Martinique, se rendant d’un chantier à l’autre pour convaincre ceux qui travaillaient encore de rejoindre les grévistes. Au début de la deuxième semaine de grève, la combativité des travailleurs grandissait encore. Les grévistes avaient participé à plusieurs manifestations dans les rues de Fort-de-France, dont une manifestation commune aux lycéens, aux élèves de CET et aux grévistes de France-Antilles. Cette importante manifestation avait beaucoup regonflé le moral des grévistes. Lundi et mardi, la tension croissait : une manifestation était organisée à Fort-de-France. Le préfet recevait une délégation de travailleurs et promettait d’utiliser son influence pour que les patrons négocient avec les grévistes. Puis les patrons négociaient. Un Important groupe d’ouvriers accompagnait la délégation des grévistes. La direction syndicale du Bâtiment faisait alors part aux travailleurs d’un protocole d’accord accordant une augmentation de 14 %, ce qui fait passer le salaire horaire des manœuvres de 5 F à 5,70 F. Il est aussi prévu qu’au 1er juillet ces salaires passeront de 5,70 F à 5,90 F. On est loin des 25 % qui étaient réclamés au début de la grève, mais si l’on pense aux 4 et 8 % que proposaient primitivement les patrons on voit bien que les 14 % représentent une augmentation que les ouvriers n’ont pu arracher que grâce à leur lutte. Et même si les directions syndicales, malgré quelques remous parmi les grévistes, ont pu faire reprendre le travail sans se heurter à une trop vive opposition, les travailleurs ne sont nullement démoralisés. L’article 4 du protocole d’accord prévoit que ces salaires ne seront pas révisés avant le 31 décembre 1974, mais H y a de fortes chances que devant la montée vertigineuse des prix les ouvriers du Bâtiment n’attendent pas jusque là pour réclamer de nouvelles augmentations de salaire. Car durant toute la grève, les discussions allaient bon train sur ce sujet, de nombreuses explications ont été données par les ouvriers les plus conscients sur les problèmes de l’échelle mobile des salaires et l’importance d’une telle revendication face à la crise qui frappe à la porte. Cette fois-ci, les directions des syndicats ont réussi malgré tout à garder le contrôle de la grève, mais iil n’est pas dit que les choses se passeront de la même manière dans les prochaines luttes, car au moins une petite fraction des ouvriers du Bâtiment aura pris conscience de l’importance qu’il y a à diriger soi-même ses propres luttes et à ne rien laisser signer qui ne puisse être contrôlé et discuté. J.B. Guadeloupe Bonne-Mère : pour obtenir satisfaction, d'autres méthodes de lutte sont nécessaires A l’ouverture de la récolte, les patrons de la SIS conservent le silence le plus total, espérant que les ouvriers vont finir par admettre la fermeture sans rien dire. Les patrons ont toujours refusé de discuter avec les ouvriers qui occupaient l’usine, montrant ainsi le mépris dans lequel ils tiennent les travailleurs. Mais il leur faudra bien comprendre que les choses ont assez traîné en longueur, et qu’il faudra bien en venir là : discuter avec les ouvriers. S’ils ne le comprennent pas, il se pourrait alors que les travailleurs ne discutent plus, et se mettent à faire tourner l’usine à leur profit. Une telle chose n’a rien d’impossible : il suffit pour cela que les ouvriers d’usine fassent appel à la solidarité des ouvriers agricoles et des petits planteurs, qui ont eux aussi pas mal de comptes à régler avec les usiniers. Peut-être alors les patrons se mordraient-ils les doigts, car si pendant l’inter-récolte l’occupation de l’usine ne les gênait guère, à présent elle prendrait tout son sens. Il est temps de faire comprendre aux exploiteurs que la classe ouvrière aussi a des armes, dont elle peut se servir : la grève, l’occupation des usines, et, à un niveau supérieur, la contestation réelle du droit des patrons sur des usines qui n’existent que parce que des travailleurs les ont construites, et les font tourner. Les ouvriers peuvent faire marcher l’usine à leur profit. Si ceux de Bonne-Mère décidaient d’agir ainsi, il leur serait possible d’écouler le sucre produit par une chaîne de solidarité, au nez et à la barbe des usiniers, et de le vendre à des prix défiant toute concurrence. Ils trouveraient sans nul doute l’appui de larges couches de la population, et des travailleurs des autres usines. De toute façon, il nous faut bien comprendre que dans la période de crise qui s’est déclenchée, et qui ne cesse de s’aggraver depuis quelques mois, risquant de jeter à la rue d’autres travailleurs par milliers, nous n’avons plus rien à perdre : il s’agit de savoir si nous allons accepter de crever de faim sans rien dire, ou si nous allons faire payer aux patrons, qui en ont les moyens, les frais de cette crise dont ils sont les seuls responsables. M.R. Page 2 Réunion publique des jeunes de Vieux-Bourg A la suite des pressions exercées contre eux par la gendarmerie, les jeunes de Vieux-Bourg ont organisé avec Combat Ouvrier une réunion publique d’information. Une trentaine de personnes avait tenu à venir manifester leur soutien à ces jeunes qui refusent de courber la tête. Deux d’entre eux ont d’ailleurs exposé devant l’assistance, l’un, les raisons qui les ont amenés à essayer de se regrouper, tandis que l’autre intervenait plus particulièrement sur les menées de la gendarmerie et sur l’attitude des jeunes : « Nous ne céderons pas, c’est aussi une question de dignité ». Avant que la réunion ne soit clôturée par une camarade de Combat Ouvrier, un représentant du Comité de chômeurs de Petit- Bourg vint apporter son soutien et exprimer sa solidarité avec les jeunes en lutte pour la défense des libertés démocratiques. La camarade de Combat Ouvrier termina en insistant sur le fait que l’attitude de la gendarmerie n’était pas « réservée » aux jeunes de Vieux-Bourg, mais qu’elle faisait partie d’une politique générale du colonialisme contre la prise de conscience, l’organisation, et la lutte des jeunes et des travailleurs. C’est avec beaucoup d’intérêt que les habitants de Vieux-Bourg présents ont écouté les interventions des orateurs, et très souvent des applaudissements nourris appuyaient leurs propos. La réunion se termina vers 11 h 30 après que « la parole fut donnée à la salle ». Deux représentants du PCG, invités par les jeunes et par Combat Ouvrier, assistaient à la réunion en tant qu’observateurs et se sont présentés comme tels. Un auditeur demanda des précisions, en particulier au Comité de chômeurs, tandis qu’un jeune du lycée de Baimbridge vint donner des précisions sur le déroulement de la grève au lycée. C’est par un appel à la vigilance que se termina la réunion. Les jeunes et l’assistance qui avaient pu s’exprimer étaient très satisfaits, et les discussions devaient se poursuivre pendant un bon moment encore. France-Antilles : La grève continue ! Ceux de France-Antilles continuent leur grève commencée il y a maintenant plus de deux mois. Ils restent décidés à faire céder le rapace Hersant. Sachant que la meilleure façon de faire céder leur ennemi n'était pas de se cantonner dans les actions purement corporatistes, les grévistes de France-Antilles avaient rejoint leurs camarades du Bâtiment. C’est ensemble qu’ils avaient décidé de participer à la manifestation du 14 janvier, rassemblant ouvriers du Bâtiment, grévistes de France-Antilles et lycéens en lutte. C’est ensemble qu’ils avaient défilé en criant : « A bas de colonialisme ». Ceux du Bâtiment, ayant en partie obtenu satisfaction, ont aujourd’hui repris le travail. Les travailleurs de France-Antilles ont cependant fait l’expérience qu’un élargissement de la lutte à d’autres secteurs que le leur, consolide le rapport des forces en leur faveur. Les travailleurs des plantations de la CFA en grève : Halte à l'intervention des képis rouges Depuis vendredi, les travailleurs de la CFA sont en grève. Ils réclament une amélioration des conditions de travail sur les plantations de bananes, notamment en ce qui concerne les « tâches ». Les travailleurs en grève se sont organisés, et ont occupé les plantations. Tout s’est bien passé, ils ont installé des piquets de grève et ont veillé à ce que les livraisons de bananes ne soient pas faites sur le port de Basse-Terre. Mais la détermination des grévistes n'a pas fait plaisir à messieurs les capitalistes tels Martin et compagnie. Ceux-ci faisaient intervenir la gendarmerie et les képis rouges, sous prétexte qu'il y avait du désordre. Ce qui était faux. Aucun heurt n’a eu lieu. Mais les travailleurs se demandent quels crimes ils ont commis pour qu’on leur envoie près de six camions de képis rouges aux trousses. Un gréviste a été conduit à la gendarmerie de Capesterre, dénoncé par un géreur ; il a été relâché. Des pressions sont exercées contre les représentants du SOB (syndicat des travailleurs). Tout cela est intolérable ! Dès que les travailleurs de ce pays luttent pour améliorer leurs conditions de travail et d’existence, la préfecture envoie ses hommes armés (képis rouges) contre eux. A-t-on jamais vu des képis rouges venir pour obliger les patrons à respecter les conditions d’hygiène et de sécurité sur les plantations ? Patrons et préfet marchent main dans la main contre les travailleurs. Voilà encore un exemple qui montre qu’en plus des luttes de tous les jours contre les patrons, il faudra se battre pour débarrasser la Guadeloupe de ces messieurs les préfets et de leurs képis rouges. GREVISTES DE LA CFA... Toute la population laborieuse est avec vous ! Nous ne laisserons pas les forces armées briser la grève. TRAVAILLEURS DES AUTRES PLANTATIONS... Vous aussi, vous êtes mécontents, vous avez des revendications à présenter. Vous supportez l’augmentation du coût de la vie. D'ici quelques temps, vous ne pourrez pas vous nourrir, ni vous ni vos enfants. Les prix augmentent tous les jours et les salaires restent au même point. Il faut obliger les patrons à augmenter les salaires en même temps que les prix. EN AVANT! Les grévistes de la CFA nous montrent le chemin. Plus nous serons nombreux dans la lutte, plus nous aurons de chance de gagner. Echos Echos Echos Echos Guadeloupe : Il nous faut déclencher l’offensive ! Depuis le mois de décembre, les syndicats nous font faire en Guadeloupe des grèves de deux jours pour obtenir des salaires minimum de 5,21 F, alors que les mêmes sociétés en Martinique sont prêtes à accorder 6 % d'augmentation, soit 5,30 F. Les ouvriers, eux, se battent pour 25 %. En Martinique et en Guadeloupe, se sont les mêmes sociétés du Bâtiment qui exploitent les travailleurs : Quillery-Saint-Maur, Jardin-Billard, SOCEA, SEGTA, etc. Nos camarades martiniquais ont obtenu 14 % d'augmentation. Certes, cela est bien loin de ce qu’ils réclamaient. Mais la voie qu'ils ont choisie est la bonne, la seule qui paye. Nous aurons à nous engager sur leurs traces pour obliger les patrons à ravaler leur arrogance. Quillery - Saint-Maur : C’est un salaire pour vivre décemment qu’il nous faut ! Pour Noël 1972, la direction nous avait « offert » des jouets à nos enfants, en guise de cadeau. Cette fois- ci, elle a prétendu que, l'an dernier elle disposait de 1.500.000 AF et que cette année elle n’avait que 800.000 anciens francs. Elle a donc profité de cet argument pour nous « offrir », au lieu des fameux jouets, une distribution de boissons, quelques limonades déposées sur un tréteau du chantier... On se demande bien ce qu’a pu faire Bouton avec les 800.000 AF... De toute façon, nous avons bien dit ce que nous pensions des faveurs de Bouton, car presque aucun de nous n’a participé à son « arrosage ». Ces messieurs distribuent des jouets quand ils ont fait des superprofits, et quand ils ont la moindre difficulté, ils nous donnent quelques limonades. Nous n'avons que faire des jouets et des limonades de ces messieurs, ce qu'il nous faut, ce sont des augmentations de salaire conséquentes pour chacun. Alors, nous- mêmes, nous pourrons acheter les jouets que nous voulons pour nos enfants, ou acheter des limonades quand nous voudrons. Commerce : Les inventaires doivent être faits sur le temps de travail Le 12 janvier, à Prisunic - Pointe-à-Pitre, la direction avait décidé de faire l’inventaire. Cette fois encore, cet inventaire a été fait en dehors des heures normales d’ouverture. C'est dire que ces messieurs veulent faire le point sur leur situation financière, voir combien de profit ils ont fait avec leur stock, pour éventuellement augmenter le rendement. Ce n'est pas à nous de faire les frais de l’inventaire. Nous n’avons pas à gaspiller notre santé et nos rares heures de loisir pour leur travail, même si ces heures sont payées. Pour vivre décemment, il nous faut des augmentations de salaire importantes et non pas des heures supplémentaires qui nous font d'ailleurs perdre notre santé. Si nous nous organisions, nous pourrions imposer, dans tout le commerce, que l'inventaire soit fait pendant les heures de travail normales et que nos salaires soient augmentés. Cela, nous ne pourrons l’obtenir que par la lutte. Zone industrielle de Jarry : Pour la fin de l'année 1973, la direction a accordé des primes. Mais elles ont été moins élevées que l'année dernière, et de plus, attribuées selon le bon vouloir de la direction. Ainsi, les mensuels ont eu le treizième mois ; par contre, les horaires n'ont pas reçu de treizième mois, mais une prime de 9 heures par mois de travail effectué dans l'année. Or s’ils avaient reçu un treizième mois, ils auraient touché entre 800 à 900 F. Les travailleurs doivent exiger l'intégration des primes aux salaires, car les primes sont attribuées à la tête du client. Dans l'émigration AP : Prime et notation : un système fait pour brimer les travailleurs ! L'administration de l'Assistance Publique a refusé à un camarade sa prime de fin d'année parce que ce camarade s'est arrêté de travailler pendant trente-cinq jours, étant en congé-maladie. A la fin de chaque année, l'AP distribue des primes aux travailleurs. Mais elle trouve de nombreux prétextes pour refuser à certains travailleurs ce maigre avantage. Et si, par exemple, l'on a été plus d'un mois en arrêt de travail ou si l'on a eu de mauvaises notes pendant l’année, cette prime est retirée. Contre un tel système de prime et de note, les travailleurs de l'AP doivent lutter : — pour la suppression du système de notation ; — pour obliger l'AP à intégrer la prime dans le salaire. C’est sur cette base que nous devons détendre notre camarade ! PTT « califs » : L’administration est la seule gagnante ! Les « califs » aux PTT, c’est le terme couramment utilisé pour désigner les heures supplémentaires ; et les « californiens » sont ceux des préposés, voire des chefs, qui en font. Beaucoup de camarades, pour pouvoir augmenter leur salaire — l’on gagne peu aux PTT — font de nombreuses heures supplémentaires. Certains parviennent à faire ainsi des nuits entières. Au Centre de Paris-Brune, cela a commencé à prendre des proportions inquiétantes. Pour notre part, nous pensons que faire des heures supplémentaires, de jour ou de nuit, ce n’est pas ainsi que nous résoudrons notre problème. D’une part, parce qu'en agissant de la sorte, cela permet aux PTT de faire des économies : les candidats « californiens » étant très nombreux, spécialement — c’est malheureux à dire — parmi les travailleurs antillais, quelque puisse être l’augmentation du trafic, l'administration est sûre que le travail sera fait. Elle n'a donc pas besoin d’embaucher du personnel. Et nous, nous enlevons à d’autres, du travail qui leur aurait permis de gagner malgré tout leur vie. D'autre part, beaucoup de camarades font des heures supplémentaires parce qu'ils n'ont pas assez d’argent pour vivre. Mais les PTT distribuent les « califs » à la tête du client. De cette façon, l'administration nous divise tout en continuant à nous donner des salaires de misère. Et ceux qui, finalement, reçoivent le « droit » de faire des heures supplémentaires se dépensent de manière inconsidérée pour arrondir quelque peu leur fin de mois. C’est pour toutes ces raisons que nous pensons que, puisque nous ne touchons pas assez en faisant quarante heures de travail par semaine, nous devons tous nous regrouper, discuter du problème, amener le syndicat à prendre position et tous ensemble, nous saurons obliger les PTT à nous donner des salaires convenables. Page 3 PRENONS LES DIRECTIONS SYNDICALES AU MOT TOUS EN GREVE LE 11 FEVRIER ! Les trois syndicats les plus importants de la Martinique, CGT, CFDT et FO, annoncent dans un communiqué publié dans Justice (journal du PCM) et dans Le Progressiste (journal du PPM), qu’ils préparent une « grève non limitée » pour un programme de revendications comprenant douze points, où l’on trouve pêle-mêle aussi bien la fin des discriminations en matière d’allocations sociales, l’alignement du SMIC en vigueur dans les DOM sur celui de la métropole, la Maison des Syndicats aux syndicats, l’industrialisation de la Martinique, etc. Cette décision pourrait surprendre. Car, à en croire la déclaration des syndicats, à en croire certains articles de Justice, il s’agirait bien d’une grève illimitée qui ne s’arrêterait que lorsqu’on aurait obtenu satisfaction sur les douze points réclamés. En réalité, les appels passés à la grève générale lancés par ces mêmes organisations et la manière dont elles s’y étaient prises pour éviter qu’il y ait effectivement grève générale, nous font plus que douter des effets dont sera suivi ce nouvel appel. A moins évidemment que les travailleurs, eux, décident de prendre au mot les syndicats et de se lancer effectivement dans la bagarre. Comment croire à la volonté réelle de lutte de ces directions syndicales alors qu’elles se sont empressées d’en finir avec la grè­ve du Bâtiment par peur de la combativité croissante de celle-ci, en signant un accord de salaire qui aurait pu être bien plus favorable. Comment croire à la volonté de lutte de ces directions syndicales, alors qu’elles font tout pour que les luttes qui sont déjà déclenchées ne se rejoignent pas entre elles ? Justice du 24 janvier avoue naïvement : «Tous les travailleurs martiniquais, aujourd’hui, sont en grève ou revendiquent », cela dans un article sur la grève de la Banane. Pourquoi donc ne pas faire de toutes les grèves actuelles, de tous ces travailleurs qui revendiquent, les premiers bataillons de la grande armée des grévistes qui irait en s’amplifiant jusqu’à la grève générale le 11 février — ou avant ou après —, le problème n’étant pas une question de date, mais de volonté réelle de se battre contre le gouvernement colonialiste qui organise la hausse des prix et la vie chère sur le dos des travailleurs, qui permet aux patrons de jeter à la rue des centaines et des centaines de travailleurs ? Les directions syndicales ont tellement peur d'une mobilisation générale des travailleurs qu’il est à douter qu’elles jetteront réellement toutes leurs forces dans la bataille pour que cette fameuse grève générale illimitée commence effectivement. Notre tendance, cependant, bien que n’ayant aucune illusion sur la volonté de lutte des directions syndicales, appellera aussi à cette grève générale. Elle appellera les travailleurs à prendre au mot les directions syndicales, mais aussi à s’organiser eux-mêmes pour prendre en main leur propre mouvement, pour mettre en avant les revendications qui, à l'heure actuelle, sont vitales pour toute la classe ouvrière : échelle mobile des salaires (ceux-ci doivent augmenter chaque fois que les prix augmentent), contre le chômage, répartition du travail entre tous, refus de tout licenciement quelles que soient les bonnes raisons avancées par les patrons. Travailleurs, pour montrer votre volonté de lutter contre la hausse du coût de la vie, pour une augmentation générale et importante de salaire, contre le chômage, contre les licenciements, participez massivement à la grève du 11 février ! G. Rassamy. La lutte des lycéens et collégiens contre la hausse des prix Les lycéens et les élèves des CET en Martinique se mettaient en grève le lundi 7 janvier pour protester contre l’augmentation du prix de la pension et de la demi-pension. La hausse prévue devait faire passer ces tarifs respectivement de 519 F à 630 F et de 205 F à 255 F. Le mouvement prenait une réelle ampleur et touchait pratiquement tous les établissements (lycées et CET) de la Martinique. Plusieurs manifestations se déroulèrent à Fort-de-France, dont celle organisée en commun avec les grévistes de France-Antilles et du Bâtiment. Au Lamentin, plusieurs centaines d’élèves des CET défilèrent aussi dans les rues. Beaucoup de jeunes comprirent que la lutte qu’ils menaient contre l’augmentation du prix de la pension rejoignait celle des travailleurs contre la hausse des prix et pour de meilleurs salaires. C’est ainsi que lors de la grande manifestation du lundi 14 regroupant lycéens et ouvriers, tous scandaient : « non à la hausse ». Conscients que c’est le gouvernement qui est le responsable de la situation actuelle et qui organise la hausse du coût de la vie, tous criaient dans la rue : « A bas le gouvernement colonialiste ». Les lycéens et les élèves de CET ont obtenu que la hausse soit suspendue. L’administration devant trouver d’autres solutions. Les cours ont donc repris mais la combativité des élèves reste intacte ; ils ont bénéficié tout au long de leurs manifestations et de leur mobilisation de la sympathie des parents car pour la majorité d’entre eux leurs parents sont des travailleurs qui n’ont pas du tout envie d’accepter toutes les hausses de tarif qui sont décidées à l'heure actuelle par le gouvernement. Mais, il faut rester vigilants, car il n’est pas dit encore que le gouvernement a définitivement reculé. H. BULVER. POLITISER ET ÉLARGIR LA LUTTE OU LA RESTREINDRE VERS LE CORPORATISME Le sens de l’intervention de notre tendance dans !a lutte des lycéens visait à ce que cette dernière ne reste pas sur le terrain corporatif. En généralisant, en politisant les objectifs, les lycéens pouvaient tout naturellement se retrouver côte à côte avec les travailleurs, avec, comme perspective, une lutte d’ensemble contre la hausse des prix, mais aussi, la lutte contre le pouvoir colonial, responsable et garant principal de l'inflation. Dégager le sens politique de la lutte, intervenir pour la politiser, voilà ce qui était indispensable pour les lycéens. Il l’était encore plus pour les travailleurs en grève, surtout à partir du moment où la grève du Bâtiment a trouvé une large audience parmi tous les travailleurs de lia Martinique. Dans ce sens il était juste que la manifestation du lundi 14 des ouvriers en grève, des lycéens et des collégiens se déroule aussi sous le mot d’ordre de «A bas le gouvernement colonialiste ». En effet, de plus en plus, les travailleurs et toute la population se rendent compte que c’est le gouvernement qui est responsable de la hausse des prix et que c’est lui qui veut par sa politique conduire les travailleurs et toute la population laborieuse au bord de la famine. Nous nous sommes heurtés en défendant cette politique aux militants du GRS. Nous avons déjà eu l’occasion de nous opposer à la politique du GRS qui consiste dans tous les cas à dire une chose dans sa presse et à en faire une autre. Le GRS ne veut rien faire qui puisse mécontenter les appareils syndicaux et ceux des partis réformistes, tels que le PCM ou le PPM. Ce n’est pas en s’appuyant sur, ni même en poussant les appareils des syndicats et des partis dont la passivité imprègne toute leur vie politique qu’on ira vers « l’élargissement des luttes » mais bien plutôt en proposant une orientation et une politique justes à tous ceux qui luttent. Il faut bien comprendre que le mécontentement actuel dans toute la population est dirigé contre la hausse du coût de la vie et contre toutes les menaces que sentent peser sur leurs têtes, les travailleurs. Dans ce cas-là, élever la compréhension, la conscience des travailleurs à une lutte générale contre le gouvernement colonialiste ici, défenseur de la classe des patrons, est le devoir d’une organisation politique révolutionnaire. C’est cela que ne comprend pas le GRS. Il ne s’agit pas de réclamer aux bureaucrates de le faire, mais de permettre aux travailleurs de le faire eux-mêmes. Cela signifie se battre pour que dans chaque quartier les travailleurs puissent s'organiser indépendamment des appareils hésitants et timorés des bureaucraties syndicales. Il ne s’agit pas seulement de la création de comités de soutien mais là où on dispose d’une influence, d’opposer la ligne révolutionnaire à celle des réformistes. Jacques BRUEL Grèves à la SPDEM Cela fait bientôt deux mois que, le 3 décembre, les employés de la SPDEM avaient fait une journée de grève sur le tas pour protester contre une décision arbitraire de la direction qui imposait un horaire de service par quart malgré la désapprobation du syndicat et des délégués du personnel. Après avoir désigné un Comité de grève composé de dirigeants syndicaux et de militants combatifs, nous sommes entrés en grève le 28 décembre 1973 pour faire aboutir notre cahier de revendications. Le lundi 31, nous reprenions le travail, le préavis restant valable, sur la promesse écrite du préfet que les négociations ressortant du gouvernement pourrait être menées à Paris, par une délégation, dans la deuxième quinzaine de janvier. Or, nous avons appris que nous aurions une entrevue avec... le ministre des DOM, le 24 janvier alors que notre ministère de tutelle est celui du Développement industriel et scientifique. Ainsi, la fameuse discussion promise n’était qu’un piège pour nous faire reprendre le travail, sans que satisfaction nous soit donnée, puisque le ministère des DOM n’est pas habilité à discuter de nos problèmes. Aussi avons-nous décidé de ne pas envoyer dé délégation à Paris et de rentrer en grève illimitée au plus tôt tout en réclamant le paiement des heures de grève. Le Comité de grève doit se réunir sans plus tarder pour fixer la date de reprise de la grève. Le gouvernement colonialiste n’entend qu’un seul langage, celui de la force ; seule notre lutte ferme et décidée peut le contraindre à céder. En nous engageant dans cette voie, nous ferons reculer le gouvernement. OGIER. Page 4 HAUSSE DU PRIX DE L'ESSENCE LA BOURGEOISIE VEUT FAIRE PAYER LA CRISE AUX TRAVAILLEURS Bientôt le prix de l’essence va être porté, par le gouvernement à 1,35 F et 1,54 F (super). Cela signifie que la hausse des prix va continuer de plus belle. Dans le même temps, le gouvernement a annoncé que le franc allait « flotter » ce qui veut dire qu’il va perdre de la valeur et donc qu’avec la même quantité d’argent les travailleurs achèteront moins de marchandises. Ainsi, c'est sur le dos des travailleurs que Je gouvernement a décidé de faire porter le poids de la crise. Car en augmentant le prix de l’essence alors que rien ne l’obligeait à le faire, il a décidé de laisser monter les prix au détriment du niveau de vie des travailleurs. Car il est évident qu’après l'essence c’est toute une série de produits qui augmentera, depuis les transports jusqu’aux produits les plus courants. Parallèlement, la crise monétaire en restreignant la circulation des marchandises va aussi provoquer une diminution de la production et donc un accroissement du chômage dans des proportions importantes. Nous avons assisté ces derniers temps à la fermeture de plusieurs entreprises tant en Martinique qu’en Guadeloupe. On parle d’en fermer d’autres « si les travailleurs revendiquent trop » ! Les travailleurs ne doivent pas se laisser influencer par un tel chantage. Ils auront à lutter sans considération aucune pour ce qui peut arriver à tell ou tel patron, et si certains veulent fermer leur entreprise, il s’agira de s’opposer à cela et de la faire fonctionner au profit de toute la population laborieuse. Une telle attitude suppose que les travailleurs mènent leurs luttes jusqu’au bout. Mais il faut qu’ils sachent que les bureaucraties syndicales ne sont pas prêtes à les suivre jusqu’au bout, et encore moins les précéder. Il faut être prêt à passer outre les limites fixées par ces bureaucraties. Au cours des luttes, les travailleurs pourront se donner une direction propre, Comité de grève ou autre, embrassant l’ensemble de ceux qui se battent à un moment donné. Les travailleurs devront véritablement être décidés à aller jusqu’au bout de leurs luttes et contraindre les patrons à leur donner satisfaction. Il faut pour cela que les travailleurs soient prêts à aller au-delà de ce que voudraient les organisations traditionnelles, plus habituées à discuter autour du tapis vert qu’à organiser le combat des travailleurs. Il faut comprendre que les luttes doivent s’orienter vers un mouvement d’ensemble de la classe ouvrière non pour quelques miettes lâchées par les capitalistes, mais pour accroître réellement le niveau de vie des travailleurs. L’obstacle le plus important aux luttes des travailleurs restera encore l’important appareil policier et répressif du gouvernement colonialiste. Mais là aussi il y a une perspective, celle de débarrasser la Martinique et la Guadeloupe du fléau colonial et impérialiste. Le système de ceux qui nous dirigent est en crise et cette crise ira en s’approfondissant ; pourquoi resterions-nous liés à un monde en complète décomposition et en faillite ? La classe capitaliste qui dirige en France comme aux Antilles voudrait nous faire payer la note de sa propre faillite. Pourquoi l’accepterions-nous ? La lutte contre le colonialisme, la classe ouvrière devra aussi en prendre la tête. Car c’est elle seule qui peut lui donner un caractère social préservant les intérêts immédiats et l'avenir des couches pauvres de la société. Cl. ROCHA. Moyen-Orient Un accord réalisé sur le dos des peuples Entre Israël et l’Egypte, un accord vient d’être conclu. Pour cela, il a fallu que l’Egypte remette en cause le statu quo par la force des armes. Mais il a fallu aussi que l’impérialisme américain intervienne de tout son poids auprès des belligérants et avant tout auprès de son allié et protégé : Israël. C’est que les puissances impérialistes en général et les Etats-Unis comme les autres, avaient intérêt à ce que le canal de Suez soit ouvert à la circulation des navires et effectivement, c’est cela qui s’est réalisé. Mais, même si les bateaux de commerce pourront bientôt passer par le canal, l’essentiel des problèmes qui rendent la situation explosive au Moyen-Orient restent sans solution. Ont-ils fait l’objet de négociations ou d’accords secrets ou seront-ils discutés pendant des années encore à Genève ou ailleurs ? On n’en sait rien. Mais ce que l’on sait, c’est que le peuple palestinien opprimé a été « oublié » dans ce début de règlement. Ses représentants n’ont même pas participé à la discussion et dans les accords, il n'était même pas question d’eux. Les données du problème palestinien restent donc inchangées. Des dizaines de milliers de Palestiniens continuent à être condamnés aux camps de réfugiés ; d’autres à vivre en expatriés ; d’autres encore à subir l’oppression de l’Etat d’Israël ou de Hussein de Jordanie. Que l'Egypte accepte une telle situation et participe à un tel accord n’a rien d’étonnant : le sort du peuple palestinien a de tout temps été le cadet des soucis des dirigeants des Etats arabes. L’accord réalisé l’a été sous l’égide des Etats-Unis. Il en porte la marque. Il correspond à leurs intérêts ; à cause de l’ouverture du canal de Suez, bien sûr, mais aussi, parce qu'il concrétise l’influence accrue des USA au Moyen-Orient, y compris en Egypte. Sous une telle tutelle, et même si des accords finissent par conduire à un traité de paix, la paix ne pourra être que fragile, elle ne pourra que perpétuer l’oppression et les haines nationales au Moyen-Orient. N.C. SOLIDARITE AVEC PUIG ANTICH Puig Antich, militant libertaire espagnol, vient d’être condamné à mort le 9 janvier dernier par un tribunal militaire de Barcelone. Il a été accusé d’avoir mortellement blessé un policier. Encore une fois, le tribunal militaire du gouvernement franquiste se prépare à assassiner un militant oppositionnel au régime. Cette condamnation se situe dans une véritable vague de répression. Récemment, plusieurs syndicalistes furent condamnés à des peines de prison allant de dix à vingt ans ; leur seul crime était d’avoir organisé les travailleurs. La dictature franquiste fidèle à tout son passé, a décidé de répondre aux aspirations de liberté de la classe ouvrière et du peuple espagnols par la terreur policière. Nous, en tant que travailleurs et militants révolutionnaires antillais nous devons être solidaires de Puig Antich. Flottement du franc : Un nouveau coup à la hausse des prix Durant quelques années, et notamment durant toute la période où la perte de confiance dans le dollar américain était la préoccupation essentielle des milieux financiers, Giscard d’Estaing et les autres hommes d’Etat bourgeois français ont fait les fanfarons. Le franc, assuraient ces petits messieurs, était, grâce à leur sage politique, une monnaie stable, forte, indépendante. Bien à l’abri d’une quelconque dévaluation ou d'une quelconque flottaison. Toutes ces forfanteries d’hier laissent place aujourd'hui à une réalité bien moins glorieuse. Car depuis une dizaine de jours, le franc a été obligé d’abandonner sa parité fixe. C'est-à-dire que la quantité de dollars, ou de livres sterling ou de toute autre devise qui devra être fournie en échange d’une quantité de francs déterminée, variera chaque jour en fonction de l'offre et de la demande. Et il n’y a là rien qui puisse nous étonner ! Le franc, en effet, ne pouvait en aucune manière constituer une exception dans ce monde monétaire malade. Il ne pouvait rester à l’abri de ces soubresauts que connaissent l’une après l'autre toutes les monnaies, et ce, depuis plusieurs mois. Toutes ces dévaluations, flottaisons, réévaluations successives ne sont que la traduction extérieure d’un malaise profond inhérent au système monétaire lui-même, et à la politique d’inflation pratiquée par tous les gouvernements. Cela dit, cette flottaison du franc se traduit par une baisse de 5 à 8 % du franc par rapport à toutes les autres monnaies. Elle équivaut donc en fait, à une dévaluation. Or, choisir de dévaluer le franc, c’est là un choix politique de la bourgeoisie. Devant la crise qui menace l’économie mondiale, la bourgeoisie française a pris la décision de jouer le jeu de l’inflation c’est-à-dire de limiter, voire de bloquer la consommation des masses populaires. C’est essentiellement ce but que la bourgeoisie française se propose d’atteindre, en abaissant la valeur de sa monnaie. En effet, la dévaluation de fait du franc français signifie d’une part que les capitalistes seront un peu plus compétitifs sur le marché extérieur, qu’ils réaliseront donc de meilleures affaires, mais elle signifie en même temps que les prix augmenteront (ceux des produits importés notamment) d’autant sur le marché intérieur. En fait, avec cette mesure comme avec tous les autres expédients que l’Etat utilisera dans la période que nous traversons, le problème qui se pose est celui de savoir qui supportera les conséquences de la crise qui se dessine : les travailleurs et les couches les plus pauvres de la population ou bien la bourgeoisie. Le gouvernement a choisi clairement et nettement la première solution. Imposer à la bourgeoisie qu’elle paye elle-même les conséquences de la crise qu’elle a engendrée telle est notre tâche à nous travailleurs, aux Antilles comme en France. SIDOINE.